L’ORGANISATION
Les territoires du Sud, constitués en 1902 en unité administrativedistincte de l’Algérie, relèvent directement du Gouverneur général qui exerce sur eux les pouvoirs les plus étendus.
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
Organisation du commandement des populations indigènes des territoires du Sud et des régions limitrophes.
Ressources en chevaux. Chevaux de 4 ans
Population totale
et au-dessus.
indigène. Recen-
Recensement
Territoire
Cercle et annexe
Groupements principaux
sement 4911.
de 1920
Observations
Aïn-Sefra
Annexe d'Aïn-Sefra
Amour et ksour
Annexe de Geryville
Trafis Oulad Sidi-Cheikh
Laghouat el-Ksel Alh-
Ouïakel. Tribus et ksour
indépendants
Annexe de Mecheria
Hamy an-Chafaa . Hamyan-
Djemba-Rezaina
Cercle de Colomb
Doui-Menia. Oulad Djerir.
Ksour des Beni-Goumi
Annexe Beni-Abbès (a)
Tribus diverses et vil-
(a) Relève du cer-
lages
cle de Colomb
Poste de Beni-Ounif (a)
Tribus et ksonrs divers
(a) Relève du cer-
cle de Colomb
Poste du Touat (a)
Ksour
(a) Relève du- cer-
cle de Colomb
Annexe du Gourara
Ksour •
Total
Annexe de Laghouat
Ksour de l’Oued-M’Zï.
Ghardaïa
Mekhalif-Lazrcg. Me-
khalif-Djorf. Confédé-
ration des Larbaa
Annexe de Djelfa
Oulad -Si-M’Hammed et
Sahary, Oulad-Nayl.
Ksour divers
Annexe de Ghardaïa
Mozabites. Arabes agré-
gés Chambaa-Berezga
Total
Oasis
Annexe d’Ouargla
Chambaa. Saïd-Otba, etc.
Ksour divers
Poste d’El-Golea (6)
(Chambaa-Mouadhi)
(b) Relève de l’An-
nexe d’Ouargla
Annexe d’In-Salah
Touareg Hoggar. Frac-
tion de Touareg Ajjer
Total
Touggourt
Annexe de Biskra
Tribu des Ziban Zab
Chergui. Oasis
Poste d'Ouled-Djelal (c)
Oulad Zekri. Tribus et
(c) Relève de l’an-
ksour divers
nexe de Biskra
Cercle de Touggourt
Ksour divers. Arab-
Gheraba
Annexe d’El-Oued (d)
Achéché-Messaba. Ksour
(d) Relève du cer-
divers
clede Touggourt
Total
Total général pour les
( e ) dont 217.000 en-
territoires du Sud..
viron nomades
Division d’Oràn.
Annexe d’El-Aricha
Angad. Oulad-Nehar
Annexe d’Atlou
Oulad- Mimoun. Oulad
Yacoub
Annexe de Marnia
Tribus diverses
L'idée de leur organisation a pris naissance après la conquête du Touat, dans laquelle les moyens employés par l'autorité militaire avaient dépassé, sous raison d’action de police et de sécurité, la portée qu'aurait peut-être voulu y donner le chef de la colonie, seul juge, seul responsable de l’expansion dans l’Hinterland Saharien; les dépenses de ravitaillement des grosses colonnes avaient été considérables, des troupes régulières à importants effectifs étaient maintenues dans les oasis, et leur entretien devenait impossible.
Les principes qui ont dicté cette réforme ont été appliqués progressivement de 1902 à 1903, et sont encore suivis aujourd'hui. Ce sont :
l’adoption d’un budget distinct de celui de l’Algérie ;
la création de compagnies sahariennes recrutées sur place, vivant sur le pays, au moyen d'une* solde nette, et commandées par les officiers chargés de l’administration des indigènes;
la division en territoires dont les commandants militaires relèvent directement du Gouverneur général, chargé d’assurer la défense, de maintenir la sécurité, et d’orienter la politique d’expansion saharienne. Indépendamment des compagnies sahariennes et des goums militaires qui les complètent, les principaux postes reçoivent une petite garnison de sécurité immédiate, fournie par les troupes régulières les plus voisines; les casernements disponibles peuvent être occupés aussi par des unités détachées du Tell; enfin, les garnisons de la frontière occidentale qui sont appelées à lier leur action militaire à celle du Maroc et qui peuvent surtout être influencées par les événements des régions encore insoumises, sont renforcées par des colonnes mobiles de troupes régulières.
