‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 2)Chapitre 59 sur 149 · DU SUD DE L'ALGÉRIE · texte numérisé non relu

DU SUD DE L'ALGÉRIE

Reproduction interdi

ue rrar.çat

pètes de siroco qui chassent violemment les nuages de sable et de graviers obligeant les caravanes à s'immobiliser pendant des heures.

Ces caractéristiques sont communes à toutes les régions sahariennes; ce qui les différencie, c’est la nature du sol, la répartition des ressources en eau, et par suite le groupement, le caractère et les habitudes des populations qui se sont adaptées à chacune d’elles.

Le terrain se présente au Sahara sous des formes types dont les noms indigènes sont passés dans notre vocabulaire géographique.

La Hammacla. — Plateau rocheux aux grandes dalles polies par le vent, sillonné de dépressions sablonneuses à faible végétation d’arbustes et de touffes fourragères.

La Chebka. — Terrain mamelonné, tourmenté, analogue à la Hammada.

Le Reg. — Terrain plat, alluvionnaire, généralement recouvert de petit gravier et de sable, et d’où la végétation est absente.

L'Erg. — Massif de dunes de sable, reposant sur une ossature rocheuse qui en modèle les formes et les rend invariables dans leurs grandes lignes, malgré la violence des vents; réservoir d’eau peu profonde et de pâturages clairsemés.

Le Rassi. — Grand couloir de reg, qui coupe des massifs de dunes et où l’on peut voir le lit des anciens oueds quaternaires.

Le Nebka. — Terrain de petits monticules sablonneux, où l’eau superficielle a fixé une végétation relativement abondante.

Les Daïas. — Cuvettes au milieu des regs, où existent les grands bétoums (pistachiers-térébinthes).

Enfin, les tanezroufts , immenses étendues de plusieurs centaines de kilomètres plates et absolument stériles, dépourvues de puits, de touffes et de bois, et que les caravanes traversent à marches forcées sous la direction de guides éprouvés.

Les diverses régions du Sahara se rapprochent plus ou moins de ces formes classiques ; au point de vue géographique, elles sont très dissemblables. i

A l’Ouest, c’est le bassin de la Saoura, qui collecte les eaux descendant de l’Atlas Orano- Marocain. Très abondantes dans la principale branche, l’oued Guir, où elles permettent l’irrigation et l’inondation de vastes superficies de céréales (Bahariat), elles ne coulent qu’irrégulièrement en surface dans la vallée moyenne; mais, absorbées par le sable et remises à jour par des travaux hydrauliques, elles irriguent des palmeraies importantes; elles vont se perdre enfin au Sud dans des Sebkas où elles ont formé par évaporation des gisements salins abondants, que les indigènes exploitent.

A l’Ouest de la Saoura, c’est la Hammada marocaine, puis l'Erg-Iguidi, pays inhabité que traversent seulement des bandes de pillards

marocains dans leurs razzias périodiques sur les troupeaux de l’Afrique Occidentale Française.

A l’Est de la vallée de la Saoura, s’étendent les Hauts-platraux sahariens , qui prolongent les monts des Ksour, et que traversent les grands oueds issus de cette chaîne. Ces oueds, creusés à l'époque quaternaire, coulent encore irrégulière- . ment dans leur partie septentrionale et présentent dans la saison froide des redirs permanents. Mais le sable les envahit de plus en plus, ce sont surtout des vallées orientées sensiblement Nord- Sud où les troupeaux trouvent des pâturages d’hiver; jalonnés de quelques puits profonds et de débit irrégulier, ils servent d’axe de marche aux tribus du Sud-Oranais qui se rendent en caravane au Gourara. Ils se perdent bientôt dans le Grand Erg Occidental , une mer de sable aux hautes vagues solidifiées, de parcours difficile, et où la vie permanente n’a pu se fixer.

Leur zone d’épandage souterraine a permis la création des oasis du Gourara , que prolongent vers le Sud les oasis du Touat, tributaires du bassin de la Saoura, et plus loin encore vers le Sud-Est les oasis du Tidikelt alimentées par les nappes du plateau du Tadmaït et des massifs touareg. Cet archipel d’oasis est habité par une importante population sédentaire qui a su utiliser et mettre à jour par des travaux considérables de galeries souterraines les réserves d’eau de son sous-sol que nos sondages artésiens ont encore augmentées en atteignant les nappes profondes.

