PAR LA FRONTIÈRE ALGÉRIENNE EN
Le mouvement commercial qui s’effectue entre l’Algérie et le Maroc par la frontière oranaise s’est élevé en 1919 à la valeur de 1 34. 1 48.000 fr. dont 1 13.523.000 représentent la part des importations au Maroc. On jugera de l’essor pris par les affaires dans le Maroc oriental lorsqu’on aura rappelé qu’en 1912 le mouvement commercial atteignait à peine 21 millions de francs.
Parmi les principaux produits importés au Maroc par cette voie, citons le sucre 54.230 quintaux), les vins (35.540 hectolitres), l’orge (26.102 quintaux), la farine (22.839 quintaux), les tissus de coton (7.184 quintaux), le thé (3.275 quintaux) et les bougies (2.797 quintaux). L’exportation n’enregistre que des peaux (4.266 quintaux), des laines (6.074 quintaux), des bois bruts (5.958 quintaux) et des tapis d’alfa (3.367 quintaux).
Ce trafic est dû en grande partie au développement d’Oudjda, qui comprend actuellement 32.000 habitants, et de la voie ferrée qui s’avance de plus en plus vers Fès. Au 1er juillet 1920, le réseau oriental comprenait, en effet, deux lignes : celle d’Oudjda-Taza-Sidi-Abdallah (280 kilomètres) qui dessert Taourirt, Guercif, Taza et les postes de la vallée de l’Innaouen et est en construction jusqu’à 10. Matmata (305 kilomètres); puis la ligne Cellet Frithissa- Üjenar (93 kilomètres) qui sert au ravitaillement des postes de la Moulouya et pousse chaque jour vers Outad-el-Hadj (132 kilomètres) qu’elle atteindra dans le courant du mois de septembre prochain.
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Chronique de l'Armée coloniale
Médaille colouiale. — Le droit à l’obtention de la médaille coloniale est accor lé à un goum de 100 cavaliers auxiliaires indigènes, qui, organisé sous le commandement de l adjoint aux affaires indigènes Ilaillot, a pris une part importante aux opérations dirigées par le chef de bataillon Simonin dans le cercle de Dédougou et par le colonel Molard dans la boucle de la Volta, opérations au cours desquelles ce goum a perdu en tués plus du dixième de son effectif.
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BIBLIOGRAPHIE
L’Algérie et la métropole, par E. F. Gautier, professeur à l’Université d’Alger ; un vol. in-ltj de 256 pages avec 4 graphiques; 5 francs. — Payot, 106, boulevard Saint-Germain.
M. E.-F. Gautier se retrouve dans ce volume avec toutes ses qualités de science et d’observation teintées parfois d’un léger scepticisme et d’une tendance au paradoxe. Il aime et il connaît l’Algérie et il a un peu souffert sans doute de la voir un peu sacrifiée en ces dernières années dans l'opinion publique à scs deux voisines. « Pour ce complexe nord-africain, écrit-il, dans le monde nouveau qui s’ouvre, nou3 avons le droit de rêver de grandes destinées françaises. Mais le seul germe français, l’embryon, ce n’est assurément ni la Tunisie ni le Maroc. C’est l'Algé-
BULLETIN Dü COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
rie, la seule colonie des trois, au sens propre du mot colonie C'est ce germe-là qui doit pousser, lui tout seul, à la façon mystérieuse des germes et qui deviendra un être adulte et puissant. Ou bien alors, s’il avorte, il n’y aura rien du tout et 1 Afrique du Nord continuera sans doute sa stagnation berbère et orientale. » Les études groupées par M. E.-F. Gautier dans ce livre sont de
quatre sortes. t
Les deux premières se rapportent à la conquête. L une évoque la fameuse affaire des grottes düDahra (19 juin 1S45) et il semble bien qu’après l’enquête faite sur place et les ingénieuses déductions tirées de faits connus, ce n'est pas le nom de Pélissier qui devrait être lié au souvenir de l’enfumade des grottes du Dahra, mais que Saint-Arnaud a fait plus que lui en emmurant 500 Sbéhas dans la grotte voisine de Frachich (12 août 1845). La seconde étude montre que la conquête de l’Algérie s’est faite sans méthode connue, sans politique d'ensemble, que « l'Algérie s’est conquise toute seule, malgré l’opposition, ou à tout le moins la répugnance, universelle. » On lé savait . M. Gautier renouvelle notre opinion sur les imprévisions et les indécisions de cette époque en leur appliquant « le métaphore actuellement usuelle du veau dans un magasin de porcelainè ». Evidemment, mais l’important était que le veau fût entré : on a pu, depuis lors, réparer les dégâts, en partie tout au moins.
