‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 4)Chapitre 25 sur 75 · CITATIONS A L’ORDRE DE L’ARIVIÉE · texte numérisé non relu

CITATIONS A L’ORDRE DE L’ARIVIÉE

du 8' régiment de marche de zouaves.

S septembre l!)lo, de ta A'« armée ;

« Le 16 juin, sous les ordres du lieutenant-colonel Mo- DELON, a brillamment enlevé à la baïonnette quatre lignes de tranchées allemandes, et s’y est maintenu, malgré les violentes contre-attaques de l’ennemi, sous un feu intense d’artillerie et de mitrailleuses. Alerté dans son cantonnement de repos, pour reprendre ces mêmes tranchées perdues, s’en est de nouveau emparé le 12 juin, par une charge à la baïonnette menée avec un élan remarquable, p

30 janvier 1916, de la IV‘ armée :

« Le 25 septembre 1915, sous les ordres du lieutenantcolonel Modelon, a brillamment enlevé plusieurs lignes de tranchées allemandes, et poursuivi énergiquement l’ennemi jusqu’à l’objectif indicpié. A pris à la baïonnette une batterie allemande. S est emparé de nombreuses mitrailleuses, et fait un gros butin. S’est ensuite organisé et maintenu dans un secteur des plus délicats, fournissant pendant trois semaines un effort exceptionnel avec un entrain et une bonne humeur remarquables. »

7 mai 1917, de la 1V‘ armée :

« Sous les ordres du lieutenant colonel L.\g.\ri)E, a enlevé, le 17 avril 1917, avec un élan merveilleux, une série de hauteurs puissamment fortifiées. A ainsi atteint, d’un seul élan, l’objectif qui lui avait été fixé, faisant plus de 500 prisonniers et s’eniparanl de 6 canons et d un matériel considérable (mitrailleuses, inincnwerfer de divers ca libres).

« Le 19 avril 1917, a arrêté net une puissante contreattaque ennemie, faisant 75 prisonniers, s’emparant de 6 mitrailleuses et d’un canon de 150.

« Le 20 avril, malgré un bombardement d’une extrême violence, a brisé une nouvelle attaque ennemie menée par deux régiments, a progressé à la suite de cette alta(|ue, faisant des prisonniers et s'emparant de 3 canons de l05,

« Pendant cinq jours, les zouaves du 8®. et en particulier le 2* bataillon, sous l’énergique impulsion du commandant Durand, n’ont cessé de faire preuve d'une initiative individuelle et d’un moral qui ont fait l’admiration de tous. »

20 septembre 1917, de la ll‘ armée :

« Véritable régiment d’attaque, aussi remarquable par son superbe moral que par son parfait entraînement. Vient encore, le 20 août 1911, sous les ordres du lieutenant-colonel Cacarde, de faire preuve de scs hautes (pialités manœuvrières, en enlevant, sur une profondeur de 3 kilomètres, une série d’organisations importantes.

« Marchant de l’avant, les reconnaissances du 8' zouaves, vigoureusement commandées et faisant preuve de l’ardeur traditionnelle de leur régiment, ont pénétré dans des batteries ennemies où un matériel considérable a été détruit, puis, constatant au delà de leur objectif la présence de batteries en action, ont poussé jusqu’à elles à travers notre propre barrage et en ont détruit les défenseurs et le materiel, malgré une énergique résistance de l’adversaire. A capturé 360 prisonniers, K) mitrailleuses, 76 mineinverfer et fait sauter 7 canons. »

20 septembre 19 IS, de la A' armée :

« Après avoir, dans laSomme, en avril 1918, mené avec abnégation une lutte très dure, à peine reconstitué, enlevé de ses cantonnements de repos et jeté dans la mêlée en quelques heures, a, sous les ordres du lieutenant-colonel Cacarde, pendant les journées des 29 et 30 mai 1918, opposé aux masses allemandes un mur inébranlable, et, par les heureuses dispositions de son chef, par la valeur et l’esprit de sacrifice déployé par chacun, a largement contribué à enrayer l’avance ennemie. »

13 octobre I9IS, de la X® armée :

V Magnifique régiment, confiant dans sa force, fier de son passé et sûr de la victoire. Le 18 juillet 1918, sous les ordres du commandant Callais, après une marche d'approche d’une longueur égale, s'est enfoncé de 4 kilomètres dans les lignes^allemandes, balayant dans son élan impétueux toutes les résistances que lui opposait un ennemi acharné.

« Arrivé à l’objectif normal qui lui était assigné, a essayé deux fois, dans la même journée, de le dépasser. A réussi, le 19, dans un-élan irrésistible, à progresser encore, portant ainsi son avance totale à H kilomètres.

« Le 20 juillet, a opposé aux très violentes contreattaques de l’ennemi, 1 énergie farouche d’une troupe décidée à la victoire et au sacrifice et a conservé intégralement les positions conquises. A capturé 20 canons, plusieurs centaines de prisonniers, un nombre considérable de mitrailleuses, lourdes et légères et de minenxverfer. »

27 octobre 19 IS, de la X= armée :

« Fidèle à son passé d’héroïsme et de gloire, vient encore, pcn<lant dix-jours de bataille acharnée, de prouver sa valeur. Sous les ordres du lieutenant-colonel Lacarde, il entre, le 2 septembre 1918, au contact de l’ennemi qu’il presse et barcèle le 3 et le 4.

« Le 5, il voit la récompense de sa ténacité, et, talonnant dans une ardente poursuite les arrière gardes en retraite, s’empare du village de Neuville-sur-.Margival et progresse de plus de 5 kilomètres.

« Heurté le 6 aux retranchements de la ligne Ilindenburg, il les martèle pendant fcpt jours, avançant pas à pas dans une lutte sans merci.

« Le 13, violemment contre-attaqué, il oppose à la ruée ennemie le mur inébranlable de sa bravoure.

« Le 14 et le l.". attaque à nouveau, sous les ordres du lieutenant-colonel (Madiot, et progresse encore.

« .\ réalisé une avance totale de plus de 7 kilomètres, capturé des prisonniers et un matériel considérable. »

De nos glorieux bataillons noirs, le bataillon soinali est généralement le moins connu.

11 fut formé au cours tie la guerre avec des éléments recrutés à Djibouti ou à Madagascar et provenant de la Somalie française et an’glaise, de l’Abyssinie, du Yémen et des îles Comores.

Il fut employé pour la première fois dans la zone des armées au mois de juillet 191 G.

Au mois d’octobre 1916, deux de ses compagnies (capitaine Beaufrère, capitaine Carbonneau) furent mises à la disposition du régiment colonial du Maroc et participèrent à la prise du fort de Douaumont.

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

Ces deux compagnies furent citées à l’ordre de l’armée de Verdun.

En avril 1917, au Chemin des Dames et devant Hurtebise, le bataillon, rattaché à la 38“ division d’infanterie, fut chargé de missions de ravitaillement en munitions et vivres en première ligne.

