‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 4)Chapitre 2 sur 75 · I. — Oskar Karstedt · texte numérisé non relu

I. — Oskar Karstedt

Nous pouvons tout d’abord en donner un aperçu sommaire emprunté au D'' Oskar Karstedt, éditeur de la btulsche Kolonialzeilung, dans un petit opuscule intitulé Koloniale Friedensziele (buts de guerre coloniaux), lequel fait partie d'une série publiée par Duncker, à .Weimar, en vue d’éclairer les masses poj)ulaires. Il explique d'abord d’une manière générale que les Allemands ont besoin de dépendances tropicales pour deux raisons : 1“ pour assurera leurs industries un approvisionnement en matières premières indépendantes de l’étranger ; 2“ pour se procurer des stations navales d’outre-mer.

Dans l’avenir, dit le D'' Karstedt, le.s flottes d’outre-mer n’auront que la valeur de vieille ferraille, si elles n’ont au delà des mers le soutien de points d appui susceptibles d être utilisés à tout moment comme dépôts de munitions, stations de charbon, docks, etc. (P. 10.)

Réfléchissez un instant combien plus redoutable eût été le travail des croiseurs allemands, si Dar-es-Salaatii sur l’océan Indien ou Luderitz-Bay et Duala sur l’Atlantique avaient été des bases navales pleinement outillées où nos vaisseaux auraient eu toutes facilités pour embarquer du ravitaillement ou se réparer! (P. H.)

Puis il proclame en ces termes l’Evangile de la Miltel Afrika :

L’acquisition aussi étendue que possible des possessions françaises, anglaises, belges et portugaises en Afrique centrale nous vaudrait un autre avantage, indépendamment do ceux spécifiés. Les possessions coloniales qui, jusqu ici, nous ont appartenu en Afrique, présentent un caractère essentiellement discontinu et épars... Le Togo, le Cameroun, l’Afrique allemande du Sud-Ouest, et de T Est, n’ont, entre eux, aucune relation par voie de terre, les territoires anglais, français, belges et portugais les enveloppant de tous côtés. Comme, d’autre part, par suite de la défaillance de notre politique navale, il fut impossible de

RENSEIGNE^IBNTS COLONIAUX

défendre sur mer nos colonies, nos possessions se sont trouvées, les unes et les auires, dès le début de la guerre, comme autant de forteresses isolées, autour desquelles il était facile d’établir une ligne continue d’investissement. C’est là la principale raison qui a fait que, à l’exception de l’Est-Africain, toutes sont tombées relativement vite en proie aux ennemis qui les assaillaient de toutes parts. En même temps il apparaissait que plus les colonies tropicales sout étendues et plus facilement elles sont défendues. Le Cameroun et l’Est-Afrique, les deux plus vastes colonies allemandes en Afrique, l’une de plus de 730.000 kilomètres carrés, l’autre d’un bon million de kilomètres carrés, purent continuer la résistance, bien que nullement préparées à une guerre contre des troupes européennes ; elles le firent d’une façon que l’opinion des meilleurs experts n’avait pas prévue. . Le secret de cette résistance doit être trouvé dans les difficultés stupéfiantes qu’un territoire tropical étendu offre à l’envahisseur et qui procèdent du climat ainsi que d’autres difficultés physiques. Si même un Napoléon ne put qu’échouer dans sa tenlative de conquête de la gigantesque Russie et ne put se rendre maître d’une si vaste étendue, une Miltel Afrika allemande, s’étendant de l’Allanti(|ue à 1 océan Indien, serait, eu égard aux conditions physi([ues des tropiques, pratiquement invulnérable. Un territoire colonial des tropique» trouve sa meilleure sécurité dans son étendue. Plus le territoire est vaste et d’un seul bloc, plus efficace est sa protection contre toute attaque.

