‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 4)Chapitre 26 sur 75 · LA CONQUÊTE · texte numérisé non relu

LA CONQUÊTE

UE

La pourauito de l’armée de von l^ellov Vorbeck »n territoire porlii}4'ais a été l’im dos épisodes lea plus curieux de la longue lutte cjue les liritanniques ont dû conduire en Afrique Orientale. Comme suite aux rapports officiels publiés par le gouvernement brilannicpie et reproduits ici, nous avons fait traduire in extenso le rapport du général van Deveuter sur les operations conduites Jusqu’à la (in de septembre lal8 (tC

Le Secrétariat d’Elat à la guerre a reçu du Lieutenant Général Sir J. L. van Deveuter, K. U. 13., G. M. G., Commandant en CliQfdoa forces dans l'Est Africain, le rapi'ort suivant :

Dar-es-Salam, le 130 sejitcmbre 1918.

Dans mon dernier rapport (2), j’ai rendu compte des opérations qui ont été etfectuées dans l’Jüst Africain avant la fuite du Commandant allemand avec le reste de ses forces dans l’Afrique Orientale Portugaise en traversant la Hovuma. Ces forces comprenaient, d’aprèsdes données récentes, environ 320 Européens, 2.Û00 askaris, deux canons et 30 ou 35 mitrailleuses. Les askaris formaient 15 compagnies do 120 à 150 fusils chacune. ,

Lorsque les forces allemandes traversèrent la • Uovuma dans la dernière semaine de novembre 1917, elles étaient à court de munitions et de vivres, épuisées par une poursuite très serrée et déprimées parle succès des opérations qui avaient réussi à nettoyer l’Afrique Orientale Allemande.

Toutefois, l'engagement de Ngomano, le '27 novembre, eut pour résultat la prise d’une quantité considérable de fusils, de munitions et de vivres. Cet engagement fut bientôt complété ^paï- la capture ultérieure de petits postes portugais isolés à Nanguare et dans les collines de Mkula.

Ces succès relevèrent naturellement le moral delà troupe. Les soldats qui restaient au colonel von Lettow Vorbeck étaient les survivants de ses meilleures troupes, tant européennes qu’africaines. Les askaris avaient tous déjà combattu et, comme je l'ai signalé dans mon précédent rapport, de tels hommes, appuyés par des mitrailleuses bien servies, sont, dans leur brousse natale, des adversaires sérieux pour les meilleures troupes.

Les difficultés que présentaient les opérations dans l’Afrique Orientale Portugaise s’annonçaient oomme devant être sérieuses.

La portion de l’Afrique Orientale Portugaise située entre les rivières Rovuma et Zambèse, le lac Nyasa et la mer, est presque aussi grande que la France. Une grande partie de cette vaste

(1) London Gazelle (4* supplément) du 16 décembre 1918.

(ai Afrique /''■(Utl’flLe, liens., Cal., p. 68.

surface était « terra incognita » pour les Européens et il n'en existé pas de carte utilisable. Dans certaines régions les indigènes sont encore insoumis, dans d’autres ils sont en rébellion plus ou moins ouverte.

11 n’y a pas de route et pas de chemins de fer, à l’exception d’une voieds 3 pieds 6 pouces d’une longueur de 30 milles partant de Lumbo, sur le continent à l’Ouest de Mozambique,

Les rivières étaient peu connues, mais la Lujenda et la Lurio se trouvent être d’uji débit considérable, surtout pendant la saison des pluies et la Licungo et la Melela, qui se jette dans la mer au Nord de Quelimane, n’oIlTent que peu de passages guéables,.

Les régions centrales étaient colles qui convenaient le mieux à l’ennemi pour sa défense, elles passaient pour être élevées, saines et fertiles.

Eu fait, l’Afrique Orientale Portugaise apparaissait comme le théâtre idéal, pour les opérations d’un chef disposant d’une force mobile et compacte, libre de toute base, indépendante des lignes de communications, habile dans l’art de K vivre sur le pays » et dont le but était probablement d’éviter les rencontres avec des forces supérieures afin de durer aussi longtemps que possible.

Les opérations qui allaient avoir lieu, quoique d’une moindre envergure que celles de 1917, s’annoncaient comme devant être ardues et pénibles, elles constituaient en réalité une nouvelle entreprise. Mon objectif était double, empêcher l’ennemi de repasser dans l’Afrique Orientale Allemande, et entrer en contact avec lui le plus tôt et le plus souvent possible, car, s’il pouvait enrôler de nouveaux askaris, il lui était impossible de remplacer ses combattants européens,

La campagne do 1916 et de 1917 avait montré qu’il est pratiquement impossible d’encercler un ennemi mobile dans le difficile terrain de l’Afrique Orientale et le caractère du commandant des troupes allemandes faisait prévoir qu’une reddition générale n’aurait pas lieu sans que ses forces fussent réduites au point de devenir inoffensives. La campagne devait donc forcément se proposer une destruction totale de l’adversaire; je donnai ordre à mes lieutenants de ne laisser échapper aucune occasion de combattre et par conséquent de causer des pertes à l’ennemi, quels que fussent les risques à courir.

L’ennemi, après l’engagement de Ngomano, se porta rapidement vers le Sud, remontant la rivière Lujenda, poursuivi par le Cavalry et par une partie de la Nigerinn Brigade, mais lorsque nos patrouilles de cavalerie atteignirent Nanguare le 19, l’ennemi était déjà parti, se dirigeant sans doute vers la fertile contrée située entre Muembe et Mtarica, U était ainsi hors d’atteinie de mes forces de la région de Lindi- Sur ces entrefaites, le général Nortbey transporta la colonne composée par le 1®‘ Kiiig's Africnn Bifhs à l’extrémité sud, du lac Nyasa et débarqua le 2® Cape Corps à Mtengula sur la rive orientale du lac,

A la demande du gouvernement portugais, je

RENSEKINEMENTS COLONIAUX

résolus d’expédier un détachement à Port-Amélia et les premières troupes appartenant au Gold Consl Hegimenl y débarquèrent le 14 décembre. Les Portugais signalèrent qu’un détachement ennemi avait occupé Medo, à quelque 130 milles à l’Ouest de Port-Arnélia.

Une augmentation graduelle du débit de la Itovuma signalait l’approche de la saison des pluies, exposant mes troupes sur la rive sud à être coupées de leurs approvisionnements, je les retirais laissant la Nigérian Brigade sur la rive nord, en face de Ngomano avec un bataillon à Massassi. Le 3 rdj-uh K. A. B. fut envoyé à Tunduru et le général Northey occupa en force la région de Songea. Le reste des troupes du district de Lindi forma une réserve à Ndanda. Ces mesures me plaçaient en bonne position pour lutter contre toute tentative de l’ennemi pour repasser en Afrique Orientale.

