‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 3)Chapitre 14 sur 134 · PENDANT LA GUERRE · texte numérisé non relu

PENDANT LA GUERRE

Le ministre de la Guerre a publié le dernier rapport que sirReginald Wingate, haut commissaire en Egypte, a dressé sur le Soudan pendant la guerre (1).

Ce rapport se divise en trois parties.

La première partie est relative à la situation générale du Soudan pendant les deux premières anuées de la guerre. C’est un exposé rapide, que nous avons d’ailleurs donné ici en détail, des forces réparties au Soudan anglo-égyptien à la déclaration des hostilités, des mesures de guerre qui durent être prises : cour martiale, censure, difficultés avec Ali Dinar, sultan du Darfour et Fiki Ali, chef des Miri dans les montagnes de Nouba, etc. En 1916, malgré les fatigues de la campagne, accrues par les difficultés de la relève, les forces expéditionnaires ont pu intervenir dans le Congo français. Voici d’ailleurs le passage du rapport de Sir Reginald Wingate relatif à ce sujet :

Le 18 février 1916, le major R. F. White, du régiment d’Essex, commandant le poste de Tamboura (province du Bahr-el-Ghazal) reçut une lettre du chef de division (français) de Mopoï, re-

(1) London Gazette du 23 mai 1919, 6» supplément.

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

latant qu’il avait été attaqué à l’improviste par ce chef et qu’il s’était vu obligé de se retirer sur le poste belge de Bangoro. Le A mars, en réponse à une seconde demande de secours, le major W hite, accompagné par le capitaine J. A. Clark du corps médical de l’Armée Royale, traversa la frontière avec 80 hommes du bataillon de l’Equateur et 600 porteurs indigènes et s’avança vers le poste de Mopoï qu’il atteignit le 16 mars. Cette même nuit, le camp du major White fut attaqué et le jour suivant (17 mars), lorsque les contingents français et beiges approchèrent du poste, il put rencontrer et disperser une partie des rebelles en leur infligeant de lourdes pertes. Le 18 mars, on entreprit des opérations combinées dans la vallée du Zumba, où l’ennemi s’était réfugié, et le soir du 19 mars, bon nombre de ces derniers s’étaient rendus. Une lettre de remerciements pour la prompte et appréciable collaboration apportée par îe détachement du major White fut envoyée par S. E. M. Merlin, gouverneur général de l’A. E. F.

La deuxième partie du rapport traite de plusieurs points que nous reproduisons in extenso, en raison du jour qu’ils jettent sur des opérations encore mal connues en Europe. Ils permettront au lecteur de se rendre compte de ce que fut la guerre dans la région du Haut Nil.

« En ce qui concerne les événements du Soudan, je vous ai fait connaître la série des opérations au Darfour dans ma dépêche du 5 avril 1917, depuis l’occupation d'El Fâcher jusqu’à la mort d’Ali Dinar à Guiba, le 6 novembre 1916. Cet événement mit fin à la résistance organisée au Darfour, mais il resta à réprimer quelques troubles locaux, à ramener les populations à l’ordre et plus spécialement à protéger le Darfour contre des raids des agents de Sidi Ahmed el Senoussi dans le Nord.

En même temps on prit en mains l'établissement d’une administration et, bien que ce fût un gros effort pour le personnel fatigué du gouvernement du Soudan, un arrangement laborieux fut mis en vigueur qui maintint la paix et localisa tous les troubles qui subsistaient de la révolte d’Ali Dinar. Ces troubles consistaient en partie dans la présence de corps armés constitués par des esclaves fugitifs qui maraudaient dans la contrée. Ceux-ci se trouvaient divisés en deux bandes sous la conduite de deux adeptes d’Ali Dinar, Abd el Moukerram et Angabou. Ces deux bandes se réfugièrent dans le sud-ouest du Darlour, où une poursuite prolongée était impossible, le pays étant peu connu et la plus grande partie des forces dont disposait le gouvernement se trouvant nécessaire ailleurs. En dernier lieu, Abd el Moukerram franchit au Sud le Bahr-el-Arab et se rendit au poste du gouvernement à Kafia Kingi où on désarma ses partisans qui furent placés en lieu convenable.

Angabou ayant refusé de se rendre à l’officier qui commandait le poste de Dibbis (angle sudouest du Djebel Marra), fut déclaré hors la loi en janvier 1917 et s’enfuit dans le Sud. En mars, il

passa en territoire français avec 100 personnes de sa suite et 80 fusils; il y vit maintenant en paix; la plupart de ses suivants l’ont abandonné et sont retournés à El Fasher.

