DES ÉTRANGERS
Le Mémorandum dans son article 4, sections 3 et 4 établit deux exceptions au principe général qu’à l’avenir le gouvernement égyptien serait libre de désigner les postes devant être occupés par des non-Egyptiens. D'après ces clauses, le conseiller financier et un fonctionnaire du ministère de la Justice, dont la fonction spéciale serait de veiller à l’application des lois en ce qui concerne les étrangers, seraient encore nommés « avec l’assentiment du gouvernement de Sa Majesté ». Après ce qui vient d’être dit à ce sujet, on pourrait demander pourquoi il a été jugé indispensable d’établir ces exceptions. La réponse se trouve dans les responsabilités spéciales que. dans larrangement proposé, la Grande-Bretagne assumerait relativement à la protection des droits des étrangers.
Les deux points d'importance capitale pour les puissances étrangères, dont les ressortissants jouissent à présent des privilèges spéciaux accordés par les Capitulations, sont d'abord la solvabilité de l’Egypte, qui n’importe pas seulement aux détenteurs d’obligations, mais affecte indirectement tous les capitaux et toutes les entreprises étrangères dans le pays et en second lieu, la sécurité de la vie et de la propriété des étrangers. Les puissances ne manqueront certes pas d’insister sur le maintien d’un certain con-
trôle étranger en vue d’assurer ces buts. Elles en sont déjà venues à consentir à 1 exercice de ce contrôle par la Grande-Bretagne. Mais si la Grande-Bretagne cessait d’exercer ce contrôle, elles exigeraient que quelqu’autre puissance ou un groupe de puissances la remplace.
Cependant un des principes fondamentaux de l’arrangement proposé est que tous les pouvoirs qui pourraient encore être nécessaires eu vue de sauvegarder les intérêts étrangers en Egypte et de donner la garantie aux gouvernements étrangers que leurs droits de leurs nationaux seront respectés, seront confiés à la Grande-Bretagne, l elle est la raison de la stipulation en vertu de laquelle les deux hauts fonctionnaires susvisés devront continuer à être désignés avec l'assentiment britannique Le rôle du premier sera d’assurer la solvabilité, celui du second de veiller à l’application des lois en tant qu’elles affecteut les étrangers. Les fonctions de ces fonctionnaires ne sont décrites dans le mémorandum qu’en termes généraux. Dans la rédaction du traité, il y aura lieu de définir avec beaucoup de soin les limites de leur compétence. Ici encore nous avons dû nous contenter d’un accord sur le principe laissant à des négociations ultérieures le soin de régler les détails.
La même remarque s’applique à la clause 4, section 3, accordant au représentant de l’Angleterre en Egypte le droit, dans certains cas, de s’opposer à l’application des lois égyptiennes aux étrangers. Celte proposition a fait l’objet de nombreuses discussions. Les délégués étaient extrêmement soucieux d’éviter que ce droit ne fût converti en un droit de veto général sur la législation égyptienne. Nous ne le désirions pas davantage de notre côté. Mais il était difficile de se mettre d’accord sur les limitesexactes de ce droit. C’est pourquoi, dans le mémorandum, des solutions alternatives ont été suggérées. Assurément, la question est fort compliquée Mais dégagée des termes techniques, voici qu’elle est sa portée. Le gouvernement égyptien est à tout moment entravé par son incapacité de faire des lois applicables aux sujets des puissances étrangères, lesquels jouissent des droits capitulaires en Egypte, sans l'assentiment de ces puissances, bien que, dans certains cas, cet assentiment puisse être donné en leur lieu et place par l’assemblée générale de la Cour d'appel mixte. Comme nous l’avons déjà exposé, la politique anglaise a toujours visé à restreindre, dans une large mesure, les restrictions ainsi imposées à l’autorité législative du gouvernement égyptien, et ceci fait partie du système préconisé dans le mémorandum. Mais il serait impossible, pratiquement, et il n’est pas proposé, de supprimer entièrement ces restrictions. Du moment quelles sont maintenues quelqu’un doit avoir le droit de les exercer. Dans le système adopté dans le mémorandum, il est prévu que ce droit qui tend à la sauvegarde des intérêts légitimes de tous les étrangers devrait être conféré par l'Egypte à une puissance unique la Grande-Bretagne.
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D. — Le Soudan.
Le projet contenu dans le mémorandum ne traite que de 1 Egypte. 11 ne s’applique en aucune façon au Soudan, pays entièrement distinct de l’Egypte par son caractère et sa constitution et dont le statut au lieu d’être comme celui de l’Egypte, encore indéterminé, a été clairement défini par la Cohvention anglo-égyptienne du 19 janvier 1919 (1).
Pour cette raison la question du Soudan a été délibérément exclue de nos discussions avec les délégués. Ceci a toujours été clairement compris par eux, mais en vue de prévenir tout malentendu en Egypte quant à la portée de nos discussions. Lord Milner lorsqu’il transmit le mémorandum à Adly paclia, lui a en même temps envoyer la lettre suivante :
Le 18 août 1920,
Son Excellence Adly Yeghen pacha.