Le 19 décembre, un détachement du 2® Cape abandonna Mtengula pour occuper Unango, .30 milles plus à l’Est, avec l’intcnlion de développer ses positions dans la direction de Mtarica ; le 2 décembre, la colonne commandée par le colonel Ilawlhorn {Ist/ Isl el 2 nd Jsl A'..l. B. avec 3 rdjist en réserve) avait atteint un point à 13 milles Nord-Nord-Esl xlc Namwera et se dirigeait par la haute Lujenda vers Luamhala.

Le Gold Coast Begiment acheva son débarquement à Port-Amélia à la lin de décembre et 1 commença à développer ses positions dans la direction de Medo. Cette ligne devant être une de nos principales lignes do communications en venant du lac, j’envoyai le 4 ih/ïlh K. .1. B. et une section de la 22' Mountain Battery à Port- Amélia, organisant ainsi une colonne sous le commandement du colonel Rose, du Gold Coast Hegimenl.

Entre la ligne Port-Amelia-Medo et la Rovuma, les forces portugaises, ayant leur base à Mocimhoa-da-Praia, tenaient la ligue Mocimboa-do-Rovuma-Chomha.

Mon intention était de former de cette manière une barrière au nord de la Rovuma et de me rabattre sur l’ennemi par l’Ouest et par l’Est en même temps. Les opérations devaient autant que possible continuer sans interruption, pendant la saison des pluies.

A la tin de janvier, l’ennemi était à peu près disposé de la façon suivante : quartier général et 5 compagnies, Mtarica; aux environs de Muembe, trois compagnies; près do Luamhala, trois com- [lagnies; à Medo et à l’Est de ce poste quatre compagnies.

A la fin de la première semaine de janvier, un détachement do 730 fusils du 2® Cape Corps avait atteint Unango et le colonel llawthorn occupait avec 1.300 fusils environ, la ligne Katuli à Luamhala. Des pluies abondantes avaient sérieusement entravé les opérations.

Le 7 janvier, le colonel Ilawlhorn attaqua un détachement ennemi tenant les bords des rivières Lujenda et Luambala et le ‘chassa vers le Nord. Des crues importantes de la Lujenda arrêtèrent

momentanément notre avance, mais le 15, il ! réussit à atteindre et à occuper Luambala après quelque résistance, Le 14, le 2® Cape Corps venant de Unango occupa Likopolue.

Pendant ce temps, le colonel Rose, partant de Port-Amélia, poussait ses avant-gardes dans la direction de Pamune à l’intérieur du pays, 50 milles environ au Sud-Ouest de Port-Amélia, l’activité ennemie se manifestant seulement par des patrouilles et par l’envoi de détachements jusqu’à la côte. Dans cette région aussi, les pluies retardèrent sérieusement les opérations.

Le 21 janvier, le 2® Cape Corps occupa Muembe sans résistance, l’ennemi se retira vers Mtarica pendant que celles de ses forces qu’il avait opposées au colonel Ilawlhorn descendaient la Lujenda.

A Port-Amélia, le groupe le plus important des forces du colonel Rose avait occupé à la fin de janvier Ankuabe et envoyait des patrouilles très en avant de Meza, à 22 milles vers l’Ouest, oii l’on signalait que l’ennemi avait pris position.

' A partir du milieu dejanvier, les ^iluies devinrent constanteset la saison humide s établit dans toute sa violence : il en résulta forcément un ralentissement des opérations, elle entraînait même parfois leur arrêtcomplet durant quelques jours. L’emploi des transports mécaniques ne pouvait être qu’intermittent et le grand développement 1 des lignes rendait le ravitaillement de troupes suffisantes très difficile.

Nous /éussîmes néanmoins à repousser les postes ennemis afin de diminuer l’étendue qu’il pouvait utiliser pour son ravitaillement, de lui infliger des pertes et de le fatiguer continuellement.

Ce répit fut mis à profit pour faire reposer les unités fatiguées et prendre des mesures en vue d’une avance rapide dès que les pluies diminueraient. Les opérations continuèrent régulièrement dans cette région.

Le 2“ Cape Corps occupa Mtarica le 3 février après avoir rencontré quelque opposition de la part des arrière gardes ennemies. Celui-ci se retira vers Lucinje etNanungu ; cette direction générale fut également suivie par les troupes ennemies venant de la llaule-Lujenda qui se retiraient devant le colonel Ilawtborn. Dès le milieu de février, le colonel Northey avait complètement nettoyé la rive gauche de la Lujenda. L’opposition ennemie avait été constante, mais non pas opiniâtre. L’intention de l’ennemi était apparemment de gagner larégion de Mwalia-Mcdo et les districts situés le long de la rivière Lurio. lise trouverait ainsi au centre de l’Afrique Orientale Portugaise Septentrionale, le plus loinpossible du lac Nyasa et de la mer.

La poursuite du général Northey continua et le 22 février les troupes avancées du colonel llawthorn atteignirent Mtande, 73 miles environ à l’Est de Lambala Borna, elles engagèrent le combat avec deux compagnies ennemies, celles-ci se retirèrent versPhist pendant la nuit.

Sur la côte voisine de Port-Amélia, le colonel

- fit -

BULLETIN Dü COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

Rose occupa Meza, le 2, après une faible résistance.

Au début de février, je rendis visite au gouverneur général de l’Afrique Orientale Portugaise à Lourenco-Marques, la décision ayant été prise par nos gouvernements respectifs de confier le commandement de toutes les forces opérant contre les Allemands à l’officier le plus ancien en grade et d’organiser un état-major commun. J’y trouvai la plus cordiale réception ; le major Perry da Camara, de la cavalerie portugaise, se joignit à mon état-major. Après avoir conféré avec le général Northey à Beira et inspecté la ligne de Port- Amélia, je rendis visite au colonel Rosa, commandant en chef des troupes portugaises à Mocimboa da-Praia, et pris formellement le commandement des troupes alliés.

A la fin de février, l’ennemi était concentré dans la région Medo-Msalu-Nanungu et poussait d’actives patrouilles afin de se procurer des vivres vers le Sud-Ouest, en remontant la Lurio. Les populations indigènes de la région de la Lurio prêtèrent à l’ennemi un concours considérable au point de vue du ravitaillement; dans. cette région cette conduite leur était plutôt dictée par lacrainte que par l’atfection, carellesnous aidèrent de la même manière lorsque nous avançâmes dans cette partie du pays.

