LES MATIÈRES PREMIÈRES AFRICAINES
ün sait l'importance que va prendre après la guerre le problème des malières premières. Les « matières premières africaines » n’ont pas rnaïujué de retenir l’attention, dès qu’il s’est agi de l’approvisionnement de la métropole pour les industries de guerre et pour l’alimentation du pays. L’Etat français a acheté aux colonies les produits les plus variés. En .Afrique tropicale il s’est rendu acquéreur de l’intégralité des récoltes des matières grasses (arachides, huiles de palme, palmistes]. Au lendemain de la paix, les diverses productions coloniales seront très demandées, car elles ne viendront pas en quantités suffisantes pour satisfaire aux besoins de l’industrie ou de l’alimentation. 11 faudra donc que nos colonies produisent plus. Spécialement l’Afrique fropicale Française est apte à fournir davantage, l’our obtenir ces matières premières en quantités plus considérables qu’à l’heure actuelle, il faut bien connaître les conditions de leur production, de leur culture, de leur récolte; en un mot, il est nécessaire qu’elles aient été étudiées.
C’est ce qu'a exposé dans son livre Matières premières africaines (l) .M. Y. Henry, directeur d’agri
(t) Tome I" I Caoutchouc. Textiles, Malières grasses, noud la (tiracdon de M. Y, IIushv et avec la colUboration de MM. 1’, Am* MAKN, JlAN Akam, a, Houard, Henri LimiiDB, J. Lbmmbt, —
culture, en collaboration avec P. Ammann, ingénieurchimiste, Jean Adam, A. Houard, .). Lemmet, et H. Leroide, tous ingénieurs agronomes, fonctionnaires de grade élevé du service de l’Agriculture, le dernier mort en mer dans la catastrophe du Kléber, coulé par une mine. Et dans son introduction il a, en termes très nets, exposé le problème :
« Du fait que ces matières premières sont produites sous les tropiques, la guerre a consacré pour les Etats européens l’importance capitale delà production coloniale et du même coup placé, dans l’expansion extérieure des grandes nations, la question politique au second plan et la question économique au premier.
« Pour la France, en particulier, tributaire de l’extérieur pour plusieurs milliards de francs, elle a défini la position de nombre de ces industries, parmi les plus importantes, dont l'existence dépend de l’importation des matières brutes que nous pouvons économiquement produire dans nos colonies; elle a révélé la situation déconcertante de beaucoup d’autres travaillant des matières premières produites dans nos possessions, mais qui passent au préalable sur des marchés étrangers et nous reviennent à l’état brut ou en partie manufacturées. »
Et il ne faut pas que la guerre terminée, « au point de vue économique, nous vivions en vassaux ». Pour arriver à ce résultat, la France, nation surtout africaine devra — c’est l’évidence même — se préoccuper d’organiser la production eu Afrique. De quels végétaux utiles ? Non pas de toutes les matières premières, mais de celles a présentant un intérêt métropolitain, certain, que leur récolle soit importante ou qu’elle puisse le devenir». Et dans le pretnier volume de son ouvrage — le seul qui soit encore paru — l’auteur traite du caoutchouc, des matières grasses, des textiles.
Le caoutchouc africain provient uniquement de la cueillette. Quelle que soit la concurrence du caoutchouc de plantation asiatique, il restera un facteur de la production mondiale. En LS9i, l’Afrique Occidentale Française exportait 1.400 tonnes, l’Afrique Occidentale .Anglaise, 1.710 tonnes, les colonies portugaises 1.7.‘)0, le Congo belge, 150.
En 1904, ces pays produisaient respectivement .‘L920 tonnes, 3.100 tonnes, 2.100 tonnes, 4.770 tonnes; il faut y ajouter l’.Afrique Equatoriale Française : 1 .2.50 tonnes.
