‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 2)Chapitre 51 sur 149 · L’AFRIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

L’AFRIQUE FRANÇAISE

Grande-Bretagne en Egypte — la défense des communications de son Empire. Ils estimaient que l’Egypte pouvait accorder sans compromettre sa dignité, à la Grande Bretagne son alliée, une base sur le territoire égyptien « une place forte », un point d’appui dans la chaîne de défense de son Empire, u nissant l'Orient à l’Occident. Ils n’étaient pas hostiles à l’idée que l’Angleterre en cas de guerre pourrait avoir la disposition des ressources de l’Egypte et spécialement de ses voies de communication, chemins de fer, aérodromes, etc., pour la conduite de ses opérations militaires. Une telle sti p dation était même fa vorablement accueillie parce qu’elle soulignait le caractère bilatéral de l’accord entre les deux pays en ce sens que l’Egypte aurait quelque chose à donner en échange de ce qu'ellle recevait. Puisque, par un Traité d alliance, la Grande Bretagne assumait la défense de l'Egypte, il n'était que juste que l’Egypte fît quelque chose pour aider l’Empire Britannique, si la Grande Bretagne se trouvait engagée dans une guerre, fût-ce même une guerre dans laquelle 1 Egypte ne serait pas directement intéressée.

Un point plus délicat, c’était le maintien d’une force militaire anglaise en Egypte en temps de paix. Mais ici encore ce n était point tant l’importance numérique de la force en question que son caractère qui intéressait les Egyptiens. La présence de troupes britanniques en Egvpte était justifiable à leurs yeux lani qu’elles ne constituaient pas une « armée d occupation », une force destinée à « maintenir l'ordre » en Egypie (ce qui était somme toute synonyme de garder l'Egypte dans un état de sujétion), mais qu’elles étaient maintenues dans un but externe : la défense de l’Empire britannique. Quant à la question de l’importance numérique de cette force, elle ne fut jamais soulevée au cours des discussions. On admettait que ceci dépendait de la situation extérieure et, sans parler de ce qui pourrait être nécessaire si l'Egypte elle même était en danger, elle pouvait varier selon les exigences diverses de la défense de l'Empire. Le grand point était qu elle ne pût en aucun cas être considérée comme la garnison de l'Egypte. Le maintien de l’ordre intérieur devait concerner les Egyptiens eux-mêmes.

En vue de souligner cet aspect de la question, les délégué' insistaient vivement pour que la force en question fût cantonnée sur les rives du Canal de Suez et de préférence sur la rive Est. Mais il ne nous était pas possible d y consentir. En effet, en premier lieu, la présence de troupes britanniques dans la zone neutre du Canal ne pouvait que créer des embarras avec les autres puissances ayant un intérêt dans cette voie maritime internationale. La neutralité du Canal est garantie par des accords internationaux et l’occupation permanente de la zone du Canal par les troupes d’une seule puissance pourrait être relevée comme une violation de celte neutralité De [dus, les intérêts stratégiques de la Grande-Bretagne en Egypie ne sont pas limités à la garantie d’un

libre passage à travers le Canal de Suez. La « défense des communications de son Empire » implique bien plus que cela. Car de plus eu plus l’Egypte devient le « point central » le nœud de cet ensemble complexe de communications par terre et par air aussi bien que par eau. En présence de ces considérations, l'idée de désigner Kantara ou quelque autre endroit de la zone du Canal comme cantonnement dut être abandonnée et, le principe du maintien d'une force militaire britannique en Egypte ayant été admis, la question de savoir où elle serait cantonnée fut laissée de côté pour être réglée en même temps que d’autres détails, par les négociations du Traité projeté.

3. — Les fonctionnaires anglais DANS l’administration ÉGYPTIENNE.

La septième clause de l’article 4 du Mémorandum traite de la situation des fonctionnaires anglais dans l’administration égyptienne C’est une question qui intéresse au plus haut point la bonne administration de l’Egypte Tout le système d administration intérieur qui existe a ce jour a été bâti essentiellement par le travail et l’exemple de fonctionnaires anglais dont beaucoup ont passé la meilleure partie de leur existence dans le pays. L’élimination subite de 1 élément anglais amènerait la ruine de tout Té lifice. Même une réduction trop hâtive de leur nombre menacerait sa stabilité et diminuerait le rendement de la direction des affaires publiques.