« Mon cher Pacha,
« Comme suite à notre conversation d’hier, je tiens une fois de plus à répéter qu'aucune partie du mémorandum que je vous envoie n’est destinée à être appliquée au Soudan. Ceci est déjà rendu évident, je pense, par la physionomie du document mais pour éviter toute possibilité d’un malentendu dans l’avenir ; il semble désirable de mettre en lumière la pensée de la mission que la uestion du Soudan, qui n’a jamais fait l’objet e discussions entre nous et Zaghloul pacha et ses amis, reste tout à fait en dehors de l’accord proposé concernant 1 Egypte. Les deux pays se trouvent dans des conditions très différentes et dans notre opinion ils doivent être traités sur un pied différent.
« Le Soudan a fait de grands progrès depuis son administration actuelle qui est basée sur les dispositions de la Convention de 1899 et aucun changement dans le statut politique de l’Egypte ne doit troubler le développement progressif du Soudan, suivant un système qui a produit de si heureux résultats.
D’autre part, nous comprenons parfaitement l’intérêt vital de l’Egypte dans l’utilisation de l’eau qui lui parvient par la voie du Soudan et nous avons l’intention de faire des propositions destinées à faire disparaître l’anxiété que pourrait éprouver l’Egypte quant à la suffisance de cette
(1) Cette convention qui fut signée par le ministre égyptien des Affaires étrangères et par lord Cromer a proclamé que le gouvernement britannique était « par droit de conquête » justilié « à participer au réglement des affaires du Soudan et à la mise en valeur du pays. » Ce principe ayant été admis a entraîné la répudiation de toute prétention de la Tuiquie à un droit de suzeraineté sur le Soudan, et ce pays a été définitivement exclu de la région soumise au régime des capitulations.
La même convention a, par suite, stipulé que la juridiction des tribunaux mixtes ne pourrait pas être étendue ou reconnue dans aucune partie du Soudan et qu'aucun consul étranger ne pourrait résider dans le pays sans le consentement du gouvernement britannique. Le pouvoir suprême militaire et civil devait être attribué à un gouverneur général qui serait nommé par un dé ret du k 'édive d’Egypte sur la recommandation du gouvernement britannique et dont les proclamations auraient force de loi.
distribution tant pour ses besoins actuels que pour ses besoins à venir. »
Signé : Milner.
Il semble utile qu’ici nous donnions brièvement les raisons qui, d’après nous, rendent tout à fait impossible d’envisager pour le Soudan un accord sur les mêmes bases que celles proposées pour l’Egypte et que nous indiquions en même temps temps la ligne générale de la politique paraissant la mieux appropriée aux exigences actuelles du premier de ces pays.
Tandis que la grande majorité de la population égyptienne est plutôt homogène, celle du Soudan se partage entre les Arabes et les Nègres et dans chacun de ces vastes groupes de races il existe une quantité de races et de tribus très différentes l’une de 1 autre et souvent antagonistes. Les Arabes du Soudan partent des dialectes de la même langue que celle du peuple égyptien, et leur sont unis par les liens de ta religion. De plus, 1 Islam étend son influence même parmi des races non-arabes du Soudan. Ces influences tempèrent plus ou moins mais elles n’ont pas surmonté l’opposition des deux pays rendue plus intense par les souvenirs cuisants de la mauvaise administration égyptienne dans le passé.
Les liens politiques qui unissaient jadis par intervalles l'Egypte et le Soudan ont toujours été très fragiles. A différentes reprises, les conquérants égyptiens ont envahi certaines parties ou la totalité du Soudan Cependant il n’a jamais été réellement subjugué par l’Egypte et il ne s'est nullement fusionné avec elle. La conquête égyptienne du Soudan au siècle dernier a été particulièrement désastreuse pour les deux pays, et a finalement abouti à la déroute de l’autorité égyptienne par suite de la rébellion madhiste dans les années suivant immédiatement 1880. Durant plus de dix ans, aucun vestige de l’autorité égyptienne n’existait plus que dans un petit district des environs de Souakim. C’est à la suite de cette débâcle que 1 Angleterre fut obligée d’entreprendre de coûteuses expéditions pour porter secours aux garnisons égyptiennes et pour dé fendre l’Egypte qui était menacée d’invasion par les hordes mahdistes.
Depuis la conquête du pays par les troupes anglaises et égyptiennes sous un commandement britannique de 1896 à 1898, le gouvernement du Soudan, qui prit la forme d’un Protectorat anglo-égyptien en vertu de la Convention de 1899 s’est virtuellement trouvé entre les mains de l’Angleterre. Bien que nommé par le sultan d Egypte (et précédemment par le khédive) le gouverneur général est proposé par le gouvernement britannique et tous les gouverneurs de province ainsi que les principaux fonctionnaires sont anglais. Sous ce régime les progrès du Soudan à tous les points de vue, matériel ou moral, ont été remarquables. Malgré la simplicité apparente du problème qui consiste à introduire chez un peuple primitif les premiers principes d'un gouvernement régulieret civilisé, le grand succès
remporté durant la longue administration du gouverneur général, sir IL Wingate, constitue l’une des plus belles pages deThistoire de la domination anglaise sur les races arriérées. L’administration actuelle est populaire au Soudan et, à peu d’exceptions près, la paix et le progrès régnent dans la contrée
Cependant si l’Egypte et le Soudan sont des pays essentiellement distincts et qui doivent se développer par des moyens différents. l’Egypte aura toujours un intérêt capital dans le Soudan. Le Nil dont l’existence même de l'Egypte dépend, traverse le Soudan sur des centaines de milles, et il est d’une importance vitale pour l’Egypte d’empêcher que l’eau du Nil ne soit prélevée dans une mesure qui pourrait réduire l'étendue actuelle de ses cultures ou mettre à néant la possibilité de mettre en valeur la partie de son territoire (environ 2 millions d’acres) qui pourront devenir cultivables quand les réserves d’eau pour l’irrigation seront augmentées par le système de l’emmagasinage. Jusqu ici la quantité d eau empruntée au Nil au cours de son passage dans le Soudan a été négligeable, mais comme la population du Soudan s’accroît, ce pays pourrait avoir besoin d un supplément d'eau pour son propre usage, et il pourrait surgir entre l’Egypte et lui un contlit d’intérêts. En même temps, il y a toute raison d’espérer que, retenues et distribuées avec soin, les eaux du Nil suffiront pour répondre aux exigences de toutes les terres qui pourraient avoir besoin d’irrigation à l’avenir, aussi bien en Egypte qu’au Soudan. Le contrôle des eaux du Nil destinées aux irrigations est d’une si suprême importance et les problèmes techniques et autres qu’il implique sont si difficiles et si compliqués, qu’à notre avis il est indispensable d’instituer une commission permanente composée, d’une part, des spécialistes les plus éminents, d’autre part, de représentants de tous les pays que la chose concerne (l’Egypte, le Soudan et l’Uganda) en vue de résoudre toutes les questions relatives à la régulation du fleuve et à la garantie d’une équitable distribution de l’eau.