La répartition de ces troupes varie selon les circonstances. Des camps retranchés pouvant servir de bases de ravitaillement, des réduits, des blockhaus, des gares fortifiées font à l’ensemble des territoires du Sud une ossature défensive qui a poussé ses antennes jusqu’au cœur du Sahara, et faciliteront les opérations des colonnes mobiles.
Les relèves des troupes régulières détachées en région saharienne se font annuellement. Tous les envois de renforts nécessités par des circonstances imprévues peuvent être ordonnés par le Gouverneur général.
Les territoires du Sud englobent tout le Sahara et la plus grande partie des Hauts-Plateaux.
Chaque territoire comprend des cercles ou annexes, administrés parles officiers des affaires indigènes.
La population européenne y est réduite aux commerçants et aux exploiteurs locaux ; seules la région de Kenadsa, avec ses mines de charbon, et les oasis des Ziban et de l’oued Rihr, où d’importantes concessions existent déjà, offrent des débouchés aux industriels et aux colons. Tout le reste des territoires du Sud est impropre à la colonisation.
La région du Uodna et - le massif de l’Aurès
sont situés en territoire civil, et sont administrés, sous l’autorité des préfets, par des administrateurs de communes mixtes ; c’est une réforme datant de quelques années seulement, qui a été prématurée et que ne justifiaient pas les possibilités de colonisation, ni l’évolution des populations indigènes.
Méthodes de commandement.
Les territoires du Sud sont des territoires de commandement, dans lesquels les officiers des affaires indigènes centralisent tous les pouvoirs. Leurs méthodes de commandement sont celles qu'a tracées Bugeaud et que la longue expérience des bureaux arabes a consacrées. Ils s’appuient sur une tradition conforme à la mentalité des indigènes, et qui augmente leur prestige et leur autorité.
C’est sur ces officiers que repose toute une politique indigène faite de fermeté, de sollicitude constante pour leurs administrés, de justice rapide. Ils étudient les populations et le pays, contrôlent et dirigent les chefs indigènes, s’occupent des travaux d’aménagement des pistes, et des puits, instruisent les affaires judiciaires. Sans cesse en contact avec les tribus, ils exercent ce « commandement à cheval » qui seul donne des résultats en pays arabe ; ils se rendent compte sur place des besoins de toute nature de leur région (cultures, élevage, travaux hydrauliques, hygiène, prévoyance sociale, etc.) ; ils recherchent les moyens propres à en augmenter le rendement économique, à nous attacher davantage les populations. Ils parlent la langue arabe, exercent le commandement des goums temporaires, s’adaptent à la vie nomade et ont ainsi de puissants moyens d’action. Le nomade, aristocratique de race, de même que le sédentaire qu'ont assoupli des siècles de servitude, comprennent cette forme de commandement, la seule qui convienne aux régions semi-désertiques et à la mentalité de leurs habitants.
Le concours d’officiers des affaires indigènes rompus à la pratique des choses arabes est le pivot de la réussite des opérations militaires, dans les Hauts-Plateaux et le Sahara, et les commandants de colonnes en auront toujours à leur disposition.
Mais il est essentiel que les officiers des corps de troupe qui débutent dans le pays se mettent dans l’ambiance et s’inspirent des méthodes suivies. Le commandement de tribus féodales très dispersées, très mobiles, ne peut être exercé que par les chefs qui jouissent d’une influence héréditaire et que nous avons ralliés à notre cause. Il faut donc, puisque les grands chefs indigènes sont nécessaires, leur témoigner de la considération, les traiter en seigneurs, observer les formes de courtoise politesse qu’ils sentent très vivement.
Vis-à-vis de la masse des indigènes, s’abstenir de brutalité, de termes grossiers ou méprisants. L’Arabe, qui sous sa dignité d’attitude a un cerveau d’enfant, s’attache très vite à ceux qui le comprennent, et qui s’intéressent à lui ; mais il
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est très susceptible en ce qui concerne les questions de religion et de femmes. Ce sont des sujets qu’il ne faut pas aborder. C’est par le concours de tous ceux qui contribuent à une œuvre commune que les fondations s’assoient solidement; et, en pays indigène, les officiers et les sous-officiers des corps de troupe, qui sont en contact immédiat avec la masse des goumiers, des sokhars, des malades, des populations des marchés, peuvent apporter un concours des plus utiles.
Les Arabes sont les héritiers d’une civilisation très raffinée, très différente de la nôtre, mais qui ne manque pas de séduction ; il faut les faire évoluer dans leur milieu et dans leur mentalité et non pas vouloir nous les assimiler : c’est le grand principe directeur de toute bonne politique indigène.
