L'OCCUPATION
Les territoires du Sud de l’Algérie jusqu à la frontière soudanaise sont occupés et organisés depuis longtemps. L’administration et le commandement des tribus sont assis sur des bases défini-
BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
tives, et on ne peut que se borner dans ce chapitre à jeter un coup d’œil rétrospectif sur la méthode suivie dans les étapes de la conquête.
L’occupation d’un pays nouvellement soumis comporte d’abord la création de postes militaires. Ils ne doivent pas être multipliés. Ils sont destinés avant tout à servir de point d’appui et de bases d’opérations aux colonnes mobiles, seules efficaces pour assurer la sécurité et tenir sous la menace les groupements douteux.
Le choix de ces postes doit s’inspirer des facilités de communication et de ravitaillement, et surtout des intérêts économiques et politiques de la région qu’ils sont appelés à organiser.
Des centres de commandement peuvent d’ailleurs être créés en avant des postes militaires, avec une garnison de quelques fusils, et confiés à des officiers parfaitement au courant des choses indigènes, quand un noyau de tribus compromises à nos côtés offre une garantie certaine de fidélité. L'influence personnelle des chefs appelés à les créer permet d’obtenir dans ce cas des résultats durables; c'est la politique de la tache d’huile, qui a fait ses preuves partout.
Dans V organisation du commandement des tribus , il convient de respecter le cadre traditionnel, en évitant de créer des groupements nouveaux, pour satisfaire des ambitions personnelles ou récompenser des services intéressés. Les chefs une fois reconnus et investis, il faut augmenter leurprestige, soutenirleur autorité, les intéressera l’œuvre entreprise, les guider avec bienveillance, et ne modifier que progressivement les abus établis par des errements séculaires.
Dresser Y inventaire du pays : populations, ressources, relations, commerce, possibilités de développement.
Etudier les chefs , les notables, les marabouts, les soifs locaux, les influences à mettre en jeu pour les rallier ou les opposer les uns aux autres.
Etablir un plan des travaux de première urgence, défensifs et économiques.
Organiser Y assistance médicale.
Créer un corps à' auxiliaires indigènes , recrutés de préférence dans les grandes familles de tous les partis.
Asseoir Y impôt et le répartir globalement par fraction de tribu.
Contrôler les magistrats musulmans , déterminer les biens habous.
Etudier les possibilités de colonisation et empêcher les abus, les accaparements de terres, les ventes illicites, les spéculations de toute nature.
Telles sont les tâches qui s’imposent à l'officier chargé d’administrer un pays nouvellement occupé; leur développement plus complet ne rentre pas dans le cadre de cette étude, et c’est toute l’histoire de la conquête du Maroc et de l’organisation du Protectorat pendant ces dernières années qu’il faudrait étudier en détail pour ne rien oublier des multiples questions qui se posent partout, aux chefs et aux administrateurs.
LE RAVITAILLEMENT Bases de Ravitaillement.
Avant d’entreprendre des opérations dans les territoires du Sud, il faut d’abord créer des bases de ravitaillement, largement pourvues de tout ce qui sera nécessaire à la vie des troupes : vivres d’administration, vivres d’ordiuaire, liquides, fourrages, ingrédients, munitions, matériel, armement, effets d’habillement, médicaments, bois de chauffage, prévoir la constitution d'un troupeau sur pied, etc.
C’est la méthode qui a été appliquée aux armées pendant la dernière guerre, en raison de la densité des troupes, et qui est indispensable, même pour de petits effectifs, dans les régions privées de toutes ressources.
Le choix des bases de ravitaillement est imposé par les postes défensifs, les voies de communication ; il faut naturellement les pousser le plus loin possible en avant dans la région sûre.
Pour la constitution des approvisionnements, à défaut de lignes ferrées, les camions automobiles peuvent rendre aujourd’hui les plus grands services, tant pour la rapidité des transports que pour la conservation des denrées et la limitation des stocks à constituer.
Convois. des colonnes.
L’instruction ministérielle du 2fl avril 1902 sur l’organisation et la conduite des convois de chameaux et de mulets, a été rédigée après les colonnes du Touat, et donne sur cette question primordiale des renseignements détaillés que tous les officiers doivent connaître. Il n’y a rien à y ajouter.