Le principal objectif des forces communes du général Northey et du colonel Rose était d’amener l’ennemi à se rendre, si possible, dans la région qu’il occupait ou, s’ils n’y pouvaient parvenir, de le chasser vers le Sud au delà de Lurio. Dans cette dernière éventualité beaucoup de leurs askaris déserteraient sans doute, car on savait qu’ils ne voulaient pas aller plus au Sud. En fait, il y eut un nombre assez considérable de désertions.

Afin de nous préparer à l’éventualité d’un mouvement vers le Sud, le général Northey reçut l’ordre d’envoyer un bataillon du Nyasaland dans le district fertile de Namule, 60 ou 70 milles à l’Est du lac Shirwa. Des reconnaissances furent entreprises en même temps afin de préparer l’envoi d’un bataillon à Mozambique, batdllon destiné à s’avancer dans la région autour de Nampula pour renforcer les forces portugaises de cette région. Une compagnie, ^rdj^nd K. A. lî. fut expédiée dans ce but de Lindi par Mozambique et atteignit Nampula le 17 mars.

Le commandant en chef portugais fut prié de préparer une colonne mobile de 1.500 fusils à Chomba pour coopérer par le Nord aux opérations contre les ennemis dans la région de Medo- Msalu, il massait aussi des troupes portugaises au Sud de la Lurio sur la ligne Ribaue-lnagu afin de tenir le secteur central entre le bataillon du général Northey et le bataillon de Mozambique. En outre il prenait des mesures pour pacifier la contrée de Barue au Sud du Zambèse qui était signalée comme agitée de l’action des émissaires ennemis.

L’ennemi ne manifestait aucun signe d’activité et avait évidemment l’intention dépasser la sai-

son des pluies dans la région au Nord de la Lurio. La position du gros de ses forces n’était pas alors exactement connue, mais il est clair qu’il pouvait en quelques marches amener ses troupes sur des positions où il serait en état de nous menacer.

Le 10 mars, le général Northey signala qu’il n’avait pas trouvé d’ennemi dans un rayon de 100 milles environ Est-Nord-Est de Luambala et qu’il ne s’en trouvait plus à Malokotera lorsque ses troupes venant du lacAmaramba y arrivèrent le 5. Le même jour, les avant-gardes du colonel Rose chassèrent un détachement ennemi de Poluvu, 27 milles environ à l’Est de Medo-Boma. Cette position était signalée comme étant assez fortement occupée et il paraissait probable que l’ennemi y offrirait une résistance considérable, car elle constituait un centre de routes important.

Je décidai donc d’expédier deux compagnies du 2® K. A. R. et une autre section de la 22® Mountain Battery de Lindi à Port Amélia afin d’y former une seconde colonne et je les plaçai toutes les deux sous les ordres du brigadier général Edwards rendu disponible par suite de la réduction des lignes de communications. Ces troupes supplémentaires furent envoyées à Port-Amélia pendant la seconde quinzaine de mars, le reste de la 3® compagnie du 2® K. A. R. fut envoyé à Mozambique.

Le 9 et le 10 avril, le général Edwards opéra sa concentration sur Medo; les troupes ennemies avançaient, abandonnant graduellement leur position principale tenue par environ six compagnies. Le centre de -cette position était formé par une croupe rocheuse d’une centaine de pieds de haut, s’étendant sur un mille de long, connu sous le nom de colline de Chirimba, courant Est- Ouest à un mille environ au Sud de la grande route, le camp ennemi le plus imporlantse trouvait juste à l’Ouest de cette crête.

Le soir du 10, les avant-gardes du colonel Rose avaient atteint l’extrémité est de la colline de Chirimba; pendant la nuit elles s’emparèrent des pentes inférieures formant l’extrémité de la crête montagneuse.

Dans l’après-midi du 11, la deuxième colonne sous les ordres du colonel Gifîard fut envoyée avec ordre de se placer à cheval sur la route de Mloco venant de Medo et allant vers le Sud, puis de se mettre en marche vers Medo le 12 de bon matin.

Ce mouvement fut effectué avec succès, mais il avait été prévenu par l’ennemi qui conserva la moitié de ses forces à l’Ouest de la colline de Chirimba, prêt à entreprendre un mouvement tournant.

Le colonel Giffard, atteignant la route de Mloco le 12 au matin, tourna vers leNord pour attaquer Medo, mais il fut contre-attaqué dans une brousse épaisse par trois compagnies ennemies ; elles furent plus tard rejointes par une quatrième. Depuis 1 h. 1/2 de l’après midi le combat fut violent et ininterrompu, mais toutes les attaques ennemies furent repoussées. Pendant ce temps le colonel Rose rappela les deux compagnies qui tenait Chirimba et la colonne entra à Medo. Al h. 20

de l’après-midi, il opéra sa jonction avecGiffard, mais l’ennemi se retira avant qu’une nouvelle attaque ait pu se développer. Les pertes avaient été assez élevées des deux côtés.

Les troupes du général Northey de l’Ouest et du Nord poursuivaient leur avance, pendant que s’effectuait à l’Est le mouvement sur Medo, en dépit de pluies abondantes et de difficultés de ravitaillement (la rivière Lujenda mesurait alors 250 yards, était extrêmement profonde et rapide). Le 5 avril, Mahua fut occupé et le 9, un détachement du 'Indjlst K. A. R., sous les ordres du capitaine Debenham, dispersa complètement une compagnie ennemie 40 milles environ au Sud- Est de Mtarica et s’empara de ses deux mitrailleuses ; ce qui constituait un brillant fait d’armes. Le II, deux compagnies du 3rdjlst K. A. R. s’a-

van(;ant de Mahua sur Nanungu supportèrent un violent engagement environ 25 milles au Sud- Ouest de ce point.

Le général Edwards partant de Medo continua sa poursuite quoique fort entravé par le mauvais temps. Le 17 avril, nos troupes rencontrèrent l’ennemi retranché dans une position située à environ 18 milles à l’Ouest de Medo, le combat dura toute la journée, l’ennemi se retira pendant la nuit. La région était extrêmement difficile, la brousse était si épaisse que les routes étaient plutôt des tunnels à travers les hautes herbes, il aurait été plus facile d’utiliser les sentiers au moyen de barques qu’au moyen de transports mécaniques. Il fallait occuper successivement les positions flanquant la route, et l’on progressait avec lenteur. Mwalia fut occupé le 20 et dès le 22 il parut certain que l’ennemi avait l’intention de se retirer vers Nanungu où le gros de ses forces était signalé.