La contiguïté de l’Egypte et du Soudan et leur intérêt commun dans le Nil rendent désirable qu’un lien politique entre les deux pays soit toujours maintenu Mais que cetle relation puisse prendre la forme d’une sujétion du Soudan vis-àvis de l’Egypte est tout à fait hors de propos. Le premier est capable d’un développement indépendant en accord avec son caractère et ses exigences propres et il y a droit 11 est encore trop tôt pour tenter de déterminer son statut politique définitif. Ce statut est suffisamment défini pour le moment par la Convention de 1899 entre la Grande-Bretagne et l’Egypte qui règle les relations politiques entre l’Egypte et le Soudan de façon à ne point entraver le développement indépendant de ce dernier pays.
Bien qu'il soit actuellement ind:spensable de maintenir une autorité suprême au Soudan tout entier, il n’est pas souhaitable que le gouvernement de ce pays soit fortement centralisé. Etant
donné son immense étendue et la nature variée de ses habitants, l’administration de ses diverses régions devrait être abandonnée, autant que possible, aux mains des autorités indigènes, là où il en existe, sous la surveillance des Anglais. Une bureaucratie centralisée ne convient nullement au Soudan. La décentralisation et l’emploi, dans la mesure du possible, d’agents indigènes, pour les besoins purement administratif» du pays, réaliserait l’économie et l'efficacité dans le stade actuel de son développement. Les fonctionnaires venus d Egypte, dont l’emploi dans les services au Soudan est plutôt vu d un mauvais œil, dépassent encore de beaucoup en nombre les fonctionnaires d’origine locale. Cette difficulté sera surmontée au fur et à mesure que 1 éducation progresœra, et qu’une plus grande quantité de Soudanais seront à même de remplir les postes officiels. En matière d’éducation, il sera bon cependant d’éviter l'erreur commise en Egypte en instituant un système qui prépare les élèves presque uniquement à remplir les fonctions de commis ou les postes administratifs inférieurs et qui crée ainsi un trop plein de candidats aux emplois gouvernementaux. Au Soudan il n’y a pas de place pour une horde de fonctionnaires subalternes, et 1 éducation devrait viser à donner aux Soudanais le goût et la capacité de se rendre utiles dans d autres domaines comme l’agriculture, l’industrie, le commerce et la profession d ingénieur Ce dont le pays a un besoin urgent, c’est son développement matériel et il peut l obtenir sans le système d’un secours administratif compliqué.
Les forces militaires employées au Soudan sont encore considérables. Sans doute pour compléter la conquête et la pacification du pays il est besoin d une grande armée . Mais, à notre avis, le moment est venu d’examiner à nouveau la question du nombre et de l’organisation de ces forces militaires, et de réduire le fardeau financier que le maintien de cette force militaire entraîne pour l’Egypte. Jusqu’à présent, la même personne a cumulé les fonctions de gpuverneur général du Soudan et de commandant en chef de l'armée égyptienne. Il y avait à cela d’excellentns raisons dans le passé, mais comme mesure permanente, c’est indéfendable. Dès qu’une occasion favorable, se présentera, il sera bon de désigner un gouverneur général civil.
D’une manière générale, la politique britannique devrait tendre à libérer l'Egyp'ede toute responbilité financière à l’égard du Soudan et à organiser les relations futures entre les deux pays sur une hase qui assure le développement indépendant du Soudan, tout en sauvegardant les intérêts vitaux de l’Egypte relativement aux eaux du Nil.
L’Egypte a le droit imprescriptible de compter sur une ample distribution d’eau pour ses terres actuellement en culture et de recevoir une juste part de tout accroissement de rendement obtenu par l’habileté des ingénieurs. L’inquiétude qui règne à ce sujet en Egypte serait sensiblement calmée par une déclaration officielle de la Grande-
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Bretagne, par laquelle elle reconnaîtrait ce droit et se déclarerait résolue, en toutes circonstances, à le maintenir. Nous estimons qu'une telle déclaration pourrait être laite avec avantage en ce moment.