Équipage d’eau.
Une réserve d’eau, variable selon les régions, est toujours nécessaire, pour les hommes et les animaux autres que les chameaux.
Elle est transportée en tonnelets, soit en boissoigneusement revus, soit en métal, avec matelassure protectrice. Le remplissage et le renouvellement de l’eau sont des opérations à surveiller de près.
Des groupes légers peuvent utiliser des peaux de bouc arabes pendues à la selle ou arrimées sur la croupe ou sous le ventre du cheval, et de préférence des outres espagnoles en double peau tannée.
La ration d’eau est en hiver de fl litres par homme, et de 20 litres par cheval. En été, elle est doublée.
Troupeaux.
Il est constitué normalement en moutons; une ration d’orge et une réserve d’eau sont à prévoir.
L’abreuvoir du troupeau doit être réglé métho-
diquement aussi bien que celui des animaux de convoi.
Les groupes légers, appelés à des déplacements de quelque durée, et dont les éléments français ont besoin de rations de viande peuvent emmener des chameaux de boucherie. Le chameau en bonne condition donne une viande saine, rappelant celle du bœuf sauvage ; il est capable de suivre à toutes les allures une troupe de cavalerie en paquetage de campagne.
Ressources locales.
Les Hauts-Plateaux sont le pays d’élevage du mouton, et le troupeau pourra le plus souvent s'y renouveler facilepient. Les chevaux trouvent de l’alfa, qui donne aussi aux hommes une paille de couchage précieuse. Quelques silos sont susceptibles de fournir des réserves de grains, souvent fermentés. Ce sont les seules ressources.
Au Sahara, il n’y a que dans les Oasis qu’une colonne peut compléter son alimentation, par les dattes et les légumes frais.
Il ne faut jamais escompter d’avance l’utilisation de ces faibles ressources pour réduire les approvisionnements.
Convois de ravitaillement.
En région sûre, il sera toujours avantageux de ravitailler les convois des colonnes par des convois libres, soit par adjudication, soit de préférence par entente avec les tribus. Le prix s’établit dans ce cas sur le quintal kilométrique, d’une part pour les denrées en sacs, d’autre part, pour les caisses et le matériel.
Dans les régions où règne l’insécurité, on ne peut utiliser que les convois de réquisition; leur escorte est déterminée par les circonstances. L’instruction du 25 avril 1902 précitée en règle tous les détails d’organisation et de conduite.
Habillement.
Il n’y a pas longtemps que la tenue de campagne des troupes d’Afrique, même en hiver, comportait exclusivement les effets de treillis. C’était la conséquence de l’adoption d’uniformes copiés sur ceux des Maures et des Koulouglis des villes au début de la conquête et avec lesquels il était impossible de marcher longtemps.
Les modifications que la guerre a apportées à l’habillement des troupes permettent aujourd’hui de revenir sur ces errements.
En hiver, que ce soit dans les Hauts-Plateaux ou au Sahara, la tenue de drap s’impose. Elle doit être complétée par le collet à capuchon, la capoteoule burnous pour la nuit. La couverture de campement est insuffisante par les températures rigoureuses, même au Sahara où le rayonnement des nuits est pénible pour des hommes privés de paille de couchage. Les troupes de la conquête avaient déjà des peaux de mouton, que nous avons transformées en chapes pendant la guerre. Yusuf en donnait une par fantassin et deux par
cavalier. Le transport et l’arrimage en sont faciles, et l’homme revêtu d’une chape conserve toute sa liberté de mouvements dans une surprise de nuit.
L’été, la tenue de toile kaki est nécessaire, pourvu que la ceinture de flanelle la complète, en permanence, et que l’on soit paré contre le refroidissement nocturne.
Le casque en liège est indispensable au Sahara pendant l’été pour les Européens. Les indigènes le remplacent en utilisant le chèche qui recouvre entièrement la chéchia.
11 faut ajouter que de tous les vêtements chauds le plus pratique est la djellaba marocaine à manches, en grosse laine, adoptée par les groupes francs de cavaliers et de fantassins.