En conséquence, j’ordonnai au général Edwards

de pousser dans la direction de Nanungu et au général Northey de diriger ses troupes de Mahua vers ce poste, tout en maintenant et en renforçant ses détachements au Nord-Ouest, pour prévenir une rupture de sa ligne dans cette direction.

Je demandai au commandant en chef portugais de faire avancer sa colonne mobile plus au Sud vers Msalu-Boma pour fermer la brèche entre Lucinge et Balama. Je donnai l’ordre à ce qui restait du 3rdl3rd K. .4. R. de la région de Lindi de traverser la Hovuma et de renforcer la compagnie du même bataillon déjà envoyée à Nanguare.

Une attaqne heureuse d'un convoi fut effectuée par un détachement du 2ndl2nd K. A. R. entre Balama et Koronje, tous les fusils de réserve et

les munitions des troupes sous le commandemen de Kohl (six compagnies) et des documents tombèrent entre nos mains. L’ennemi nous rendit la pareille, en capturant, le 30 avril, un petit poste sur la ligne de communication de Mahua.

A la fin d’avril j’eus un entretien avec le gouverneur général de l’Est Africain Portugais à Mozambique, j’allai par l’intérieur du pays de Port-Amélia à Medo et à Balama pour discuter la situation avec le général Edwards et pour combiner des plans.

Le l*'mai, le général Edwards avait avancéjusqu’à la colline de Koronje à 25 milles au delà de Mwalia. L’ennemi avait pris une position solidement retranchée au pied de la colline, de son sommet il pouvait admirablement observer nos mouvements. Un combat s’engagea à courte distance, qui dura toute lajournéedu l"'; nos troupes finalement occupèrent la position ennemie le 2.

L’ennemi continua sa retraite le long de la route de Koronje à Nanungu.

(Cliché du Times.)

LA CAMPAGNE EN AFRiyUE PORTUGAISE

BULLETIN DD COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

Pour des raisons d’approvisionnement, il fut de nouveau nécessaire de faire faire une halte au gros des forces du général Edwards ; ses troupes avancées continuèrent néanmoins à poursuivre l’ennemi et, le 8 mai, occupèrent la hauteur de Milinch 1 0 milles environ àl'Ouestde Koronje.

Le 2 mai, un détachement du Cape Corps commandé par le général Northey se mit en marche dans la direction de Chisona et, quelques jours après, leurs patrouilles descendantla rivière Msalu entrèrent en contact avec les patrouilles du général Edwards.

Le 4 mai, le colonel Barton [?,rdl Ist K. .1. R, et la moitié du 2ndjlst K. A. R.) qui s’avançait de Mahua sur Nanungu se battit contre une compagnie ennemie à h heures à l’Ouest de Nanungu. L’ennemi contre-attaqua immédiatement, et avec vigueur, avec des forces s’élevant à quatre ou cinq compagnies. Le combat dura âpre et acharné pendant toute la journée ; l’ennemi finalement se relira à la faveur de la nuit ; plus de 30 Allemands et 100 askaris avaient été tués ou blessés dans cet engagement. Le colonel Barton était luimême blessé; le lieutenant-colonel Griffiths prit le commandement de sa colonne.

Quoique aucun mouvement vers le Nord n’eût été observé, toutes les dépositions des prisonniers tendaient à prouver que von Lettow avait l’intention de marcher dans cette direction : c’est pourquoi je donnai l’ordre au général Edwards de détourner une de ses colonnes vers le Nord de la rivière Msalu, gardant l’autre sur la route de Koronje à Nanungu.

Si l’ennemi demeurait à Nanungu, j’avais l’intention de l’attaquer simultanément par l’Ouest et le Nord-Ouest, avec les troupes du général Northey et del’Estet du Nord-E§t avec les troupes du général Edwards ; les troupes étant toutes placées sous la direction du général Edwards qui était sur place.

En raison de ces dispositions le colonel Bose marcha de Koronje vers le Nord-Ouest, traversa la rivière Msalu et continua son mouvement sur la rive gauche, jusqu’à ce qu’il ait pris contact avec les troupes du général Northey à Chisona, le 19 mai.

Le 17 mai, le colonel Giffard poursuivit sa marche vers l’Ouest, rencontrant peu d’opposition ; le matin du 19, il entra sans combat dans Nanungu, l’ennemi s’étant retiré plus au Sud-Ouest le long de la route de Mahua. Nous trouvâmes à Nanungu un hôpital contenant 11 Allemands, 33 askaris et 43 porteurs.

Le gros des forces ennemies était maintenant concentré dans les environs de Korewa. 24 milles au Sud-Ouest de Nanungu ; le 20 mai, le colonel Rose retraversa la rivière Msalu, avançant du Nord vers Korewa.

Le22 mai, les collines rocheuses et la brousse épaisse qui entourent Korewa furent le théâtre d’un violent combat. Les arrière-gardes ennemies furent attaquées de l Est et de l’Ouest par les colonels Gitfardet Griffiths. Ce dernier était pendant ce temps attaqué à son tour du Sud-Ouest par

une partie du gros des forces ennemies qui avait réussit à filtrer vers le Sud le long de la route de Nanungu-Mahua,

L’ennemi fut sévèrement traité dans cet engagement. Onze Allemands et 49 askaris furent tués ou faits prisonniers. Nous nous emparâmes également d’un canon de campagne, d’une mitrailleuse, d’une grande quantité d’obus et de munitions pour les armes à feu de petit calibre, de plusieurs centaines de porteurs et des bagages complets de quatre compagnies.

En raison des difficultés exceptionnelles que présentait la contrée vers le Nord, le colonel Rose no put participer à cet engagement, mais il elTectua la poursuite les jours suivants, pendant que le colonel Griffiths se portait vers l’Ouest pour prévenir l’ennemi dans cette direction. Celui-ci se retira rapidement vers le Sud le long de la Lurio, ne laissant en contact avec nos troupes de poursuite que des arrière-gardes.

Une nouvelle période de la campagne commençait. Le colonel von Lettow n’avait plus qu’onviron 240 Européens et 1.300 ou L400 askaris, 30 mitrailleuses au moins et un canon, il n’avait aucun dépôt de vivres dans la région et nous avions recueilli des signes prouvant que sa provision de munitions pour les armes de petit calibre commençait abaisser.

Il était essentiel de lui refuser le répit dont il avait besoin pour entreprendre l’exploitation de nouvelles régions afin de se procurer des vivres et afin de parer au manque de munitions. Je décidai donc d’activer autant que possible la poursuite et de tenir en môme temps avec les forces suffisantes la ligne Fort-Johnston-Mahua- Medo-Bort-Amélia dans le but de prévenir une rupture de notre front vers le Nord.

