‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 3)Chapitre 20 sur 134 · TOTAUX · texte numérisé non relu

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Cette situation semble paradoxale alors que le mouvement de la population et celui des exportations de minerais augmentent considérablement. Elle est en réalité l’œuvre de la guerre qui a porté un grand tort à Melilla. Parmi les difficultés qui en sont issues il faut citer en premier lieu, le ravitaillement de la place et de la zone auquel on peut adjoindre les taxes d’Arbilrios. Avant la guerre, l’huile d’Espagne était un des principaux articles importés dans la région concurremment aux huiles de Marseille Les espadrilles commençaient à remplacer les babouches traditionnelles et sur les marchés on voyait aussi des sucres, des cotonnades, des savons de marque espagnole. Il est certain que le commerce de la Péninsule aurait dû profiter de l’absence des étrangers sur le marché pendant la guerre, malgré les droits

(1) Hnlelin de la Asocialion de Ingenieros civiles, 13 fév. 1915,

d’entrée à Melilla, qui ne sont autre chose qu’une taxe de transit imposée à toutes les marchandises qui passent par la ville. Cette taxe est néanmoins très impopulaire. L’administration la maintient pour son budget; mais les commerçants craignent que Gibraltar et Oran ne profitent de sa persistance qui, en outre, ne fait qu’encourager à la contrebande. Aussi est-ce une des questions qui agitent le plus les groupements commerciaux de la zone à l’heure actuelle, et on lui impute assez facilement la stagnation présente des affaires.

La vérité est que l’approvisionnement de la zone, est fait de très défectueuse façon au cours de 1919. Par suite d’une mauvaise récolte le pays a manqué de blé, tandis que le ministre des approvisionnements, de crainte de fraudes, n’a envoyé à Melilla que des quantités d’huile et de

(1) Rafael Arevaio. La accion econcmica de Kspana en Marue cos, p. 1416.

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

patates tout à tait insuffisantes. Le commissaire général aux huiles n’y aurait envoyé par exemple que la dixième partie de ce qui était demandé par les importateurs. A ce propos Candido Lobera oppose dans El Telegramma ciel Rif la politique française à celle, malencontreuse, de l’Espagne.

« Peu de Kifains ignorent qu’une des mesures politiques mises en pratique par la France à la frontière insoumise consiste en l’établissement de souks où les Marocains trouvent, à prix modérés, non seulement des articles de première nécessité, mais d’autres comme le thé et le café que nous considérons comme du luxe. Sur ces souks les indigènes apportent leurs produits qu’ils vendent sans marchandages ni rabais. C’est une grande mesure politique qui produit d’excellents fruits, surtout quand vient l’hiver et qu’avec lui augmente la misère qui menace le Maroc septentrional à la suite de la perte des récoltes, (tuant à nous, nous sommes incapables d’utiliser ce ressort économique avec les tribus rebelles, et ce qui est plus douloureux, nous ne pouvons même pas approvisionner les tribus soumises qui sont attachées à notre régime légal et vivent de la vie du Protectorat de l’Espagne (1). '> Sans méconnaître la valeur de cette argumentation, il faut avouer que les Espagnols n’ont pas fait grand chose pour tirer parti de toutes les richesses locales. Fascinés par l’exploitation minière dont nous avons indiqué plus haut les statistiques d’exportation, les Espagnols ne commencent qu’actuellement la colonisation agricole. Mais d’autres ressources, comme la pèche, ne sont pas très bien exploitées. Antérieurement à l’arrivée des Espagnols, les Beni-Sicar et les Benibou-Gafar péchaient le long de la côte à la dynamite, aujourd’hui des barques andalouses et levantines viennent bien dans les mers rifaines et à leur exemple, les Marocains ont changé leurs vieilles habitudes. Toutefois celte exploitation des ressources ichtyologiques de la région ne doit pas être encore très développée si l’on en juge par les rétlexions des journaux locaux, comme El Telegramma del Rif qui publiait l'entrefilet suivant dans son numéro du 6 juin 1919 : « Sur toute la côte depuis Alhucemas jusqu’au cap des Trois-Fourches, on voit tous ces jours-ci, presque à tleur d’eau, de nombreux bancs de sardines, dont quelques-uns larges de 30 et 40 mètres. Nos correspondants s’étonnent de l’incurie de nos pêcheurs qui, avec peu d’elfort, pourraient obtenir de grands rendements. » Il faut dire aussi que les vents d’Est, violents et fréquents, constituent un gros obstacle : les barques ne sortent pas delà rade et renforcent leurs amarres lorsque survient une marejeda de levante. Ce n’est là qu’un exemple; mais il dénote de façon précise, le peu d’aptitude des Espagnols à coloniser. Aussi n’eston pas surpris de voir qu’un port comme Melilla ne se dévelop pe pas avec toute la rapidité désirable.