Le 5 mai, il exécuta une mission de nettoyage entre Gerny et Ailles qui lui valut une citation à l’ordre de la 21“ division d’infanterie.

En octobre 1917, toujours avec le U. 1. G. M., il participa à l’attaque du fort de la Malmaison, après laquelle il fut cité à l’ordre de la 6“ armée.

En 1918, du 30 mai au 4 juin, le bataillon somali, placé au mont de Choisy et au village de Caisnes, subit . la poussée allemande, après l’offensive du 27 mai, et conserva ses positions devant Caisnes.

Pour ce glorieux fait d’armes, relaté dans le communiqué boche du 2 juin, le bataillon fut cité à l’ordre de l’armée.

Les 18, 19, 20, 21 juillet, le bataillon prit part avec la 38“ division d’infanterie à l’offensive de l’armée Mangin dans la région Longpont-Porcy- Tigny.

Le 20 août, il prit part à l’offensive des 3® et 10' armées, en direction de Noyon.

11 enleva les positions de Bailly-Ourescamp- Sempigny.

Jusqu’au 4 septembre il participa aux affaires du Jonquois-Salency pour dégager la région sudest de Nancy

Il fut l’objet d’une élogieuse proposition de citation à l’ordre de l’armée qui n’a pas encore eu de suite.

En septembre, le bataillon fut amené sur le front d’Alsace où il reçut la fourragère aux couleurs de la Croix de guerre des mains du général de Mitry.

Récompenses obtenues.

Récompenses individuelles.

Légion d’honnour : officiers 1

— chevaliers 6

Médaille militaire 3.*)

Citations à l'armée 37

— corps d’armée 47

— division 119

— brigade 209

— régiments et bataillons 770

Récompenses collectives.

1“ Citation à l’ordre de l’armée obtenue parle régiment colonial du Maroc auquel étaient rattachées les 2“ et 4® compagnies du bataillon somali pour la prise du fort de Douamont le 24 octobre 1916 (/oMm. officiel du 16 novembre 1916 ).

2“ Ordre général, n“ 176, 8 mai 1917, 21“ division d’infanterie.

Le CREMIER KATAILLON UE TIRAILLEUR SOMAEIS. « SoUS

l’impulsion vigoureuse de son chef, le commandant Bouet, lors de l’offensive du 5 mai, a fait preuve d’un courage et d’un entrain remarquables, nettoyant des abris formidablement organisés sans se laisser arrêter par la vive résistance

des Allemands et coopérant ainsi, de la façon la plus efficace, au succès de la division. » •

Le Général commandant la 21“ division d'infanterie, Signé : Dauvin.

3“ Ordre général, n“ 529, 6“ armée.

Le général commandant la 6“ armée cite :

Le !“'■ RATAILLON DE TIRAILLEURS SOMALIS. « SoUS

le commandement du chef de bataillon Bouet, a participé, le 23 octobre 1917, aux attaques des ba- î taillons du régiment colonial du Maroc, entre ’ lesquels il était réparti, a rivalisé d’ardeur avec eux et triomphé dans les mêmes luttes glo- ' rieuses. »

G. Q. G., le Ib novembre 1917. ^

Le général commandant la 6“ armée, Signé : Maistre)

4“ Ordre, n“ 11027 « D ».

Le général commandant en chef les armées ; françaises du Nord et du Nord-Est cite à l'ordre de l’armée :

Le premier r.ataillon de tirailleurs somalis.

.« Bataillon indigène à l’esprit guerrier; sous l’énergique commandement du chef de bataillon Bouet, s’est fait remarquer dans maints combats par son entrain, sa bravoure et son esprit de sacrifice. Du 30 mai au 4 juin a lutté sans répit, au prix de pertes nombreuses, sur une position | très difficile et a réussi à arrêter l’ennemi.

« Récemment, a fait preuve de belles qualités ! manœuvrières et d’une ardeur extrême dans la | poursuite de l’ennemi. » |

G. Q. G., le 28 octobre 1918.

Le général commandant en chef, Signé : Pétain.

5® Par ordre n“ 133 « F » le droit au port de la fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de guerre est accordé au bataillon de tirailleurs somalis.

G. Q. G., le 28 octobre 1918.

Le général commandant en chef.

Signé : Pétain.

Valeur militaire des Somalis.

Mieux (jue nous ne saurions le faire, les chefs qui ont cité à l’ordre le bataillon somali, et les Allemands eux-mêmes, dans leur communiqué du- 2 juin 1918, ont rédigé l’éloge de cette unité de combat.

Intelligents, fiers, braves, coquets, les Somalis constituaient les éléments d’une troupe vivante et ardente. En toute circonstance de guerre ils ont fait preuve d’un cran remarquable.

Plus de 400 d’entre eux reposent à jamais sur la terre de France.

L’étendue de leurs sacrifices librement consentis, leur gloire et les services qu’ils ont rendus méritent qu’on se souvienne. La Côte des Somalis a bien mérité de la France.

Nice, le 18 février 1919,

Le che/ de bataillon, Bol'ct,

d0 l'infanterie coloniale.

LE

CONGRÈS PANAFRICAIN

La race noire pouvait difficilement se déstntéresser des grands problèmes de rénovation mondiale <[ui sont agités journellement au sein de la Conférence de la Paix. Les délibérations de cette assemblée, unic[ue dans l’histoire ])ar sa composition et par le but (pi’elle poursuit, rencontrent au dehors un écho plus ou moins fidèle, mais toujours retentissant, ampiel sout attentifs tous les peuples et tous les groupements nationaux ou etlmicpies^ Les nations jnscpi’ici tenues en lisière, les races victimes de préjugés, sont naturellement les plus anxieuses parmi toutes les nations et toutes les races (jui attendent, avec une légitime impatience, des décisions dont doit dépendre le sort futur de l’humanité.

Nul ne saurait donc sc montrer surpris (pie les représentants des socicHés noires aient voulu profiter de la circonstance jiour établir en commun le programme de leurs revendications ou, jilus simplement, [lour faire connaître au monde et aux organisateurs de la Ligue des Nations comment ils souhaitent (pic soient l'ésolus les jiroblèrnes les intéressant le plus directement.

Telle a été l’idée (pii fut réalisée à Paris par la réunion au Grand-IIôtel, les 19, ‘20 et ‘21 février 1919, du (iongrès Panafricain.

Il ne s’agissait plus, en la circonstance, d’un peuple jusque-lh tenu en tutelle par un suzerain étranger et réclamant son indépendance, ni d’élé- .ments unis entre eux par des origines communes et un parler commun, quoiipic dispersés entre plusieurs bTats, et revendiipiant le droit de constituer ensemble une nationalité uniipie et autonome. Le Congrès se composait de citoyens aiipartenant h des nationalités diverses, mais à un nu'me groujiement cthniipie, et demandant, pour eux et leurs congénères de race, non pas le jM'ivilège de former une nation ou un Etat à [lart, mais simjilernent certaines garanties rl’é- (piité dans chacune de leurs nations respect iv('s ou de la part de chacun des Etats auxquels iis ressortissent.