L’établissement de postes à Nyala et à Zalingei, en février 1917, a contribué au maintien de la paix dans la zone troublée.

Les raids des Senoussi du Nord furent une plus sérieuse menace ; mais ils fournirent l’occasion pour le gouvernement du Soudan de coopérer avec les Français au Ouadaï. Ces raids étaient particulièrement rassemblés par Mohammed Erbéimi, chef de la section de Teika chez les Gouraan. Les Gouraan vivent principalement en territoire français et presque entièrement de razzias. Ils reconnaissaient une vague souveraineté aux Senoussi et à Ali Dinar, mais ne se trouvaient pas sous un contrôle bien défini. En 1916, ils opérèrent dans le Darfour, sous la conduite de Mohammed Erbéimi, et obtinrent 500 chameaux de la section de Oum-Gelloul dans la tribu Mahamid, au nord d’Abiad et quelques 500 autres des tribus adjacentes. Les troupes françaises dans l’Ennedi ont constamment marché contre eux et cette poursuite des djouch du Darfour fut la première manifestation de coopération active avec les Français. A cette fin, une troupe composée de 6 officiers britanniques, 250 fusils du Camel corps, quatre Maxims, sous le commandement du major (maintenant lieutenant-colonel) T. B. Vandeleur D. S- O. (régiment royal irlandais), s’avança sur Fouraiwia en janvier 1917. M. E. G. Sarsfeld Hall (des services civils du Soudan) accompagnait cette force en qualité d’officier politique. La troupe manqua de communication directe avec les Français, déjà retirés vers le Nord. Néanmoins nos partisans arabes, postés en surveillance près des Gouraan qui taisaient des incursions dans le Soudan occidental, avaient été en contact avec les gens d'Erbéimi en plusieurs points et les avaient refoulés. Erbéimi, après deux ans de fortunes diverses, pendant lesquels il fut continuellement pourchassé par les Français, se rendit finalement au poste de Fourawia en décembre 1918.

En janvier 1918, le refus des Beni-Holba, dans le Darfour méridional, d’obéir aux ordres du gouvernement, provoqua l’envoi d’une petite patrouille dans leur pays, sous le commandement du capitaine H.-F.-C. Hobbs (régiment du Yorkshire occidental), accompagné de M. J. -A. Gillau (service civil du Soudan) comme officier politique. La patrouille revint en février, ayant rempli son objectif.

En mai 1918, quelque mouvement fut signalé dans le Dar Masalit et donna ensuite l'occasion d’une coopération franco-anglaise. Il apparut que Bedowi, frère de Mohammed Bahr el Din, le sultan (communément appelé Endoka), encouragé par Abou Shilloukh, son principal officier, proposait d’attaquer simultanément les postes français et soudanais, qui d’un commun accord avaient été placés à Adre et Kereinik, sur les limites du Ouadaï et du Soudan. On reçut à

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temps des nouvelles de ce mouvement et on envoya des renforts. Ce déploiement de forces empêcha une action de la part des indigènes et on persuada à Endoka qu’il fallait envoyer Abou Shilloukh à notre poste de Kereinik, d’où on le dépêchasur El-Facher. Bedowi, pendant ce temps, était envoyé en voyage à La Mecque, pour le pèlerinage ; il en revint en décembre 1918. On espérait que les facilités qu’il avait eues de voir le monde et plus spécialement les ressources du gouvernement, l’impressionneraient suffisamment pour le détacher de son frère dans ses prochaines intrigues.

La coopération avec les Français fut grandement aidée dans cette contrée par 1 établissement de la T. S. F. à Kereinik, relié ainsi à Abéché et à El-Facher. IJn système de courriers également institués pour porter les dépêches n’a pas seulement accru la sécurité, mais a développé les relations commerciales entre le Ouadaï et le Soudan.

La nouvelle province se tranquillise rapidement, au fur et à mesure que l’administration s’étend et protège la population.

Je considère que la conquête du Darfour a eu des résultats très importants sur l'opinion des gens du pays. Le sentiment de méfiance qu'ils avaient pu avoir dans certains endroits, quant à notre capacité détenir et de diriger le pays, alors que l’Empire était engagé dans une lutte à mort en Europe, disparut entièrement à la nouvelle de la destruction des forces d’Ali Dinar.

Dans les autres parties du Soudan, la principale préoccupation militaire du gouvernement a été concentrée dans trois zones. On ne peut pas attribuer les troubles qui s’y produisirent à des influences extérieures ou au sentiment général que le pouvoir du gouvernement était affaibli. De telles opérations sont inévitables dans l'administration d’un pays semi-barbare et étendu.

