L’AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE
En ouvrant le 29 décembre la session du Conseil du gouvernement de l’Afrique Occidentale Erançaise, M. Merlin, gouverneur général, a prononcé le discours suivant :
Messieurs,
Depuis que la confiance du gouvernement de la République m'a appelé au gouvernement général de l’Afrique Occidentale Française, en 1918, c’est, par suite de circonstances diverses, la première fois que je suis appelé à présider à vos travaux. Je connais la plupart d’entre vous; certains mêmes ont été déjà mes collaborateurs; je n’ai donc pas besoin de vous exposer longuement les conditions «lans lesquelles je comprends notre travail en commun. J estime qu’il n'est de collaboration productive que fondée sur l’estime et la confiance réciproques, sur une communion complète des idées, que poursuivie par un effort constant et coordonné de toutes les volontés tendues vers un même but. Après en avoir délibéré avec ses collaborateurs, il appartient au chef de prendre, sous sa pleine responsabilité, les décisions nécessaires, de donner, pour leur application, les directions utiles et de veiller à ce que celles-ci soient observées. Les collaborateurs ODt pour de voir de présenter à leur chef, en toute indépendance, toutes les considérations de nature à éclairer le jugement de celui-ci dans les affaires qu’ils soumettent a son examen, et, la décision prise, d’appliquer, non seulement dans leur lettre mais dans leur esprit, les instructions qu’ils ont reçues de lui. Il reste bien entendu, par ailleurs, que chacun des collaborateurs demeure entièrement libre de son action dans la limite des attributions qui lui sont dévolues et des responsabilités propres qui lui incombent. La pratique de ces principes, le respect strict de l’individualité de chacun, une impeccable courtoisie dans les rapports entre personnes, sont les règles que j’ai toujours imposées à mon administration et une longue expérience m’a démontré que, seules, elles sont de nature, non seulement à prévenir tout heurt et tout froissement, mais à rendre à chacun le travail plus facile et plus agréable et à donner à
l'œuvre commune son plein effet. Vous êtes donc assurés de trouver en moi un esprit toujours ouvert à vos suggestions, toujours appliqué à mettre en harmonie les obligations des uns et des autres, et à prendre, sans hésitation ni réticence, les décisions aussi bien que les responsabilités, qui m’incombent.
Au moment que s’ouvre la première session du Conseil du gouvernement de l’Afrique Occidentale Française où je suis appelé à siéger comme gouverneur général titulaire, ma pensée ne peut s’empêcher de se reporter à douze ans en arrière, au mois de décembre 1907, alors que, comme gouverneur général intérimaire, je me trouvais présider la session du même Conseil qui clôtura, pour ainsi dire, l’administration sinon 1 œuvre de M. Roume.
Vous me permettrez certainement, Messieurs, de m arrêter un instant à évoquer, à quinze années de distance, l’œuvre accomplie ici par ce grand administrateur, moins pour l’en louer, pour lui apporter le tribut de reconnaissance que lui doit l’Afrique occidentale, le témoignage de la déférente admiration que lui garde son plus intime collaborateur, que pour rappeler les conditions dans lesquelles est née l’institution du gouvernement général, ainsi que les idées essentielles qui ont présidé à son organisation. Rappel qui n’est peut-être pas inutile, comme tout retour aux principes dont, avec le temps, on a toujours tendance à s’écarter. Aussi bien, l’œuvre de M. Roume était trop profondément conçue, procédait de vues d’avenir trop étendues, était trop solidement bâtie pour ne pas imposer au pays son orientation pendant une longue période de temps. En fait, la conception de M. Roume sert de pierre d’assise à tout ce qui s'est édifié depuis lors en Afrique occidentale et anime encore toutes les formes du développement du groupe et des colonies qui le composent.