A ce titre, une telle manifestation mérite (pie tout le monde s’y intéresse, et. plus jiarticulièrement doit retenir l’attention du monde colonial français, puisipie la moitié au moins des habitants des colonies françaises appartient é la race noire.

Il est vrai (pie beaucoup des fractions de cette race n’avaient jias de représentants directs au Congrès Panafricain, je veux dire de représentants spécialement désignés par elles jiour exyioser leurs vues et leurs desiderata. Les tribus de nos domaines ouest-africains demeurées jusqu’à présent à l’écart de la civilisation européenne ou à peine touchée» par cette civilisation

n’avaient pas envoyé de délégués au Congrès On pourrait ('tre tenté d’inférer de là (pie ce dernier n’avait pas qualité pour parler- au nom de la race noire tout entière et que les vœux émis par lui ne correspondent pas nécessairement à 'ceux (pi’aurait foi-mulés une assemblée proprement panafricaine. Tel n’est pas cependant mon avis.

Tout d’abord, je crois inutile de faire observer que si les Bambara, les Bobo ou les Banziri n’ont pas envoyé de députés au Congrès, ce n’est pas dans un esprit de protestation. Leur abstention, comme celle des innombrables groupements (pii constituent le fond de la population en Afrique Occidentale et en Afrique Equatoriale, n’est pas une marque de désapprobation. Elle provient uniquement de l’ignorance dans laquelle ils étaient de la réunion à Paris d’un Congrès de la race noire, ignorance dans laquelle il ne me paraît pas coupable de les avoir laissés, attendu ([lie mille difficultés de tous ordres les auraient vraisemblablement empêchés, même s’ils en avaient eu le désir, de se faire représenter directement aux réunions du Grand-Hôtel.

.J’irai plus loin et je ne craindrai pas d’affirmer (|ue le Congrès n’eût [tas eu une valeur plus (( panafricaine », si l’on veut bien me permettre de m’exprimer ainsi, lors même que des délégués notoirement bambara, bobo, banziri, etc., auraient siégé à ciàté de nos députés antillais et des re[)réscntants liltériens. Ces délégués en effet n’auraient vraisemblablement [las pris part aux délibérations, non seulement parce ([u’ils n’auraient pu le faire ([u’avec le concours de multiples interprètes, mais aussi et surtout parce ([li’ils se serai(“iit trouvés dans une atmosplièrc à laquelle rien ne les aurait [tréjtarés. Et, s’ils avaient pris part aux délibérations, il est fort [lossible qu’ils eussent ex[>rimé des O[)inions étranges, manifestant une préoccufiation uni([iiement concentrée vers.de petits intérêts locaux et nullement orieii tée vers l’intérêt commun d(‘ la race. Il y a là une([uestion d’adaptation au milieu dont il n’est [las possible de ne jias tenir comjite et, sans aller aussi loin ([ue h' cœur de rAfri([ue, je serais bien étonné si tel électeur de l’une de nos provinces françaises, apjielé brus([uemcnt à prendre à la Chambre la [ilace de son député et invité à dire son avis dans la discussion d’une ([uestioh d’ordre général, parlait exactement comme il faudrait (*t comme ses compatriotes, pris en masse, eussent souhaité c[u’il [larlât ; je suis persuadé c[iie le dé[uité, ((ucl([ue mécontents de lui ([lie soient certains de ses électeurs, eût mieux su exprimer la [lensée profonde, mais inconsciente, de son collège électoral.

Aussi ai-je la conviction ([ii’en déjiit de sa comjiosition restreinte, la Congrès Panafricain était suffisamment désigné pour jiarler au nom de la race noire tout entière, pour autant tout au moins ([ue ses délibérat ions se maintiendraient dans le cadre des généralités et n’abord('raient pas le terrain brûlant des questions d’intérêt focal. Or, nous savons ([u’il s’est cantonné dans

le domaine général et qu’il s’est soigneusement abstenu de toute incursion dangereuse dans celui des passions locales. D’ailleurs, la lecture de la motion qu’il a votée avant de clôturer ses travaux, et dont on trouvera le texte plus loin, suffit à démontrer qu’il a réellement et fidèlemenl traduit la pensée de tous les Noirs cpii pensent, de ceux (pii pensent en liambara ou en bobo comme de ceux qui pensent en français et en anglais. Seulement les premiers pensent confusément et ont peine à traduire en termes précis des abstractions dont ils conçoivent surtout les résultats matéiiels. En sorte (pie, les vœux de la race noire étant destinés à (Hre livrés à la méditation de la (<onférence de la Paix ou du Comité directeur de la Société des Nations, il est de beaucoup jiréférable ([u’ils aient été rédigés en bon français et en bon anglais, par les membres du Congrès Panafricain.

J’ai entendu quel([ues personnes se demander pourquoi le mot « ])anafricain » avait été choisi comme qualificatif du Congrès, lequel eût pu tout aussi bien qtre dénommé « congrès de la race noire ». Assurément les organisateurs ont eu leurs Taisons. Sans doute ont-ils voulu marquer par là que tous les Noirs aujourd’hui réjiamlus de par le monde ont en commun non seulement les origines ethniques, mais aussi l’origine géographique. .J’avoue d’ailleurs que les appellations empruntées à l’habitat, primitif ou actuel, des races ont une supériorité sur celles motivées par la couleur de la peau : celle-ci en effet peut présenter de telles variations (pi’il ne manque pas d’hommes, incontestablement noirs de teint, cpii appartiennent non moins incontestablement à la race dite « blanche », de même que bien des individus à peau très claire appartiennent cependant à la race dite « noire » ou à la race dite « jaune ». Alors mieux vaut donner la préférence aux expressions « race indo-européenne », « race africaine », etc.

Peut-être d’ailleurs est-ce aller chercher bien loin une cause ejui pourrait n’être qu’un besoin d’euphonie : « congrès pan-noir » eût semblé barbare, comme du reste « congrès pan -blanc », tandis cjue « panafricain » ne choque aucunement l’oreille ni l’œil, surtout depuis que le panslavisme et le pangermanisme nous ont habitués à des mots analogues.

Quoi qu’il en soit, par « Africains », les Congressistes ont voulu entendre tous ceux qui tiennent à l’Afrique par leurs origines ancestrales, où qu’ils habitent et quelles que soient leurs nationalités, quelle que soit aussi la quantité de sang africain qui coule dans leurs veines. Ils n’ont pas voulu comprendre sous cette étiquette, cela va sans dire, les gens originaires de l’Europe ou de l’Asie ({ui se sont établis en Afrique à des époques plus ou moins reculées ou récentes. Ainsi interprétée, l'expression est parfaitement juste et dit exactement ce qu’elle veut dire. Il y

a du reste, au point de vue scientifique, une race africaine, comme il y a une famille de langues africaines, et le Congrès délibérant au nom de tous les membres et de tous les groupements de la race africaine pouvait à bon droit s’intituler « Congrès Panafricain ».