La meilleure année d’ensemble, en 1900, on relève pour ; l’Afrique Occidentale Française, 4.230 tonnes, l’Afrique Occidentale Anglaise, 3. 3H0 tonnes, l’.Afrique Equatoriale Française, 1 .953 tonnes, les colonies portugaises 2.560 tonnes, le Congo belge, 4.6HO tonnes. Enfin, en 1915, les territoires africains rendaient encore : les français, 3.0S0 tonnes, les anglais, 553 tonnes, le Congo belge, 2.178 tonnes, les colonies portugaises, 2.077 tonnes. Le caoutchouc constitue donc encore un élément de trafic non négligeable quoique en régression marquée comme quantité, en régression aussi comme valeur du produit, en raison de la concurrence du lalex d’Extrême Orient, qui se présente avec une préparation parfaite. Le caoutchouc de cueillette ne pourra lutter qu’à la condition d’être d’une qualité irréprochable. Le rapport Van Pelt a montré (ju’il y aurait intérêt pour les impoita-
Prtface de M. Roume. ln-8, 19S pages avec 3S ligures, 33 reproduGtioDR photographiques et 8 cartes fl» couleurs, Pris i S|8 francs, lüm, Larose, libraire-iditeur, 1918.
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leurs à livrer le caoutchouc africain après déchiquetage. Encore faudra-t-il que l’Afrique tropicale conserve les sources de production du caoutchouc et elle ne les conservera qu’à condition de les aménager.
Les deux sources de production (lianes ou funluinia) donnent des rendements peu élevés, incomparablement moins élevés que Thevea. Or, l’hevea trouve en Afrique d'excellentes conditions de vie. D'expériences faites pendant dix à quinze ans, et en de nombreux points de la côte d’Afrique, on peut déduire, dit M. Henry, « l’intérêt de premier ordre que présente la plantation de I hevea à la côte occidentale d’Afrique aussi bien pour l’emploi de capitaux européens que pour l’indigène. Nos voisins anglais sont entrés depuis plusieurs années à celte double fin, dans la période de réalisation. Quant à nous, nous n’avons encore rien fait. »
Il est parfaitement exact que l’hevea vient parfaitement dans nos colonies ouest-africaines et qu’aucune plantation du précieux arbre n’a été tentée chez nous. Y a-t-il lieu de regretter cette abstention? Sans doute. V a-t-il lieu de reprendre cette idée et d’esfayer de rattraper le temps perdu ? C’est une question singulièrement complexe et difficile à résoudre. Car elle n'est pas seulement d’ordre cultural. La culture ne présente pas de difficultés vraiment sérieuses, ni au point de vue du terrain, ni au point de vue de la main-d'œuvre pour l’implantation, l’entretien ou la récolte.
Mais il est d’autres aspects du problème qui méritent d’être envisagés. Tout d’abord, le Brésil, l’Extrême-Orient et notre Cochinchine ne vont-ils pas arriver à produire pour les besoins de l’industrie en période normale? Les statistiques spéciales montrent le rapide accroissement des productions en Indo- Malaisie en même temps que l’abaissement du prix de revient. Ne peut on prévoir le moment où la matière première suffira à la demande même avec une extension de l’emploi de l’éleclricité et un développement des transports par automobiles, même avec des applications du caoutchouc à de nouveaux usages? En tout cas, il faut prévoir un abaissement d(' prix sur les taux actuels, lesquels ne sont plus ce qu’ils étaient en 1910, car depuis cette époque ils s’inscrivent en baisse constante. (V. Perrot, Les grands Produits végétaux des Colonies françaises, p. 71.) Dès lors, on peut se demander si les capitaux engagés trouveraient dans une alTaire de plantation d’heveas en Afrique occidentale une rémunération convenable, étant donnée l’avance prise par les cultures asiatiques et la main-d’œuvre abondante de cos pays. En supposant même qu’une exploitation bien conduite procure des bénéfices suffisants, n’y a-t il pas mieux à faire en Afrique occidentale? Ne vaudrait-il pas mieux que les capitaux se dirigeassent vers d’autres emplois culturaux : les plantations de palmiers à huile et l’aménagement des palmeraies existantes; ces deux opérations menées concurremment, comme aussi la plantation de cocotiers en maints endroits de la côte? A cette interrogation, il semble qu’on doive répondre par l’affirmative ; en Afriqu.e Occidentale Française, le moment est venu — et certains y songent — de se préoccuper de cullure rationnelle de palmiers à huile, et d’aménager les réserves naturelles qu’on rencontre en Casamance, en Basse- Guinée et surtout en Côte d’ivoire et au Dahomey.
