LE COMBAT
L’expérience acquise par les généraux d’Afrique pendant la conquête et lors de la répression des insurrections a permis de fixer des principes immuables qui s’inspirent du pays, du climat, de la mentalité et de la manière de combattre des indigènes ; c’est l’application de ces principes et leur adaptation aux circonstances nouvelles (colonnes du Touat, conquête du Maroc, opérations sahariennes) qui ont formé les traditions de l’armée d’Afrique.
Il faut en rechercher l’origine à Bugeaud , Yusuf \ et tant d’autres, dont les études et les prescriptions sont toujours d’actualité, et donnent une source inépuisable de directives et de conseils pratiques aux chefs de tous grades.
Des instructions récentes, toujours en vigueur dans l’Afrique du Nord, y ont acquis force de règlement et doivent être connues en détail, ce sont :
L'inslruclion du 5 juillet 1890 du général Breart, pour la conduite des colonnes en Algérie;
L’instruction du 26 octobre 1900 du général Grisot , pour la conduite des colonnes pendant la campagne d’hiver du Sud Oranais et du Touat en 1900-1901 ;
L' instruction du 18 août 190b du général Servière , sur l’organisation et la conduite des colonnes de manœuvre en pays indigène ;
L’Annexe à cette instruction du 20 mai 1905 ;
V instruction du 25 mars 1910 du général Bailloud, sur les dispositions à prendre par les éléments de toutes armes appelés à faire colonne ;
La note de 1912 du général Bailloud, faisant suite aux instructions du général derrière, et qui résume les principes adoptés par le général Lyautey sur les confins Oranais et au Maroc ;
Le guide du 12 décembre 1916 du général Moinier, pour la conduite des colonnes en Afrique du Nord.
Toutes ces instructions présentent sous une forme déjà très condensée les principes qui s’appliquent à tous les cas.
Elles ne peuvent être ni résumées, ni fondues, car, elles acquièrent toute leur valeur de la personnalité et de la grande expérience des généraux qui les ont rédigées.
Mais il est possible de mettre en relief les directives essentielles qui s’en dégagent, et de les appuyer d’observations résultant d’un long séjour en pays arabe ainsi que de l’étude des opérations du Sud Constantinois dirigées par le général de Bonneval en 1916-1917.
A). Principes généraux.
1. Quelles que soient les opérations entreprises, les effectifs doivent toujours être calculés en tenant compte des possibilités de ravitaillement et, par suite, des ressources en animaux de convois ;
2. Les transports automobiles et le réseau routier des territoires du Sud permettent de créer
partout des bases de ravitaillement qui diminuent notablement l’importance des approvisionnements que les colonnes doivent transporter à leur suite. Il faut toujours cependant tenir compte dans une très large mesure des aléas dus au climat, aux conditions atmosphériques et à la viabilité incertaine des pistes automobiles non empierrées ;
3. Dans la préparation et l’exécution de toute opération, le service des renseignements joue un rôle prépondérant. C’est lui qui permet, par sa connaissance du pays, des populations, des ressources, des dispositions des tribus, de fixer les grandes lignes de l’opération, de déterminer les effectifs à mettre en jeu, la proportion des différentes armes, l'importance des convois de ravitaillement ;
4. Cette coopération est indispensable à tous les Bureaux de l’Etat-Major. Le chef du Service des renseignements, travaillant en liaison étroite avec le chef d’E. M., disposera d’officiers des Affaires indigènes judicieusement choisis, de chefs indigènes de confiance, de guides, d’émissaires, de makhzen éprouvés. Son service et sa politique de dissociation des groupements rebelles doivent s’appuyer sur une caisse de fonds secrets largement dotée ;
5. — Les cartes de toute nature, même les plus récentes, ne peuvent jamais donner de renseignements précis sur les puits; elles ne sont à consulter qu’à titre d’indication générale.
6. — Devant un adversaire aussi mobile et insaisissable que le nomade, Y objectif principal ne saurait être le gros de ses forces en vue du combat. C’est par la menace sur ses campements, ses troupeaux, la mainmise sur ses récoltes, ses silos, sur les marchés où il se ravitaille, qu’on l’amènera à composition et que l’on pourra prendre contact avec lui.
7. — Toute opération directe doit en conséquence être appuyée d 'opérations secondaires ayant pour but de couper les relations des insurgés avec les régions voisines, et de les encercler.
Une politique d’intimidation ou de promesses entreprise sur les tribus rivales, le concours qui pourra leur être demandé pour exécuter des razzias fructueuses, contribueront efficacement à hâter la soumission.
8. — Toutes les fois que ce sera possible, et en raison des résultats ultérieurs à obtenir dans la mise en valeur du pays et dans le ralliement des populations, la répression sera limitée aux exemples nécessaires. « Frapper les têtes », « manifester la force pour en éviter l’emploi », « éviter les dégâts », ce sont des axiomes en matière de politique coloniale.
9. — L’importance capitale du convoi, et la nécessité de le protéger en conservant une capacité offensive, amène le plus souvent dans chaque colonne à constituer un échelon de manœuvre distinct du convoi, lequel conserve toujours l’escorte suffisante pour le mettre à l’ahri de toute surprise.