Le Comité d’organisation comprenait trois membres, cjtoyens des trois Etats qui, dans ■ leurs colonies ou sur leur propre sol, administrent le plus grand nombre ({'hommes de race afri* caine ; la France, ({ui compte en Afrique Occidentale et E(juatoriale, à Madagascar, à la Côte des Somalis, à la Réunion, aux Antilles, à la Guyane et ailleurs un total de 25 millions d’Africains ; la Grande-Bretagne, qui en compte plus de 30 millions dans l’ensemble de' ses possessions d’Afrique et d’Amérique ; les Etats- Unis, qui, en 1910, d’après les statistiques décennah(S })ubliées à cette époque, avaient 9,828.000 citoyens de race africaine contre 81 .732.000 de race européenne, 717.000 de race asiatique et 265.000 de race américaine à proprement parler, c’est-à-dire un peu plus de dix Africains sur 100 habitants et environ un Africain pour neuf Européens.

M. Biaise Diagne, député du Sénégal, commissaire général du Gouvernement Français aux effectifs coloniaux, représentait dans le Comité les Africains Français ; M. E. F. Frederichs, de Sierra-Leone, avocat, y représentait les Africains Britanniques ; le docteur W. E. D. du Bois, directeur du Crisis de New -York et délégué de la Naliomil Associaiion for ihe advancemeni of colored people, y représentait les Africains des Etats-Unis.

Le Congrès lui-même comportait une cin- * quantaine de délégués. Africains ou d’origine africaine, représentant les principaux groupements de race noire épars sur la surface du globe, tels que ceux des colonies anglaises, françaises et portugaises de l’Afrique, du Congo Belge, de l’Union Sud-Africaine, des Etats-Unis, des Antilles, de Haïti, de l’Abyssinie, du Libéria.

Ces délégués étaient tous des personnages notoires. On remarquait parmi eux tous les députés de couleur du Parlement Français et le secrétaire d’Etat C. D. B. King,.chef du Cabinet libérien et futur Président, assure-t-on, de la République de Libéria.

En outre, la plupart des présidents ou secrétaires généraux des diverses sociétés s’intéressant à la protection et au développement des races indigènes de nos colonies avaient été invités par le Congrès à assister à ses délibérations et avaient répondu à son appel.

Un certain nombre de discours furent prononcés, les uns en français, les autres en anglais, au cours des séances qui se tinrent les 19, 20 et

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21 février, sous la présidence de M. Biaise Diagne. Des discussions eurent lieu, souvent fort intéressantes, et bien des choses furent dites qui mériteraient d’être consignées et méditées. La façon dont les divers Etats ayant des citoyens ou des protégés de couleur traitent ces derniers fut examinée et parfois critiquée. Il est à constater que la politique suivie par la France vis-àvis des races indigènes en général et la race africaine en particulier ne reçut que des éloges, tandis qu’il n’en fut pas de même pour les Etats- • Unis, dont on ne manqua pas d’opposer les théories humanitaires aux procédés d’un tout autre ordre employés dans la pratique. Certaines vérités furent dites à cet égard qu’il n’était peut-être pas mauvais de faire entendre en ce moment.

Rappelons à ce propos ce que publiait, le 25 févriei' dernier, la iJéi.êchc Coloniale, en rendant compte des travaux dn (iongrès :

L('S discussions qui ont eu lieu ont présenté le i»lus vit intérêt : elles ont porté sur la situation laite aux Noirs dans les divers pays représentés, sur les moyens propres à l’améliorer (d sur certaines mesures d’ordre général à j)fO[»oser dans ce sens à la Conférence de la Paix. Hâtons-nous de dire qu’il n’a pas été particulièrement ([uestion des indigènes de nos colonies alricaines lesquels, — tout le monde au Congrès a été d’accord sur ce point, — n’ont point de’réclamation de quelque importance à formuler et se déclarent satisfaits du sort qui leur est réservé sous l’autorité humaine et bienveillante de la France.

Par contre, on a beaucoup parlé des Noirs vivant aux Etats-Unis...

A un moment où on se préoccupe tant de protéger les habitants des anciennes colonies allemandes contre les rigueurs si manifestement improbables de la domination européenne, au moyen du « mandat » contrôlé par la Société des Nations, il est piquant de constater ([ue ce n’est pas seulement aux Noirs du Cameroun et du Togo que la théorie du mandat devrait être appliquée... 11 y a bien longtenq)S déjà, la Biljle, ([ue la Conférence de la Paix a remise à la mode, blâmait vertement celui qui découvre une paille dans l’œil de son voisin et ne voit pas une poutre dans le sien !

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A la séance de clùlure, une motion fut votée dont voici le texte, tel (in’il nous a été communi((ué par la presse (1) :

A. Le Congrès émel. le vœu que les gouvernements alliés et associés établissent un code international de lois pour la i)rotection des indigènes et qu’un secrétariat permanent soit attaché à la Ligue des Nations pour veiller à l’api)lication de ces lois.

H. Les Noirs du monde, demandent (pie, dorénavant, les indigèiK'S d’Afri([ue et. les i»eu]>les d’origim* africaine soient gouvernés selon les iirincipes suivants partout où ceux-ci ne sont jias déjà ajipliifués (2) :

I. Lu terre. — Le sol et ses ressources naturelles seront réservés et sauvegardés pour les indigènes ; ceux-ci auront la propriété effective des terres (pi’ils seront en état de faire valoir (3).

( 1) Voir notiuinnenl te Times du 24 février 1919 et la Dépêche Cfiloniule du 25 levrier. I.e. l(!xtc, |iulilié par le journal aiifîtais, (|UOi(pic pareil dans le fond à celui donné par l’organe français, ne lui est pas ahsolunient identiipie dans la forme.

(2) Le texte du Times porte sim[deinent : « soient gouvernés |tartout selon les f)rincipes suivants ».

(.3) « Des terres (jii'ils cidtivent », selon le texte du Times.

2. Le capital. — Le régime des- concessions devra être réglementé de façon (1) à empêcher l’exploitation de l’indigène et l’épuisement dos richesses naturelles du pays. Ces concessions, qui seront toujours temporaires, devront fonctionner sous le contrôle de l’EtaP Il sera tenu compte des besoins grandissants des indigènes. Une partie des bénéfices réalisés devra être utilisée pour des œuvres intéressant le développement moral et matériel des indigènes.

3. Le travail. — Abolition de l’esclavage et des châtiments corporels (2) ; abolition du travail forcé, sauf en matière pénale pour le châtiment des crimes ; promulgation d’une réglementation officielle du travail.