Dans un ouvrage sur les matières premières africaines, les oléagineux doivent tenir une place im
portante. L’Afrique tropicale est d’ailleurs principalement productrice de matières grasses végétales : produits du palmier à huile — karité — matières grasses secondaires — arachides.
L’exploitation du pabnier à huile, l’Elaeis, en Afrique tropicale, est une question complexe à tous les points de vue. Le palmier à huile existe à l’état spontané dans les régions côtières des colonies ouestafricaines. Dans les colonies françaises on le rencontre en Casamance, en Guinée et surtout en Côte d’ivoire et au Dahomey. Le dénombrement des peuplements a été fait pour la Côte d Ivoire et pour le Dahomey par circonscriptions administratives. On peut les résumer d’après le livre de M. Y. Henry et les compléter ainsi :
iJnhomeg. — Cercle de Cotonou : 300 hectares. — Cercle de Forto-Novo en entier planté en palmeraies denses. — Pobé : palmeraies abondantes surtout vers Adja-Ouéré. — Cercle de Zagnanado : peuplements irréguliçrs. — Cercle de Ouidah en entier couvert de palmeraies très denses vers le lac Ahémé. — Cercle d’Allada: peuplements sur toute la superficie du cercle. — Cercle d’Abomey : peuplements dans la partie mér.dionale. — Cercle de Savalou : quelques petits peuplements. — Cercle de Savé: palmiers nombreux. — Bassin du Mono : les palmiers existent dans toute l’étendue de la région, .350 kilomètres carrés, sauf dans les dépressions marécageuses.
Côte d’ivoire. — Le Cercle des Lagunes est le plus couvert de palmiers qui forment une ceinturepresque continue sur le pourtour des lagunes'Ebrié et Fotou et tout le long du Bas-Comoë. — Cercle d’Assinie : aucune palmeraie vraiment dense. On évalue les possibilités de production à 800 tonnes d’huile et 1..500 tonnes d’amandes. Cercle de Lahou : le palmier existe partout, on évalue les palmeraies à 175.000 hectares. — Cercle du Bas-Sassandra : Iti.OOO hectares de palmeraies environ. — Cercle du Bas-Cavally: très abondants vers Béréby, Bliéron, Grabo et Aladio. — Cercle de l’Indénié ; palmeraies jeunes assez denses. — Cercle du N’Zi Comoë : beaucoup de palmeraies en formation. — Cercle de Gouros : palmiers abondants dans la région de Sinfra. — Cercle du Haut-Sassandra : le palmier se rencontre dans toutlecercle, spécialementau Sud-Est; on évalue à fi millions le nombre des palmiers. — Cercle du Haut-Cavally : quelques palmeraies denses. — Cercle de Man-Touba et cercle de Ouorodougou : peu de palmeraies. — Cercle du Baoulé : 1.500.000 palmiers. — Cercle de Bondoukou : quelques palmeraies chez les Abrons, jeunes palmeraies denses.
Guinée — On rencontre le palmier jusqu’à une centaine de kilomètres dans l’intérieur. Il est exploité sur le Rio Nunez, le Rio Pongo, dans le Koba, le Bramaya, le Kalom et la Mellacorée II est répandu aussi dans le Kissi et le Pays Toma où il n’est pas exploité.
Quoi qu’il en soit les palmeraies africaines produisent des quantités de produits infiniment supérieures aux exportations, même en admettant qu’une forte proportion d’huile soit consommée sur place par les indigènes. La production globale de l’Ouest- Africain est de 111.000 tonnes d’huile et 302.000 tonnes d’amandes en chiffres ronds. L’Ouest-Africain français ne donne que 15.000 tonnes d’huile et .39.000 tonnes d’amandes; les possibilités sont infiniment plus considérables puisque les huiles et les amandes exportées proviennent exclusivement ou presque de palmeraies spontanées — sauf au Dahomey — et de fabrications indigènes. L’aménagement des palmeraies existantes amènerait une production beaucoup plus considérable, car les pal-
meraies laissées à l’abandon ne produisent pour ainsi dire rien. Un aménagement rationnel revient d’ailleurs à un prix élevé, presque aussi cher qu’une plantation. La production en plus grande quantité des huiles et des amandes de palme est en Afrique Occidentale une question de travail, de -maind’œuvre, de population. La solution pratique du problème du palmier consiste dans la création de plantations régulières, convenablement situées et conduites à la période de production à peu de frais par le moyen de cultures temporaires.
