LES RAGES
On a coutume de diviser les indigènes de l’intérieur de l’Algérie en deux catégories, les Arabes et les Berbères, et d’attribuer à chacune d’elles des caractéristiques très nettes, quel que soit le genre de vie des groupements qui les constituent.
Cette classification est tout arbitraire et ne répond pas à la réalité.
Longtemps avant les invasions arabes, les peuples pasteurs du Sahara et des Hauts-Plateaux menaient la vie nomade, seule possible dans ces régions; les tribus arabes venues de l’Arabie par l’Egypte et entraînant à leur suite des Berbères de Tripolitaine avaient un effectif bien inférieur à celui des populations de la Berbérie; elles ont été absorbées par les éléments autochtones qu’elles ont islamisés, refoulant ou plutôt obligeant à se cantonner dans les massifs montagneux des oasis et le Sahara central des groupements berbères qui s’y sont conservés purs de tout mélange malgré leur conversion ultérieure à l’islamisme.
Plus tard, les tribus berbères des Hauts-Plateaux oranais ont été à leur tour gagnées à la religion du prophète par les marabouts venus
d’Espagne et du sud marocain; elles ont adopté le langage, les mœurs, les noms de leurs nouveaux suzerains, et se revendiquent aujourd’hui de leur généalogie et de leur origine. Ënfin, des familles influentes de Cheurfa se sont fixées presque partout.
La fusion de tous ces éléments s’est faite dans les groupements nomades, que l’on appelle aujourd’hui les Arabes; mais dans les oasis sahariennes, ils se sont juxtaposés, conservant chacun leur langue, leurs coutumes, et acquérant cependant par les conditions de vie et par le voisinage, des mœurs et des caractères identiques.
Il est intéressant de remarquer que les tribus qui occupent les régions du sud constantinois, par où a débouché la grande invasion hilalienne, ont conservé un type physique se rapprochant beaucoup de l'arabe classique; et aujourd’hui encore, bien que leur pays puisse suffire en toute saison à assurer l’existence de leurs troupeaux, elles continuent à gagner en été les régions du Tell; elles s'y rendent au complet avec leurs tentes, leurs familles, leur cheptel, et par les itinéraires qu’ont empruntés leurs ancêtres du xie siècle. Plus on avance vers l’Ouest et vers le Sud, plus le type arabe disparaît, et plus les tribus se cantonnent dans leurs propres terrains de parcours.
■ Ce qui a fait la caractéristique de chaque groupement, ce n’est pas son origine, mais bien la vie imposée depuis des siècles par les conditions géographiques et économiques, et il paraît préférable, au lieu de parler d’Arabes et de Berbères, d étudier successivement ;
Les nomades des Hauts-Plateaux et du Saharu septentrional ( Arabo-Berbères) ;
Les grands nomades sahariens (Berbères arabisés);
Les Chaouïa de l’Aurès (Berbères);
Les populations sédentaires des oasis (Arabes et Berbères).
Les Mozabites (Berbères);
Les Touareg (Berbères).
Nomades.
Dans les Hauts-Plateaux, la répartition des grands groupements est exactement la même qu’au début de la conquête de 1830. Non seulement ces groupes, mais aussi les tribus en lesquelles ils se subdivisent, possèdent des droits d’usage immuables sur des terrains de parcours collectifs bien délimités; elles creusent et entretiennent les puits, ont droit de priorité sur les terrains cultivables et sur les régions de pacage. C’est leur domaine propre; la tribu y vit en tout temps, plus ou moins groupées autour des points d’eau selon les saisons, et elle s’y mélange rarement aux tribus voisines. Leur nomadisation y est donc très relative, et en tout cas elle est toujours localisée, en ce qui concerne les campements.
Par contre, les troupeaux y sont très mobiles : sauf au printemps, époque à laquelle les chameaux et moutons suivent les douars, qui se
nourrissent de leur lait, ils sont sans cesse en déplacement sous la garde de quelques bergers, de quelques tentes de gardiens, en recherche de pâturages.
Les contestations entre tribus voisines, pour l’usage d’un puits ou la mise en valeur d’un terrain bien détrempé, sont toujours violentes.