4. L’éducation. — Tout enfant indigène devra être instruit, non seulement dans sa langue maternelle, mais aussi dans la langue de la nation tutrice ; il recevra également l’enseignement professionnel (3).

5. La santé pubtique. — Il doit être reconnu que l’existence humaine sous les tropiques exige des sauvegardes spéciales, ainsi f[u’un système scientifique d’hygiène publique. L’Etat doit être tenu pour responsable des soins et conditions sanitaires, sans que cela diminue l’initiative des sociétés missionnaires et les initiatives personnelles. Un service d’assistance médicale pourvu de médecins et d’hôpitaux doit être créé par l’Etat (4).

6. L’Etat. — Les indigènes africains seront admis progressivement à participer à la gestion de la chose publique au fur et à mesure de leur développement intellectuel (5), en vertu du jirincipe (pii veut ([ue les gouvernements existent [lour les peuples et non les peuples pour les gouvernements.

La lerre. — La plus simple équité commande de laisser aux indigènes la jouissance du sol sur lequel ils sont nés et dont ils doivent tirer leur subsistance. Et par « sol », il convient d’entendre ici non pas seulement l’humus plus ou moins épais propre à la culture, avec les produits de cette culture, mais aussi les végétaux utilisabh s ([ui germent et se développent spontanément à la surface et les minéraux que recèle le sous-sol. 11 est bien évident (pie des exploitations agricoles et minières peuvent être créées dans nos colonies d’Afriipie jiar des colons europédis sans (pie les indigènes (ui souffrent, attendu (pie la siqierficie des terres vacantes est beaucoup plus cousidéralde (pie les besoins des autochtones ne l’exigmit. Mais il doit être bien entendu (pie ces exjiloitations ne sauraient être entrejirises au détriment de la population locale : (piel (pie soit le régime (pi’il plaise à l’Etat d’instaurer dans ses colonies, il convienl et il est nécessaire, ainsi (pic le demande le Uongrès l’anafricain, ejue

(1) l.fî texte doiim’: par le Times jiorte : « Un système de concessions devra être élalioré de façon, etc. »

(2) Le Times ajoute « de toid,e iiaturiï ».

(3) Le texte du parajiraphe, tel (lu'il figure ici, est celui donné jiar la Dépêche. Culoniale. !.(' texte du Times est diftèrenl. et, cette fois, la divergence est asse/. im((orl,ante. \ oici la version du Times : « Ererii coloiired chiUl shull be tnuijht its niothcr toriipie. (ind ihc tani/ua(/e of lhe trnslee, nation. Drofessional éducation shatt be. avaitable. — On devra enseigner à tout enfant de couleur sa langue maternelle et le langage de la nation tutrice ; l'enseignement lu-ofessionnel devra être favorisé. »

(4) Le Times se contente de résumer ainsi ce iiaragraplic ; « thi service d’assistance médicale, composé d’impitaux et de médecins, devra être établi jiar l’F.tat, ((ui devra être responsable de ia santé des habitants. »

(5) Texte du Times : « Les races de coideur de l’Alncpie seront admises graduellement à une participation jilus large dans l’Etat, à mesure des iirogrès de leur développement intellectuel. » Le reste est identiipic à la version donnée ici d’ajires la Dépêche Cotuniute.

RBNSClaNBlflNTR COLONIAUX

N<" 3 et 4.

BULLETIN DD COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

{es droits des indigènes sur le sol et ses ressources naturelles soient sauvegardés. Une telle sauvegarde n’est nullement inconciliable avec les intérêts de la nation colonisatrice et de ses citoyens métropolitains : le tout est de s’y ju'endre avec le souci de respecter l’équité et de subordonner les réglementations au bon sens et non le bon sens aux règlements ; c’est ce dernier procédé, malheureusement, ({ue l’on a employé trop souvent jus(pi’ici, mais il n’est })as trop tard pour reconnaitre les erreurs du passé et les éviter à l’avenir.

Je sais bien ((ne les indigènes de l’y\.l'ri(]Ue Occidentale et Eipiatoriale ont, de la ((rojuàété foncière, une tout autre conception ([ue les (M'uples de l’Euro()e contem()oraine. Pour les premiers, la terre n’est à ()ersonne, en ce sens <[ue ((crsonne n’a le |)Ouvoir d’en disposer autrement ([u’en y exerçant des droits d’usage ; ([ue ce soit |)our des raisons d’ordre religieux et mystiepic ou })our des motifs d’ordre historique, le sol est considéré comme inaliénable et la ju’opriété réelh^ en est abandonnée aux génies on au.x esprits (fui, selon la croyance })0))ulaire, y ont j)récédé les hommes. Mais ceci n’est, somme toide, (fu’une fiction. Qu’un indigène ne se reconnaisse ])as de droits à la (U’opriété effective de la ()arcelle (fu’il cultive, au sens (jue nous attachons au mot « ()ro()riét é », il n’en est pas moins vrai (fu’il a la conce()tion très nett(‘ de ses droits (i’e.xploitation et qu’il n’admet pas que ces droits, s’ils sont établis par la coutume locale, puissent êtr(‘ discutés ni, à plus forte raison, enfreints. Ee «ont ces droits d’(‘X(»loitation, d’usage, de jouissance en un mol , (fu’il est essentiel de sauvegarder, sous (|uel(|ue forme (fu’ils se (U’ésentent , ([u’ils soient détenus ()ar d( s collectivités ou })ar des indiN idus.

D’autre ()art, s’il n’y avait aucun inconvénient, tant (fue les Noirs étaient seuls à halnter l’Afrique et y étaient abandonnés à eu.x-mémes, à ce que la notion du jus abulendi fût absente de leurs conceptions en matière de pro(>riété foncière, il n’en est |)lus de même defuiis (jue des Européens, ((ossédant cette notion et y étant fort attachés, sont venus s’installer à c(')té et au milieu d’eux. 11 est devenu nécessaire (|ue l’indigène, pour défendre le maintien de son droit d’exploitation, ()uisse arguer d’un droit de propriété réelle, alors même (fu’il n’aurait nulle intention d’en faire usage. Sans (juoi, les avoués et le code civil aidant, il serait tro{) facile aux acca()areurs de terrains de déposséder conqjlètement les autochtones et, a()rès avoir légalement ac([uis la propriété réelle d’un terrain sur lequel personne n’aurait pu faire valoir de titre contraire, d’en chasser (uirement et simfdement celui qui l’exploitait en vertu de droits séculaires, mais non écrits ni enregistrés.

Aussi semble-t-il indispensable que l’on songe à assurer aux indigènes la ()ro|u-iété effective des terres (fu’ils exploitent ou (fu’ils sont fondés à exploiter, comme le réclame très justeme'd le Congrès Panafricain.