Mais à côté de ces palmiers et en dehors des arachides, dont il sera parlé en dernier lieu, existent des matières grasses secondaires, parmi lesquelles le ricin, le sésame, le pentadesma, le lopliira, le baobab et le karité méritent une mention spéciale.
La culture du ricin ne s’est imposée à l'attention que par les besoins croissants de l’aviation : son huile est le lubrifiant le plus parfait qu’on connaisse et le seul mode de graissage possible pour les moteurs d’aérôpianes. Le ricin traité en France provient deâ Indes et il a semblé qu'on devait tenter celte culture dans nos colonies. FAi Afrique occidentale les rendements sont faibles en graines même dans les bons terrains où le ricin a une tendance à former une forte charpente. Même avec un cours élevé de la graine il n’apparait pas que cette culture ait quelque chance de s'implanter en grand dans notre Afrique occidentale.
Le sésame est cultivé principalement au Soudan et en Guinée; le commerce s’intéresse à ce produit,'l'indigène beaucoup moins car la culture est aléatoire et le rendement très capricieux. Les récoltes ne sont belles que sur les terres neuves, la régularité de la maturation est fortement induencée par la distribution des pluies, enfin la coupe est délicate.
Lepenladcsma est un gran J arbre del;j à 20 mètres de haut très répandu sur la cote. Son fruit est une grosse poire charnue renfermant des graines de la grosseur d’une noix de kola entourées d’une pulpe brunâtre et riches en matières grasses. C’est le lamy de Guinée, le tama de la Haute Côte d’ivoire. L’intérêt de ce produit est secondaire; les graines devront être traitées fraîches sur place.
Le lophira alala ou faux htrilé ou méné est commun dans toute rAfri(|ue tropicale. Son aire de dispersion se confond avec celle du karité, mais va cependant plus au Sud. Cet arbre n’est intéressant (jue pour les territoires où il n’entre pas en concurrence avec d’autres producteurs de matières grasses et oii il se rencontre en peuplements denses, ce qui est le cas en Moyenne-Guinée. Leur grand ennemi est le feu de brousse impossible à éviter avec les méthodes actuelles d’élevage. 11 faudrait que ces feux de brousse fussent, sinon complètement interdits dans les zones de peuplements, du moins autorisés seule ment quand les arbres sont elfeuillés et pas encore en fleurs.
Quant au baobab, les variétés sénégalaises n’ont qu’une faible teneur en huile. Y aurait-il « intérêt à introduire les variétés de Madagascar? C’est douteux. Ce ne pourrait être qu’en envisageant une exploitation double : des graines pour l’huilerie et du bois et de l’écorce pour la pâte à papier et les fibres ; aucune expérience ne permet de conclure même à une probabilité ».