Les troupes.
Les troupes indigènes recrutées en Algérie, et auxquelles les territoires du Sud fournissent un appoint appréciable, forment des régiments de tirailleurs et de spahis ; des indigènes sont aussi incorporés dans les unités du génie et du train des équipages.
Le recrutement par engagements volontaires est encore la règle aux spahis : pour les tirailleurs, c’est au contraire la conscription qui donne le gros du contingent.
Les appelés indigènes remplacent aujourd’hui les mercenaires qui ont eu de si glorieuses pages dans l’histoire de la conquête; ils n’en ont pas toutes les qualités de dévouement, d’endurance, de solidité au feu, mais dans l’ensemble ils forment des troupes disciplinées, animées d'un excellent esprit, curieuses de s’instruire, fières d’être assimilées aux contingents français et dont le passage sous les drapeaux contribuera à une évolution plus rapide de la masse des indigènes.
A leur égard, les méthodes de commandement ne diffèrent pas de celles déjà indiquées pour les tribus. L’exemple du chef, sa ferme bienveillance, sa justice, son sang-froid et son égalité d’humeur sont, comme partout, les grands leviers du commandement. Mais les indigènes ont en outre besoin de se sentir soutenus contre les vexations des gradés subalternes, et parfois des éléments européens, fils de certains colons que l’esprit de parti et l’animosité de race animent encore trop souvent. Avec des primitifs, les questions d'alimentation, de tenue, d'installation matérielle, d’exactitude dans les paiements des primes, ont une importance capitale. Le chef qui s’intéresse aux indigènes, à leur pays, qui sait rester abordable sans morgue, qui aime ses hommes, sera aimé et aveuglément suivi ; s’il parle leur langue, son influence en sera décuplée.
La conscription, inaugurée en 1912 dans les territoires civils, n’a porté au début que sur une faible partie des inscrits; le remplacement et les dispenses étaient admis dans une large mesure. La proportion des appelés a été progressivement augmentée, et en 1916, en pleine guerre euro-
péenne, et alors que notre situation sur le front occidental était encore précaire et que les menées turco-allemandes avaient réussi à fomenter des mouvements insurrectionnels locaux, la conscription a été totalement appliquée et le remplacement supprimé. Des écoles d’élèves-aspirants indigènes ouvertes aux fils de familles notables et aux indigènes instruits, des écoles d’élèves sous- . officiers ont été créées ; l’armée indigène a ainsi complètement évolué, elle donne les plus belles espérances, et elle a fait ses preuves pendant les deux dernières années de guerre.
Les régions Nord des territoires du Sud ont participé, au cours de la guerre, au recrutement des troupes et des travailleurs.
Ce concours ne fut pas spontané, et dans l’ensemble il dut être imposé par les chefs indigènes qui avaient su comprendre l’intérêt général de leurs tribus et de la colonie. Il fut, en tout cas, loyalement accepté, et cette participation des populations indigènes nomades a ouvert les voies à une extension progressive de la conscription dans les territoires du Sud.
Il est probable que la proportion des appelés y sera moindre que dans les territoires civils, si l’on veut tenir compte des charges déjà imposées par les réquisitions de goums et de convois, et aussi par les conditions spéciales d’existence et d’insécurité dans les régions de grand parcours.
En tout cas, ce nouvel appoint permettra une sélection physique très rigoureuse des appelés, et l’on envisagera certainement un jour l'application de mesures nouvelles, propres à sauvegarder tous les intérêts et à hâter l’évolution des contingents indigènes.
Une des premières de ces mesures répondant surtout à un but humanitaire, et que l’on a déjà envisagée dans les centres de rééducation physique au cours de la guerre, serait d’incorporer tous les appelés non susceptibles de réforme, et de grouper les malingres dans des camps-sanatoria pour les développer, les alimenter, les éduquer.
L’origine des éléments français qui encadrent les régiments indigènes mérite aussi de retenir l’attention. Les Algériens y prédominent; et si leur connaissance assez généralisée de la langue arabe est de nature à justifier cette mesure, ils ont souvent, par contre, des tendances à l’indiscipline, et à l’esprit critique, un mépris non déguisé pour l’indigène, une mentalité qui les oppose aux descendants des tribus conquises et dépossédées.