Le- capilal. — Ce ()uragraphe aurait pu n’étre pas disjoint du précédent. Dans l’Afri(|ue noire tout au moins, il n’existe pas d’autre capital, en dehors dn capital humain, que la terre. Les (Congressistes l’ont bien compris, puisque, sous le titre « cajiital », ils n’ont parlé (jue de la (juestion des concessions territoriales. Ils se devaient d’en jiarler et ils le devaient surtout à la race dont ils s’étaient constitués les représentants, car elle a fro() souffert déjà du régime des concessions et il n(î convient pas (fii’elle continue à en souffrir. Elle ne sera f»as la seule d’ailh'urs à gagner à une riAision du régime (|ui a (irévalu autiad'ois : on demande d’empêcher (c l’exjiloitation de l’indigène», et aussi « l’épuisement des richesses naturelles du jiays », épuisement (jui nuirait évidemment aux indigènes, mais (jui ne porterait jias un moindre ju'éjudice à la nation colonisatrice ou souverairn;.

Les moyens préconisés en vue d’éviter ce double mal paraissent à (iremière vue judicieux et d’une réalisation facile. Tout d’abord, les concessions ne seront octroyées qu’à titre tem- ()oraire, ce (jui est (‘ssentiel ; j’ajouterais volontiers (ju’ellcs devront être révocables en cas d’inexécution de certaines clauses, mais cela va de soi. Ensuite, dit la motion votée jiar le Longrès, elles (( devront fonctionner sons le contrôle de l’Etat », ce (fui implique, vraisemblablement, (fue l’Etat ne se contentera pas de (lercevoir les droits dont il a frappé le concessionnaiie, mais (fu’il veillera aussi à ce (|ue ce dernier renqilisse fidèlement son mandat, à tous les points de vue. « Il sera tenu compte des besoins grandissaids des indigènes » ; voilà un j)rinci|)e dont tout acte de concession devra s’ins()irer : il serait en effet iiiadmissililc que, sous (U'étexte qu’à un moment donné la failde densité de la j)opulation d’une jirovince permettait d’attribuer à un coiua^ssionnaire l’exjdoilation de la majeure jiartie des terres et des produits naturels de cette (trovince, les indigènes fussent condamnés à ne j)as augmenter en nombre, sous peine d’être réduits à émigrer ou à mourir de faim ; les (( réserves » doivent être entendues non seulement ()our le présent, mais aussi })our l’avenir.

Enfin une dernière phrase stijnde qu’ « une partie des bénéfices réalisés devra être utilisée })our des œuvres intéressant le dévelo()j)ement moral et matériel des indigènes ». L’est là une précaution très légitime et très sage. L’est de la bonne colonisation. Au fond, ({uc se passe-t-il, lors de l’octroi d’une concession coloniale ? Simjdement ceci : l’Etat, suzerain et mandataire des indigènes', prête au concessionnaire un capital a])()nrtiuiant à ces derniers. Il est donc juste que les indigènes aient part an bénéfice réalisé par le concessionnaire grâce au capital à bn (mêlé et il (‘st humain (pi'ils touchent leurs intérêts ou leurs di\ ideiides sous la forme d’insti-

UENSEIGxNEMENTS COLOXIAEX

tutioiis de nature à favuriser leur développement moral et matériel.

Le Iravail. — En réclamant rabolillon de l’esclavage, le (longrès Panafricain a eu sans doute en vue (piel(|ues régions du Nord-Est de l'Afrique ((ui, juscpi’à })résent, ont échappé en partie au contrôle des nations européennes et où l'esclavage est encore j^ratiqué plus ou moins clandestinement. Peut-être aussi a-t-il eu en vue certaines colonies dans les{|uellcs, au temps où (‘lies étaient allemandes, l’esclavage, ([uoic[uc ]trohihé en théorie, existait ceju'udant en réalité, tant pour le profit de l’Etat (pie jiour celui des particuliers. Quoi (pi’il en soit, tout le monde est d'accord pour que nulle jiart ne subsiste aucune trace de cette barbarie consistant à asservir l’homme à l’homme et à transformer un ('tre humain en bête de somme sans liberté individuelle comme sans personnalité.

En ce (pii concerne les châtimc'nts corporels, s'ils sont abolis depuis longtemps dans les colonies françaises, ils étaient fort en honneur dans les ])OSsessions allemandes et ils sont encore employés dans (pielrpies [lays étrangers. D’excellents esprits, nullement cruels et remplis de fort bonnes intentions à l’égard des jiopulations africaines, se montrent partisans résolus du mainti(‘ii de ces châtiments, estimant (pi’ils ne sont pas jiliis inhumains que la pi’ison et (pi’ils ont un effet beaucoui) plus salutaire. 11 est fort jiossible (pie ces bons esprits aient raison, mais il convient de tenir compte de l’évolution des mœurs et des sentiments et il semble bien difficile, dussent les criminalistes ne j»as y trouver leur compte, de refuser aux représentants d(‘ la race noire la satisfaction (pi’ils demandent au nom de la dignité humaine et de l’égalité devant la loi. Au temps où les indigènes se faisaient justice eux-mêmes et se trouvaient entre eux, ils jxmvaient sans inconvénient flageller b s voleurs ou même leur trancher le poignet. La chose di^vient beaucouj) jiliis délicate lorsipie c’est l’Européen (pii s’institue justicier. Elle devient une humiliation imméritée p.our toute une race humaine lorsipi'il est admis que, dans un même pays, les indigènes peuvent être frappés de châtiments corporels tandis (pie les Européens en sont exempts.

Quant à l’abolition du travail forcé, il n’était j»as inutile de demander (pi’elle fêil officiellement consacrée par la Sociélé des Nations, au lendemain de l’heure à bupielle les Allemands avaient rendu légal, dans leurs colonies africaines, l’emploi de la main-d’(cuvre obligatoire et autant dire gratuite. Même ailleurs qu'en Allemagne, il est encore des partisans convaincus de ce système barbare de colonisation. 11 était donc bon de proclamer (pi’un tel système ne saurait être ni employé ni même préconisé, où (pie ce soit, l’ne S(‘nle exception est jM'nuisi' ; c'('st lors(pi il s’agit , non de Ivavnil foire, mais (b* Irniuiiix forcés, châtiment admis pour les criminels dans tous les jiays civilisés. Mais le Congrès a l»icn fait d(>

mentionner cette exception ci de parler de « matière pénale » ou, selon la version anglaise, de penal pcocccfj/re», car cela rappellera à propos, à ceux oui seraient tentés d’imiter la manière allemamle, que s'il est légal de condamner un criminel à purger sa peine en travaillant au profit.de la société, il ne l’est pas de forcer un innocent à travailler pour le compte de l'Etat ou d’un particulier et de le punir ensuite pour ne pas s’être touvé sur le chantier. Une réglementation officielle du travail serait désirable, ne fût-ce que pour rappeler à certains (pi’aux colonies comme en Europe le Iravail doit êtré le résultat d’un contrat entre l’employé et l’employeur et que ce contrat doit être librement consenti de part et d’autre.