Il est vrai qu’il n’est pas encore terminé et c’est

là un second ordre de raisons de son arrêt économique. On semble oublier ce port en haut lieu. Alors que le ministre desTravaux publics s’occupe de celui d’Algésiras et de celui de Ceuta, pour lequel le député José Torrès a réussi à faire voter un emprunt, le port de Melilla n’avance pas et les navires se voient obligés, dès que souffle le Levante , d’aller se réfugier aux Zafl'arines et à la Cala Tramontana. Par contre, on discute beaucoup pour savoir si la digue Sud doit être construite avant que l’on prolonge celle du Nord-Est et réciproquement. Mais ces discussions de techniciens paraissent surtout mécontenter les commerçants de Melilla, qui aimeraient mieux que le gouvernement votât les fonds d’emprunt nécessaires pour la continuation rapide des travaux. C’est un sentiment qui se comprend. La Chambre de commerce de Melilla a beaucoup discuté cette question de l’achèvement de la digue nord-est, les retards portant préjudice à la population et empêchant le développement du port qui est actuellement insuffisant pour le trafic maritime qui s’y fait. Le 7 août 1919, elle a même écrit au président du Conseil des ministres pour le supplier de faire présenter aux Cortès par le ministre des Travaux publics un projet d’emprunt de 12 millions de pesetas amortissable en vingt cinq ans et donnant un intérêt de 5 0/0.

Mais le développement du port de Melilla n’est pas seulement lié à des travaux matériels. Il est en relation étroite avec la bonne organisation des services maritimes entre la Péninsule et le territoire de souveraineté. On sait avec quelle insouciance des intérêts généraux du pays la Transmediterranea a rempli les obligations de son contrat pendant la guerre, surtout depuis deux ans : services irréguliers, frets élevés, grèves, rien n’a manqué à la série. Or, pour Melilla, la question des transports maritimes est vitale; sans des services bien compris, c’est le blocus qui la menace. Les faits l’ont démontré récemment. On comprend, dans ces conditions, que le gouvernement espagnol se préoccupe d’étudier le prochain contrat qu’il imposera aux services maritimes des Baléares, Canaries et Nord de l’Afrique. Une grande enquête est actuellement en cours dans la Péninsule qui guidera les pouvoirs publics dans cette importante question et leur permettra de la résoudre au mieux des intérêts du pays.

Telles sont les principales explications concernant la crise du port de Melilla. Comme on le voit, elles ne lui sont pas toutes spéciales.

Ainsi, dans l’ensemble, la zone ne paraît pas avoir prospéré pendant la guerre. Au point de vue militaire, peu de progrès, faute d’outillage. N’estce pas le général Berenguer, lui-même, qui a dit : le problème du Maroc est moins un problème d’hommes qu’un problème de matériel et d’argent. Cette parole était inspirée par l’incurie des pouvoirs qui ont retiré aux troupes de police les canons Schneider pour les remplacer par des

(1) 12 août 1919.

Krupp du siècle dernier, qui ont laissé les parcs d’arl iilerie sans canons et qui n'ont pas doté le pays de matériel moderne. Au point de vue civil, l'outillage et le personnel capable manquent. Ce sont des plaintes qui s’élèvent de toutes parts : travaux publics s’effectuant lentement, ports qui s’éternisent, insuffisance des communications maritimes, élévation du fret, interruption de câble pendant cinq ans, approvisionnement difficile des places, etc., etc. Si 1 Espagne doit conserver son inlluence dans le Maroc septentrional, il faut qu’elle change de méthode. Plus que jamais, comme nous savons le montrer dans le Protectorat français, l'ère des réalisations est commencée. En quelques années, malgré la guerre, nous avons régénéré la zone du Maroc soumise à notre Protectorat. Les résultats obtenus par l’Espagne dans le même ordre d’idées sont vraiment encore bien minces

J. Goulven.

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