L’encadrement, l’éducation, la mise en confiance des appelés indigènes gagneraient certainement à être confiés à nos bonnes populations agricoles françaises du Sud-Ouest, du plateau central, des Alpes, et pour une faible proportion, à des jeunes gens des grandes villes que la propagande socialiste et antimilitariste n’a pas encore gangrenées. En tout cas, ia sélection individuelle de ces éléments peut se faire dans les divisions d’Algérie. Dans les régiments indigènes, il ne doit pas y avoir de non-valeurs, tout Français est appelé à faire un gradé, un chef de groupe, un spécia-
liste ; il doit s’imposer aux indigènes par ses qualités, son instruction et son bon esprit.
L’adoption de cette mesure permettrait d’autre part d’envoyer dans les corps de la métropole une grande partie des appelés français d’Algérie, et de leur faire connaître la France et la mentalité de ses habitants.
Les conséquences de cette méthode sautent aux yeux, et leur développement ne saurait rentrer dans cette étude.
Enfin, quand la conscription s’étendra aux territoires de commandement des Hauts-Plateaux, et que de nouvelles unités indigènes devront être créées, il serait intéressant de reconstituer les anciennes garnisons de l’intérieur sur les voies ferrées de pénétration, d’y créer de vastes camps qui faciliteront l’instruction et soustrairont les indigènes à l’atmosphère pernicieuse des grandes villes; ils y retrouveront un climat, des horizons familiers, une ambiance, qui leur feront mieux supporter la lourde charge du service militaire. Notre occupation est assise aujourd’hui sur des bases assez solides pour que cette mesure puisse être envisagée sans danger.
Les liaisons.
L’organisation politique et militaire des immensités sahariennes demande, pourdonner des résultats pratiques et rapides, l’établissement d’un système de liaison#. Les populations indigènes se transmettent les nouvelles de toute nature, qu’elles amplifient et dénaturent d’ailleurs toujours, avec une rapidité qui nous déconcerte.
En dehors de la coordination des mouvements, de la facilité qu’elle apporte aux opérations et à l’administration, la télégraphie nous donne en pays arabe le moyen de lutter contre les campagnes de fausses nouvelles, de les prévenir, et d’orienter les esprits vers les idées que nous avons intérêt à propager.
Pendant longtemps, le Sahara n’a connu que les communications optiques. Des blockhaus plus ou moins espacés selon les régions, et occupés par le personnel militaire indispensable (1 sapeur télégraphiste, 1 boulanger, 2 soldats du train chargés du ravitaillement) jalonnaient les principales directions, et pourraient encore le cas échéant être réoccupés en partie.
Les lignes télégraphiques aériennes étaient cependant poussées simultanément partout et dans la période comprise entre 1890 et 1896, elles atteignaient les postes avancés de Djenien- Hou-Rezg, El Goléa, Ouargla; à partir de 1900 Timimoun devenait l’objectif, et le télégraphe l'atteignait bientôt par la Saoura et par El Goléa.
Depuis 1916, les postes de T. S. F. ont couvert les territoires du Sud, jusqu’au Sahara Central, d’un réseau complet qui permet aussi les communications avec le Soudan.
C’est un progrès considérable qui a impressionné vivement les populations sahariennes, et ui justifie les très fortes dépenses d’installation, e ravitaillement et d'entretien.
Il s’agit aujourd’hui de ne pas dépasser une
juste mesure, et de ne pas multiplier les postes de T. S. F., dans les régions désertiques où le réseau est déjà trop compliqué.
Les courriers réguliers par autobus, diligences, cavaliers et méharistes complètent le système des liaisons jusqu’au Sahara Central. Enfin, en cas de nécessité, il resterait toujours l’emploi des courriers rapides, que des nomades audacieux arrivent, dans les périodes d'insécurité, à assurer partout. Le piéton est capable de fournir des étapes de 60 kilomètres par jour; il n’est pas de cavalier arabe qui ne soit susceptible de faire 100 kilomètres en une journée: enfin les méharistes sahariens, dans la course de fond d’In-Salah de 1906, ont couvert en 13 heures 1/4 une distance de 145 kilomètres sans changer de montures.
Des expériences d’entraînement de pigeons voyageurs ont été faites à maintes reprises au . Sahara; elles ont toujours échoué, et c’est seulement dans les Hauts-Plateaux que l’on peut envisager ce mode de liaison.
Les voies de communication.
Une carte en cours d’exécution à la direction des territoires du Sud indiquera les routes praticables aux autos, et les grandes pistes qui sillonnent ces territoires. Leur étude détaillée ne rentre pas dans le cadre de cette étude, et le chapitre Ier a déjà donné à ce sujet les aperçus d’ensemble indispensables.