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LA SANTÉ

Au point de vue de ses influences sur l’organisme, le climat des territoires du Sud peut se diviser en trois variétés qui correspondent aux Hauts-Plateaux, aux terrains de parcours du Sahara et aux oasis.

Dans les Hauts-Plateaux , le climat est nettement continental, avec exagération des extrêmes de température. L’air est sec et vivifiant, les eaux généralement bonnes, les chaleurs de l’été facilement supportables. L’Européen s’y porte toujours bien, que ce soit en station ou en colonne; son régime alimentaire peut rester le même qu’en France : il n’a à lutter que contre les variations brusques de température, par le vêtement, par l’exercice, par les précautions habituelles. Les centres habités, privés généralement d’eaux courantes, largement construits, toujours peu denses, participent de ces excellentes conditions hygiéniques qui sont également celles de l’Atlas saharien.

Dans le Sahara , en dehors des oasis, les conditions restent bonnes et l’Européen comme l’indigène arrive à s’adapter.

L’air y est d’une sécheresse et d une pureté presque absolues, le soleil y tue les microbes, et a sur l’organisme, physiquement et moralement, la plus heureuse intluence.

Les plus grandes chaleurs d’été se supportent facilement pourvu que l'alimentation en eau soit largement assurée, et que la transpiration et l’évaporation abondantes puissent maintenir la température du corps à la normale. Le coup de chaleur n’est pas à redouter. Mais les eaux sont souvent magnésiennes, le régime alimentaire toujours défectueux; il peut en résulter des troubles des organes digestifs; et d’autre part le rayonnement nocturne, l’absence de précautions contre les variations de température, font du froid la principale cause des maladies du Sahara.

C’est dans les oasis que se présentent les conditions les plus défavorables. Les eaux d’irrigation sont abondantes, souvent mal drainées; elles stagnent en toute saison, soit dans des Chotts,

BULLETIN DD COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

soit dans les mares. La terre intensivement cultivée est chargée de matières organiques; le curage des canaux d’irrigation et de drainage ramène à la surface du sol des amas de vases corrompues. Les villages sont généralement très agglomérés, mal nettoyés; ils sont parfois soustraits à l’intluence des vents par les palmeraies qui les entourent; leurs anciens fossés d’enceinte ne sont pas encore comblés partout.

La population vit misérablement dans une promiscuité et un entassement extrêmes; les mouches pullulent, les amas d’immondices répandus partout et que le soleil ne stérilise pas assez vite sont des foyers de propagation de microbes.

Dans les oasis, le paludisme, la dysenterie, la typhomalaria, les ophtalmies, les conjonctivites, la misère physiologique, la vermine, sans oublier la syphilis et tous les accidents vénériens, régnent à l’état endémique. Cette insalubrité varie avec la situation des oasis et leur altitudet avec les travaux d'assainissement déjà exécutés, avec le degré d’évolution des populations sédentaires. Mais elle existe partout.

Les troupes de garnison sont ainsi soumises à des intluences très défavorables; elles ont d’autre part des tendances, par la vie sédentaire, par le climat amollissant à faire des excès de toute nature, à ne pas réagir, et c’est aux officiers plus qu’aux médecins qu’incombe le devoir de les protéger contre les conséquences du climat des oasis sahariennes.

Les postes militaires doivent être construits en dehors des palmeraies sur des plateaux balayés par le vent. Il faut y interdire les cultures, les plantations d’arbres, toute cause d’irrigation et d’humidité, et se rapprocher ainsi des conditions de vie dans le Sahara désertique.

La protection des ouvertures contre les moustiques, par des toiles grillagées, l’incinération des détritus, le pétrolage des mares, la chasse aux eaux stagnantes à ciel ouvert, lût-ce dans un simple baquet, sont à réaliser ou à poursuivre inlassablement.

Les latrines ne doivent être ni en vidange, ni en tinettes. Il faut utiliser le soleil et construire des feuillées à la turque à ciel ouvert : un sol imperméable, recouvert de sable que l’on renouvelle souvent, et qui fait un engrais de transport facile.