En 1902, le Sénégal sortait très éprouvé d’une longue et terrible épidémie de fièvre jaune : sa vie économique, l’avenir de ses ports de commerce risquaieut d’être irrémédiablement compromis La Guinée avait à peine achevé la première section du chemin de fer qui devait ouvrir son hinterland : elle se trouvait sans crédit pour le continuer. La Côte d'ivoire cherchait non moins vainement des ressources qui lui permissent d’entreprendre la construction de la voie ferrée et des ports forains nécessaires à son commerce. Le Dahomey se débattait au milieu d’inextricables difficultés financières, aux prises, d’une part, avec la Compagnie chargée de la construction de son chemin de fer, et d’autre part, avec la Compagnie chargée de l’exploitation de son wharf. Le Soudan, sans aucune issue vers la mer, végétait et réclamait avec instance contre le profit que tiraient de son propre commerce les Colonies voisines qui l’enserraient de tous côtés et par lesquelles transitaient forcément, et, leur payant tribut, les marchandises consommées par lui et les produits exportés par lui. Isolées les unes des autres, limitées dans leurs ressources, animées d’un esprit particulariste inévitable, incapables d’aucune vue d’ensemble, d’aucun effort puissant, d’aucun développement considérable, les Colonies du futur groupe risquaient de s’épuiser à vouloir réaliser des entreprises qui dépassaient leur capacité financière et leurs moyens d’action propres.
En les fédérant, le Gouvernement général vint assurer l’essor du Groupe. En mettant l’harmonie entre leurs intérêts, en coordonnant leur effort, il leur procura une puissance remarquable de réalisation. En quelques années l’Afrique occidentale française était transformée, le Dahomey voyait disparaître ses difficultés financières et pouvait en toute liberté d'esprit continuer la construction de son chemin de fer La Côte d’ivoire commençait le sien et améliorait grandement les moyens d’action de son port. Le chemin de fer de la Guinée atteignait le Niger. Au Soudan, le chemin de fer de Rayes à Ramako était achevé. Au Sénégal, le port de Dakar élait ouvert et le cliemin de fer de Thiès à Rayes amorcé. Cependant, le ciédit de 1 Afrique occidentale était porté à te! point que le Gouvernement général a toujours pu, depuis lors, réaliser dans d’excellentes conditions, les différents emprunts qu’il a eu à contracter. Le Gouvernement général a donc rendu à l’Afrique occidentale les plus signalés services. Il est appelé à lui en rendre de non moindres dans l’avenir, à condition qu’on
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veuille bien ne pas s’écarter des principes qui ont présidé à son organisation.
Si le Gouvernement général est à l’égard du Département et doit rester un organe de décentralisation, il n’est pas à l’égard des Colonies du Groupe un organe de centralisation comme pourraient le faire croire, et ont pu le faire craindre certaines tendances qui se sont manifestées plus ou moins activement de la part des Adminis'rations qui ont suivi celle de M. Roume.
L’autonomie administrative et financière des Colonies est un des principes fondamentaux de la Charte de 1904. Ce principe correspond à la réalité des choses. Les Colonies qui constituent le Groupe de l’Afrique occidentale forment des unités distinctes, parfoiséloignées lesunes des autres. Elles sont habitées par des populations différentes, les unes musulmanes, les autres fétichistes, les unes pastorales et nomades, les autres agricoles et groupées autour des points d’eau, d’autres encore très arriérées et dispersées au plus profond de la forêt tropicale. Chez aucune d’elles, l'évolution ethnique, la formation historique, le développement économique n’ont été semblables. Ce serait un contre-sens politique que de prétendre leur imposer des règles administratives identiques. Le rôle du gouvernement général est d’assurer à chacune d’elles un développement normal, tout en maintenant l’harmonie nécessaire entre elles, et. pour cela, de laisser aux lieutenants-gouverneurs la plus large initiative et la plus grande liberté d’action, l.e Gouvernement général doit donner à ceux-ci le sentiment qu’il est un guide toujours bon à consulter, un appui toujours prêt à donner son assistance, qu’il n’est jamais une entrave à l’action, une charge à supporter. Le Gouvernement général est un organe de haute direction et de contrôle : ladirection doit toujours rester haute, le contrôle ne jamais devenir méticuleux. Par ailleurs le budget général est l’instrument financier du syndicat des Colonies du Groupe et, à ce titre, le gage des porteurs de titres des emprunts de l’Afrique occidentale française. Son devoir primordial est donc d’assurer intégralement et dans des conditions parfaitement sûres le service de ces emprunts. 11 lui faut ensuite pourvoir aux besoins des services généraux; mais il doit le faire avec la plus sage économie et éviter avec soin que ceux-ci prennent une extension excessive et ne correspondant pas au rôle utile qu’ils doivent remplir en Afrique occidentale française. Le surplus des revenus que le budget général prélève sur les ressources du Groupe doit faire retour aux Colonies daDS la plus large mesure; mais cela moins sous la forme des subventions que sous la forme de contributions aux grands travaux publics nécessaires au développement de chacune d'elles. Les Colonies du Groupe doivent, en effet, pourvoir à leur administration par leurs ressources propres et le concours du budget général ne leur est dû que pour des travaux d’intérêt général ou des entreprises qui dépassent leur capacité financière propre.