Le karité est très répandu dans le Soudan géographique. « La zone à karité se présente sons forme
I d’une bande commençant en Gambie, s'élargissant pour passer vers le Nord au-dessus de Bandiagara et de Say et vers le Sud à Bouaké et à Abomey ; puis elle va s’inclinant légèrement vers le Sud-Ouest et en se rétrécissant sensiblement arrive à couvrir une partie du bassin du Haut-Nil. » En Afrique occidenlale sa limite nord atteint le 15® L. N. et sa limite sud le 7° L. N. Au point de vue du karité, la colonie du Sénégal est la moins intéressante du groupe . En Guinée il est abondant dans la partie moyenne et surtout dans le haut pays. Les indigènes, en dehors des graines qui leur sont nécessaires pour la fabrication du beurre alimentaire, pourraient fournir surtout dans les cercles de Duiguiraye, Siguiri, Kouroussa, Kankan, un certain tonnage. En Côte d’ivoire, le karité n'existe en densité d’ailleurs variable, que dans la partie nord de la colonie. Son exploitation dépend des moyens d’évacuation. On peut dire que toutes les circonscriptions administratives du Haut-Sénégal-Niger contiennent karités. « Malheureusement dit M. Uouard, signataire de l’article, une grande partie des peuplements, parmi les plus riches, n’est pas exploitable actuellement pas suite du manque de moyens de transport et l’on ne peut guère envisager que la mise en valeur des cercles traversés par la voie ferrée : Rayes, Bafoulabé, Kita, Bamako, Ségou, San, Djenné et avec quelques améliorations de communication : Katadougou, Bougouni, Koutiala, Sikasso, Dédougou, Bobo-Dioulasso, Ouaghadougou, Ouahigouya; Fada N'Gourma doit être délaissée au point de vue de l’exploitation vers l'Europe jusqu’à l'achèvement du réseau général des chemins de fer. » Mais en attendant, ne pourrait-on en certaines régions établir des voies Decauville qu’on trouvera disponibles en abondance dans le matériel de guerre cédé. Au Dahomey dans les cercles de Savé, Savalou, Djougoii, Alacora. Parakou, Randi, on a dénombré — en arrondissant les chiffres — 245 millions de karités de tous âges, dont 72 millions adultes. La capacité exploitable est de 115 millions d’arbres de tous âges et de 35 raillions adultes pouvant donner près de 12.UOO tonnes d’amandes avec des moyens de transport et des tarifs convenables. Les karitéssont généralement respectés par les indigènes. « Leur plus gros ennemi est le feu de brousse, non pas tant par les attaques directes sur l’arbre doué d’une merveilleuse résistance, grâce à son écorce, mais surtout par l’influence fâcheuse sur la lloraison et la fructification. Aussi faut-il n admettre ces feux, dans les zones à karité qu'aux époques propices. 11 suffit pour obtenir ce résultat d’acheter à l’indigène et chez lui ses amandes de karité à un prix rémunérateur, ce qui revient à dire qu’il faut étendre le réseau ferré et le compléter par un lacis de voies économiques de dégagement et d’évacuation. » Ainsi que l’a fort bien démontré M. Houard, la question du karité est une question de moyens de transport. Donc, le problème est, en Afrique occidentale, de solution relativement facile.
H restait une dernière matière grasse végétale à examiner : au surplus la plus importante et de beaucoup : Varachide qui a fait la fortune du Sénégal. La colonie exportait les dernières années avant la guerre entre 220 et 2‘4Ü.ÜOU tonnes chaque campagne. L’ouverture du Thiès-Rayes a amené immédiatement une augmentation de production. La capacité du Sénégal est cependant loin d’être atteinte. Au Soudan la question de l’arachide se pose tout autrement. Les
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régions propices à cette culture sont énormes, mais il ne sortira du Haut-Sénégal-Niger des quantités appréciables que du jour où il y aura des moyens d'évacuation pratiques et réguliers, du jour aussi où l'on expédiera les arachides soudanaises d’une manière moins encombrante.
Parmi tous les produits coloniaux, les arachides présentent cette particularité appréciable d’être, pour leur majeure partie, dirigées sur la métropole qui en demande cependant un gros tonnage à l'étranger et d’où elles arrivent, à Marseille principalement, sous forme décortiquée. Cet écart entre la production coloniale, on pourrait dire sénégalaise, et la consommation métropolitaine, est susceptible d’être pour une forte proportion comblé par une intensification des cultures, dans notre Ouest Africain.
Mais, pour produire davantage, il faut de la maind’œuvre, et sans manquer, elle n’est pasextrêmement abondante ; elle ne saurait être, d’un trait de plume, multipliée. Une meilleure utilisation des terres par des méthodes de culture moins rudimentaires aurait certainement un excellent effet sur les rendements. La sélection des graines est aussi à recommander-, les soins à donner aux récoltes une fois faites également. Bref, l’augmentation de la production soulève maints problèmes. Ont-ils été résolus ? Certainement non.