B. — Visite des délégués égyptiens en Egypte.
Après la clôture des discussions qui ont abouti au mémorandum du 18 août, Zaghloul pacha et les autres délégués ainsi que Adly pacha quittèrent Londres pour se rendre en Fiance. Quatre membres de la Délégation (Mohammed pacha Mahmoud, Ahmed Loutfi bey el Saïd, Abdel Latif bey el Makabati et Ali bey Maher) partirent immédiatement pour l’Egypte conformément à l’accord visé ci dessus en vue d’obtenir l’appui de leurs compatriotes en faveur du plan esquissé dans le mémorandum. Le contenu du document avec quelques inexactitudes de détail avait, entre temps, été publié dans la presse, et il avait été reçu en Egypte par des commentaires approbatifs.
A peu près au même moment, on publia dans ce pays un long manifeste de Zaghloul pacha dans lequel il s’étendait sur le caractère représentatif de la Délégation et l’appui qu’elle avait reçu de la nation. 11 relatait les efforts faits par la Délégation pour soumettre la question égyptienne à la Conférence de la Paix et au monde entier et proclamait qu’un ensemble imposant de sympathies était acquis dans les pays étrangers. Il poursuivait en pailant de l’institution de la Mission spéciale et des obstacles que l’insistance sur la question du Protectorat avaient apportés à l’entrée en contact direct avec ses membres. 11 expliquait les circonstances qui avaient amené la .visite des délégués à Londres et les discussions qui y avaient eu lieu. Ce document concluait en annonçant que les propositions sorties de ces discussions allaient être soumises à la nation par des envoyés désignés à cet effet et, que, si le projet était favorablement accueilli, des représentants seraient élus pour négocier un traité sur les bases suggérées.
Il semble que le caractère peu concluant de ce message ait contribué à refroidir dans une certaine mesure l’enthousiasme avec lequel le Comité local de la Délégation au Caire avait salué la nouvelle d’un arrangement. Toutefois les quatre délégués qui débarquèrent à Alexandrie le 7 septembre furent accueillis par de chaudes démonstrations de bienvenue et leur arrivée donna en quelque sorte un regain aux sentiments d’optimisme. Un télégramme adressé par le Comité local à Zaghloul pacha exprima la confiance que le pays tout entier accordait à la Délégation et l’enthousiasme régnant parmi la population. On pouvait discerner en même temps un relâchement marqué de cette sensation de contrainte et de tension qui depuis quelque temps régissait les relations entre Anglais et Egyptiens, et la conciliation était dans l’air.
A vrai dire, l’arrangement suggéré furent tout d’abord en butte à une attaque très résolue de la part du Hisb el-Watani et d’autres extrémistes. Les critiques soutenaient que l’indépendance envisagée pour l’Egypte ne constituait pas une réalité et protestaient particulièrement contre le fait que le projet excluait le Soudan. Parmi les adversaires principaux se trouvaient les quatre princes de la famille khédiviale qui avaient signé le manifeste auquel nous avons fait allusion. Ceux-ci saisirent l’occasion qui se présentait pour publier dans les journaux arabes, le 11 septembre 1920, une déclaration proclamant que leurs idées ne s’étaient pas modifiées et qu’ils ne donneraient leur appui à aucun accord apportant des restrictions à l’indépendance de l’Egypte. Mais cette démonstration eut peu d’influence sur le public, et après le bon accueil qui fut en général réservé aux propositions, les princes ne tardèrent pas à la commenter de façon à lui enlever sa portée.
Bien que les quatre envoyés de la Délégation ne soient pas entrés en relations avec le monde officiel en Egypte, toutes les dispositions avaient été prises pour leur assurer toute liberté de mouvement et d’action. Le procédé qu’ils ont employé était de prier de petits groupes de personnalités représentatives égyptiennes de venir discuter avec eux l’arrangement projeté. Ceux-ci à leur tour communiquaient avec d’autres groupes dans les provinces, d’où les adhésions étaient envoyées aux quatre délégués. Si bien que, dans l’espace d’une quinzaine de jours, à compter de leur arrivée, il devint évident qu’une solide majorité des éléments représentatifs du pays était favorable aux bases de négociations qui leur avaient été soumises. Mais ce fut par une réunion des membres de l’Assemblée législative, convoqués à venir discuter le 16 septembre avec les délégués, que l’on obtint le témoignage, de beaucoup le plus important, de l’approbation générale. Des quarante-neuf membres présents à cette occasion, quarante-cinq émirent un vote favorable aux propositions. Deux membres s’abstinrent d’exprimer leur opinion et deux seulement votèrent contre. Deux autres membres, empêchés d’assister à la réunion, avaient écrit pour exprimer leur adhésion au projet. Celui-ci donc a reçu l’appui de quarante-sept sur cinquante et un membres restants.
Tandis qu’on enregistrait cette approbation générale, un supplément d’explications était cependant sollicité sur certains points particuliers et le vœu était émis que la Délégation lors de son retour à Londres, obtienne des assurances bien claires sur ces points. A cet égard la chose la plus importante était le désir universel d’obtenir l’indication bien nette que le Protectorat cesserait d’exister avec la conclusion du Traité d’alliance.