Certes, il n’est pas à craindre que la retraite des fonctionnaires anglais ramène le pays à l’état d’administration vicieuse d’où nous l'avons tiré ni au retour des anciens errements Le nombre des Egyptiens que leur éducation et leur caractère rendent aptes à participer â l’œuvre administrative sur la base des principes de la civilisation occidentale s’est fortement accru depuis l’occupation. Tous les Egyptiens jusqu’aux plus humbles, se sont si bien habitués au nouveau type d’administration régulière équitable et honnête, qu’un retour complet aux abus de jadis ne serait pas toléré. Toutefois si les hommes qui l’ont construit et en sont encore les soutiens devaient subitement disparaître, le nouveau système serait exposé à de sérieux accrocs.

Il est naturel dès lors que la proposition de laisser un gouvernement entièrement égyptien absolument libre de garder ou de n-nvoyer les fonctionnaires anglais ou étrangers de [ administration. cause, à première vue, une réelle inquiétude. Mais un calme examen des aspects pratiquas de ce problème est de nature â apaiser ces craintes. L’idée qu’un gouvernement égyptien même libre d’agir ainsi, tenterait de se débarrasser de ses fonctionnaires étrangers est une chimère. Il suffit de se figurer la situation d’un gouvernement soudainement privé de ses conseillers responsables les plus expérimentés se trouvant en butte à l’impopularité générale qui résulterait d’un échec administratif pour être convaincu que nul indi-

vidu sain d’esprit ne voudrait se plonger délibément dans cet océan de tracas. D’autant plus qu’il n’y aumit pas seulement à redouter la désapprobation des Egyptiens, mais aussi le mécontementet l’appréhension des résidents étrangers. La riche et nombreuse colonie étrangère dont dépend en grande partie la prospérité économique de l’Egypte se rebifferait. Car elle en est venue à considérer le noyau anglais de l'administration comme le gage de sécurité et de prospérité. On peut d’ailleurs prévoir que le haut commissaire ou le représentant de l'Angleterre (quel que soit son titre à l’avenir), aurait son mot à dire. 11 n’aura pas, à coup sûr, le droit de dicter sa décision au Gouvernement épyptien. Mais comme représentant de l’alliée de l’Egypte, comme l’étranger le plus en vue de l’Egypte ; comme le gardien des intérêts étrangers, il conr servera une forte influence et il sera toujours de l'intérêt des ministres égyptiens de rester en bons •termes avec lui. Il y aura ainsi des raisons très solides qui s’opposeront à ce que ces ministres abusent du droit de se priver des services des fonctionnaires anglais. En même temps, la satisfaction qu’ils éprouveront à savoir qu'ils possèdent ce droit et que les fonctionnaires anglais sonl là pour les aider et non pour les commander, les inclinera plutôt à compter sur l’aide britannique.

D’ailleurs aucun Egyptien sensé n’a vraiment le désir de se priver de l aide étrangère dans le gouvernement de son pays, ou s’imagine qu avant longtemps l’Egypte puisse s'en passer. Avec raison les Egyptiens estiment qu’il y a eu, spécialement ces dernières années, une importation exagérée de fonctionnaires anglais. Ils soutiennent fermement que nul Anglais ou étranger ne devrait être nommé à un poste qu’un homme de leur race, suffisamment compétent, pourrait remplir. Ils prévoient le moment où tous, ou presque tous, les services publics seront assurés par leurs compatriotes. Ils sentent que le progrès dans cette voie a été, à tort, trop lent et ils voudraient le voir s’accélérer. Mais ils ne désirent nullement se débarrasser des fonctionnaires anglais, d'ailleurs nombreux, qu’ils respectent vraiment, ou même s’interdire d’en engager à l'avenir d’autres aussi compétents pour le service de leur pays (1).

(1) Nous nous sommes donné beaucoup de mal pour déconvri la vérité quan1 au nombre de fonciionnaires étrangers au service du gouvernement égyptien. Le serviee de la statistique a préparé pour non- d>-3 r>-lev>s. montrant la répartition de tous les postes du budget de 1919-19211; en ou're, il a été demandé à enaque ministère un état comparatif des foociionnaires ayant droit à pension et d-s fonctionnaires recrutés par contrat pour les années 1905, 1910, 1914 et 1920.