Et, cependant, au point de vue agrioole, il n était pas de produit plus important que l’arachide, car c’était et c’est encore sur cette précieuse graine oléagineuse que sont assis la prospérité d’une colonie et le bien-être de toute une population. Il existe bien une station expérimentale à M’Bambey dont on a publié le programme, mais qu’a-t-on réalisé de ce programme'? Un point est acquis ; on avait parlé de dégénérescence de la graine sénégalaise. L’éminent entomologiste Houbaud (Mémoires sur les insectes et la dégénérescence des arachides dans V Annuaire du Comité d Etudes historvjues et scientifiques de l’A . O. F., 1916, p. 363) a démontré « qu’il est inexact de parler en propres termes de l’épuisement des graines et les graines cultivées au Sénégal sont des plantes douées de qualités merveilleuses, admirablement adaptées au climat et au sol et essentiellement rustiques ». El il explique par une double cause les phénomènes remarqués Ce sont en premier lieu « l’action de la sécheresse, le manque d’eau progressif qui se fait de plus en plus sentir »; en second lieu ce « sont des insectes qui se multiplient aux dépens des graines ».
En dehors de ces données, qu’y a t-il de définiti venient mis au point pour la culture, aussi bien par les indigènes que par les Européens ? Sans doute rien de positif puisqu’un groupe de commerçants se préoccupe d’organiser au Sénégal des expériences à grande échelle. Qu’a donc fait, dans le domaine de la pratique, le service de l’agriculture ? M. J. Adam, signataire de l’article, ne le dit pas. Il préconise des réformes, mais n’assure pas qu’aucune ait été réalisée.
Au point de vuecultural, il faut donc, en attendant mieux, continuer à voir, pendant un temps donné, cultiver les arachides suivant les usages actuels. La seule amélioration possible viendra, au Sénégal, de l’extension des voies de communication : chaque kilomètre nouveau de rail amenant, peut-on dire, la récolte supplémentaire d’une quantité déterminée d’arachides. Dans le Ilaut-Sénégal-Niger un accroissement de production dépendra de deux causes : des moyens d’évacuation, c’est- à-dire la terminaison du chemin de fer de Thiès à Kayes, et du décorticage
sur place, qu’il soit obtenu au moyen d’appareils à main ou dans des usines à petit débit. Ce décorticage peut seul permettre — le rapport Mathon le démontre — l’achat à des prix convenables aux indigènes par suite d’une économie de 53 0/0 sur le fret. Or, l’indigène ne fera de l arachide que s’il trouve son intérêt à celte opération. L’Inde anglaise, Zanzibar, la Nigéria envoient eu Europe des arachides décortiquées. Celles du Haut-Sénégal-Niger peuvent sans aucun doute venir aux usines sous cette forme. ‘Ainsi, elles aideront à combler la différence entre l’offre coloniale et la demande métropolitaine. A elles seules, nos deux colonies du Sénégal et du Soudan peuvent nous fournir la plus grande partie de graines dont nous avons besoin. A ce titre, cette culture doit retenir loutel’attention des pouvoirs publics d’une part, et d’autre part des commerçants coloniaux qui l’achètent et qui l’emploient dans leurs usines européennes.
Une dernière catégorie de matières premières africaines, que M. \. Henry examine dans son ouvrage, comporte, comme le sous-titre l’indique : les textiles, c’est-à-dire : le coton, le sisal, lekapok et le chanvre de Guinée.
Les idées exposées dans le chapitre intitulé :
« Comment la France se procurera le coton dont elle a besoin », reproduisent avec un peu plus de développement, un peu plus de technicité, ce qui avait été dit dans un article de la revue Marine et Colonies. Four s’assurer une source de production de coton la France devra, entre autres régions s’adresser, à l’Afrique tropicale, et pour aboutir il faudra « un puissant et patient effort ». On ne peut que souscrire pleinement à ces deux adjectifs, car répétons-le avec M. Henry : « La production du colon n’est économi quement possible en Afrique que dans deux milieux fl) dans les régions de la forêt claire ou de savanesboisées, où la chute annuelle des pluies ne dépasse pas sensiblement 1.200 millimètres par l’adoption d’une culture améliorée ; b) dans les grandes vallées soumises à l’inondation ou irrigables à la même condition. La production par l’indigène dans ces différentes régions sera longtemps réduite à cause de la faible depsilé de la population, et si, en définitive, la France veut produire dans ses propres territoires le million de balles dont elle a besoin, il lui faudra organiser la culture intensive par irrigation dans les deux belles vallées alluvionnaires du Sénégal et du Niger. » Et il ne faut compter en culture normale que sur des rendements analogues à ceux d Egypte. Four arriver à ce résultat, pour améliorer la culture, pour en connaître tous les éléments (bien des questions ne sont pas résolues), pour établir un système d’irrigations rationnelles il faut du temps et de gros capitaux sont indispensables ; en un mot, il faut un long, un patient et un puissant effort. Une expérience de dix, de quinze années est là. Quelques données du problème ont été posées, mais aussi bien dans les colonies étrangères que dans les françaises, il y a disproportion évidente entre les efforts faits et les résultats • médiocres obtenus.