F. — Derniers entretiens avec les délégués égyptiens à Londres.
Les quatre envoyés revinrent d’Egypte à Paris dans les premiers jours d’octobre et y retrouvé-
rent Zaghloul pacha et ses autres collègues restés en Europe. A la fin du mois, le groupe tout entier accompagné d’Adly pacha retourna à Londres et se réunit encore deux fois avec la Mission à qui les quatre envoyés exposèrent les impressions recueillies en Egypte, et la situation qui en résultait fut discutée. De l’exposé fait par les envoyés, qui confirmaient ce que la presse avait déjà publié, il ressortait que les termes de l’arrangement proposé avaient été favorablement accueillis par le public égyptien et que la tentative faite tout d'abord de susciter l’opposition au projet avait abouti à un échec complet. Cependant, les envoyés ne manquèrent pas de nous faire observer que l’approbation générale de l’arrangement s’accompagnait de certaines réserves de la part des Egyptiens avec lesquels ils avaient conféré, et qu’on les avait chargés de tâcher d’obtenir qu’il fût modifié sur certains points. Ce qu’ils désiraient principalement, c’était la limitation des fonctions du • conseiller financier et du fonctionnaire anglais du Ministère de la justice; l’abandon des dispositions de l’article 5 du Mémorandum faisant dépendre la mise en vigueur du Traité projeté entre la Grande-Bretagne et 1 Egypte, de la conclusion préalable d’accords avec les puissances relativement aux modifications indispensables du régime des Capitulations; enfin, par dessus tout, l’abolition formelle du Protectorat. D autres points de moindre importance furent également soulevés, et il devenait clair que si l’on devait de nouveau procéder à l’examen de toutes ces questions, il serait nécessaire de rouvrir entièrement toute la discussion qui nous avait occupés pendant la plus grande partie de l’été. Les membres de la Mission furent unanimement d’avis qu’il était parfaitement inutile de s’engager dans cette voie. Ainsi que nous l’avons signalé aux délégués, un accord entre eux et nous ne pouvait en aucune manière être définitif. Tout ce que nous pouvions faire c’était de préparer la voie aux négociations officielles qui devraient être ultérieurement engagées si l’idée d’un Traité sur les bases que nous avions discutées, se recommandait à l’opinion des Anglais et des Egyptiens. Les points qu’on mettait en avant actuellement pouvaient être soulevés au cours des négociations officielles, comme sans doute d’autres points le seraient de part et d’autre. Le fait par nous de chercher à anticiper la décision dans tous ses détails, non seulement retarderait certainement l’ouverture de ces négociations, mais pourrait être préjudiciable à leur bonne marche.
Le point de vue de la mission a été résumé par lord Milner dans une allocution qu’il prononça le 9 novembre au cours de la seconde réunion des délégués. En voici les termes : ,
Il a paru désirable de tenir cette réunion avant le départ des représeniants égyptiens en vue d’éclaircir la situation et de laisser le champ libre à une coopération ultérieure entre eux et la mission.
Le rapport que les délégués qui viennent de revenir d’Egypte nous ont présenté semble indiquer qu’il existe un ensemble imposant d’opinions favorables à un arran-
gement sur les bases esquissées dans le Mémorandum du mois d’août.
D autre part, ils signalent qu’il y a plusieurs points du Mémorandum qu’ils désireraient modifier et quelques conditions nouvelles qu ils voudraient y ajouter avant de promet’ re inconditionnellement leur appui. Il n’est pas nécessaire que je m’étende aujourd'hui sur ces points, car la mission est unanimement d'avis qu’aucun résultat utile ne sera atteint par une nouvelle discussion de détail au point où nous en sommes.
Le Mémorandum n’a jamais ambitionné de faire plus que d’indiquer les ligues générales sur lesquelles un accord pouvait être réalisé. En tous cas, comme nous l’avions toujours prévu, l’accord lui-même, s’il est décidé d’y donner *uite, devra être l’aboutisoement de négociations offîcieilles entre des délégués dûment accrédités par les gouvernements britannique et égyptien. Dans ces négociations, les points nouveaux que vous avez mis en avant comme résultat de la visite de quelques uns d'entre vous en Egypte, peuvent être soulevés et d’autres points peuvent être soulevés de part et d’autre. Il ne serait pas possible ni désirable d’exclure aucune proposition qui ne serait pas inconciliable avec l'esprit de 1 arrangement ésquissé dans le mémorandum. Celui-ci dans sa structure même demande à être élucidé et refondu avant de pouvoir être transformé en un traité officiel. Si nous anticipons ces discussions, cela ne serait pas de nature d’après nous à faciliter un arrangement. C’est pourquoi nous estimons plus sage de nous abstenir en ce moment de formuler une opinion sur les points nouveaux que vous venez de soulever, bien que nous pensions qu’une solution satisfaisante puisse être et sera trouvée lorsque des négociations régulières pour ont être entreprises.
Ce qui est infiniment plus important en ce moment qu’une nouvelle discussion à propos de détails c’est d’influencer 1 opinion aussi bien ici qu’en Egypte dans un sens favorable à un arrangement sur les bases que nous préconisons les uns comme les autres et surtout d’entreienir et de fortifier par tous moyens l’esprit d amitié et de confiance mutuelle que nos conversations ont servi à faire naître, mais qui doit devenir général des deux côtés si nos efforts doivent conduire au résultat désiré. En ce qui concerne ce pays nous avons l’espoir que la présentation du rapport de la mission, que nous sommes désireux de terminer le plus tôt possible, nous mènera à ce but. Mais il est tout aussi important que. grâce à vos efforts, le même effet soit produit en Egypte. Nous apprécions avec reconnai sance tout ce que vous avez déjà fait pour cela. Cependant il est certain qu’il y a encore de l’oppo ition à surmonter. Il est évident que quantilé de gens en Egypte ne sont pas pénétrés de l’esprit de l’accord, 'mais sont, pour l’une ou l’autre raison, hostiles à la bonne entente entre l’Angleterre et l’Egypte. Ils se méfient ou prétendent »e méfier des intentions de noire pays. Ils ne veulent pas reconnaître l’esprit généreux dans lequel la Grande-Bretagne est disposée à satisfaire les aspirations du peuple égyptien Eu dissipant autant que vous le pourrez, ces soupçons et ces malemendus et en créant une meilleure atmosphère, vous ferez plus qu’il n’est possible par d’autres moyens, pour mener à bien l’arrangement que nous désirons si vivement voir intervenir.