Ce sont, Messieurs, ces principes qui ont présidé à l’institution du Gouvernement général et dont l’esprit se retrouve dans chacune des dispositions de la charte de 1904. Et si j'ai tenu à les rappeler avec tant de précision, c’est tpie c'est d’eux que j’entends toujours m’inspirer dans mon administration et que ce sont eux qui, sons ma direction, régleront, en toute circonstance, les rapports du Gouvernement général et des Colonies du Groupe.
Ces principes ont d’ailleurs fait leurs preuves puisque c’est eux qui avaient amené, de 1902 à 1913, le commerce de l’Afrique occidentale de 131 millions de francs à 277 millions de francs et les- recettes de ses budgets de 27 millions à 88 millions, assurant ainsi à l’ensemble des Colonies une ère de prospérité qu'elles avaient été loin de connaître dans le passé.
Ce magnifique essor fut interrompu par le cataclysme qu’étendit au monde entier la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France. Mais, la vitalité du pays était telle que "l’Afrique occidentale put franchir sans encombre les quatre années qui, dans l’angoisse générale, se déroulèrent de 1914 à 1918. Elle fit mieux. Grâce au patriotisme rie sa population, elle fournit à la Métropole 163.00(1 hommes qui furent parmi les plus vaillants sur tous les champs de bataille, qui ajoutèrent une glorieuse page aux
fastes déjà splendides de notre armée coloniale et qui, par le grand exemple de dévouement qu’ils donnèrent à la mère patrie, rendirent plus cher à celle-ci son domaine d’outre-mer. Combien de ces hommes sont tombés sur le sol de Fiance et ne reverront plus jamais' leur pays d’origine auxquels nous devons garder un pieux souvenir! Combien de familles se trouvent en deuil auxquelles nous devons témoigner une religieuse déférence! Comme aussi, dans le sacrifice commun, se sont indissolublement liées les deux races qui se trouvent ici en contact et qui ont ainsi appris à comprendre qu'elles font partie d’une seule et même famille, la grande famille française, celle qui se trouve toujours en tête de toutes les nations quand il s’agit de poursuivre la réalisation des idées les plus hautes de la civilisation et les plus généreuses du progrès social!
L’Afrique occidentale ne borna pas son effort à donuer sans réserve ses enfants à la France. Elle eut en outre la satisfaction de pouvoir lui prêter son aide sous une autre forme. Les produits de son sol, oléagineux de toutes sortes, se trouvèrent parmi ceux dont la métropole avait le plus grand besoin. Elle les lui envoya tous. La production en fut activement accrue et l’ensemble des colonies du groupe put exporter pendant les années de guerre pour 825 millions, près d’un milliard, de produits de toutes sortes.
Depuis, la victoire est venue couronner l’effort de la France et le courage héroïque de ses enfants. Les grandes puissances réunies à Paris ont signé la paix avec l’Allemagne ; une paix qui, en' Europe, nous restitue l'Alsace et la Lorraine arrachées à notre pays en 1871; une paix qui, outre-mer, enrichit notre domaine colonial de la majeure partie des Territoires allemands du Cameroun et du Togo. Le Togo dévolu à la France par les accords internationaux, est appelé à faire partie du groupe de l’Afrique occidentale française; il élargit l’étroite bande de territoire à laquelle était confiné le Dahomey; il va permettre à cette colonie de se développer plus normalement que par le passé.
Mais, si la victoire a mis fin aux hécatombes qui tendaient à décimer 1 humanité, si elle a rendu à leur profes-' sion les trente millions d’hommes qui, depuis cinq ans, n’étaient occupés qu’à une œuvre de destruction, si elle nous a permis de refouler hors du territoire français les .bandes germaniques, elle n’a pu, en un instant, réparer le mal qui avait été fait. 11 y faudra, au contraire, des mois ajoutés à des mois, peut être même des années ajoutées aux années.