Mais malgré ces habitndes qu'une longue sécurité et que notre administration ont imposées peu à peu, les tribus nomades conservent toujours une grande mobilité : le cas échéant, nous les retrouverions devant nous comme aux débuts delà conquête, comme ellesétaient à l’époque biblique, dont elle reconstituent encore, un tableau très impressionnant.
Ce sont toujours des groupes de tentes, dont les chefs possèdent l’autorité patriarcale indiscutée, reconnaissent l’aristocratie de naissance et ont besoin d’être commandés. Essentiellement cavalières, elles sont d’autant plus rudes et guerrières que Ion se rapproche de l’Ouest. Impulsifs, versatiles et imprévoyants, les nomades aiment la fantasia, la chasse et l’imprévu; ils sont comme leurs chevaux, d’une sobriété et d’une endurance extrêmes; toujours prêts à agir, et à suivre avec fanatisme le chef social ou religieux qui a su s’imposer, leur mentalité ne s’est pas modifiée depuis des siècles.
Ce sont ces tribus qui nous ont permis par leurs rivalités, par leur besoin d’action et par leur amour du butin, de trouver pour la conquête des auxiliaires précieux que l'on a su opposer les uns aux autres. C’est en s'appuyant sur les tribus restées fidèles que nous nous sommes rendus maîtres des insurrections. Ce sont les nomades qui nous ont fourni pour la conquête du Maroc et des oasis sahariennes des goums et des convois sans lesquels nous aurions été impuissants.
Leur tactique est connue : c’est toujours la charge en horde, sans cesse renouvelée, impuissante contre des troupes disciplinées qui peuvent faire usage de leurs feux; une grande facilité de se dérober et de se soustraire à la poursuite, un moral qui ne résiste pas à la volonté tenace de l'adversaire. Redoutables seulement dans la guérilla, ils recherchent les convois, les isolés, les petits détachements, comblent les puits, etc...; cruels et sans pitié, ils sont restés les disciples d’Abd-el-kader.
Les nomades ont des silos dans lesquels ils emmagasinent des réserves importantes de grains; ils sont susceptibles d’en charger sur leurs chameaux des approvisionnements de plusieurs mois; c’est ce qui fait leur force. Leur armement est très réduit, très primitif, les fusils de chasse et les armes sans culasse y dominent, mais ils sauraient, le cas échéant, remarquablement utiliser les armes à tir rapide dont ils arriveraient à être pourvus.
Ces traits sont communs à toutes les tribus qui vivent sur les Hauts-Plateaux et au pied de l’Atlas Saharien dans la région des chotts entre Laghouat et Touggourt. Toutes ont aussi le besoin héréditaire de nomadisation. Les tribus du
Sahara Algérien oriental, qui trouvent à proximité de leurs terrains de parcours les riches palmeraies des Zibans et de l’oued Rbir, vont estiver dans le Tell, augmentent leur cheptel ovin, et reviennent à l’automne avec leurs approvisionnements de grains. Celles des Hauts-Plateaux oranais, au contraire, laissant toute l’année le gros des campements dans leur zone normale de parcours restreint, se ravitaillent par caravanes : en hiver plus de 20.000 chameaux descendent les grands oueds sahariens pour gagner le Gourara, le Touat, quelquefois le Tafilalet.
Les produits s'échangent et, à défaut d’esclaves dont le commerce est radicalement enrayé depuis quelques années, les grandes caravanes rapportent les charges de dattes dont les nomades font une consommation régulière. L’été, de nouvelles caravanes se rendent dans le Tell, s’y emploient aux transports et opèrent les achats de grains. C’est donc un mouvement incessant, qui résulte des nécessités alimentaires, qui limite d’autant les périodes pendant lesquelles les tribus nomades peuvent tenir la campagne, et qui doit donner les directives de la tactique à employer vis-à-vis d’elles.
Grands nomades sahariens.
Entre Touggourt, El Oued, Ouargla, Gbardaîa, El Goléa, vivent en tout temps les grands nomades du Sahara. Disséminés à l’extrême, d’humeur sauvage et indépendante, ils se sont groupés en tribus qui ont pour points d’attache ces oasis, où ils possèdent des palmeraies et où ils exercent une véritable souveraineté de fait. Ils ont construit en dehors des villages de sédentaires, des plaisons ou des huttes, ils viennent y passer l’été jusqu’à la fin de la récolte des dattes. Et aussitôt après, ils regagnent par petits groupes les immensités sahariennes, toujours en quête de pâturages, chassant la gazelle, se livrant au commerce et à la contrebande avec les oasis centrales, le Sud tunisien et les villes tripolitaines de la frontière.