A ces paroles, Zagmoul pacha répondit par un discours dont la substance était que, s’il était désireux autant que nous d’aider à créer une atmosphère favorable à un arrangement, ses efforts à cette fin seraient fortement affaiblis par le fait qu’il ne serait pas à même de faire aucune promesse aux Egyptiens à l’égard des grandes réserves proposées, et surtout qu’il ne serait pas en état de pouvoir dire que la Grande Bretagne avait finalement répudié le Protectorat. Il revint à diverses reprises sur ce dernier ‘point et dans la suite il exposa à nouveau cette façon de voir dans une lettre adressée à lord Milner.
Ce fut le dernier de nos entretiens avec les
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Egyptiens qui peu après quittèrent tous l’Angleterre. Il y a seulement lieu d’ajouter que le ton de nos discussions garda d’un bout à l'autre le caractère le plus amical et qu’en nous quittant, bien que nous ne fussions arrivés à aucun accord définitif et qu’on ne se fût engagé d’aucun côte, nous avons eu incontestablement l’impression que avec ou sans réserves, l’opinion publique en Egypte avait été favorablement impressionnée par les termes de l’arrangement suggéré, et que la plupart sinon l’unanimité des délégués espéraient qu'il serait linalernent accepté dans son intégralité par leurs compatriotes et étaient désireux de provoquer cette acceptation.
Résumé général
En raison du caractère complexe de notre sujet et de l’extension que notre rapport a dû prendre nécessairement (bien que nous nous soyons efforcés de laisser de côté tous les détails qui n’étaient pas essentiels), nous désirons récapituler les principaux traits caractéristiques de la politique que nous recommandons actuellement et les étapes par lesquelles nous sommes parvenus à nos conclusions.
Lorsque nous sommes arrivés en Egypte nous avons trouvé un état de malaise et de mécontentement général. La rébellion avait été réprimée, mais l’agitation ne diminuait pas et prenait même des formes dangereuses et violentes chez certains groupes extrémistes. De toutes parts on réclamait « l’indépendance complète » en commençant par la suppression du « Protectorat » qui était interprété comme impliquant l’extinction de la nationalité égyptienne Pour justifier cette déduction les nationalistes rappelaient le refus du •gouvernement britannique d’autoriser les ministres égyptiens à se rendre à Londres après l'armistice; la déportation de Zaghloul pacha et de ses compagnons; l’accroissement du nombre des fonctionnaires anglais depuis la guerre et enfin le maintien du régime de la loi martiale. En meme temps l'énonciation des quatorze points du président Wilson avait fait surgir à leurs yeux des perspectives de vaste envergure et leur mécontentement s’accroissait par la promesse faite à d’autres peuples orientaux qu’ils estimaient leur être inférieurs du droit de décider eux mêmes de leur sort. La défaite des Turcs et les doutes et les incertitudes quant à l’avenir du Califat surexcitaient également leurs sentiments religieux.
Du côté anglais la situation était pleine de difficultés. Depuis le début de la guerre un grand nombre de fonctionnaires expérimentés avaient quitté le service et leur place était occupée par des hommes nouveaux peu au courant du système traditionnel grâce auquel, au Uunps de lord Cromer, le contrôle britannique s’était maintenu sans froisser les susceptibilités des Egyptiens. Le
travail de l’administration durant la guerre mérite un chaleureux tribut de reconnaissance. 11 entraînait toutefois fatalement une certaine subordination des intérêts égyptiens aux intérêts anglais, et l'emploi de méthodes empr inies d’une certaine brusquerie, ce qu’un peuple dont les sympathies n’étaient guère de notre côté, pouvait prendre de mauvaise part. Quand la guerre prit fin, un grand nombre d’anciens points de repère disparurent et il se produisit en quelque sorte une rupture avec le passé. Le régime de la loi martiale était devenu indispensable non seulement pour maintenir l’ordre, mais pour poursuivre la gestion du gouvernement civil, l’ « agent général » était devenu haut commissaire et était en même temps commandant en chef et bien que les ministres continuassent à remplir leurs fonctions, 1 Assemblée législative avait été suspendue. Dans de pareilles conditions, l’administration devait être exercée en dépit d’une opposition quasi universelle qui affectait même la classe de fonctionnaires sur laquelle le gouvernement était contraint de se reposer pour une grande partie du travail d’exécution.