En résumé — et bien des coloniaux partagent cet avis, — on peut fonder de sérieux espoirs sur la culture du coton en Afrique Tropicale Française ; en d’autres termes il y a des possibilités d’avenir, mais dans les conditions les plus favorables qui puissent être envisagées ces possibilités d’avenir ne se réaliseront pas demain ni même après-demain.
Un autre textile, le sisal, paraît appelé en Afrique
occidentale spécialement dans la zone soudanaise à donner de bons résultats ; les expériences de Koulikoro, les plantations de Dar-Salam, près Kayes, et de Diakandapé sont parfaitement concluantes. Si les débuts a furent très durs » les possibilités n’en sont maintenant que plus certaines, ce qui permet à l’ingénieur agronome Vuillet, qui est à n’en pas douter l’homme qui connaît le mieux cette question en Afrique occidentale, de prétendre que la culture du sisal peut prendre une grande extension, car les terrains propices ne manquent pas et la plante n’est pas exigeante. Les « conditions de production sont sensiblement les mêmes que dans les régions du globe où elles sont le plus favorables ». Or, la demande excède de beaucoup les offres surtout en machinerie agricole, ce qui indique l’intérêt de premier ordre qu’aurait une extension possible, facile, des cultures en Afrique occidentale en plantation européenne comme en plantation indigène ; le défibrage pouvant être fait à façon en ce qui concerne les récoltes indigènes. L’exemple Renoux, dans le Haut-Sénégal-Niger, est très encourageant.
C’est encore dans le Haut-Sénégal-Niger, dans les savanes soudanaises des autres circonscriptions administratives que se récolte le knpok. L'arbr-e est commun dans le Soudan géographique. Le kapok africain — qu’il provienne du fromager ou du kapokier à Heurs rouges — qui croissent à l’état spontané — est favorablement apprécié sur les marchés européens où, cependant il ne parut que vers 1011. Faute de moyens de transport dans les régions où se trouvent les peuplements, les exportations sont encore bien réduites :
Haut-Sénégal-iNiger : 12 tonnes en 101 i; 30 tonnes en 1915 ; 25 tonnes en 1016 ; 25 à 30 tonnes en 1917.
Côte d’ivoire : 5 tonnes en 19 U ; 37 tonnes en 1915; 26 tonnes en 1016 ; 100 tonnes en 1917.
Dahomey : 17 tonnes en 1917 ; 30 tonnes en 1918.
Ce n’est évidemment là qu’un début. Ainsi que le démontre lumineusement M. Houard, signataire du chapitre, l’exportation du kapok est subordonnéeaux moyens et aux tarifs dos transports, mais il va plus loin. « La bourre du fromager ordinaire, courte et grise, présente un intérêt secondaire; elle est d’une récolte difficile. Le kapok de Bornbax est de bonne qualité, mais son exploitation ne saurait qu’être localisée en raison de l’impossibilité matérielle de visiter^a plupart de ces peuplements. L’abondance de main-d’œuvre nécessaire pour le ramassage des fibres, le transport à grande distance du kapok brut très encombrant, les difficultés de magasinage, l’importance (jue doit avoir le matériel d’égrenage et d'emballage pour opéro-r avec la rapidité exigée par le peu de durée de la récolte sont autant de facteurs qui viennent et viendront toujours entraver et res treindre l’exploitation des peuplements naturels. L’Afrique Occidentale Française doit-elle pour cela renoncer à devenir un producteur influent de libres de kapok de bonne qualité? Loin de là; il suffit, en se bornant à l’aménagement des groupements naturels les plus denses et à évacuation facile, de constituer partout des plantations régulières sur des emplacements propices en ayant recours au (^eihn pentendrn dehiscens sélectionné dont l’exploitation économique et industrielle ne présente aucune des difficultés signalées précédemment. »
Déjà, on est entré dans cette voie. On a planté. Déjà, on a imposé à un concessionnaire de récolte dans certains cercles avoisinant le Niger, l’obligation de créer une plantation. Les services techniques ont déterminé les conditions dans lesquelles peuvent
être effectuées ces plantations par semis ou boutures. Rien n’empêche d’aller de l’avant.