L'édiicalion. ^ — Si j’ai bien compris la pensée du C.ongrès et si je m’en tiens au texte français d(‘ sa motion, il a voulu exprimer le vœu tiue l’instruction soit donnée aux indigènes africains dans leur propre langue d’abord et ensuite dans la langue de la nation tutrice. En d’autres termes, et }»our prendre un exemple concret, un enfant d’Abomey recevra d’abord une éducation donnée en langue dahoméenne, après (pioi son instruction sera com})létée en faisant usage de la langue française. Je ne puis croire en effet qu’on ail voulu dire, comme le texte anglais publié par le Times tendrait à le faire siq)poser, (pi’il faille lui apprendre à jiarler dahoméen et ensuite — ou en même temps — à parler français, pour la simple raison (pi'il parlera diqà le dahoméen lorsqu’il sera en âge d’aller à l'école et qu'on n'aura rien à lui enseigner à cet égard.

Je pense plutôt (]ue, déférant aux desiderala maintes fois exprimés jiar ceux qui se sont occujiés de la (pieslion dej'enseignement à distribuer aux imligènes, les membres du Uongrès Panafricain ont voulu conseiller de se servir de l’idiome maternel des enfants comme langue « véhiculaire «, pour cmployei- une i‘xi>ression chère aux ju'“dagogues et du reste fort juste, c’est-à-dire de faire pénétrer dans leurs jeiines cerveaux les idées cpie l'on y veut introduire en faisant usage de la langue dans laquelle leur mère leur a d(‘jà appris à jienser. ('.’est en effet le procédé le meilleur pour habituer un enfant — ou même un adulte — à des concepts nouveaux pour lui : le fait (pie ces concepts lui parviendront habillés à la mode du ]»ays, si j’ose ainsi dire, lui en rendra l'assimilation infininu'iit plus aisée et la compréhension ]dus jiarfaite. Plus tard, aux enfants (pii auront montré les dispositions les meilleures pour l'étude, on enseignera la langue de la nation tutric.e, toujours en employant le langage maternel comme langue véhiculaire, et ce n’est (pi'aii troisième stade, (piand l’élève sera devenu apte à jienser en français, en anglais, en portugais, sans dénaturer sa penséi' jiar les mots employés, ([ue l'cii pcrli'ctioniiera son éducation en se serveant d une langue curopéeniu'.

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

Je n’ignore pas que ce système présente, dans la pratique, des difficultés qui l’ont presque toujours fait écarter jusqu’ici, au moins dans l’Afrique noire, par les éducateurs officiels. La diversité des idiomes indigènes, qui varient d’une province à l’autre, est assurément un obstacle ; la nécessité de rédiger et d’imprimer des ouvrages d’éducation en langue indigène en est un autre. Ces obstacles cependant ne sont pas insurmontables, puisqu’ils n’ont ni épouvanté ni arrêté les missionnaires. Dès le moment que ceux-ci ont trouvé le moyen de traduire la Bible et de composer des syllabaires et des catéchismes en de multiples langues africaines, je ne vois pas pourquoi les instituteurs seraient incapables de mener à bien une besogne similaire. D’ailleurs, il n’y a en cette matière, comme en beaucoup d’autres, que le premier pas qui coûte, et, une fois formés quelques bons professeurs indigènes, ceux-ci deviendront tout naturellement les éducateurs des enfants du premier âge et, sans aucune difficulté, leur distribueront les rudiments d’instruction dans la langue qui se trouvera être la leur propre en même temps c[ue celle de leurs élèves.

Les Anglais ont tenté l’expérience dans la Nigeria du Nord, où Sir Frédéric Lugard a voulu faire avec le haoussa l’analogue de ce qui se pratique en Egypte avec l’arabe, et ils ont obtenu de si merveilleux résultats que nous devrions au moins être tentés de les imiter dans les colonies françaises.

Pour ce qui est de l’enseignement professionnel, la demande du Congrès Panafricain ne rencontrera certainement que des approbateurs. A ce point de vue comme au précédent, il reste beaucoup à faire dans nos possessions africaines. Je sais bien que des réformes importantes, amorcées depuis quelques années, viennent d’être opérées tout récemment en Afrique Occidentale. Néanmoins nous sommes loin encore de l’enseignement professionnel distribué à « tout enfant indigène ». Sans exiger que l’on en vienne tout d’un coup à cet idéal, nous pouvons espérer que des efforts sérieux seront farts en vue de s’en rapprocher le plus possible, pour le plus grand bien de nos indigènes comme pour le plus grand bien de la métropole.

La sanié publique. — Le Congrès Panafricain a été particulièrement bien inspiré en déclarant que « l’existence humaine sous les tropiques exige des sauvegardes spéciales ainsi qu’un système scientifique d’hygiène publique ». Il est des vérités qu’il convient, en dépit de leur évidence, d’affirmer avec quelque solennité, afin de contraindre les pouvoirs publics à s’en pénétrer et à en faire la base de leurs programmes.

Du côté de l’hygiène et de l’assistance médicale comme du côté de l’éducation, ce que nous avons fait en Afrique est très beau, mais n’est rien pourtant à côté de ce qui nous reste à faire. Pour réaliser le minimum indispensable, il n’est

pas trop de toutes les initiatives réunies, celles des personnes charitables, celles des missionnaires de tous les cultes et enfin celle de l’Etat, qui, comme l’a fort bien marqué le Congrès, est responsable, mais ne doit pas saisir ce prétexte pour entraver les efforts privés.

L’Etai. — Il y a fort longtemps que ceux qui voient un peu loin en avant d’eux-mêmes se préoccupaient de faire participer les indigènes, dans la mesure compatible avec les situations locales, à la gestion des affaires publiques. Cette préoccupation est devenue, non pas plus vive, mais plus générale depuis que les événements de ces cinq dernières années ont amené la probabilité d’une évolution plus rapide chez une partie tout au moins de la population indigène. Les gens qui, jusqu’alors, n’avaient pas eu le souci d’admettre les autochtones dans la conduite de la chose publique, ont senti qu’il serait difficile et peut-être dangereux de les en tenir désormais à l’écart. Déjà, la section de l’Afrique Occidentale, lors des réunions de la Conférence Coloniale organisée par M. Maginot, avait posé très nettement la question et l’avait résolue en principe dans le sens d’un appel à faire à l’élément indigène pour l’administration des affaires locales.

En fait, dans beaucoup de régions de nos colonies africaines, cet appel avait été fait et entendu depuis longtemps et bien des circonscriptions administratives fonctionnaient en réalité comme de véritables protectorats. Mais les méthodes employées étaient purement empiriques et surtout leur emploi demeurait subordonné à l’initiative, à l’intelligence et parfois au caprice des administrateurs, sans que l’autorité supérieure eût donné à cet égard des directives absolument nettes et constantes.

