EN
Dans le courant de 1916, la situation politique du sudmarocain restée bonne en 1915 s’était de plus en plus assombrie. Les Espagnols occupèrent Tarfaïa en août 1916. El Hiba resté à Kerdous, envoya son frère Mohamed Laglidaf à Tarfaïa pour y servir d’intermédiaire à tous les agents allemands venus des Canaries et de Larache Les tracts, les fausses nouvelles et excitations à la guerre sainte fu rent répandus à profusion dans tout l’Anti-Atlas, la vallée, du Sous et arrivèrent jusqu'au plus lointain l>led Siba. Ils portaient les sceaux du Sultan de Constantinople et de l'empereur d’Allemagne, promettaient un appui effectif par mer, en argent, armes et munitions (1). Des postes de veille étaient organisés par les indigènes à Arexis et Ifni.
Nous dûmes prendre des mesures immédiates pour parer à l’incendie qui s’allumait et que la propagande mahdiste activait et répandait avec ferveur.
Un poste de T. S. F. fut édifié dans la casbah de Tiznît, et le capitaine Justinard y fut envoyé en mission pour maintenir la eohésion des forces makhzen.
Le 15 novembre Probster, ancien consul allemand de Fez, débarqua à l’oued Dra. Les Isebouia acceptèrent les lettres et les quelques cadeaux apportés par lui, mais il dut se réfugier à Tarfaïa, d’où les Espagnols le firent rapa-
(I) Voie Afrique française. 1918, p. 24.
trier sur les Canaries 2). Cette tentative fut interprétée par les indigènes comme la possibilité de recevoir des Allemands des renforts plus sérieux et aussitôt la propagande s’accentua. Les Aït-ba-Amrane. les Ahl-Sahei et les Akhsas réunirent une harka à Isseg, tandis que sur tout le pourtour du bled Siba. les lboudraren promettaient d’envoyer des contingents et renforçaient la garnison d’Ouijjan. 11 fallait parer au plus vite à cette situation.
Haïda ou Mouis reçut l’ordre de quitter Taroudant pour Tiznit, de grouper en ce point les contingents makhzen du lias el-Oued, du Sous et de l'Azaghar et de surveiller les débouchés dans la plaine.
Le 1er janvier 1917 Haïda, à la tète de ses contingents, se portait de Tiznit vers Tighanimin. Les Aït-Brihim et Ahl-Sahel firent leur soumission; mais le 7 janvier, arrivé dans les g >rges d’Igalfen. attaqué par surprise, Haïda fut tué et sa harka rentra précipitamment à Tiznit, abandonnant bagages, munitions et deux canons.
Ce grave événement rameuta autour des Ail ba-Amran lous les hésitants qui pouvaient maintenant se ruer sur le bled inaklizeu.
Le capitaine Justinard et le sous lieutenant Dorée regroupèrent à Tiznit tous les éléments de la harka, qui fut aussitôt réapprovisionnée en munitions. Taroudant vit sa garnison renforcée par le pacha El Hadj Thami et le caïd tsi Tayeb cl Goundafi. Le caïd M’tougui prenait des mesures de surveillance dans l'Ouest et recevait l'ordre d'aménager à travers l’Atlas, d’Imi-N’Tanout à Foum-Ameskroud, une route pour permettre le passage d'une troupe et de voitures chargées.
A Marrakech, une colonne s'organisait sous les ordres du général de Lamothe pour parer à toute éventualité.
Le 25 janvier, les Allemands firent^ne nouvelle tentative de débarquement d’armes qui échoua grâce à la survcillapce de la division navale. Mais la menace n’en restait pas moins dangereuse. 11 fallait parer au plus vite à la situation qui empirait et rétablir la confiance en bled makhzen.
Suivant les instructions du Résident général une colonne à 1 effectif de 4.000 hommes quitta Marrakech le 14 février.
Une harka indigène de 4.000 fantassins et cavaliers fournis par les Glaoua, les Goundafa, les WTougua et les Haha sous le commandement de leurs chefs : le pacha El Hadj Thami, le caïd Si Tayeb cl Goundafi Si hou Sellam cl M Tougui, les caïds Iguider, Gourma des Haha. devait rejoindre en cours de route et à Agadir les troupes françaises.
La plus grosse difficulté que devait rencontrer la colonne entre Marrakech et Agadir fut le franchissement de l’Atlas.