Le Gold Coast Régiment était extrêmement fatigué, car ses hommes avaient fait du service actif depuis août 1914. I‘our cette raison, je décidai de le ramener sur la ligne ci-dessus, ayant l'intention de le libérer du service dans l’Est Africain le plus rapidement possible. Pendant ce temps le général Edwards organisait une colonne mobile sous les ordres du colonel Giffard {lsij2nd et 2ndj2nd K. .1. R.) qui continua immédiatement la poursuite.

Le colonel Griffiths qui, après l’engagement de Korewa, avait été replacé sous le commandement du général Northey, continua la poursuite avec vigueur sur une ligne sensiblement parallèle à celle prise par le colonel Giffard, mais un peu plus occidentale.

Le 28 mai, un hôpital ennemi contenant 13 Allemands, 47 askaris et 31 porteurs tomba entre nos mains à 33 milles au Sud de Korewa.

C’était pour l’ennemi un avantage considérable, lorsqu'il était embarrassé de malades ou de blessés, que de les abandonner derrière lui afin de nous en laisser le soin.

Le 31 mai, le principal corps ennemi était sur la rivière Lurio près de Vatiwa, leur avant-garde marchait vers Malema, et leurs arrière-gardes

étaient engagées avec le colonel Giffard entre les rivières Lulumwana et Lurio.

Le 1*"’ juin, l’ennemi, à l’exception de quelques patrouilles, avait traversé la rivière Lurio, se dirigeant vers le Sud.

Le territoire de l’Afrique Orientale Portugaise entre Vatiwa et la mer est extrêmement varié. Au Sud, jusqu’à Inagu, la contrée est particulièment difficile, des hauteurs abruptes surgissent dans toutes les directions d’une mer de buissons impénétrables, les sentiers y sont peu nombreux, les cultures rares, les habitants sauvages et appartenant à une race imparfaitement soumise, complé' tement hostile à ses conquérants et par conséquent prête à aider temporairement les ennemis de ceux-ci. Au Sud d’inagu, les cultures deviennent peu à peu plus nombreuses et le pays plus riche. En approchant du rivage de la mer, on atteint une des parties les plus prospères de l’Est Africain Portugais où les nombreuses Compagnies Praza ont leurs propriétés les meilleures.

L’ennemi semblait avoir pris la résolution définitive de se retirer au Sud de Lurio, il allait probablement, si je ne parvenais pas à lui couper la route près de Malema ou d’inagu, avancer vers cette riche région du Sud et peut-être même approcher de Quelimane.

En conséquence, je demandai au commandant en chef portugais de ramener sa colonne mobile de la région de Cliomba vers sa base à Mocimboa-da- Praia, et de transporter à Quelimane des troupes suffisantes pour assurer la sécurité de ce port et former une colonne mobile destinée à opérer à l’intérieur si le besoin s’en faisait sentir. Il adhéra à ce plan, de plus amples détails furent arrêtés lorsqu’il me rendit visite à Üar-es-Salam, le 8 juin.

Il devenait de plus en plus certain que la ligne MozambiquO'Malema prendrait une itnportance capitale. Pour économiser le tonnage, il était essentiel d’éviter autant que possible le transport des troui)es, des camions, etc., par mer, d’une ligne à l’autre; aussi ce transport commença-t-il sur une ligne latérale empruntanl une route allant de Medo à un gué de la Lurio près de Nanripo, d’où elle se continua par Mcuburi vers Nampula.

Les autorités portugaises nous fournirent un concours précieux dans le port de Mozambique avec leurs remorqueurs et leurs gabares, elles nous donnèrent aussi les plus grandes facilités de transport sur le chemin de fer de Lumbo à Mnapo. Le génie portugais conduisit à bien un ouvrage fort utile, en établissant une route carrossable, allant de Mnapo vers l’Ouest.

Afin de bloquer l’ennemi à Malema ou aux environs, le 2ndl kth K. .1. H. qui était dans la ricbe région de Hégone reçut l’ordre de marcher sur Inagu; une colonne, composée de troupes portugaises et de troupes anglaises combinées, concentrée à Ribaue et marchant vers Malema, fut portée sur Malokofera. Nos troupes venant de Nanungu, poursuivant l’ennemi vers le Sud, furent retardées sur Ja rivière Lurio, les gués, peu

nombreux sur la ligne de retraite ennemie, étant tenus par leurs arrière-gardes. Ce n’est que le O juin que le passage fut forcé. Le colonel Gitfard poussa alors vers le Sud malgré une opposition constante et opiniâtre, la contrée, difficile et broussailleuse, offrant de grandes facilités à l’action des arrière-gardes.

Le principal corps ennemi avait avancé eh grande hâte après avoir traversé la Lurio, et, échappant à nos colonnes convergeant sur la ligne de Malema, atteignit Alto-Molocue le 12, un parti avancé entra à 111e le 15. Le mouvement de l’ennemi avait été si rapide qu’il put s’emparer de provisions et de vivres précieux que les Portugais n’avaient pu enlever à temps d’Alto-Molocue etd’llle. Une courte halte sur la ligne de Malema était nécessaire pour compléter les mesures prises afin de transporter ma ligne de communications principale de Port -Amélie sur la ligne de Mozambique. Néanmoins, le 16, trois colonnes poussèrent vers le Sud. Le général Edwards se porta également vers le Sud, venant de Port- Amélia et le 19,prit le commandement dans la région de Moj«ambique qui allait devenir le théâtre des opérations. Vers la fin de juin, le major général Northey quitta l'Afrique orientale pour se rendre en Angleterre, préliminaires de sa nomination comme gouverneur général de l’Afrique Orientale Anglaise; le brigadier général Hawthorn prit le commandement des troupes opérant dans le Nyasaland.