Nous avons été vite convaincus que cette situation ne pouvait être dénouée par un retour au système d’avant-guerre ni par des réformes d’un caractère purement administratif. Les conditions nouvelles réclamaient un changement plus radical. Mais la difficulté de découvrir une ligne politique acceptable qui satisferait les Egyptiens tout en garantissant les intérêts anglais devenait toujours plus grande par suite de 1 agitation manifestée à l’encontre du Protectorat. Le terme « Protectorat » était devenu un symbole de servitude dans l’esprit des Egyptiens et ils s’obstinaient à prétendre que c’était bien là son vrai sens. Il était absolument inutile d arguer sur ce point et il devint ainsi évident qu’il ne serait pas possible d’arriver à un arrangement par voie d’accord, si nous ne trouvions pas à nous placer sur un nouveau terrain.
Fort heureusement, les conversations officieuses que nous avons échangées avec les personnages influents en Egypte nous ont communiqué l’espoir de la possibilité de cet arrangement en le fondant sur des basés nouvelles. D'un commun accord, il nous ont déclaré que s'ils s’opposaient à ce qu’un statut inférieur soit imposé à l’Egypte par le gouvernement britannique, ils agréeraient un traité d'alliance librement consenti de part et d’autre et qui, tout en établissant l’indépendance de l’Egypte, accorderait à la Grande-Bretagne toutes les sauvegardes et les garanties que le Protectorat, tel que nous le comprenions, devait nous assurer. Dès lors, l’e.xamen de cette éventualité a formé la plus grande part de notre tâche et notre but n’a cessé d’être de trouver les bases d’un traité écartant toutes les querelles à propos de mots ou de phrases et constituant la définition unique et définitive des relations entre la Grande- Bretagne et 1 Egypte.
La reconnaissance de l’indépendance égyptienne par la Grande-Bretagne n’a rien de nou-
veau. Durant notre occupation, nous avons toujours scrupuleusement respecté le principe que l'Egypte constitue une entité nationale sous la suzeraineté du sultan de Turquie et lorsque nous avons supprimé la suzeraineté ottomane nous avons, de propos délibéré, choisi la proclamation du Protocole plutôt que d’annexer l’Egypte et de l’incorporer dans l’empire britannique. Nous avons maintes fois renouvelé notre promesse d’autonomie pour l’Egypte. Nous pensons que l’exécution de cette promesse ne peut être différée. On ne pourrait éteindre le sentiment nationaliste égyptien et bien qu’il soit toujours possible de réprimer ses manifestations les plus violentes, le gouvernement d’un pays, envers et eontre un peuple hostile qui nous accuse de \ ioler nos promesses, doit être une tâche difficile et désagréable tant pour ceux qui y prennent part que pour le peuple britannique qui en assume la responsabilité.
Cependant le transfert de tous les pouvoirs gouvernementaux entre les mains des Egyptiens se heurte à de formidables difficultés. 11 y a des intérêts anglais essentiels à défendre, il est également indispensable d’assurer la sauvegarde et de protéger les droits d’une grande quantité de résidents étrangers dont la présence en Egypte rend la situation de celle ci très différente de celle des autres contrées orientales et complique considérablement le problème.
Les intérêts essentiels sont pour l’Angleterre que les grandes voies de com munication de l’Empire qui traversent le territoire égyptien ne soient pas mises en danger soit par des troubles intérieurs soit par une agression étrangère; qu’elles soient à sa disposition en temps de guerre et à toutes fins utiles, en temps de paix, que les luttes entre les puissances rivales pour s’assurer la prépondérance en Egypte ne se renouvellent pats ; et, enfin, que l’Egypte indépendante ne poursuive pas une politique étrangère, hostile ou préjudiciable à celle de la Grande Bretagne. Il est par conséquent de toute nécessité que tout Traité conclu entre nous et les F gyptiens assure au représentant britannique en Egypte une position spéciale, nous permette de maintenir une force militaire sur le territoire égyptien pour la protection de nos communications impériales et de prendre des garanties suffisantes que la politique égyptienne restera en harmonie avec celle de l’Empire britannique.
La protection des droits des étrangers fait surgir un problème plus complexe encore. Actuellement, ceux ci sont garantis par les Capitulations. Mais les Capitulations constituent la plus grande des imperfections dont souffre l’Egypte. La multiplicité des juridictions qu’elles ont créées, et les facilités qu’elles donnent à des personnes de nationalité incertaine d’échapper à la juridiction locale compliquent singulièrement le problème du main tien de la loi et de l’ordre; en même temps, l’exemption d’impositions directes (autres que l’impôt foncier et immobilier), dont profitent les étrangers, met le gouvernement hors d’état de se
procurer des revenus, puisqu’il est pratiquement impossible d’imposer aux Egyptiens des taxations dont les étrangers sont exempts. Aussi, bien que la richesse du pays s’accroisse avec rapidité et que ses ressources soient actuellement suffisantes pour les besoins d’un bon gouvernement, l’administration s’est vue obligée depuis un certain temps de réduire certains services publics essentiels tels que ['instruction publique et l’hygiène publique. Pendant la guerre, on n’a pu se procurer les revenus nécessaires à l’entretien de la police auxiliaires (Ghaffirs) qu’au moyen d’une taxe spéciale imposée en vertu de la loi martiale.
