FEMMES TOUBOUFS AU PUITS DU TOSTE DE ZOUAR
sous forme de monogamie multiple. Leurs femmes ne sont pas réunies en communauté. Ils ont une femme dans chacune des deux ou trois résidences où ils font étape au cours de leur vie nomade.
Les enterrements donnent également lieu à une véritable cérémonie, présidée par le marabout.
Quand une femme devient veuve, elle reste chez elle, aucun homme ne doit la voir ni lui parler. Au bout de quatre mois, elle quitte ses vêtements de deuil et peut sortir.
Le Senoussisme au Tibesti.
Les Toubous sont d’assez bons musulmans, et le senoussisme, en particulier, s’est implanté chez eux il y a une trentaine d’années.
Le premier senoussiste qui pénétra au Tibesti fut Sidi Eglemi, venu probablement de Koufra. 11 alla d’abord à Goüro. puis s’installa à Bardai vers 1895, du temps déjà de Mai Cbaffami.
Il y resta un an, avec sept compagnons tous armés de fusils. Il lit construire par les captifs des Toubous une mosquée, où il réunissait tous les Toubous pour la prière, et partit ensuite pour Aïn-Galakka y arborer le drapeau rouge des Senoussistes. Puis ayant réuni des Touareg du Iloggar et de l’Air, il prit part en 1900 à la bataille de Koussri contre les Français, où il fut tué.
Quand Sidi Eglemi quitta Bardai, les salams n’eurent plus lieu dans la mosquée qu’il avait fait construire. Les Turcs utilisaient leur fortin et les Toubous faisaient leurs prières devant leurs cases.
Aucun Senoussiste n'était venu à Bardai, depuis le départ de Sidi Eglemi et de ses sept compagnons, quand les Khoans arrivèrent, au début de 1911, fugitifs de Gaîakka et de Gouro. Mais après l’affaire de Lobogué, lorsque Mai Cbaffami demanda un renfort à Koufra, on lui répondit :
« Bien au contraire, tous les Khoans qui sont avec toi, doivent rentrer à Tézeuré », et tous quittèrent Bardai.
A Gouro , la mosquée avait été construite, après le départ de Sidi Eglemi, par Sidi Mahdi, qui fut tué en 1 902 au Kanem .
Beaucoup de gens y venaient en pèlerinage. Les riches, ceux de Koufra, du Ouadaï, apportaient du mil, du blé, des dattes, des effets, des armes. Les pauvres, ceux du Tibesti en particulier, étaient nourris. Le pèlerinage durait trois jours.
Le matin, deux ou trois fois par semaine, suivant l'importance de l’arrivée des pèlerins, on allait faire la prière sous des palmiers, à un endroit dénommé Kalkourga (là où il y a de l’ombre), puis en manière de réjouissance on tirait des coups de fusil.
L’après-midi, on se réunissait à la mosquée pour la prière. Le formulaire était assez compliqué et passait pour jouir d’une efficacité spéciale. On allait ensuite à l’audience du grand marabout (Sidi Seïni, ou Mohammed Seini), qui n’ouvrait pas la bouche et se contentait de serrer la main de chacun. Puis tout le monde rapprochait les deux mains silencieusement et se les passait sur le visage trois fois avant de s’en aller.
A Gouro, les femmes ne sortaient jamais de leurs maisons, construites en pierre. Il y avait des captifs pour porter l'eau et le bois. La plupart de ces captifs mangeaient avec leurs maîtres et étaient bien traités. Aucune case spéciale n’était réservée aux pèlerins. Chacun dressait sa tente ou s’installait en plein air.
Bien que les deux villages, arabe et toubou, fussent séparés, c’était le cheik qui commandait à tous et le vol était sévèrement défendu aux Toubous, habitants et pèlerins.
Mai Chaffami venait tous les ans à Gouro. Il apporta une fois un chameau, mais son éadeau se composait d’ordinaire de quatre ou cinq pains de sucre. Aussi élait-il regardé comme un pauvre, car le sultan du Ouadaï apportait couramment 400 chameaux de mil, 800 chèvres, des captifs, etc. Les chefs de l’Ennedi et du Darfour faisaient de même.
Mai Chaffami était nourri pendant trois jours comme les autres pèlerins, les marabouts faisaient disposer à cet effet, sur des nattes, le couscous, les dattes, la viande, etc. , et chacun venait manger. Les plus pauvres seuls osaient venir à ce repas pendant plus de trois jours, d’ailleurs ils travaillaient pour les marabouts.
Adetermi, guide toubou de la section de Bilma, de qui je tiens ces détails, s’était rendu deux fois à Gouro. 11 y resta une première fois 9 jours, une seconde fois 8 jours. C’était, m’expliquait-il, pour ne pas aller en enfer.
Yulour, chef de Zouar. qui fut aussi un pèlerin de Gouro, me confirma le récit d’Adetermi.
Les opérations militaires.
Comme on vient de le voir, la vie n’était pas bien confortable au Tibesti avant notre arrivée.
BULLETIN DU COMITE DE L'AFRIQUE FRANÇAISE
Elle devint vite extrêmement difficile pour les Toubous qui s’étaient enfuis dans leur montagne, comme à l’approche d’un rezzou passager, et se trouvaient par le fait que nous restions, privés des maigres ressources de leurs pâturages et de leurs jardins. Harcelés sans cesse par nos reconnaissances, ils furent vite réduits à offrir leur