En vérité, les difficultés de l’heure présente restent grandes ; la population des nations occidentales de l’Europe, de la France surtout, a été réduite dans de considérables proportions, la production mondiale est nettement déficitaire. Les stocks sont partout épuisés. Par les destructions de la guerre sous-marine, par l’effort excessif qu’ils ont donné sans pouvoir se réparer, les moyens de transport, aussi bien sur mer que sur terre, sont restreints à l’extrême. Cet état de choses général pèse plus lourdement encore sur notre pays, le plus éprouvé par la guerre, puisque c’est constamment sur son territoire que le fort de la lutte s’est produit.
Les conséquences en sont un renchérissement général de la vie. une dépréciation continue de la monnaie, une élévation constante du change. Les matières et les objets sont rares, difficiles à obtenir; leur prix excède toute prévision. C’est un étal de cri e et de crise grave. Sous la pression des circonstances passagères, des courants variables de l'opinion publique, on a eu recours et on a encore recours à des palliatifs divers. Il n’est, toutefois, à la situation actuelle que deux remèdes, ceux que Léon Say, le grand économiste, préconisait au lendemain de la guerre de 1871 : « Dépenser moins, produire |davantage. » Ce n’est en effet que par une production intensive qu’on arrivera à mettre en circulation les matières qui sont nécessaires à la consommation mondiale, qu’on parviendra à stabiliser le prix de la vie, à assainir la circulation monétaire et à rendre à toutes les nations qui ont pris part à la guerre des conditions d’existence normales. Mais qu’on se souvienne bien qu’il n’est de production intensive que par le travail dans l’ordre et par l'effort coordonné de toutes les volontés. Les peuples qui auront les premiers et, de plein cœur, entonné, ce que M. Loucheur a, d’un mot
heureux, appelé « l’hymne à la production », ceux qui les premiers auront compris que tout arrêt du travail est actuellement un crime, non seulement à l’égard de la patrie, mais à l’égard de l’humanité, ceux qui les premiers, écartant tout sujet de querelle inopportun, se seront remis avec ardeur à produire toujours davantage, seront les premiers aussi à sortir de la crise actuelle et à prendre la télé de l’humanité.
L’énergie héroïque dont la France a fait preuve pendant les quatre années de guerre, la patience rélléchic dont elle a témoigné depuis l’armistice, le bon sens qu’elle a montré dans la récente consultation électorale, sont de sûrs garants qu’elle saura garder son rang parmi les premières des Nations. Elle a, d’ailleurs déjà donné des marques rassurantes de sa vitalité dans le passé. Il y a juste cent ans, en 1819, elle avait, eu quatre ans, réparé le désastre de 1815, les conséquences de deux invasions et de nombreuses guerres, et après avoir payé plus de 2 milliards, elle avait retrouvé des budgets en excédents et sa rente au pair. De même, au lendemain de l’autre désastre impérial, celui de 1871, il lui suffit de quatre ans encore pour régler 12 milliards de rançons diverses au vainqueur et revoir ses budgets, cependant aggravés de 750 millions d’impôts, de nouveau en excédent. Ainsi, deux fois en un un siècle, la France vaincue s'est relevée de ses défaites avec une rapidité prodigieuse.
Si grave qu’elle soit, la situation actuelle ne doit donc porter les esprits, ni à 1 inquiétude, ni au découragement. La crise prendra lin d’autant plus tôt que la volonté d’y mettre un terme sera plus grande et que le travail sera repris plus rapidement. La consigne en quelque sorte que se doivent donner à eux-mêmes tous les bons Français est toute entière contenue dans les deux mots : ordre et travail! Ce sont les mêmes principes, ce sont les mêmes mots qui doivent guider notre action, ici même, et vous pouvez être assurés que j’y tiendrai la main.
Dans l’œuvre de restauration qu elle a à poursuivre, la métropole, à qui la guerre a appris la valeur de ses colonies, aura encore une fois besoin de notre concours le plus large. Notre devoir est de lui fournir les matières premières qu'emploie son industrie dans la plus grande proportion possible. Tous nos efforts doivent donc tendre à accroître notre production, à en améliorer les conditions et à activer nos relations avec la mère patrie.