Les autres parties de l’ouvrage évoquent l’affaire de l’Ouenza, les émeutes antijuives d’Algérie, deux Algériens, le P. de Foucauld et Emile Maupas. le zoologiste dont les travaux sur les animaux inférieurs étaient plus appréciés à l’étranger que chez nous. Enfin le dernier chapitre est relatif à la question indigène, M. Gautier analyse finement le conflit entre colons et indigènes et il conseille à la métropole la prudence dans ses réformes indigènes. « Ces deux éléments, européen et indigène, qu'on nous disait séparés par des haines inexpiables, ont combattu côte à côte sur le front avec une égale bravoure. Ce résultat magnifique, ce loyalisme des indigènes, il n'est vraiment pas possible que les colons y soient tout à fait étrangers, eux qui sont le cadre social des indigènes, eux à travers qui, dans un contact quotidien, les indigènes voient la France. »
Le Maroc au lendemain de la guerre, par Henry
Dugard; 1 vol. in- 1 6 de 272 pages; 7 lr. 50. — Payot,
106, boulevard Saint-Germain.
M. Henry Dugard a pris la bonne habitude de réunir chaque année en un volume les études qu’il fait paraître dans diverses publications au cours de l’actualité marocaine. C’est ainsi qu’après Le Maroc de 191 7, Le Maroc de 1918 , Le Maroc de 1919, il nous donne ce qu'il aurait pu appeler Le Maroc de 1920. C’est un almanach précieux et varié.
Ce qui nous plait, c'est qu'il ne craint pas de dire la vérité aux imprudents et aux trop pressés, par exemple, quand il écrit qu’il est « absurde de croire que 1 on peut s’improviser colon au Maroc » et qu’il y faut surtout des ouvriers spécialisés et des capitaux. Le savaient-ils tous, les immigrants qui ont débordé sur Casablanca dont la population européenne est passée de 900 en 1907 à 22.000 en 1913 et à 37.500 en 1917, à plus de 40.000 en 1920? « J’adore Casablanca, écrit M. Dugard, pour son atmosphère si spéciale de ville en perpétuelle gestation, en mouvement, en travail, pour les gens que l’on y rencontre, actifs, pleins d’imagination, de désirs et de rêves de fortune et aussi parce que Casablanca s’embellit tous les jours. » Oui, mais craignons les désenchantements et c’est à les empêcher que tendent les études de M. Henry Dugard.
Étude sur le dialecte berbère des Ntifa, grammaire, textes, par Emile Laoüst, diplômé de berbère,
professeur à l’Ecole supérieure de langue arabe et de dialectes berbères de Rabat; 1 vol. in-8° de xvi-446 pages.
— Ernest Leroux, 28, rue Bonaparte.
L’auteur dit dans son introduction qu’il a voulu simplement « jeter quelques coups de sonde dans la masse imposante des parlers maghrébins ». Ils lui ont donné une récolte abondante. Le dialecte des Ntifa, tribu berbère qui tient une partie de l’angle formé par le Grand Atlas et le Moyen Atlas à leur point de suture, avait été déjà étudié par M. Boulifa, membre de la grande mission confiée par le Comité du Maroc à M. Je Segonzac en 1904-1905, et aujourd’hui chargé du cours de kabyle à la Faculté des Lettres d’Alger. M. Laoust étudie surtout la grammaire, et son travail rendra les plus grands services aux berbérisants qui doivent devenir de plus en plus nombreux au Maroc.