Les premières troupes portugaises allant à Quelimane, quittèrent Mocimboa-da-Praia accompagnées par le colonel Posa, et arrivèrent la 2Û. J’avais en attendant offert au colonel Rosa les services de quelques troupes anglaises pour Quelimane et, sur son acceptation, je m’arrangeai pour lui envoyer l’état-major et 3 compagnies du 'hidj 3rd H. .4. H. actuellement à Lindi

Le port de Quelimane n’est accessible qu’à des bateaux de faible tirant d’eau en raison du peu de profondeur de la barre, mais les Portugais mirent très aimablement à notre disposition deux de leurs navires, et le chef de U marine portugaise me rendit grand service en chargeant spécjalement le charbonnier Hebburn de transporter le premier détachement des A'. A. R. A la fin du mois, une compagnie de K, -l. H, et 600 à 700 hommes de troupes indigènes portugaises avaient été envoyés à Nhamacurra pour protéger une importante fabrique de sucre et le terminus d’une ligne de tramways vers Lugella. Le 6 juillet, une autre compagnie du 2ndj 3 rd se mit en route vers Nhamacurra, le reste des troupes était nécessaire à la défense de Quelimane. Le major Gore-Ürown, dn 2ndl 3rd K. A. R., commandait les forces combinées à Nhamacurra. Les canonnières Thistle Adamastor protégaient la ville de Quelimane et 200 marins anglais et portugais avaient été débarqués pour renforcer la garnison. Pendant ce temps l’ennemi continuait à avancer régulièrement vers le Sud, s’emparant de matériaux et de vivres précieux à Mujeba et à Lugella. Un détachement était signalé gomme

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ayant traversé la rivière à Lugella, mais la situation du gros des forces était inconnue. 11 était très difficile d’obtenir des renseignements dignes de foi, car l’ennemi avait corrompu une grande partie des chefs et des principaux indigènes en distribuant largement les marchandises dont il s’était emparé à Alto-Molocue et à Lugella. De sorte que, non seulement nous ne pouvions obtenir aucune information utile, mais l’ennemi était en mesure d’avoir des nouvelles sûres et rapides de tous nos mouvements. Aussi longtemps que l’ennemi demeura dans la région côtière nous nous heurtâmes à des difficultés de ce genre. Nos colonnes faisaient tout leur possible pour entreren contact avec l’ennemi, mais étaient fréquemment induites en erreur par de faux rapports. En gagnant le Sud de Mulevalla, elles furent parfois complètement hors d’atteinte de leurs quartiers généraux et de qui que ce soit, car la rapidité de leurs mouvements rendait impossible de conserver le contact avec elles et la portée des communications par sans fils était très incertaine et [très faible dans cette brousse dense. La difficulté de communications toujours grande dans les contrées broussailleuses en était aggravée.

Dans l’après-midi du I®’’ juillet, une soudaine attaque fut engagée dans le secteur ouest de Nhamacurra par trois compagnies ennemies. L’ennemi avait sans doute reçu des renseignements exacts sur la position de nos troupes, car son attaque fut dirigée entre le liane gauche des Portugais et la rivière. La garnison composée de 500 indigènes fut surprise et, bien que tous les officiers et sous-officiers aient bravement combattu, tout ce secteur de la défense tomba entre les mains de l’ennemi en très peu de temps. 11 était défendu par deux 0. F. canons (dont l’un fut mis hors d'usage). L’ennemi consolida sa position et la garnison portugaise du centre du secteur se retira par ordre sur la position anglaise à l'Est qui était alors tenue par environ 300 K. A. H. L’ennemi attaqua le 2, puis le 3, mais il fut repoussé. Le 3, à 3 heures de l'après-midi, pourtant^ le feu fut ouvert par un des canons qui nous avait été pris, soutenu parun grand nombre de mitrailleuses Maxim , sous le couvert desquelles un assaut énergique fut donné aux défenses du front nord-est. La garnison dut alors se retirer, elle le fit en bonne ordre jusqu’au moment où elle se trouva enfermée dans une boucle de la rivière, un nombre d’hommes assez considérable se noya en la traversant. Des informations ultérieures montrèrent que le gros des forces ennemies avait descendu la rive est de la Licungo et passé la rivière à Maley ou aux alentours de ce point ; il était arrivé à Nhamacurra le 3 à temps pour soutenir l’attaque finale.

A ce momentnoscolonnes étaient sur la ligne Mu • levalla-Mujeba-Mugella-V.- Esperanca, et avaient ordre de converger sur Nhamacurra dans l’espoir d’encercler l’ennemi entre nos troupes et la mer. De faux rapports égarèrent le gros de nos troupes de poursuite trop à l’Ouest et lors de la réunion à

Nhamacurra l’ennemi s’était échappé vers l’Est, et, évitant un détachement situé à V.-Maganja, était temporairement hors d’atteinte, dans la région située entre Mujeba-Murrua Muatama-V. Maganja.

Des mesures furent alors prises pour redistribuer nos forces. Quelimane était protégé, la ligne de la Licungo solidement tenue entre Lugella et Nhamacurra et des colonnes parallèles envoyées de V -Maganja vers Ocivaet de Mujeba vers Murrua.

L’ennemi traversa la rivière Melela le 13 et y retint notre colonne venant de V.-Maganja pendant 3 jours, tenant tous les gués en force; enfin il s’avança vers le Nord-Est, et, traversant la rivière Molocue à Tibe, avança en grande hâte vers Namirrue, qui était occupée par une faible garnison d’environ 100 hommes, afin de protéger les soldats qui construisaient la route deMurrupula et de Alto-Ligonha.

Après une vaillante résistance de deux jours, le poste fut pris le 23, une partie de la garnison ayant été tuée ou blessée ; un essai de diversion fait par une faible colonne venant d’Alto-Ligonha fut tenu à l’écart et nos colonnes de poursuites principales ne purent arriver à temps, en raison surtout de la difficulté qu’elles éprouvèrent à obtenir des renseignements exacts sur la direction prise par l’ennemi.

Pendant ce temps j’avais inspecté Port-Amélia et Mozambique et j’étais arrivé à Quelimane, où j’avais fait en sorte de rencontrer le gouverneur général de l’Afrique Orientale Portugaise le 22 juillet.

A notre conférence, on donna à entendre qu’il pourrait être désirable d’assigner des zones d’action séparées aux forces anglaises et portugaises; il fut finalement décidé que les Portugais tiendraient les ports de Quelimane à Anlonio-Annes et opéreraient de ces bases, si cela était nécessaire, pendant que les Anglais agiraient au Sud de la ligne Mozambique-Malema. Dans un avenir prochain Antonio-Annes acquerrait probablement une importance considérable et je demandais qu’il fût fortement occupé et solidement retranché.

A Quelimane comme toujours, mes relations avec le gouverneur généi'al de l’Afrique Orientale Portugaise furent d’une cordialité parfaite.

Le 29 juillet, j’arrivai à Mozambique, j’en repartis aussitôt pour Nampula afin d’y rencontrer le général Edwards.

Après le combat de Namirrue, l’ennemi avait effectué un rapide mouvement vers le Nord Ouest, mais 2 bataillons du général Northey ayant été transportés sur la ligne Alto-Molocue-Alto- Ligonha, l’ennemi en fut probablement informé, changea sa route et se dirigea presque directetement vers l’Est. Au commencement d’août, il s’était établi près de Chalaua dans une riche contrée située entre les rivières Ligonha et Meluli et patrouillait dans toutes les directions.