Leurs terrains de parcours sont délimités comme ceux des nomades du Nord, mais ils sont très étendus et ne conviennent qu’à l’élevage du chameau et de la chèvre.
Ce sont ces tribus, dont la plus connue, la plus saharienne peut-on dire, est celle des Chaamba, qui ont entravé si longtemps toutes les tentatives de pénétration, qui ont créé une insécurité redoutable par leurs dissidents et qui, aujourd’hui complètement soumis, fournissent le noyau de nos compagnies sahariennes. Leurs goums à méhari font tous les ans des incursions heureuses sur les territoires du Sud tripolitain, véritables raids de milliers de kilomètres, que nos troupes de cavalerie ne peuvent concevoir. Ils ont des régions désertiques et de l’emploi du chameau et du méhari une connaissance innée qui en fait des auxiliaires précieux, et qui remettrait en question la sécurité de l’Algérie le jour où ils feraient défection.
Très impressionnables, très impulsifs, remar-
- lit
quables tireurs, sachant utiliser le ferrain et manœuvrer, dressés depuis trente ans dans nos compagnies sahariennes, ils ont des qualités de dévouement et d'intelligence qui les font se donner aux chefs qui les comprennent, qui savent s’adapter à leur vie, qui les commandent en s’inspirant de leur mentalité. C’est dans ces tribus que les explorateurs Foureau, Lamy et tant d’autres ont trouvé leurs guides et leurs escortes; c’est avec leurs goums que le capitaine Pein a osé en 1899 lancer ses 180 carabines sur les 1.200 guerriers d’In Salah, et amorcer la conquête du Touat.
Les annales sahariennes, depuis vingt ans, sont remplies de leurs exploits, c’est grâce à eux que la question touareg a pu être résolue, et que notre police saharienne s’exerce aujourd’hui jusqu’aux confins du Soudan.
Pour se rendre compte de ce qu’ils seraient comme adversaires, il faut les suivre dans une de ces expéditions où ils donnent la chasse à un rezzou qui est venu de Fezzan ou de barrière pays touareg voler des chameaux dans leurs pâturages.
L’alarme se transmet vite, mais les campements sont très dispersés et le groupe de poursuite met souvent deux ou trois jours pour se rassembler. Les méharistes arrivent avec leur fusil de guerre et des provisions de route, orge grillée, dattes sèches, sucre et café (quelques centaines de grammes par jour, sous un volume réduit) et des outres goudronnées qui leur assurent une provision d’eau pour plus d’une semaine. Leurs méhara, eux, adaptés au désert et doués d’une résistance extraordinaire, vivront sur leur bosse, et se referont au retour. Et la poursuite commence sous la conduite d'un vieux routier expert en traces, qui ne lâchera plus la piste des voleurs. Elle se poursuit jour et nuit, sans interruption, au grand pas allongé des mehara; la nuit, en l’absence de lune, une lanterne les maintient sur les traces, des arrêts d’une heure permettent de préparer du café, de s’assoupir quelques instants, et l’on repart en délayant dans la main quelques pincées de farine ou d’orge grillée; on s’attache à la selle pour ne pas céder au sommeil, et cela dure des jours, jusqu’à ce que l’on tombe sur le rezzou qui se croit hors d’atteinte et se repose en sécurité.
Les Sahariens ont aussi des chevaux, dont la résistance et la rusticité ne sont pas moindres. En 1898-99 les goums méharistes d’Ouargla qui ravitaillaient la mission Foureau-Lamy et assuraient la sécurité de ses derrières s’étaient adjoint 16 cavaliers des Saïd-Otba.
Au retour, en avril, saison déjà chaude, après cinq mois de randonnées, le goum se trouve pris par la soif dans le Gassi-Touil. Il est à 90 kilomètres du premier puits, et l’on a distribué à chacun son dernier litre d’eau. Les cavaliers partent en avant dans la soirée pourvus d’outres; ils atteignent le puits, reviennent sur leurs pas pendant 30 kilomètres, et distribuent l’eau aux méharistes le lendemain avant midi.