Il s’agit donc surtout de généraliser un système déjà mis en application çà et là avec plus ou moins de bonheur, de préciser la portée de l’idée et les moyens de réalisation, d’éviter surtout la possibilité de retours en arrière ou d’interprétations divergentes. Ce sont des conseils qu’il faut, plutôt qu’une réglementation qui risquerait de devenir dans beaucoup de cas une tunique de Nessus et qui, pour ce motif, resterait à l’état de lettre morte. Mais ce qui importe surtout, c’est que ces conseils reposent sur des principes définitivement et officiellement admis, constituant la base ne varietur de notre politique indigène.

L’un de ces principes a été rappelé par le Congrès Panafricain, avec une netteté presque brutale qui n’est pas pour me déplaire : « Les gouvernements existent pour les peuples, et non les peuples pour les gouvernements. » Il en est d’autres encore, non moins intangibles, qu’il conviendra d’ajouter à celui-ci, pour en faire quelque chose comme la charte constitutionnelle des droits politiques des indigènes.

Comme l’a indiqué le Congrès, la participation

RENSEIGNEMENTS COLONUÜX

des autochtones à la gestion de la chose publique, dans nos colonies africaines en particulier, ne saurait être que graduelle et progressive. Elle ne peut être partout à la fois de même nature, ni avoir partout à la fois la même extension. Bien des circonstances, qui tiennent non à la race mais au milieu, imposent des gradations à observer et des étapes successives à franchir avec mesure et circonspection. Il est deux choses qu’il ne faut pas perdre de vue, parce que ce sont les deiix buts poursuivis, le bonheur des indigènes et l’avenir de nos colonies, et il est nécessaire d’éviter avec soin tout ce qui serait de nature à compromettre l’obtention de l’un ou de l’autre de ces buts.

Dans beaucoup de cas, on devra se contenter au début d’une sorte de préparation à l’admission des indigènes dans la gestion de la chose publique. Ailleurs, il sera prudent de ne les faire participer tout d’abord qu’à l’administration des affaires les concernant en propre. Ce n’est que peu à peu, et en s’entourant, dans leur intérêt plus encore que dans le nôtre, de toutes les précautions désirables, qu’on pourra leur conférer des droits politiques analogues à ceux des citoyens métropolitains ; cette dernière étape est franchie déjà en plusieurs points de notre domaine colonial, grâce à des circonstances spéciales, mais elle ne pourra vraisemblablement, en bien d’autres points, être franchie que plus tard, lorsque des circonstances analogues viendront le permettre ou le commander. C’est là une œuvre à laquelle il convient de s’attacher sans plus attendre, mais dont la réalisation complète ne saurait être qu’une entreprise de longue haleine.

Le Congrès a voulu indicjuer le critérium qui devra servir à déterminer le passage d’une étape à une autre étape ou d’un mode de participation à un autre mode : d’après lui, ce critérium serait le progrès du déveloj)pement intellectuel. F^eutêtre aurait-il convenu de préciser, davantage ou de définir ce que l’on entendait par « développement intellectuel ». Po\ir beaucoup de personnes, en effet, cette expression ne signifie pas autre chose que « développement de l’intelligence » ; pour d’autres elle équivaut à « développement de l’instruction ». Or ce n’est pas précisément parce que des indigènes seront plus intelligents ou plus instruits qu’ils deviendront plus aptes à gérer la chose publique ; ou plutôt, j’entends bien qu’il est préférable d’appeler les plus intelligents et les plus instruits à la gestion de la chose publique, mais c’est faire là choix individuel plutôt que distinction collective et, ainsi interprété, le critérium risquerait d’être insuffisant ou inopérant lorsqu’il s’agirait de savoir si tel ou tel groupement indigène est apte ou inapte à tel ou tel mode de participation. Aussi, comme je l’ai écrit ailleurs (1), aux mots .« développement intellectuel », je préférerais les

(1) Dépêche Coloniale, n*'' des 7 et 11 mars 1919 : Les vœux du Congrès Panafricain.

mots « évolution intellectuelle ». C’est-à-dire que les indigènes devraient être appelés à participer à la conduite des affaires publiques dans la mesure où leur degré d’évolution intellectuelle correspond au mode et à l’étendue de participation qu’il est question de leur conférer.

Affaire de mots, dira-t-on. Oui, mais lorsqu’il s’agit d’une chose aussi importante que l’avenir d’une race, on ne saurait montrer trop de souci dans la définition du point de départ.

Les journaux français qui ont reproduit les vœux émis par le Congrès Panafricain ont fait observer que la plup'art de ces vœux avaient déjà reçu leur application dans nos colonies africaines. C’est exact. On peut ajouter qu’il y aurait profit, pour la France et ses colonies aussi bien que pour les indigènes eux-mêmes, à ce que tous reçoivent leur application dans la plus large mesure possible. Il y a là une question d’intérêt aussi bien qu’une question de justice et d’humanité, car, dans des pays où l’on ne peut rien faire sans le concours des indigènes, le simple bon sens commande de s’attacher à ce que satisfaction soit donnée aux droits et aux besoins des indigènes dans l’ordre moral et dans l’ordre politique comme dans l’ordre matérrel.

Aucun des desiderata exprimés par le Congrès Panafricain ne peut paraître autrement que légitime ; aucun ne dépasse les bornes de la raison et ne fait montre de prétentions exagérées. Non seulement ils correspondent à ce que n’ont cessé de réclamer les amis de la race noire, mais encore ils représentent une partie des revendications du monde colonial pris ‘dans son ensemble. Je ne crois pas qu’il soit possible à quiconque s’intéresse à l’avenir de nos colonies africaines de ne pas souscrire aux idées formulées par le C.ongrès Panafricain et de ne pas s’efforcer à les faire transformer en actes.

La France d’ailleurs est toute disposée à exécuter les quelques parties du programme qu’il lui reste à exécuter. Il est vraisemblable que les dispositions de la Belgique, de la Grande-Bretagne et du Portugal ne sont pas moins favorables et l’on peut espérer que l’Union Sud-Africaine, où certains éléments ont montré, surtout avant la guerre du Transvaal, quelque opposition ou (juelque mauvais vouloir, se décidera à entrer délibérément dans la même voie. Ainsi, l’Allemagne se trouvant éliminée de fait, l’avenir de la race africaine dans son pays d’origine paraît être assuré selon les principes posés par le Congrès Panafricain.

Peut-être faudra-t-il un peu plus de temps et d’efforts pour qu’il en soit de même en Amérique, mais là aussi l’idée a fait déjà beaucoup de ehemin et il n’est pas douteux qu’elle arrivera un jour à triompher complètement des dernières résistances.

M. Delafosse»

lil’LLRTIN DU COMITI! Dlî U'AIMUDUI-: ^'HA^■(;AISE

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