La presque totalité de ce district était en rébellion et l’ennemi, en partie pour cette raison, en partie par suite de sa prodigalité en marchan-

dises, marchandises pillées à Lorde, à Guorne et dans d’autres endroits, était activement soutenu par les indigènes qui apportaient en grande quantité des vivres et fournissaient volontiers des porteurs et des renseignements.

Depuis que l’ennemi avait passé la ligne de Malema vers le 10 juillet, les désertions avaient pratiquement cessé. Ceci était dû, sans doute, dans une certaine mesure, à la distance très grande qui existait maintenant entre leur demeure et le thcâlre des opérations, car beaucoup des a^karis étaient de la tribu des Wanyamwezi vivant aux environs de ïabora. Une raison plus puissante encore était la perspective du pillage de la région côtière.

Aussitôt que l’ennemi eut définitivement pris la direction du Sud de la Lurio, je commençai à transporter le gros de mes troupes techniques sur la ligne de Mozambique, afin d’y faire construire les nombreuses routes carrossables nécessaires pour me permettre de ravitailler mes troupes et de les transporter par camions en cas de besoin.

La roule latérale de Medo à Nampula fut bientôt achevée, elle fut utilisée pour transporter les camions sur la ligne de Mozambique. La route Mnapo Chinga fut poussée jusqu’à Ribaue et Malema ; les troupes du génie du général Northey continuèrent la route du Nyasaland par Malokotera aün de rejoindre la précédente.

Les Portugais construisirent une route carrossable de Ngomano vers Medo par Chomba. A la fin d’août il était possible d’aller en automobile de la Rovuma par Medo, Nampula et Malema à Zomba dans le Nyasaland.

Des routes secondaires furent construites de Nampula àCorrane et de là par Nametil et Calipo vers Murrupula, pendant que d’aulres roules étaient faites vers Chinga, Namirrue et Allo-Molocue.

Les lignes télégraphiques furent aussi organisées rapidement, et en employant les lignes portugaises existantes, en réparant celles détruites par l’ennemi, et en en établissant de nouvelles lorsque la nécessité s’en faisait sentir, des communications avec le Nyasaland furent établies par Allo-Molocue et 111e, et Ouelimane fut relié à Mozambique par Mulevalla et Mucubella. Grâce à l’amélioration des communications je pus transporter mes troupes rapidement pour faire face à la nouvelle situation créée par le mouvement ennemi vers Cholaua.

Une colonne fut expédiée par Corrane vers Mczeze pour se joindre aux Portugais à Antonio- Annes et empêcher ainsi tout mouvement vers l’Est dans la direction de ma ligne de communication entre Nampula et Mozambique. D’autres colonnes furent concentrées à Murrupula et à Calipo les troupes les plus fatiguées furent mises en réserve.

{^ette distribution fut achevée le 8 août; le 9, nos colonnes commencèrent un mouvement convergent sur Chalaua.

A ce moment il semblait vraiment que l’ennemi allait accepter le combat car, le 10, toutes

ses forces marchaient vers le Nord comme pour aller au-devant d’une rencontre, mais nous fûmes de nouveau désappointés et n’atteignîmes Chalaua que pour y trouver le camp évacué. L’ennemi marcha d’abord rapidement sur Metil, puis tourna vers l'Ouest par Tibé et Ape ( abandonnant à Tibé

Q. F. un canon de 75 m/m.) ; le 20 août, il était à l'Ouest de la rivière Melela dans le triangle llle- Napori-Mulovalla, qui forme une région fertile. Son avant gaide entra dans lile le 22, le gros de ses troupes traver.-a ce poste le lendemain.

Je donnai l’ordre au général Havvthorn de placer une colonne à Régone pour prendre de tlanc une attaque possible contre le Nyasaland, un bataillon fut envoyé à Malokotera et la 2nd K. A. R. colonne [Istj '2nd, 2ndj 2nd, ^rdj 2nd K. A. R.) marcha rapidement sur Allo-Molocue, pendant ce temps les troupes les plus voisines de l’ennemi se mettaient à sa poursuite.

Le 24 août au soir, l’ennemi avait atteint Numarroe et ramena les troupes avancées de la région de Régone dans la direction de celte place.

Pendant la nuit du 26 août, l'ennemi fit une démonstration contre la colonne de Régone et sous le couvert de celle feinte ramena scs troupes vers le Nord ; le 27, il se trouvait sur la roule de Lioma faisant face au Nord.

Le soir du 28, ses troupes d’avant-garde étaient près de Mogomo, la colonne de Régone étant étroitement engagée avec son arrière-garde. Pendant ce temps le Istj ht, R. A. R. avait été porté de Malokotera à Lioma pendant que la 2nd K. A.

R. colonne avait un bataillon à Inagu et deux à Muanhupa.

Le 30 août, la principale force ennemie attaqua le htj ht K. A. R. qui était retranché au Sud de Lioma. Le combat fut violent et acharné et les attaques ennemies conduites avec résolution, mais elles échouèrent devant la résistance obstinée du Istj ht qui fut renforcé dans la journée du 3rdj 2nd. L’ennemi se relira à 10 heures du soir, suivi de près par nos troupes.

Le malin du 31 août, les forces ennemies étaient situées à 5 milles au Sud-Est de Lioma, allant dans une direction Nord-Est ; elles y furent attaquées. L’on espérait que l’ennemi pourrait être encerclé, mais la nature accidentée du terrain et la densité de la brousse rendaient les opérations très difficiles, finalement il parvint à se frayer un chemin vers le Nord.

Pendant ces deux derniers jours de combat l’ennemi perdit 17 Blancs tués et 11 prisonniers, le nombre des blessés était probablement supérieur. Scs pertes connues en askaris s’élevaient à 200 environ. Près de 100.000 cartouches, beaucoup de bagages et un petit hôpital tombèrent entre nos mains.

Le montant des pertes ennemies depuis sa traversée de la Rovuma s’élevait à :

Européens tués ou prisonniers, 140;

Askaris, 1.100.

Beaucoup d’autres pertes avaient certainement été occasionnées par les fièvres et les blessures.

La plus grande partie des porteurs utilisés par

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l’ennemi appartenant à des tribus guerrières de l’Est Africain avaient pu être utilisés et armés afin de combler les vides, néanmoins je ne crois pas que les forces du colonel van Lettow Vorbeck comptassent à ce moment (31 août) plus de 170 Européens et environ 900 askaris.