Ces trois zones dont je parle étaient : 1° Sur la rive orientale du Haut-Nil, dans la section de Laou, chez les Nouer; 2° Les collines de Nyima, dans la province des montagnes de Nouba ; 8° Chez les Dinka, sur la rive occidentale du Nil.

Après le récit des opérations de pacification de ces trois zones, le rapport continue ainsi :

Les troupes du gouvernement ont eu deux occasions, en dehors de l’expédition combinée avec les Français contre Erbéimi dans le Nord-Ouest du Darfour, de coopérer avec les gouvernements voisins.

1° En 1917, les autorités du Congo français ont demandé au gouverneur du Bahr-el-< ihazal de participer à la reprise de Krikri qui, hors la loi, avait rassemblé une suite et pillait les chefs loyaux. Une troupe sous le capitaine V. IL Fergusson (des fusiliers écossais) patrouilla sur la frontière pour le cas où Krikri essaierait de se retirer en territoire soudanais. Il fut arrêté finalement en avril.

2° Expédition contre la tribu Turkhana. C’est

une tribu pastorale située à la frontière septentrionale de l’Est-Africain britannique, près du lac Rodolphe. Jadis elle avait défié le contrôle du gouvernement de l’Est-Africain et fait des incursions chez les tribus paisibles du Sud et du Sud- Ouest. Les autorités de l’Est-Africain anglais estimaient à plus de 30.000 têtes le bétail volé en 1917, tandis que le Protectorat de l’Ouganda réclamait de son côté 3.000 têtes. De plus, les Turkhana s’étaient alliés avec les tribus Donyro et Marille, tandis qu’ils s’étaient mis en relation avec l’Abyssinie qui avait participé à quelques razzias.

Comme les limites provisoires Soudan-Ouganda divisent les Turkhana en deux et comme on sentait qu’aucune action contre la tribu n’aurait d’effet durable si la punition infligée ne frappait pas simultanément la tribu entière, on décida que le gouvernement du Soudan coopérerait avec les forces britanniques de l’Est-Africain pour réaliser les objets suivants :

1) Punir et désarmer, quant aux armes à feu, les Donyro, Marille et Turkhana ainsi que d’autres tribus indigènes résidant en territoire militaire et hostiles au gouvernement;

2) Expulser les Abyssiniens de l’Est-Africain et des Protectorats de l’Ouganda à l’Ouest du lac Rodolphe ;

3) Réduire le territoire militaire à un état convenable pour l'administration civile;

4) Reprendre le bétail volé.

La concentration des troupes du Soudan, sous le major R. -F. White (régiment d’Essex) qui, en sa qualité de plus ancien officier, prit le commandement de la troupe combinée, fut terminée le 12 décembre 1917 à Ikoto, à la frontière du Soudan-Ouganda (lat. 4° 03' N., long. 34° 05 E ), et de là les unités traversèrent la frontière à Loyoro (lat. 3° 20' N. long. 34° 08 E). La force était accompagnée par le dernier major H. T. C. Jones Vaughan (brigade des fusiliers) comme principal officier politique. Les cinq mois suivants, les colonnes opérèrent ensemble à l’Ouest, dans l’Ouganda, et à l’Est dans l’Est-Africain britannique. Elles traversèrent sur la rive occidentale du lac Rodolphe et livrèrent plusieurs engagements à cette époque.

Un des incidents des opérations fut constitué par l’attaque que les Abyssiniens donnèrent contre ja colonne du capitaine J. H. R. Vardley D. S. O. dans les collines du Lorusia (4° 15' lat. N. 35° 20' long. E.) à la date du 27 mai. De lourdes pertes leur furent infligées; les Abyssiniens furent repoussés. Lorsqu’on écrira la participation des Abyssiniens, il sera procédé à une enquête officielle sur place par des représentants des gouvernements britannique et abyssinien.

En juin 1919, l’objet de l’expédition ayant été atteint, on retira les troupes du Soudan et les autorités de l’Est-Africain anglais établirent une chaîne de postes temporaires.

Avant d’atteindre leurs stations au Soudan, quelques unités furent occupées par de petites opérations dans divers districts. Une compagnie

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opérant dans le voisinage de Madial (3° 50' lat. N. et 33e 25' long. E.) en conjonction avec la police de l’Ouganda, du 3 au 5 juillet, rencontra quelque résistance de la part des rebelles dont plusieurs furent tués. Une section de la même compagnie fut encore engagée dans ces montagnes le 21 juillet. Une action fut également entreprise contre quelques villages près de Mengi (à quatre milles à l’Ouest de Liria dans le district de Latouka) où un policeman fut tué et les courriers volés.