Dès le mois de juillet 1916. le caïd Si Abd el Malek el M'Tougni avait préparé le terrain par une action politique parmi les tribus Ida-ou-Ziki. Ida-ou-Zal et Ida-ou-Tanant, en bordure du Treg makhzen. Il avait pu obtenir qu’une piste fût tracée depuis Imi-N’Tanout jusqu’à la sortie des
(2 Voir l'équipée de Probster dans Y Afrique française , 1917, Rens. Col.. 62 et 90.
Supplément à Y Afrique Française de décembre 1920.
BULLETIN DU COMITÉ DE L'AFRIQUE FRANÇAISE
montagnes. Un" détachement du bataillon d’Afrique envoyé entre Imi-N’Tanout et le Tizi-Machou élargit le chemin déjà esquissé par les seuls moyens indigènes, facilita les pentes, diminua les tournants trop brusques. Ainsi le 22 février la colonne, retardée un instant par une crue de l’oued Nefis, qui nécessita un détour par Anismiz, arrivait au débouché du col et pénétrait eu montagne.
Les troupes d’avant-garde précédant la colonne eurent à fournir un gros effort pour assurer le franchissement en maints endroits de l’oued des Ida ou-Ziki et améliorer les passages trop étroits en bordure de ravins profonds particulièrement entre la zaouïa Asif-Ig et le Foum-Ameskroudf Mais lorsque le 28 février la colonne déboucha dans la plaine du Sous, l'effet produit sur les populations fut excellent, et les notables venus de Taroudant, du Ras-el-Oued et des pentes de l’Anti-Atlas tinrent à venir manifester au chef français leur admiration et leur dévouement au Makhzen. Le 3 mars la colonne française campait à Agadir.
Le lieutenant d’artillerie Racine, chargé en cours de route d’étudier le pays traversé, nous en fait la description ci-dessous :
Passage de l’fltlas
PAR Iffll NTANOUNT ET TIZI MAACHOU
Ossature de la montagne dans cette région.
Elle a été formée par un soulèvement des couches du côté sud ; elle est constituée par une série de plans inclinés parfois verticaux plongeant vers le Nord.
L’extrémité sud de ces plans inclinés forme des séries de falaises qui lancent dans le ciel des arêtes parfois très élevées comme celles du massif Ifguig qui dépassent 3.000 mètres. Souvent, le revers sud de ces falaises surplombe la vallée; c’est le cas des crêtes Ida ou Ziki au sud du col Tizi-Ameskroud.
Parallèlement à ces falaises, des vallées communiquent entre elles par des cassures dans les plans inclinés. Quelques-unes de ces cassures constituent des cols comme Tizi-Maachou, des pistes y passent presque toujours. D’autres ont servi d écoulement aux eaux de la vallée qui y ont creusé des gorges généralement inaccessibles. C’est le cas de celles par lesquelles l’oued de la vallée de Tizi-Maachou s’échappe vers le Sud.
Ces falaises souvent fort longues forment généralement des barrages difficilement franchissables et utilisés comme limites de tribus. C’est le cas des Nfifa, séparés au Sud des Demsira par l’arête du djebel Touzert (ou Nemgan), des Idaou-Merzoug, des lda-ou-Bouzia, des Haha limités au Sud par les falaises dominant la vallée de l’oued Aït-Moussi des lda-ou-Tanan, limités au Sud-Est par la falaise du Koudia Moulay-Ali dominant les Ida-ou-Ziki.
Jusqu'au col du Tizi-Ameskroud et au Koudiat- Moulay-Ali, les lignes de plus grande pente des plans inclinés plongent régulièrement vers le Nord, et la direction des falaises est très régulièrement perpendiculaire à la ligne nord-sud. Au Tizi-Ameskroud le mouvement de terrain s’in-
curve; les lignes de plus grande pente plongent de plus en plus vers l’Ouest; au Foum Ameskroud elles plongent presqu’au Sud-Ouest, en même temps les couches supérieures sont devenues moins inclinées; elles semblent avoir été soulevées presque parallèlement au sol ; il semble que ce soit la fin des soulèvements avec cassures.
Entre Ameskroud et Agadir on aperçoit un nouveau centre de soulèvement ; les couches bordant à l’Ouest la vallée d'Ameskroud, qui plongent d’abord à l’Ouest, deviennent horizontales, puis se relèvent vers l’Ouest où elles s’arrêtent en ialaises au bord d’un nouveau centre bien caractérisé de soulèvements avec cassures et érosions.
Itinéraire.