Le régime alimentaire joue une très grande importance ; l’usage habituel des conserves est néfaste; l’alcool doit être proscrit, la ralion de viande sera avantageusement diminuée l'été au profit des pâtes alimentaires et des légumes verts.

La purification de Veau de boisson est très difficile à réaliser étant donné que chaque homme en consomme au moins 6 litres par jour en station et 8 à 10 litres en marche. La distillation, l’ozonisation etc... sont du ressort des médecins, et doivent être étendues le plus possible.

La quinisation préventive appliquée en Orient au cours de la dernière guerre est généralisée maintenant, et ne rencontre plus de détracteurs.

Au Sahara elle ne s’impose que dans les oasis, et dans une mesure réduite. Il faut surtout lutter contre la tendance habituelle des officiers et des hommes à se soigner eux-mêmes, à rapporter toutes leurs affections au paludisme, et à se bourrer de quinine, alors qu’elle est souvent contre-indiquée.

L’emploi de la seringue Pravaz et des sérums antivenimeux doit être connu de tous les gradés, surtout aux oasis, où les scorpions abondent.

Enfin, la diversion morale est un facteur puissant d’acclimatement et de résistance. La lutte contre le cafard est obtenue par des promenades sans surmenage, des jeux de plein air modérés, de l’héliothérapie, l’organisation de séances récréatives avec cinéma, gramophone, la visite des curiosités du pays, etc... Les travaux d’aménagement du poste mettant en jeu les aptitudes de chacun et stimulant l’initiative, sont dans les traditions de toutes les troupes d’Afrique, et contribuent à donner la diversion indispensable.

L’Européens’acclimate parfaitement au Sahara ; des gradés des compagnies sahariennes ont pu y séjourner pendant plusieurs années consécutives sans aller en congé, d’autres ont pris leur retraite sur place pour faire du commerce et de l’agriculture; il suffit de savoir s’adapter, et d’y parvenir par une volonté tenace et réfléchie.

Alger, le 10 décembre 1920.

Colonel Dinaux,

Directeur du Cours préparatoire au Service des Affaires indigènes.

BIBLIOGRAPHIE

A first grammar of the Adamawa dialect of the Fulani language ( Fulfulde), by F. W. Taylor, M. A., Superintendent of Education, Northern Provinces, Nigeria. — Oxford, at the Clarendon Press, 1921, in-12, 136 pages.

Ce petit volume est appelé à rendre des services non seulement aux Anglais qui résident dans la province de Yola, mais aussi aux Français, officiers, fonctionnaires et colons, répandus dans les circonscriptions du Cameroun habitées ou fréquentées par les Peuls de l’Adamaoua — - la circonscription de Ngaoundéré notamment — et même à nos compatriotes du Territoire Militaire du Niger et de la Colonie du Tchad. En effet, le dialecte peul de l’Adamaoua, qui en fait l’objet, se parle, avec des diflérences très peu sensibles, à l'ouest, au nord et à 1 est de l’ Adamaoua proprement dit aussi bien que dans ce dernier pays, et il se rapproche étroitement du dialecte peul du Sokoto. M. Taylor n’est pas un linguiste de profession, mais il a étudié le peul sur place pendant plus de quatre années, tant au Cameroun, où il a pris part aux opérations de l’expédition franco-britannique, qu’en Nigeria, où il occupe les fonctions dedirecteurde l'enseignement pour les provinces du Nord. De plus, c’est un pédagogue, et il sait faire une grammaire. La sienne, accompagnée d'exercices dont la traduction peut être consultée au besoin et d’un lexique peul-anglais et anglais-peul, est d’un maniement facile et d’une compréhension aisée, pour ceux qui savent l'anglais, bien entendu. Comme il n’existait jusqu’à ce jour sur le dialecte peul de l'Adamaoua que des publications allemandes, d'ailleurs médiocres, il nous faut savoir gré à M. Taylor de nous avoir mis à même d’acquérir une connaissance suffisante de cet intéressant et important idiome, en attendant qu’un Français nous ait donné l’ouvrage qui nous manque à cet égard.

M. Delafossf.

Le Gérant : J. Legrand.

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