Au premier plan d’un semblable programme figure naturellement le développement de plus en plus rapide de l’outillage économique des Colonies du Groupe. C’est dire qu’il faut reprendre, dans le plus bref délai, 1 accomplissement des grands travaux publics qui, depuis quinze ans, se poursuit en Afrique occidentale française, Parmi les plus urgents de ces travaux se place l'aménagement des ports qui jalonnent nos territoires sur l’Atlantique. Il est nécessaire d’agrandir, dans des proportions considérables, le port de Dakar, devenu insuffisant au trafic qui s’y fait. L’importance de cette entreprise a retenu l’attention de la Métropole et il est même possible que son concours nous soit prochainement acquis d’une façon plus directe et plus effective que par le passé. Il convient aussi d’améliorer sensiblement les conditions d’embarquement et de débarquement dans les ports de Conakry et de Cotonou, aussi bien que de fixer eu quoi point de la Côte d'ivoire doit être édifié son principal débouché sur la mer.
Il importe non moins de continuer activement la construction des voies ferrées en cours d’éxécution, surtout d’achever rapidement la ligne qui, partant de Thiôs pour arriver à Rayes, mettra en toute saison la vallée du Niger en relation directe avec la mer. Il faut aussi poursuivre la continuation des chemins de fer de la Côte d’ivoire et du Dahomey auxquels vient s’ajouter, aujourd’hui, au Togo, le chemin de fer de Lomé à Atakpamé. Il y aura même lieu, avant de fixer l’orientation définitive de ces dernières voies ferrées, d’examiner avec soin quelle est celle qui est de nature à mettre la riche région Mossi le plus directement et le plus avantageusement en communication avec le golfe du Bénin.
.l’estime qu’au réseau des chemins de fer construits et qui doit être incessamment étendu, il est utile d’adjoindre tout un réseau de routes carrossables, propres à être par
courues par des automobiles robustes, et à servir de canaux d’adduction, pour ainsi dire, à l’égard des voies ferrées elles-mêmes. C’est ainsi que je verrais avec satisfaction de nouvelles routes partir de Bamako, de Kankan, de Siguiri, de Bouaké vers le Niger.
Pour accroître la production du pays, il ne suffit pas d’étendre le réseau de ses voies de pénétration et de communication, ni d’activer les conditions des transports, il faut aussi, au premier chef, développer et améliorer les conditions de l’agriculture. L’Afrique occidentale a été jusqu’à ces dernières années exclusivement dévolue au commerce et en quelque sorte au régime du comptoir. Toutes les maisons qui s’y sont installées ne se sont guère préoccupées d’autre chose que de vendre leurs marchandises aux indigènes et d’acheter à ceux-ci les produits du sol. Pour répondre à l’appel de matières premières que nous fait la Métropole, pour pourvoir à la surproduction qui est réclamée de nous, il faudra désormais que l’agriculture se transforme et applique des procédés plus scientifiques que par le passé. D’ailleurs, dans des pays où la population n’est pas extrêmement dense, où la maind’œuvre n’est pas particulièrement abondante, où celle ci est, par suite des circonstances sociales, de faible rendement, où pour être rémunératrice, la culture doit s’étendre sur de grandes surfaces, il est sage de substituer autant que possible le travail de la machine à celui de l’homme. Je ne me dissimule pas qu’une telle transformation entraînera de nombreuses conséquences dans la nature des exploitations qui exigeront de plus gros capitaux et de meilleures organisations que par le passé, dans l’emploi de la main d’œuvre indigène qui, si elle est plus rémunérée, devra acquérir plus de régularité, plus de rendement et surtout plus de stabilité. Dans l’adaptation à ces nouvelles conditions d’exploitation et de travail, le concours de l’Administration ne fera défaut à personne, sa tutelle ne faillira à aucun des devoirs qu’elle a à l’égard des indigènes, mais son assistance ne sera pas marchandée aux colons qui viennent ici consacrer leur activité et leurs capitaux à une mise en valeur méthodique du pays.
Toutefois, l’Administration ne saurait borner son œuvre à encourager le travail d'autrui, elle doit donner elle-même l’exemple. Il est certaines entreprises, certaines études de longue haleine auxquelles ne peuvent pourvoir les initiatives particulières et que l’Administration doit elle-même poursuivre. C’est ainsi que j’estime utile de créer dans chacune des Colonies, des établissements modèles des principales cultures qui y sont pratiquées. Les cultures de l’arachide et du coton seraient par exemple particulièrement suivies au Sénégal et au Soudan; celles des oléagineux, du cacao, du café, de la vanille, dans les colonies de la Côte d’ivoire, du Dahomey et du Togo; celles du riz et des fruits dans la Guinée; la sylviculture à la Côte d’ivoire, l’élevage du gros et du petit bétail sur les points appropriés du territoire. (Jette nomenclature n’ayant d’ailleurs rien de limitatif, toute autre culture nouvelle pourrait être étudiée de même.