Dans les tableaux fournis par la statistique, les emplois sont divisés en emplois donnant droit à pension emplois auxquels il est pourvu p ir contrat, emplois navés au mois et emplois pay s à la journée. Dans les deux dernières catégories, 98 1/2 0/0 daus les postes sont occupés par de* Egyptiens On n'a p i donc prétendre que dans cette catégorie la concurrence étrangère soit excessive,

Un examen attentif des emplois donnant droii à pension et ceux auxquels il est pourvu par contrat, relève toutefois un état de choses diffèrent. Si l'on met à par* les sept poste' ministériels, le personnel du cabinet du sultan, du con-eil des ministre', des Ouafs dans lequel à n e ou deux exceptions, les emplois «ont occupés exclusivement par Ls Egyptiens, les Egyptiens occupent 86 0/d des postes de l'administration et reçoivent 71 O/'1 du total des traitements tandis que les Anglais occupent 6 0/0 des emplois

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

Le danger vient plutôt d’un autre côté. Il pourrait se produire un exode des fonctionnaires anglais ou étrangers etïrayés par la perspective de se trouver à la merci d’un gouvernement purement égyptien Ce serait là un véritable malheur, mais il nous paraît improbable qu’un tel exode prenne jamais une grande proportion. Tout d’abord il y a dans un certain nombre de branches des services publics telles que les ports, les chemins de fer, les douanes, les travaux publics, etc., une quantité considérable d'Anglais et d’autres Européens qui sont employés comme spécialistes à défaut d’ Egyptiens possédant les aptitudes techniques nécessaires. 11 est peu vraisemblable que ces personnes voient leur situation modifiée en quoi que ce soit par le changement du statut politique de l’Egypte. Les fonctionnaires qui pourraient redouter ce changement sont plutôt ceux qui occupent des postes essentiellement administratifs et exercent leur autorité sur des masses considérables d’Egyptiens. Ils pourraient se demander si les ministres égyptiens les soutiendront encore dans l’exercice de cette autorité. Sera-t-il encore possible de continuer avec chance de succès le perpétuel combat contre la corruption et le népotisme et en faveur de l’avancement basé sur le mérite et non sur les recommandations? Ces craintes sont assez naturelles et pourraient inciter un certain nombre d'entre eux à quitter le service. Mais il en est d’autres qui auront plus de confiance en euxmêmes et dans la so'idité essentielle de leur position future. Car ils ne se trouveront pas dans la même situation que cette poignée d'Européens qui avant l’occupation, eurent à entreprendre une lutte sévère en faveur d’une administration honnête dans une Egypte non encore réformée et qui, même dans d’aussi pénibles conditions, ne manquaient pas d'influence et n’étaient certes pas traités avec le moindre dédain. Les fonctionnaires anglais qui resteront en Egypte, se trouveront dans un pays qui a subi la pénétration des influences européennes, qui est maintenant accoutumé aux méthodes anglaises de gouvernement et qui, sur ses frontières, restera en étroit contact avec des exemples concrets de la puissance britannique. Au

et reçoivent 19 0/0 des traitements; les agents d’autres nat onalités (c'est-à-dire qui ne sont ni Egyptiens ni Anglais) occupent S 0/0 des emplois et reçoivent 10 0/0 des salaires.

Dans quelques diagramme- stylistique- qui avaient été préparés pour montrer larénartilion de ces emplois et des traitements parmi les différents ministères, les emplois sont répartis en six catégories, Les trois premières catégories vont des salaires, le plus bas jusqu’aux traitements de 799 L. E. paran; c’est ce que l’on appelle les postes inférieurs ; les trois autres classes constituentles emplois supérieurs avecdes traitements variant entre 800 L. E. et 2.999 L. E.

En ce qui concerne les postes inférieurs, les Egyptiens occupent environ 2 tiers de ceux compris entre 240 L E et 499 L. E. mais ensuite, la part des Egyptien- diminue et descend à uu peu plus d’un tiers des postes entre 500 et 799 L. E. Dans les postes élevés, cette disproportion est encore plus marquée et la part des Egyptiens n’atteint pas un quart. Il est vrai, que dans la ca'égorie des traitements de 1 .200 L. E. à 1.499 L. E. la part des Egyptiens dépasse un tiers mais c’est le fait des ministères de l'Intérieur et de la Justice qui emnloient de« Muudirs (gouverneurs de province) et des juges égyptiens. Dans lesemplots supérieurs des ministères : des Finances, de l’Instruction publique, des Travaux publics, de l’Agriculture et des Communications, toutefois, on ne compte que 31 Egyptiens