Un certain nombre de textes, fort clairement traduits, suivent la partie grammaticale et aussi quelques notes sur les mœurs des Ntifa et leurs superstitions. Par exemple : le mercredi est considéré comme un jour néfaste, le « jour du sang ». La peur des « djenoun » est très répandue. Les Ntifa possèdent en propre la légende de la « Mule des cimetières » dont les hennissements bruyants causent la terreur du voyageur attardé vers lequel elle galope pour le dévorer, et la légende de la « Fiancée des Tombeaux », femme d’une grande beauté, mais de mœurs abominables, condamnée par la colère de Dieu à courir toute la nuit dans le vaste cimetière en trébuchant à chaque pas sur les tombes et à regagner son propre tombeau à l’aube, jusqu'au jour du jugement, où l’attend un châtiment pire encore. La poésie fleurit chez les Berbères qui ont ce dicton : « La science est à Fez, l’eau dans le Taçaout, la poésie dans le Sous. »
Almanacco italiano délia Tunisia, anno 1920; 1 vol. de 624 pages avec trois caries et de nombreuses gravures. — R. Remporad, éditeur, à Florence.
Notre collaborateur Rodd Balek a cité dans ses études sur la question italienne en Tunisie cette publication de la Librerio Nazionale de Tunis. C’est en réalité un annuaire très détaillé des affaires italiennes de Tunisie, complété par un almanach italien.
La Compagnie des Messageries Maritimes ouvre une ligne commerciale des Indes
A mesure que se compensent les ruines de la guerre, nous voyons notre marine marchande, si profondément éprouvée, multiplier ses efforts, les intensifier, en vue de contribuer pour une part digne d’elle au relèvement national.
C’est ainsi que la Compagnie des Messageries maritimes non contente d’avoir repris ses services commerciaux au départ d’Anvers sur les ports de l'Extrême-Orient, se dispose à ouvrir une nouvelle ligne libre sous le nom de
Ligne commerciale des Indes.
Comme ceux de la ligne commerciale d’Extrême-Orient, les navires affectés à la ligne commerciale des Indes partiront d’Anvers. Leur itinéraire fixe sera le suivant. Port-Saïd, Aden, Colombo. Pondichéry, Madras etCalcutta.
Il y a lieu de prévoir, en outre, qus les nécessités du trafic les obligeront à faire fréquemment escale au Havre, à La Pallice et à Marseille, pour ne citer que les ports français.
Eu vue de constituer la flotte d’exploitation de sa ligne commerciale des Indes, la Compagnie des Messageries Maritimes a décidé de retirer du trafic de l’Extrême-Orient pour les affecter à lanouvelle ligne les quatre cargo-boats Commandant- Mages, C he [-mécanicien Mailhol, Lièutenant-dela-Tour et Commissaire- Pierre-Lecoq auxquels viendra s’ajouter d’ici quelques mois le Commandant-Dorise actuellement en cours de réparation.
En remplacement de ces unités la ligne commerciale d'Extrême Orient sera désormais desservie par le Docteur- Pierre-Benoit, le Min, le Si-Kiang, le Yalou, le Yang-Tsé. et le Commissaire-Ramel.
Le vapeur Commissaire -Pierre-Lecoq a été désigné pour effectuer le 8 août prochain le premier départ de la ligne commerciale des Indes. Ce départ se fera exceptionnellement de Marseille et l’itinéraire fixe du voyage sera celui que nous avons indiqué plus haut.
Jusqu’à l’entrée en service du Commandant-Dorise , laquelle aura fieu selon toute probabilité dans le premier semestre de 1921, les départs de la ligne commerciale des Indes se feront en principe tous les 36 jours. Cette périodicité sera ramenée à 28 jours lorsque cette cinquième unité sera venue se joindre au quatre cargo-boats qui vont assurer, dès à présent, l’exploitation de la nouvelle ligne.
Le Gérant :J. Legrand.
INT" 9 et 1 O
PUBLIÉS PAR
le COMITÉ OE L’AFRIQUE FRANÇAISE et le COMITÉ OU MAROC
SOMMAIRE
L'ARMÉE COLONIALE PENDANT LA GUERRE 1914-1918 14o
UNE MISSION D'ÉTUDES PRATIQUES AU MOYEN-CONGO fjanvier-avril 1920). — II. I’o- BÉGUIN 1 57
Chronique de 1 armée coloniale I6S
Bibliographie 1 GS
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