En seize heures ils ont couvert 120 kilomètres, chargés chacun au retour de 60 litres d'eau : voilà ce que peuvent nos nomades sahariens.
Populations sédentaires des oasis.
Ces populations sont très variées dans chaque région; elles comprennent des tribus arabes fixées au sol, des groupes de Merabtine venus du Maroc, des Berbères plus ou moins mélangés de sang noir, des Harratine, véritables serfs, descendants des anciens esclaves.
Au Nord, l’élément arabe prédomine; dans la région de l’Oued Rhir, les Rouahra présentent tous les caractères d’une \ieille race berbère, se rapprochant des Egyptiens par ses traits physiques et ses coutumes. Dans les oasis centrales, la proportion des divers éléments est variable : l’Arabe domine au Tidikelt, mis en valeur depuis peu de siècles, tandis que dans le Gourara et le Touat, où les traditions sont conservées, la construction des foggaras indique aussi l’existence très ancienne d'une civilisation de Zenètes, qui ont donné leur empreinte à tout le pays, et que l’on retrouve partout.
Les éléments ne sont pas mélangés : Arabes, Merabtine et Zenata habitent des villages distincts et ont conservé leur langue et leurs mœuFs. Tous emploient les Harratine et les nègres à une mise en valeur intensive des palmeraies et à l’entretien des foggaras ; ils possèdent quelques rares troupeaux de chameaux, de chèvres et de moutons touareg, et tirent toutes leurs ressources des palmeraies.
Leurs villages bâtis en argile, occupent généralement des positions défensives et comportent une kasbah qui sert de magasin et de réduit; une enceinte les entoure, et se prolonge dans les jardins corltigus par un enchevêtrement de murailles, de fossés et de canaux, qui constituent des défenses accessoires sérieuses.
La vie sédentaire, imposée à ces populations par l’insécurité et par l’aridité des régions désertiques qui les entourent, a façonné leur caractère; une nourriture insuffisante, un climat très pénible, la promiscuité et l’entassement dans des villages mal bâtis, les fièvres dues à la stagnation des eaux d’irrigation, contribuent, d’autre part, à les amoindrir physiquement. Malgré le fanatisme intransigeant des Merabtine, toutes ces populations sont aveulies, sans ressort, impuissantes à tout effort commun prolongé. Les luttes intestines, l’esprit de parti y sont d’une violence extrême, et cela suffit à alimenter leur activité. De tout temps, les sédentaires des oasis ont été sous la suzeraineté des grands nomades, et ont payé leur protection.
Ils n’ont de force que par le ravitaillement et l'asile qu'ils peuvent donner à des bandes insurgées de vrais guerriers.
Mozabites.
Parmi les populations sédentaires des oasis, les Mozabites méritent d’être classés h part.
Ils occupent le chebka désertique et chaotique
du M’Zab où ils ont. vers le xiue siècle, construit leurs sept ville-s et créé de beaux jardins par une irrigation artificielle. Leurs puits creusés dans la roche sont très profonds, et le puisage s’y fait par traction animale.
Hérétiques de l’Islam, ils venaient d’Ouargla, où les ruines de leur capitale, Sédrata, enfouie sous les dunes, attestent la durée de leur occupation. Farouches sectaires, ostensiblement rigoristes, animés à notre égard d’un esprit intransigeant et sourdement hostile, ils se sont répandus dans toutes les villes du Tell, où ils exercent d’importants commerces : riches, influents, très intrigants, ne ménageant pas leurs capitaux pour servir leur propagande et défendre leurs intérêts, ils sont susceptibles, le cas échéant, de diriger contre nous une campagne de dénigrement et de menées occultes. Mais si, vis-à-vis des grands chefs du Tell, ils ont une intluence indiscutable, ils sont* dans leur pays, entourés de tribus arabes qu’ils ont appauvries par l’usure, et qui, bien orientées, nous serviraient complètement contre eux.
Leurs villes sont de vraies forteresses, il est vrai, mais elles sont à la merci de nos canons, et les Mozabites ne peuvent offrir de résistance que derrière leurs murailles.
Chaouïa de l’Aurès.