En plus de ces opérations il y eut environ vingthuit occasions dans lesquelles nos troupes sont intervenues pour prévenir des conflits entre tribus ou pour défendre le gouvernement. Quelques petits troubles se sont produits, la plupart sur les confins éloignés du pays et sans importance politique. Ils n’appellent pas de mention individuelle et je m’y réfère seulement pour montrer que le travail de défense du pays n’est pas négligeable, même avec la routine habituelle de l’administration.

J’espère que le compte rendu de ces opérations militaires n’apportera pas l’impression que le ton général du Soudan a été celui de l’agitation. C’est l’inverse qui fut le cas. Les combats que j’ai décrits ont été, — sauf quelques troubles sur la frontière occidentale, conséquence naturelle de la conquête du Darfour — l’accompagnement inévitable de l’administration dans ce pays, et comme je l’imagine, de tout pays où un contrôle est exercé sur des tribus sauvages. Il s’est également produit dans des districts voisins où le gouvernement n’en est encore qu’à ses débuts. L’attitude de tout le Soudan central et septentrional — partie qui contient la population la plus civilisée et la plus intelligente — n’a pas été seulement une attitude dictée par la reconnaissance de la suprématie du gouvernement, mais par une active sympathie et de la bonne volonté.

La troisième partie (la rapport contient des précisions «ur les services rendus par divers détachements : intendance, service de santé, génie, etc., ainsi que sur ceux rendus par le Soudan qui a fourni dans les deux dernières années à l’Egypte et aux forces britanniques 119.000 tonnes de grains, 61.000 bœufs, 318.000 moutons, le tout évalué à 3.595 livres sterling. Or, avant la guerre, les quantités de grains exportés annuellement ne dépassaient pas 32.000 tonnes. Ce détail prouve combien l’on chercha à organiser les ressources locales, organisation qui fut très appréciée des indigènes.

BIBLIOGRAPHIE

Le Droit prime la Force, par le général Famin, 1 vol. in-16, de 306 pages. Plon, 8, rue Garancière.

Le général Famin quia créé la direction des troupes coloniales au ministère de la Guerre et qui l’a reprise lort heureusement au début de la guerre a réuni sous ce titre diverses études écrites au coin des événements de ces dernières années et toutes marquées au cours de l’expérience et du jugement. Et il conclut que la Force et le Droit doivent être réunis dans les mêmes mains pour que celui-ci domine dans le monde.

Parmi ces notes restées d'actualité, plusieurs sont naturellement •consacrées aux questions coloniales et aux contingents indigènes. Le général Famin a été l’un des organisateurs de l’armée indigènej et plus particulièrement pendant les trois années qu’il a

passées au Ministère, au début de la guerre, il s’est efforcé « de faire rendre aux troupes d’infanterie et d’artillerie coloniale, au service de santé comme à l’Intendance coloniale, le maximum d’effort utile pour la défense nationale et d’autre part d’obtenir de nos colonies le plus puissant concours possible. » Les résultats ont dépassé toutes les espérances. « Divisions d’infanterie coloniale (il y en eut sept), nombreuses batteries d’artillerie lourde et de campagne, bataillons sénégalais au nombre d’une centaine, Annamites, Malgaches, Somalis, Né j-Calédoniens rivalisèrent partout de courage et d’abuégation. d Le général Famin souhaite qu’un jour une plume autorisée soit tentée d’écrire l’histoire de la part prise à la guerre par les coloniaux. Nous nous associons à ce vœu d’autant plus volontiers que le Comité de l’Afrique frandéjà a dressé quelques éléments de cette histoire par son tableau d’honneur des Africains au champ d’honneur et par les notices qu il a publiées sur quelques-uns des plus glorieux régiments d’Afrique.

Le général Famin donne des détails intéressants sur les tirailleurs et les travailleurs indochinois qui ont été l’une des révélations de la guerre Ici nous relevons deux traits de son exposé, l’un qui vise les Abyssins et 1 autre les Sénégalais.

L’article sur les Abyssins est du 25 avril 1918. Nos lecteurs savent déjà qu’il a été un instant question d’une participation de l’Ethiopie à la guerre ou tout au moins de la formalion d'un contingent éthiopien ( Afrique française, 1919, p. 147) Le général Famin qui connaît bien l’Ethiopie estimait a 200. OOü hommes l’ensemble de ce qui pouvait être levé en Ethiopie pour une guerre populaire et ne semblait pas croire que l'utilisation des troupes abyssines en Europe fût facile, car si les Abyssins sont guerriers, ils ne sont pas disciplinés et leur encadrement eût été presque impossible. Tout au plus aurait-on pu envoyer en France quelques bataillons de soldats abyssins et de travailleurs gallas.