Ces établissements modèles ne correspondraient en rien dans mon esprit, aux anciens jardins d’essai que l’expériénee a définitivement condamnés, au moins au stade de développement où se trouve encore l’Afrique occidentale française. Chaque établissement qui aurait son autonomie propre, sous la direction d’un technicien spécialement choisi, n’entreprendrait qu’une ou deux sortes au plus de culture à grand rendement. Il les poursuivrait sur de grandes surfaces, d’après les procédés les plus scientifiques certes, mais aussi d’après les méthodes commerciales, afin d’être à même de faire à tout moment connaître aux intéressés les conditions d’une pareille exploitation telles que la production et le prix de revient exact à l’hectare.
De toutes les cultures susceptibles d’être entreprises en Afrique occidentale, l’une doit particulièrement retenir I attention de l’Administration : la culture du colou. Les tleuves Sénégal et Niger avec leurs crues régulières sont éminemment propres à assurer, une fois canalisés, l’irrigation normale d’immenses surfaces. Il faut considérer que le Sénégal et le Soudan peuvent et doivent devenir, comme l’Egypte, un immense champ de coton. Cela est
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d'autant plus nécessaire que le coton deviendra un produit de plus en plus demandé dans le monde et que chacune des Nations tendra à se réserver le produit de scs propres cultures. N en serait-il même pas ainsi, que la France aurait le plus grand intérêt à s'approvisionner de coton dans ses propres possessions, afin d’éviter à ses industries textiles de payer un lourd tribut aux peuples étrangers.
Ces conditions nouvelles du développement agricole des Colonies du Groupe entraîneront forcément, non seulement la réinstitution, mais une réorganisation profonde des Services d’Agriculture que j’ai le projet de soumettre à vos délibérations au cours d’une session ultérieure.
Ces problèmes d’ordre purement économique ne sont pas les seuls qui doivent occuper l’activité de l’Administration supérieure. Il en est deux autres qui sont aussi essentiels. C'est le développement de l’Assistance médicale et le développement de 1 Instruction publique. Lorsque quelque peuple européen s’installe dans un pays neuf pour en mettre dans la circulation du monde les produits du sol, il contracte, de ce fait même, ( obligation étroite d’apporter aux populations au milieu desquelles il s’établit, le bénéfice de sa propre civilisation; il a. le devoir strict d’améliorer rapidement leurs conditions sociales et de les conduii c activement dans la voie du progrès intellectuel e.t moral.
En Afrique Occidentale Française, il a déjà été fait beaucoup pour l’Assistance médicale indigène grâce au dévouement des médecins coloniaux. Il n’a pas été fait assez. J’estime que le nombre des médecins en service dahs l’ensemble des colonies est très insuffisant. Si nous ne voulons manquer à notre mission à l’égard des indigènes, il faut en accroître grandement le nombre, exiger d’eux qu’ils soient sans cesse en route avec le matériel médical et les médicaments nécessaires. Il convient, en effet, de mettre partout les soins à la portée de l’indigène. Si dans les localités importantes, nous avons des hôpitaux qui fonctionnent convenablement, nous n’avons pas ailleurs assez d’infirmeries-ambulances, assez de dispensaires pour pourvoir aux nombreux besoins des malades et enseigner aux indigènes le bienfait de notre médecine. Je n’ignore rien des difficultés que rencontre l'exécution d’un aussi vaste programme. Dépenses importantes d’abord — mais que nous n avons pas le droit d’hésiter à faire, parce qu’il y va de la santé de populations que nous devons garantir contre les maladies et les épidémies qui les déciment. Pénurie de personnel ensuite; — malgré les situations avantageuses faites aux médecins de colonisation, nous trouvons peu de praticiens qui consentent à s’expatrier. Le corps des médecins des troupes coloniales, limité par les règlements administratifs, ne peut nous fournir tous les éléments dont nous avons besoin. Aussi, nous faut-il former rapidement des médecins auxiliaires indigènes qui assistent les médecins européens dans leur lourde tâche. C’est dans ce dessein qu’a été récemment instituée une Ecole de médecine à Dakar, qui promet de fournir, dans un délai assez court un nombre important d’auxiliaires au Corps de santé.