De plus, les Ceiba et les Bornbax peuvent jouer un rôle important dans le reboisement, les premiers étant réservés de préférence aux régions fraîches des climats humides, les seconds pouvant être utilisés pour les terrains secs visités par les violents feux de brousse.
Mais l’avenir en Afrique Occidentale Française — c’est la conclusion de M. Henry — « repose uniquement sur les plantations, qu’elles soient régulièrement établies ou qu’elles soient comprises dans le reboisement de peuplements naturels favorables. L’exploitation des kapokiers spontanés dont les conditions économiques sont ou mauvaises ou peu favorables ne peut constituer qu’un faible appoint qui, sans être négligeable, n’est pas susceptible d’une extension appréciable. Les essais commencés en 1917 et qui méritent d’être poursuvis en grand dans toutes les colonies du groupe permettront d’envisager avant peu quelle place le kapok africain peut prendre sur le marché mondial. »
Nous arrivons enfin au textile, qui a fait ses preuves au Soudan : le chanvre de Guinée ou da, en botanique hibiscus cannabinus. Un rapport très documenté de M. Vuillet a été publié récemment à ce sujet, et nous pensons qu’à l’heure actuelle, il n’y a rien de mieux à en dire. Aussi bien, on peut se rallier à la conclusion de M. G. Henry : « De ce que nous savons aujourd'hui de la culture du chanvre de Guinée en Afrique tropicale, il ressort qu’elle est une de celles qui retiendrait dès l’abord les grandes exploitations. J’en ai donné quelques motifs : la simplicité de sa culture et la possibilité de l’exécyiter mécaniquement presque en entier. Il en est d’autres : comme 1 absence de maladies, la résistance aux sauterelles etauxeriquets. Son rendement pécuniaire est égal à celui d’une culture de Jiimel et si l’exploitant se trouve sur un point d’embarquement facile, il peut compter sur deux sous-produits : environ une tonne do graines et 7 à 8 tonnes de déchets propres à la fabrication de la pâte à papier. »
On remarquera ijue, même pour les produits spontanés du pays, l’avis est mainlenant unanime qu’il faut les soigner, qu’il ne faut pas se contenter de récolter, qu’il faut cultiver, qu’il faut planter. C’est en plantant rationiiellemenl riievéa que les sociétés d’Indo-Malaisie sont arrivées à un prix de revient très bas pour un produit d’excellente qualité La même méthode est suivie en Extrême-Orient pour l Elaeis. C’est cette métlmde qu’on préconise pour le kapok dans le compartiment des textiles et qu’on sera amené à prôner pour le karité dans le compartiment des matières grasses. En Afrique, comme ailleurs, la nature ne rend que le travail et les matières qu’on y a incorporées. L’avenir de tous les produits réside dans la culture rationnelle et non dans l’exploitation d’une production spontanée, qu’il s’agisse d’entreprises indigènes ou européennes.
Quoi qu’il en soit, et le livre de M. Henry le démontre, l’Afrique occidentale constitue un marché de matières premières important.
i.iTi~wiiiïiïiiinim^^irilïmï5iailîriiïiïin^
Nous accepterions avec reconnaissance les listes de noms pour la propagande que MM. les Adhérents voudraient bien nous adresser.
BULLETIN Dü COMITÉ DE L’ AFRIQUE FRANÇAISE