Des tribus nomades, ruinées par la sécheresse et par l’insécurité, s’y sont aussi fixées et ont encore quelques troupeaux de chameaux qui suffisent aux relations régionales. Mais l’importance de ces groupes d’oasis réside surtout dans les ressources qu’y peuvent trouver les grandes tribus limitrophes en cas d’insurrection; de tout temps les oasis du Sahara central ont commercé avec nos tribus du Sud-Oranais, avec les farouches Beraber du Tafilalet et du Sud-Marocain, avec les Touareg, riverains du Soudan. Befuge de dissidents, foyer de fanatisme et d’opposition à notre pénétration, leur rôle a été considérable dans l'histoire de notre expansion africaine; c’est de leur conquête qu’est née la question marocaine.

Dans sa partie centrale et sur la longitude d’Alger, Laghouat, El-Goléa, le Sahara algérien présente un seuil de faible altitude qui limite à l’Ouest le bassin des grands chotts septentrionaux qui s’étendent de Biskra au golfe de Gabès. Cette arête large et irrégulière, peu accentuée, forme la chebka du M'Zab , puis le plateau du Tademayt, et est prolongée au Sud par les massifs touareg. Tous les oueds qui descendent des plateaux et des massifs convergent vers la dépression des chotts dont l’altitude est parfois audessous du niveau de la mer. Les grands collecteurs en sont :

L’oued Djeddi orienté Ouest-Est, qui court parallèlement et à peu de distance de l’Atlas saharien dont il draine les eaux, et qui marque

RENSEIGNEMENTS COLONIADX

la limite de la colonisation romaine ; sujet à des crues violentes et soudaines, il devient alors un obstacle absolu au passage des caravanes. Au Nord de l’oued Djeddi et au pied des contreforts de l’Atlas saharien sont les oasis des Zibans, dont Biskra est le centre;

L’oued Mia, qui collecte toutes les eaux du Mzab et du Tademayt, a une direction sud-ouest nord-est et contient à son confluent avec l’Igharghar, les riches oasis d 'Ouargla;

Enfin, la vallée de l’Igharghar, encore visible sur presque tout son parcours, descend du grand massif du Ahaggar, se dirige vers le Nord et prend le nom cl’oued Rhir dans sa partie basse que jalonnent sur plus de 100 kilomètres les belles oasis dont Touggourt est la capitale, et qui sont en développement croissant.

A l’Est de l’Igharghar et jusqu’au plateau du Tassili des Azdjer, s’étend sur des centaines de kilomètres carrés une nouvelle région de hautes dunes, le Grand Erg oriental , plus riche que l’occidental en points d'eau et en pâturages sahariens; elle sert de terrain de parcours aux tribus nomades des oasis, et des palmeraies ont même pu y être créées dans le sable, par un labeur acharné des populations de l'oued Souf.

Au Sahara, plus encore que dans les autres régions des territoires du Sud, la question de l’eau s’impose sans cesse à la vie agricole et pastorale, et règle tous les mouvements de nomadisation et de transhumance. Pour des colonnes militaires, le ravitaillement en eau doit être le premier souci du chef, faire l’objet d'une étude approfondie par renseignements et par reconnaissances recoupées; c’est la question d’eau qui permet de déterminer les itinéraires, qui limite l’effectif en hommes et animaux pouvant marcher groupés dans le même détachement. L’expérience de ceux qui connaissent le pays et l’ont parcouru avec des nomades est indispensable pour compléter les renseignements donnés par les tableaux des points d’eau de chaque territoire; les ressources varient d’ailleurs avec les saisons, et avec la sécheresse plus ou moins prolongée de chaque région.

Les pluies se répartissent très inégalement au Sahara. Entre l’Atlas et la latitude d’Ouargla, il en tombe quelques centimètres tous les ans, à peu près partout; mais plus au Sud, il n’est pas rare de voir des périodes de sept années consécutives d’une sécheresse absolue, qui tarit les puits, déssèche les arbres et les plantes fourragères, et oblige les troupeaux à des déplacements de 500 kilomètres pour trouver quelques ressources. Et d’autre part, un orage de deux heures survenu quelquefois très loiu, y détermine des crues violentes d’oueds que toute une génération avait toujours connus à sec.

Les puits du Sahara sont généralement de faible diamètre, ils sont maçonnés en pierres sèches, ou coffrés en fascines, dans les terrains ébouleux. Normalement, ils comportent une

petite margelle, près de laquelle les indigènes ont construit des auges en plâtre, à fleur du sol, pour l’abreuvoir de leurs troupeaux.