Pour nous, il était évident que, sans la suppression de ces restrictions aucun gouvernement égyptien ne pourrait jouir d’un réelle indépendance. Laisser un gouvernement égyptien en lutte avec des circonstances qui menacèrent de mettre l’administration actuelle dans un impasse équivaudrait à la vouer infailliblement à l’insuccès. Nous prévoyions que si les Capitulations étaient maintenues, le Gouvernement égyptien sans 1 appui de l’Angleterre serait, selon toutes probabilités exposé à la pression concurrente des influences étrangères, ce qui pourrait paralyser son action. Par conséquent, il était clair' ment de l’intérêt de l’Egypte que les Capitulations fussent abolies et les Tribunaux mixtes réorganisés de manière à leur permettre de s’attribuer la compétence des tribunaux consulaires et d’exercer leur pouvoir de juridiction dans les affaires tant civiles que criminelles concernant les étrangers Toutefois ceci ne pouvait être obtenu que par l’entremise de la Grande Bretagne De son côté la Grande-Bretagne ne pouvait avoir l’espoir de réussir à déterminer les Puissances à se dépouiller de leurs privilèges actuels que si elle était en état de leur ’ garantir le maintien de la solvabilité du pays et la sécurité de la vie et de la propriété des étrangers. Nos efforts ont donc tendu à mettre la Grande-Bretagne dans une position qui lui permît de donner ces indispensables assurances. A cet effet, il est nécessaire qu’un Traité reconnaisse à la Grande-Bretagne le droit d’intervenir dans la législation concernant les étrangers, et d’exercer un certain degré de contrôle sur les branches de l’administration qui affectent le plus directement les intérêts étrangers.
Sous la condition de l’existence de ces moyens de sauvegarder les intérêts spéciaux de la Grande- Bretagne et de protéger les droits des étrangers, nous soutenons que le Gouvernement de l’Egypte devrait redevenir en fait ce que, durant notre occupation, il a toujours été en théorie, un gouvernement de l’Egyple par les Egyptiens. Nous avons suffisamment foi dans l’œuvre réformatrice des quarante dernières années pour penser qu’une telle solution peut maintenant être poursuivie avec de bonnes perspectives de succès. Mais elle doit être adoptée de tout cœur et dans un e^pri de confiance et de sympathie. Rien ne serait probablement plus susceptible de mener à un insuccès que de surcharger cet.e politique d’une excessive quantité de restrictions timorées qui obscur-
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
ciraient le principe de l'indépendance égyptienne, créerait un état de suspicion quant à nos intentions véritables et ferait échouer notre but principal : le rétablissement de la bonne volonté mutuelle et d’une cordiale coopération entre Anglais et Egyptiens.
Nous ne cherchons pas à dissimuler notre conviction que l’Egypte n’est pas encore en état de se priver de l’aide britannique dans son administration intérieure. Mais les Egyptiens ne l’ignorent pas et du moment que la responsabilité devient clairement la leur, il ne se hâteront nullementde se dispenser de toute aide de notre part qui serait essentielle à la prospérité et au bon gouvernement de leur pays. Et ils tarderont d’autant plus à )e faire que sous ce régime il deviendra impossible d’attribuer aucun insuccès éventuel à l’injonction anglaise et que la bonne besogne des fonctionnaires anglais à l’avenir sera mise au crédit des ministres qui auront eu le bon esprit de les retenir Au surplus il se présentera, d après nous, un changement radical dans l'atmosphère lorsque les Egyptiens seront bien convaincus que l’intention de la politique britannique est de les aider à réaliser leur idéal et non de se mettre en travers de cette réalisation. Ce qui nous confirme beaucoup dans cette croyance c’est l’expérience personnelle que nous en avons faite dans nos rapports avec les délégués égyptiens avec lesquels nous sommes entrés en contact si intime. Dès qu’ils eurent été persuadés de la sincérité de nos intentions ils se montrèrent tout prêts à apprécier notre point de vue, à reconnaître les' intérêts spéciaux que la Grande-Bretagne possède en Egypte, la dette de gratitude qui lui était due • pour son œuvre passée dans ce pays et l’indispensabilité de son assistance future pour le maintien de son intégrité et de son indépendance. De plus nous ne sommes nullement découragés par le fait que jusqu’ici ils n’étaient pas tous disposés à s’engager sans réserves sur tous les points de l’arrangement auquel par nos entretiens ils avaient collaboré avec nous. Nous ne doutons pas qu’ils soient de tout cœur favorables aux principes essentiels de l’arrangement et qu’ils soient désireux d’obtenir son acceptation par leurs compatriotes. De plus autant que nous pouvons en juger, l’opinion publique en Egypte se meut résolument danscette direction. U y a une diminution sensible des sentiments d’amertume et de la violente propagande qui prévalaient récemment encore et. le pays est désireux de tranquillité. Le moment est favorable pour fixer les relations entre la Grande Bretagne et l’Egypte sur les bases satisfaisantes et durables d’un Traité qui, tout à la fois établira l’indépendance de l’Egypte et garantira les intérêts essentiels de la Grande- Bretagne. Celle-ci aura un avantage incontestable à voir ces intérêts clairement définis et mis àl’abride toute discussion dans unTraité accepté par les Egyptiens ; de même qu’il y aura un avantage évident pour l’Egypte d’avoir son intégrité et son indépendance garanties parlaGrande- Bretagne. En conséquence, nous conseillons vive-
ment au Gouvernement de Sa Majesté d’entrer, sans trop tarder, en négociations avec le Gouvernement égyptien en vue de la conclusion d’un Traité sur les bases que nous avons entrepris de recommamler. A notre avis ce serait un grand tort que de laisser échapper l’occasion qui se présente actuellement.
Le 9 décembre \ 920.
Milner,
Rennell Rood,
Owen Thomas,
Cecil J. B Hurst,
J. A. Speniier.