Cette force étant extrêmement faible était très mobile, car une troupe d’hommes peu nombreuse peut vivre dans une contrée où une troupe plus importante mourrait d’inanition, sans ligne de communication. Cette troupe avait un pouvoir considérable en raison du nombre élevé de mitrailleuses encore en sa possession. La reddition de l’ennemi pouvait nécessiter encore quelque temps et demander un grand nombre de marches pénibles.

Il peut paraître extraordinaire que l’ennemi ait si souvent réussi à échapper à nos colonnes convergentes. Mais les troupes allemandes bien guidées évitaient généralement les routes régulières et empruntaient des sentiers indigènes à travers le cœur de la brousse, qui est souvent si difficile et si épaisse, que des troupes peuvent faire des marches et des contre-marches à quelques milles les unes des autres, sans parvenir à entrer en contact. Et il y a plus de 100.000 milles carrés de brousses semblables entre la Rovuma et le Zambèze.

A l’exception d’un faible corps d’infanterie montée de K. A. R. qui fit un très bon travail, tout le poids de la campagne fut supporté par l’infanterie, en particulier par certains bataillons de K. A. /f. et par le Gold Coast Régiment.

Les distances parcourues sont énormes : pour prendre un exemple, qui n’est nullement unique en son genre, une colonne composée du Ist 2nd et 2nd K. A. R. couvrit du 23 mai au 15 juillet 450 milles à vol d’oiseau. La distance réellement parcourue dut être très supérieure. Les colonnes distançaient fréquemment leur ravitaillement et devaient accroître la parcimonie de leur ration au moyen des produits de la région, problème difficile à résoudre lorqu’on poursuit l’ennemi. Car lorsque les Allemands moissonnent, il reste fort peu à glaner. En dépit de toutes les difficultés et de tous désappointements , le moral des troupes ne faiblit pas et je désire exprimer ici ma sincère admiration de leur belle conduite.

Pendant que les troupes en campagne étaient engagées dans leur poursuite incessante, les services de l’arrière faisaient une œuvre non moins utile, non seulement en ravitaillant les troupes, mais encore en effectuant des réductions et des économies graduelles des effectifs.

Le rapatriement de toutes les unités combatf antes européennes ou indiennes (excepté l’artillerie de montagne et le génie) fut ainsi effectué, aussi rapidement que le permit le tonnage disponible à partir de la fin de novembre 1917.

Ces départs furent suivis de l’envoi de la Nigérian Brigade à la côte ouest. Une réduction considérable des forces fut ainsi effectuée ; je dus alors faire, dans les quartiers généraux et dans les états majors, les réductions correspondantes,

tant au grand quartier général que dans les formations inférieures. Le quartier général des lignes de communications fut supprimé et ses fonctions transportées directement au grand quartier général. L’administration civile fut graduellement étendue à toute l’Afrique Orientale Allemande, à l’exception des districts de Lindi et de Songea; Une garnison permanente fut établie et répartie dans ses stations respectives. Le principe consistant à administrer le K. A. R. directement du quartier général K. A. R. de Nairobi fut étendu et développé. L’évacuation des malades et la fermeture ou la concentration des hôpitaux et des postes sanitaires fut régulièrement poursuivie.

Un peu plus tard, le rapatriement du Gold Coast ReginidU de la2klh Mountain Battery et du 2nd Cape Corps appartenant aux troupes du général Northey et du régiment des Indes Occidentales fut décidé. En un mot, tous léi efforts furent faits pour agir selon les intérêts de l’Empire et pour rapatrier tous les hommes dont on pouvait disposer afin de les utiliser sur un autre théâtre de la guerre.

La tâche qui consiste h conduire une campagne sur le territoire d’un allié est toujours délicate et je me tiens pour singulièrement favorisé d’avoir pu obtenir le concours précieux et bienveillant Son Excellence Pedro FrancisoMassano de Amorin, gouverneur général de l’Afrique Orientale Portugaise, qui m^aida de toutes les manières possibles. Je dois au colonel Sousa Rosa, commandant en chef, mes sincères remerciements pour sa collaboration cordiale.

Il y eut des périodes où la situation des transports et des vivres me causa de vives anxiétés et une grande reconnaissance est due au D. D. S. et T, au colonel Christie, O. B. E., D. S. O., A. S. G., sur les épaules duquel reposa le principal fardeau de l’approvisionnement, pour le succès avec lequel il résolut tous les problèmes qui se posèrent.

Grâce à d’importants achats locaux de marchandises indigènes, les troupes furent pour la plupart bien approvisionnées de vivres et de provisions. Toutes les branches du service des transports rencontrèrent les difficultés inséparables d’une campagne dans une contrée tropicale- et les surmontèrent gaiement.

Afin de maintenir une suffisante quantité de conducteurs d’automobiles bien formés, deux écoles furent établies, l’une à Dar-es-Salam, pour la formation des Chinois, des Indiens et des Africains de l’Ouest, l’autre à Nairobi pour les hommes recrutés dans l’Est Africain et dans l’Uganda. Ces écoles ont obtenu un grand succès.

L’organisation vraiment Irès développée du Miliiary Labour Corps s’est montrée pleinement justifiée. Non seulement il recruta un très grand nombre de porteurs et surveilla d’une façon générale les transports à dos d’hommes, mais les officiers de ce corps furent largement employés à recueillir des vivres sur place.

De grands efforts furent faits pour rendre les hôpitaux aussi confortables que possible. Toutes les mesures que la Ptke Commission et le major

RENSEIGNEMENTS COLONIADX

général Scott indiquèrent comme ayant été prises sur les autres théâtres de la guerre afin de maintenir un bon état sanitaire turent prises. Le résultat a été pleinement satisfaisant. La proportion des malades parmi les troupes et surtout parmi les Européens est toujours élevée dans les climats tropicaux, mais nous avons la satisfaction de penser que tout ce qui était possible a été fait pour diminuer les souffrances et rétablir les santés. Le chiffre de la mortalité et des maladies s’améliora sensiblement parmi les porteurs, en fait le chiffre de la mortalité n’a dépassé que fort peu la normale du temps de paix.

Une école fut établie à Dar-es-Salam pour former des aides et des domestiques pour les hôpitaux; elle a eu un succès inattendu et fait grand honneur aux officiers qui en ont été chargés. Après l’accomplissement de leur service militaire, les indigènes ainsi formés deviendront pour leur protectorat respectif une ressource intéressante.

J.=L. V.4X Deve.nter,

Lieulenaot général,

Commanda .t en clief des troupes de l’Afrique Orientale.

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