Dans les régions où les vents de sable soufflent violemment, le puits n’a pas de margelle, tout obstacle donnant lieu à la formation d’une dune; son orifice est alors recouvert de dalles mobiles qui empêchent l’ensablement.

Quand la nappe d’eau est à plus d’une trentaine .de mètres, la margelle est complétée par des piliers grossièrement maçonnés sur lesquels les caravanes disposent les poulies en bois qui font toujours partie de leurs bagages, et qui permettent un puisage moins pénible, soit à bras, soit par traction animale (des puits de SC à 100 mètres existent dans les hauts plateaux sahariens).

Les puits n'ont été creusés et ne sont entretenus que dans les points où l’on a constaté la présence d'une nappe d’eau de débit constant; leur débit est très variable, les indigènes savent l’évaluer en indiquant le nombre de chameaux que l’on peut y abreuver à l’étape. Parfois, on trouve des puits qui ont servi à abreuver des troupeaux après une année pluvieuse au milieu de riches pâturages, et dont le réservoir n’était qu’une poche d'eau retenue par des terrains imperméables ; toute opération de curage et d’approfondissement y serait inutile.

En dehors des puits, on peut trouver en hiver, dans les oueds venant des monts de Ivsours et du Tademayt, des réservoirs d’eau pluviale (redirs); il en existe même dans le Sahara central; mais une-colonne militaire ne doit jamais les considérer comme une ressource certaine; ils s’assèchent vite et sont presque toujours souillés par les déjections des animaux qui s’v abreuvent.

Les tilrnas sont des trous d'eau que l’on peut creuser à la main dans certaines régions sablonneuses où l’eau est presque en surface.

Dans les oasis on trouve aussi des puits ordinaires, dont l’eau peu profonde sert à l'irrigation : elle est généralement mauvaise.

Les vrais ressources, et elles sont considérables, sont :

Les séguias d’adduction de sources naturelles (région de Biskra).

Les puits ascendants indigènes, coffrés en troncs de palmiers, qui amènent à fleur du sol l'eau de la première nappe profonde (.40 à 80 m., région de Touggourt et d’Ouargla).

Les puits artésiens , creusés par nous depuis 1856 (Touggourt, Ouargla, Tidikelt, Zibans).

Les foggaras, canaux souterrains déversant dans des dépressions irrigables l’eau captée à plusieurs kilomètres dans les couches perméables (Gourara-Touat-Tidikelt).

Les puits à bascule, dont l’eau affleure presque le sol, dans les régions de dunes (Oued Souf- Gourara septentrional.)

Les sources naturelles et les dérivations d'oueds (Aïn Sefra-Biskra-Saoura).

Toutes ces eaux sont potables, plus ou moins magnésiennes cependant; celles des nappes artésiennes de l’Oued-Rhir en particulier ont des pro-

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

priétés purgatives qui anémient très vite les Européens qui séjournent quelque temps dans cette région. Les ressources alimentaires sont très limitées; en dehors des oasis où l’on trouve toujours des dattes en abondance, comestibles et fourragères, des légumes et des fourrages verts, les tribus nomades ne peuvent être mises à contribution que pour les chameaux, quelques chèvres et moutons.

Le comestible fait habituellement défaut aux étapes; seules les caravanes arabes peuvent trouver à peu près partout quelques racines sèches, quelques crottins de chameaux qui leur suffisent à préparer leur maigre repas du soir. La fabrication du pain, possible aux oasis, pour de très faibles effectifs, en utilisant les troncs et les branches de palmiers et les racines des arbustes des sebkhas, est impossible ailleurs.

Il faut ajouter que la marche est très pénible pour des piétons à cause de la nature du sol; les chaussures en cuir se raccornissent et sont coupées par le sable; il est impossible à des fantassins même allégés de faire étape pendant les heures chaudes de l’été (avril à octobre); la direction doit être assurée toujours par des guides éprouvés; enfin, les troupes régulières sont très impressionnées par la solitude, l’aridité du pays, et l’immensité des horizons.

Ces conditions donnent à la guerre saharienne une physionomie toute spéciale. Le seul objectif doit y être la main-mise sur les centres habités, sur les marchés où se ravitaillent les insurgés, et, dans des circonstances exceptionnellement favorables, sur les troupeaux et les campements de nomades, qui ont pour eux la parfaite connaissance du pays et une mobilité extrême.

Page 1