surplus, un des grands obstables à leur utilité actuelle sera écarté par la reconnaissance de l'indépendance égyp tienne. La prévention toujours croissante contre les fonctionnaires venus de l’étranger qui menace, si on n’y porte remède, de mettre fin à toute coopération cordiale entre eux et les Egyptiens est due non aux personnes, mais au système. S’il est facile de susciter l’hostilité contre eux, c’est parce qu’ils sont imposés ou du moins peuvent être représentés comme étant imposés à l’Egypte contre son gré à titre d’agents et de symbole de la domination étrangère. Il n’y aura plus de fondement à une telle hostilité lorsqu’ils ne pourront plus être considérés comme les instruments d'un gouvernement étranger, et leurs efforts pour maintenir une bonne gestion n’en recevront que plus d’appui de la part des indigènes. En effet, en tant qu’individus, les administrateurs anglais et les officiers anglais de l’armée égyptienne ne sont nullement impopulaires. Les meilleurs d’entre eux sa sont assuré non seulement le respect mais même l’affection d’un peuple prompt à reconnaître le mérite, surtout lorsqu’il se combine avec l’amabilité et le tact. Du moment qu'on leur donnera le temps de réfléchir (et il est certain que rien ne sera fait avec hâte) il est probable que ces considérations détermineront à rester en fonctions beaucoup d’Anglais de l’administration égyptienne. D’ailleurs, les Anglais ne pourraient remplir un rôle plus méritoire que celui qni consistera à établir une association d’amitié entre la Grande-Bretagne et l’Egypte et à aider les Egyptiens à mener à bien la tâche de gérer avec succès leurs institutions autonomes.

Toutefois, s’il n’y a pas lieu d’anticiper un départ rapide et général des fonctionnaires anglais ou étrangers il est néanmoins désirable d’assurer soigneusement le sort de ceux que le gouvernement égyptien pourrait vouloir licencier ou qui eux-mêmes désireraient se retirer, quand le nouveau régime interviendra. Il faudra les traiter non seulement d’une manière équitable mais avec générosité. Eu effet, rien ne pourrait avoir plus mauvaise influence sur les relations angloégyptiennes dans l’avenir, que le fait qu’un certain nombre de fonctionnaires puissent garder le

contre 168 Anglais et 32 fonctionnaires d’autres nationalités occupant des postes au-dessus rte 800 L E Sans aucun doute, dans ces ministères, il y a 'e nombreux emplois supérieurs qui nécessitent des connaissances Uchniques spéciales ei pour le-quels il est impossible en ce moment de trouver des Egyptiens compétents. Cependant, si les Egyptiens doivent prendre la responsabilité de l’administration intérieure du pays, il est indispensable que des dispositions soient prises pour les préparer à occuper ces emplois supérieurs ;

Par suite de l’imperfection des relevés qui ont été effectués, les statistiques qui figurent dans l’état comparatif de la répartition des fonctionnaires ayant droit à pension et des fonctionnaires recrutés par contrat en 1 9f 5, 1910, 1914, et 1920 ne doivent être considérées que commî des statistiques approximatives. Elles suffisent toutefois à donner une impression généra'e de la répartition du personnel Dans l’ensemble des emplois, l’élément égyptien est passé de 45 1 0/0 en 1905 à ,70.5 0/0 en 1920 l e nombre des Egyptiens occupant des emplois inférieurs, est passé de 48 4 0 '0 en 1905, à 55 0/0 en 102n. Mais dans les emplois supéreurs, leur nombre est tombé de 27,7 0/0 en 1905, à 23,1 0/0 en 1920, tandis que dans la même catégorie, la proportion des emplois occupés par les Anglais, est passée de 42,2 0/0, à 59,3 0/0.

sentiment qu’ils ont subi un préjudice. Dans un ; traité entre la Grande Bretagne et l'Egypte, ii faudra que leur situation soit absolument sauvegardée et que les conditions de leur retraite soient soigneusement élaborées à la suite d’une consultation avec les représentais des intéressés. En vertu de la loi existante, les fonctionnaires égyptiens qui sont licenciés pour des raisons autres que l’inconduite reçoivent une pension assez généreuse proportionnelle à la durée de leurs services. Ces droits acquis ne peuvent être répudiés par aucun arrangement. Mais il est évidemment nécessaire de pourvoir d’une manière spéciale à la situation de ceux dont la carrière sera brisée prématurément. De plus, il est absolument essentiel que ceux qui sous l'empire du nouveau régime quitteraient le service de leur plein gré *oient aussi favorablement traités que ceux que le gouvernement égyptien préférerait licencier. Ordinairement une personne qui donne sa démission de fonctions • publiques, avant le temps normal, le fait au prix d un certain sacrifice Mais ce principe ne peut s’appliquer quand les conditions du service sont essentiellement altérées. Dans pareil cas le fonctionnaire devrait avoir le choix de continuer, s’il le désire, de remplir ses fonctions dans les conditions nouvelles ou de se retirer, et s’il préfère prendre ce dernier parti il devrait pouvoir le faire en obtenant les mêmes avantages que si la retraite lui avait été imposée.

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