CHAPITRE III Marche sur Édéa
Le 20 octobre 1914, la majeure partie des forces française quitta Douala à bord de plusieurs vapeurs. Ceux-ci descendirent le fleuve, stoppèrent pendant quelques heures dans l’estuaire, puis, à la nuit close, se mirent en route, tous feux éteints, à la suite du croiseur Cumberland. Le lendemain matin, ils étaient mouillés devant une côte basse, couverte de bois. A travers la brume et la pluie, on distinguait à peine l’embouchure du fleuve Nyong : l’expédition devait le remonter jusqu’à Déhane, pour se diriger de là sur Edéa, centre administratif et commercial important, sur la Sanaga. En même temps, une colonne partant de Yapoma aborderait la ville en suivant la voie ferrée, et une petite force anglaise, montée sur des canonnières, ferait une diversion par la Sanaga.
Certaines unités, embarquées sur des bateaux d’un tirant d’eau assez faible pour pouvoir remonter la rivière, atteignirent Déhane le 21 octobre. Pendant toute cette journée, le Niémen, à bord duquel était la compagnie d’infanterie coloniale, resta à l’ancre sur la mer grise et calme, dans la chaleur lourde qui tombait du ciel couvert de nuages. A peine si l’on put apercevoir, pour la dernière fois, vers le coucher du soleil, les
silhouettes bleuâtres de Fernando-Po et du mont Cameroun.
Le 22 octobre, à la pointe du jour, un chaland à pétrole, le Crocodile, accoste le Niémen et le petit vapeur Lagos mouille tout près de lui. Une moitié de la compagnie s’embarque aussitôt sur le Crocodile qui se dirige vers la terre ; les porteurs sont transbordés avec une partie des ba-