Le général Famin consacre l'un de ses meilleurs chapitres aux tirailleurs sénégalais, en rappelant, ce qu’on ignore trop souvent, leur participation a la glorieuse défense de Dixmude et la pri-e du fort de Koum-Kalé sur la rive asiatique des Dardanelles. 11 cite, lui aussi, des anecdotes caractéristiques, comme celle de ce cuisinier noir qui, sans suivre les boyaux de communication comme il est prescr't, apporte en courant à travers champs sous le feu de la mitraille, le dîner de son capitaine aux tranchées de première ligne, et aux observations sévères qui lui sont adressées répond sans se départir de son large sourire : « Ma capitaine, pas moyen aujourd'hui suivre boyaux, ça rognons peut pas attendre. » Le Sénégalais a non seulement la bravoure, mais la fidélité et l'attachement à ses chefs. La grande guerre a confirmé cette vérité depuis longtemps bien connue de nos coloniaux.

Rabat ou les heures maro caines, par Jérôme et Jean Tharaud ; un vol. in-16 de 268 pages; 3 fr. 50. —

Emile-Paul, 100, faubourg Saint Honoré.

Les livres sur le Maroc abondent. Celui-ci se remarque au milieu des autres par sa tenue littéraire, par son art, par la puissance d’évocation qui est habituelle aux auteurs. MM. Tharaud savent dire tout ce que le Maroc a gardé de charme et de mystère dans sa modernisation. Il est curieux de relire le récit de l’apparition de Moulay Hassan dans Gabriel Charmes et Pierre Loti et d’en rapprocher ensuite celle de Moulay Youssef dans J et J. Tharaud. « Alors sur ce plateau d’Afrique, un étonnant cérémonial fit surgir tout â coup du fond d’un passé mort qu'on pouvait croire inanimé à jamais, toute une vieille civilisation qui fut aussi la nôtre, mais que depuis des centaines et des centaines d’années nous avons mise au tombeau. »

Et MM. J. et J. Tharaul ne sont pas seulement de merveilleux peintres et des évocateurs émouvants du passé. Ils savent noter le trait politique et voici par exemple, à propos d’une entrevue cordiale entre le sultan et le Résident général, un joli petit résumé de politique indigène. « Le général, ferme avec grâce, persuasif et limpide, à mesure qu'il lui présentait quelque personne de sa suite, lui disait ses intentions, son désir, sa volonté de respecter dans ce Maroc qu’il aime, les formes séculaires de sa vie, ses traditions, ses coutumes. les situations héréditaires. Graves questions qui passaient dans cette causerie toute unie, immense problème, dont la réussite à cette heure prend un caractère angoissant quand, à 200 kilomètres à peine, les tribus de l’Atlas payées et armées par l’Allemagne, ne sont maintenues dans leurs rochers que par quelques bataillons. Et cependant quelle paix de la mer à l’Atlas, du Sous à la frontière espagnole ! Pour ainsi dire, pas un soldat dans cette vaste étendue ! Où donc est le secret de cette force invisible? Je le voyais li clairement, au cours de cette entrevue. Ce beau secret, si beau, si simple, il est dans ces hautes manières, nobles sans morgue, affables sans condescendance, polies sans familiarité ; il est dans le respect d’une race qui garde toujours sur elle l’empreinte d’un des grands passés du monde, et surtout dans ce sentiment plus riche que tous les autres en vertus merveilleuses : l’amour des gens et des choses de l’Islam. »

Le Gérant : J. Legrand.

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PUBLIÉS PAR

le COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE et le COMITÉ DU MAROC

SOMMAIRE

LA ZONE DE MELÎLLA. — J. Ggulven 25

LA SITUATION GÉNÉRALE DE L AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE : Discours de

M. Merlin, gouverneur général, au Conseil de gouvernement 31

AU CAMEROUN AVEC LE CORPS EXPÉDI- TIONNAIRE FRANCO ANGLAIS, 1914 1916

(suite), — Cl. Faure 41

Le port de la Côte d’ivoire 47

Bibliographie 48

CARTES

Zone de Melilla 27

Le projet du port de Comoé 47

Le projet du port de Vridy 48

IIUIlilJllUllIlllIIIBrUlliliJiMiMlil l I I

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