‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 3)Chapitre 62 sur 134 · I. — Organisation territoriale · texte numérisé non relu

I. — Organisation territoriale

Dans nos territoires où sont appelés à circuler non seulement nos convois, mais aussi les caravanes etguefflas de nos protégés, il faut que soient munis de téléphones tous nos postes militaires et dans la plus large mesure les grands chefs des tribus dont l’habitat n’est pas voisin de nos postes.

Il faut qu’il y ait en permanence dans toutes nos garnisons des détachements prêts à marcher, pouvant se mobiliser en moins de vingt minutes; dans les ksour ou douars importants une « fezza » organisée, prête à entamer une action au premier signal.

Le pays dans le rayon d’action de chaque poste, principalement les sentiers difficiles, les points d’eau, doit être bien connu de tous les chefs, pour qu’il n’y ait pas d’hésitation au moment voulu; il doit donc avoir été parcouru en tout sens par les groupes mobiles.

Un ou plusieurs plans de poursuite doivent être dressés à l’avance dans des hypothèses bien déterminées fixant les détachements et fezzas qui doivent fonctionner, les zones qu’ils doivent battre, de façon qu’au coup de téléphone tout le système se déclenche sans hésitation.

Enfin, tous les indigènes de notre zone d’occupation possédant un fusil doivent être munis d’un permis de port d’armes nominatif, avec signalement, et tout officier circulant sur les pistes a le devoir de se faire exhiber ce permis et d’arrêter tout indigène qui n’eu est pas détenteur pour le présenter au bureau du Service des renseignements le plus voisin.

IL — Système préventif. -—Organes avertisseurs.

Nous devons avoir des émissaires recrutés parmi les indigènes du pays, installés dans tous les ksour et douars de notre zone d’occupation et de la zone extérieure à nos postes de périphérie aussi loin que possible, en tout cas dans les tribus qui ne nous sont pas favorables et d’où partent généralement les djiouch. 11 suffit d’y mettre le prix. Ces émissaires parcourent les marchés, les moussera, pour surveiller l’attitude et les allées et venues des principaux djicheurs qu’ils doivent arriver à connaître.

Il faut en avoir non seulement de permanents pris parmi les msaken, et parmi ceux-là les infirmes, les vieillards sont à rechercher parce

qu’on s’en méfie moins, mais aussi des occasionnels à recruter chez les gros personnages en quête de faveurs.

L’émissaire, à l’affût des coups qui se préparent, doit, en dehors des renseignements périodiques qu’il envoie ou apporte lui-même, prévenir le poste le plus voisin dès qu’un djich est sorti ou va sortir, par n'importe quel moyen, en tout cas le plus rapide mais aussi le plus sûr.

Il faut en finir avec ce particularisme condamnable qui consiste, pour un chef du service des renseignements d’un territoire, généralementtrop éloigné, d’exiger que son émissaire le prévienne lui-même au lieu de lui laisser porter le renseignement au chef du poste le plus voisin. La fierté du renseignement reçu le premier ne doit pas primer le gain que procure la rapidité.

11 y a évidemment à discerner le bon renseignement du mauvais, celui fourni par l’émissaire sûr de celui apporté par un indigène en quête de récompense, désireux de faire croire qu’il se dépense sans compter. Et, à ce propos, les renseignements doivent être rétribués à la qualité et non au nombre.

Il est souvent utile, s’il n’est pas urgent d’agir, d’attendre et même de rechercher le recoupement du premier renseignement fourni. Au Sahara, oû les rezzous agissent sur de grands espaces, on a toujours le temps de procéder à ces recoupements; dans les territoires du Maroc oû lesdjiouch opèrent sur de courts trajets, on est quelquefois pressé d’agir. C’est à l’officier de renseignements d’avoir le flair nécessaire.

En tout cas, il vaut mieux déplacer deux fois inutilement les détachements de police, que de laisser, une seule fois, anéantir un convoi ou une caravane.

Enfin, c’est le moins qu’on puisse exiger des chefs de ksar ou de tribu de la zone occupée de nous adresser les renseignements qui leur parviennent. Ilsdoivent mêmes’employer à les provoquer, avoir à leur solde de bons émissaires, et installer des chouaf en des points favorables sur les sentiers habituellement parcourus par les djiouch. Ces chefs indigènes doivent être jugés et récompensés suivant l’ardeur qu’ils déploient dans l’accomplissement de ce rôle, l’un des plus importants qui leur soit confié.

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