Une Slittel Afrika allemande, telle qu’elle estici esquissée, présenterait en outre ce grand avantage, au point de vue de la politique mondiale, qu’elle barrerait, une fois pour toutes, l’effort anglais qui tend à s'assurer la maîtrise de l’Afrique du Cap au Caire. On trouverait, en outre, dans ce territoire, pas mal d’emplacements côtiers qui convenablement fortifiés et équipés, fourniraient à l’Allemagne les bases navales qu’elle doit de toute nécessité acquérir sur l’Atlantique et l’océan Indien. Un pareil empire allemand d’outre-mer en Afri([ue défierait les citadelles de la puissance britannique (Egypte et Sud-Afrique), supports essentiels de la piiîssance mondiale britannirpie. Nous y trouverions, nOti seulement une grande partie de ce qui nous manque pour être économiquement indépendants de l’.Vngleterre, mais aussi le moyen de frapper l’Angleterre an cœur à tout moment grâce à notre marine et aux j)Ossibilités de recrutement en hommes dans ce futur dominion (P. 13-fC).

(Jiielques-xtns des tenants de la Mitlel Afrika, nous le verrons, consentiraient à ce que l’Allemagne abandonne beaucoup de ses anciennes colonies, pourvu qu’elle se pût assurer un empire • centre-africain sans solution de continuilé.

I.e l)’’ Karstedt, lui, ne consent à rien abanbonner, à l’exception de Kiao-tcheou, mais tion pas les colonies de l’océan Pacilique ni le Sud- Ouest Africain Allemand. De ses ambitions dans l’océan Pacifique, nous n’avons rien à dire ici, notre sujet se limitant h l’Afrique. Quant aux dimensions du domaine allemand en Afrique, Karstedt écrit :

En ce qui concerne l’étendue de notre domaine colonial en Afrique, la première considération doit être l’arrondiâsement de notre territoire de telle façon queles possessions allemandes, qui jusqu’ici ont été complètement séparées les unes des autres, se trouvent toutes soudées en un bloc unique par l’annexion de territoires ennemis.

Un tel bloc, par sa grandeur, offrirait une garantie suffisante telle que toute nouvelle tentative pour contiuérir le pays par la force des armes se briserait les dents sur ce granit. Le Congo Belge en lui-même pourrait servir le dessein tendant à établir la jonction de rEst-.âfricain Allemand et du Cameroun Mais le Congo Belge seul, même lorsque nos anciennes colonies lui seraient réunies, ne pourrait jamais nous donner l’indépendance en ce qui concerne les matières premières. A cette fin, il nous faut une extension de notre territoire,

en particulier vers le Nord-Ouest, par l’acquisition des positions françaises de l'Ouest-Africain, et, si possible, par celle de la Nigéria britannique et du Gold Coast (pp. 18,19).

Il y a un autre point sur lequel le D’’ Oscar Karstedt insiste : le prestige allemand a été abaissé aux yeux des indigènes; il faut qu’à leurs yeux, également, réparation lui soit faite.

Rien ne fait impression sur l’indigène, sauf ce qu’il voit de ses propres yeux ; il a vu les Allemands jadis ses seigneurs et maîtres {Beherrscher) réduits à une condition de profonde humiliation, humiliation que, sans aucundoufe, nos ennemis ont recherchée pour la raison spéciale de 1 effet à produire sur la psychologie des indigènes.

Même si, dans les négociations de paix, la demande d’une compensation personnelle pour les victimes de ces brutalités se trouva soutenue, cela ne compenserait pas la grande et peut être irréparable injure qu’ont reçue le prestige des Allemands et leur avenir colonial en Afrique. Le succès d’une politique coloniale auprès des races inférieures comporte comme considération fondamentale le prestige in discutable du |)eu pie colonisateur.

Une nation, dont les représentants ont été traités, aux yeux des indigènes, comme les Allemands l’ont été, est, en conséquence d’un tel événement, fâcheusement « handicapée I) pour tout ce (|ui concerne sa future activité coloniale et ce « handicap » peut être écrasant si desmesures appropriées ne sont pasprises. C’est pourquoi, etquoi qu’il arrive, il faut qu’on ait soin de veiller à ce que réparation .soit faite, aux yeux des indigènes, de la manière qui soit la plus susceptible d’impressionner des peuplades, étant donné leur psychologie et leurs idées (p. 21).

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