Ce sont aussi des Berbères, que les rudes montagnards qui occupent le massif de l’Aurès. Primitifs et indépendants, ils sont restés ce qu'ils étaient au moment où l’occupation romaine encerclait leur pays. Très robustes, habitués aux intempéries, musulmans peu fanatiques, mais rebelles à toute contrainte, ils ont beaucoup de traits communs avec les Kabyles. Comme eux, ils ont des villages défensifs, des forteresses escarpées, sont groupés en tribus qni reconnaissent l'autorité de la djemaâ, et qui ont des lois traditionnelles toujours en vigueur. Mais la nature des massifs, des ressources en eau et la différence de climat entre les deux versants les amènent à mener une vie moins sédentaire. Ils possèdent à la fois des terrains de labour dans les vallées septentrionales, des jardins à l’origine des sources et des barrages, des terrains de pacage disséminés partout, des forêts qu’ils exploitent. Leur massif convient à une guerre de chicane, qu’ils sont susceptibles de soutenir longtemps mais dont des opérations convergentes et un encerclement bien compris auront toujours raison.
Les Chaouïa ne sont pas irréductibles ; leur sauvagerie est faite d’ignorance et d'atavisme plus que d’hostilité. Le jour où leur pays sera ouvert à notre pénétration, où des travaux hydrauliques et l’exploitation rationnelle des forêts en augmenteront les richesses, ils deviendrontcomme les Kabyles des auxiliaires précieux de la colonisation.
Touareg.
Bien que le Sahara central ne rentre pas dans le cadre de cette étude, il n’est pas possible de ne pas mentionner les Touareg, dont nos oasis du
Tidikelt et du Bas-Touat sont un des principaux centres du ravitaillement, et dont les faits et gestes sont liés à notre action politique et militaire sur la frontière tripolitaine.
Les Touareg sont des Berbères purs de tout mélange, très superficiellement islamisés, et qui ne parlent pas l’arabe.
Ils comprennent des tribus nobles d’importance minime, mais dont l’autorité s’étend jusqu’au Niger, véritables seigneurs féodaux aimant la parade, gais, primesautiers, coquets, volontiers poètes, et d’autre part, des tribus vassales de même origine, plus rudes et primitives.
Le grand massif granitique du Ahaggar, avec ses sommets de 3.000 mètres et le massif plus occidental de l’Ahnet, leur constituent en temps normal une réserve de pâturages, où ils entretiennent de beaux troupeaux de chameaux et de chèvres; des centres de culture principalement ensemencés en céréales, et mis en valeur par des Harratine du Tidikelt, existent dans les vallées où l’eau peut facilement être ramenée en surface.
Mais les périodes de sécheresse, souvent très longues, les obligent parfois à un exode général vers les steppes soudanaises qu’il faut considérer comme leurs vrais terrains de parcours, malgré la délimitation conventionnelle fixée par les arrêtés administratifs. Ces déplacements atteignent de 500 à 1.000 kilomètres. Les Touareg vivent par suite de 1 existence la plus rudimentaire ; des tentes de peaux de buffle, quelques nattes tressées, les ustensiles essentiels constituent tous leurs bagages ; pendant six mois de l’année, ils vivent exclusivement de lait; leur sobriété dépasse celle de tous les autres nomades sahariens.
C’est au Niger et à l'Air qu’ils vont acheter le riz et le mil ; ils viennent dans nos oasis faire provision de dattes; ils servent d’intermédiaires entre ces deux régions, et nous ravitaillent en moutons à poils ras, dont le Soudan contient une réserve insoupçonnée.
D’humeur aventureuse et très indépendante, ils ont vécu de la protection et du pillage des caravanes transahariennes jusqu’au jour où nous avons pris possession de leur pays; ils sont susceptibles d’évoluer et la campagne d’apprivoisement entreprise depuis quinze ans adonné d’excellents résultats.
Les Touareg sont de remarquables Sahariens, habiles tireurs, susceptibles de former des bandes de quelques centaines de méharistes; leur champ d’action s’étend à tout le Sahara Central.
Ils se divisent en Ahaggar et Taïtok, tribus soumises, et Azdjer, dont la majorité est irréductible et nomadise sur les confins de la Tripolitaine.