De Marrakech à Imi-Ntanount on a marché est-ouest parallèlement au plan incliné de la montagne; on a passé successivement les oueds Nfis, Amismis, el Mel, Siksaoua qui sont de gros torrents. Le paysage était dominé par les sommets neigeux du Goundafi, du djebel Erdouz, du djebel Siksaoua qui s'élèvent entre 3.000 et 4.000 mètres.
C'est à Imi-Ntanount qu’on aborde la montagne. Imi-Ntanount est la région où l’oued de ce nom débouche dans la plaine. C’est une agglomération de villages ; il y a de beaux vergers, de grands oliviers et des cultures très irriguées ; à flanc de coteau beaucoup d’amandiers. Au Sud, la gorge est dominée par la montagne neigeuse des Ait- Mehend-ou-Moussa.
On pénètre dans la montagne par la cassure par où s’écoule l’oued. C’est un beau torrent qui a 30 à 40 centimètres d’eau sur 10 à 15 mètres de large ; on le passe à gué et on le quitte de suite pour tourner à droite et remonter la vallée d’Asseratou qui file droit à l’Ouest.
La vallée a près de 10 kilomètres de long, elle monte régulièrement ; elle est assez étroite et la vue y est bornée. Le versant nord en est dominé par la falaise du djebel Nemgou où s’arrêtent les Ntila. Le versant sud est constitué par un plan incliné montant à 45 degrés; on y trouve d’imortants apports de schistes ardoisiers qui semlent y avoir été déposés par un glacier. L’aspect de la vallée Asseratou est pauvre; peu de labours mais, par contre, passablement d’amandiers. Dans le creux de la vallée un ruisseau dont l’eau disaraît à chaque instant sous les graviers. Dans le aut de la vallée, un grand puits près du lit du ruisseau, donne une eau très abondante en toute saison. Le douar du cheik Ahmed ou Saïd perché sur le flanc sud de la vallée domine le pays.
Arrivée au haut de la vallée, la piste tourne au Sud, dans un défilé pour franchir une arête secondaire. Dans ce défilé coulent les sources nombreuses, mais peu abondantes de Talaïnt; on débouche ensuite sur le plateau de Feddane Sultane à 1 .300 mètres d’altitude. La piste va le traverser sur 7 kilomètres dans le sens nord-sud pour arriver au Tizi-Maachou. Il est recoupé par des arêtes secondaires orientées Est-Ouest, entre les-
quelles les eaux s’écoulent vers l'Ouest où elles rejoignent l’oued Amesnaz qui coule vers le Nord en pays Mtouga. Au Nord la vue s’étend jusqu’à la falaise du Nemgou. A l’Est elle est arrêtée par des premiers plans. Au Sud le terrain monte vers la brèche qui constitue le Tizi-Maachou, taillé | entre des massifs peu importants. A l’Ouest en s’élevant un peu on aperçoit les longs plateaux Mtouga et Haha inclinés vers le Nord et se terminant au Sud par une longue falaise orientée Est-Ouest. Cette falaise vient jusqu’au Tizi-Maachou et son dessin se prolonge jusqu’au Koudiat
Au bout de 4 kilomètres la vue s’allonge brusquement presque jusqu’au fond de la vallée qu'on va suivre jusqu’au bout, et qui a environ 70 kilomètres de long. Elle est orientée Nord-Est-Sud- Ouest, s’étend de Tizi-Maachou à Tizf- Ameskroud ; elle réunit les eaux d’un très gros territoire. Ces eaux n’ayant pas d’issue dans l'axe de la vallée, s’échappent vers le Sous perpendiculairement à la vallée par une cassure à travers les montagnes des Ida-ou-Ziki, dans la partie occidentale de la vallée.
La rive nord de la vallée est dominée jusqu'au
Jfnqtie I
flcpcoduction ii
Moulay-Ali des lda-ou-Tanan. On va le longer après avoir franchi le col. Le pays est couvert de brousse, peu majestueux. Sauf sur le massif dominant à l’Est le Tizi-Maachou où quelques chênes verts se détachent sur de la neige fondante, on ne voit ni arbres ni massifs neigeux. Dans les creux des torrents, surtout vers 1 Ouest, quelques vergers, oliviers, amandiers, avec de petits villages. Quelques chèvres et moutons.
Dans l’ensemble le pays est pauvre, même comme pâturages. Le profil de la piste pour aller au col est assez accidenté, et présente quelques pentes de 15 à 20 % .
Au col la vue est bornée par les premiers plans. A peine a-t-on fini de monter qu’on commence à descendre.