L’instruction publique a fait l'objet de nombreux règlementsd’organisation donteertains sont tout récents. Le fonctionnement des écoles supérieures a été révisé et aura, je crois, besoin de l’être encore prochainement pour en revenir à une formule plus simple. Un lycée a été créé à Saint-Louis, un cours secondaire doit être organisé à Dakar, mais ce que je voudrais voir se multiplier, ce sont les écoles primaires où les enfants de tous les villages pourraient venir apprendre les rudiments de la langue française. U ne faut pas oublier, en effet, qu’une nation souveraine ne tixe définitivement la nationalité des peuples qu’elle fait entrer dans sa famille qu’après leur avoir appris à parler sa langue, à penser dans sa langue. Je souhaiterais aussi que dans chaque colonie fussent instituées, dès que possible, des écoles régionales où les meilleurs sujets des écoles primaires élémentaires viendraient recevoir en complément d’études une instruction primaire supérieure. Enfin, je ne saurais trop attirer votre attention sur l’intérêt que présente la création d’écoles professionnelles bien organisées. A mesure que les colonies développeront leur outillage économique, qme l’agriculture s’industrialise, le
besoin d’ouvriers habiles d’ariisans nombreux, se fera de plus en plus sentir.
La réalisation d’un tel programme imposera sans nul doute à l’Afrique Occidentale Française le devoir de trouver de nouvelles ressources pécuniaires si elle veut conserver de saines finances et assurer un équilibre indiscutable à ses budgets. Diverses causes lui en font, par ailleurs, une nécessité : le relèvement des émoluments des fonctionnaires décidé par la métropole pour compenser le renchérissement de l'existence est considérable; il oscille entre 40 et 60 0/0. D’autre part, la dépréciation générale de la monnaie a modifié l’échelle de tontes les valeurs; il en résulte que le taux des taxes actuelles ne correspond plus en rien au prix de la matière imposée et ne suffit plus aux besoins pour lesquels les taxes ont été instituées. Pour toutes ces raisons, i’ai déjà mis à l’étude une révision générale des taxes afférentes au budget général; il faudra que les gouverneurs fassent de même pour celles qui constituent les revenus de leurs budgets. C’est une tâche délicate mais nécessaire, dans laquelle mon administration apportera un esprit dégagé de toute fiscalité étroite. Tout en demandant au commerce et au consommateur tous les sacrifices nécessaires, elle s’efforcera de faire de préférence appel aux taxes à grand rendement et d’apporter dans l’assiette et le rc ouvrement des taxes la moindre gêne au contribuable. L’examen des divers projets de nature à asjurer l’application des vues que je viens de vous exposer se poursuit activement et j’ai tout lieu de penser qu’ils seront définitivement élaborés dans quelques mois.
C’est dans cette prévision que je me propose de vous réunir à nouveau pour vous les soumettre en session extraordinaire au cours du deuxième semestre 1920. Par suite de mon arrivée récente, de diverses circonstances, j’ai dû, en effet, les réserver pour cette époque et garder à la présente session du Conseil un caractère exclusivement budgétaire, afin d’assurer seulement, comme le veulent, les règlements financiers, la délibération des divers budgets prochains de l’Afrique Occidentale Française avant le 31 décembre.
L’accomplissement du programme dont je viens de vous marquer les principaux chefs, léclamc un effort soutenu et un long labeur Je sais que le concours d’aucun de vous ne me fera défaut pour m’aider à mener à bien la lourde tâche qui m’a été confiée par le gouvernement de la République. Je connais votre dévouement à cet attachant pays, je connais le haut sentiment que vous avez tous de votre devoir professionnel. Ce sentiment doit, d’ailleurs, être maintenant plus que jamais dans tous les cœurs français. Les Français qui ont su gagner la guerre, restituer à la France son intégrité territoriale, lui donner la première place parmi les grandes Puissances, ne doivent pas faillir au devoir de la restaurer rapidement et de lui rendre son ancienne prospérité. Aussi terminerai-je, Messieurs, par le conseil que je donnais à tous au début de cet exposé : « Au travail, au travail dans l’ordie le plus méthodique et dans l’effort le plus énergique, pour la France, pour l’Afrique Occidentale Française! »
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Ces prix ne s' appliquent point aux souscriptions antérieures au Cr novembre 1 9 1 9 qui sont maintenues à leur chiffre , quel qu’il soit.
AU CAMEROUN
avec le corps expéditionnaire franco -anglais
1 U 14 - l'J IG
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