LE TROISIÈME LIVRE GRIS BELGE
Les deux Livres gris belges, publiés précédemment, contenaient la correspondance, diplomatique et politique, échangée au début des hostilités relativement au Congo (1); entre autres pièces figurait la lettre du vice-gouverneur général de la province orientale signalant la violation, par les Allemands, de la neutralité du Congo belge, le 15 août 1914. Le gouvernement belge, désireux sans doute de présenter, réunis, tous les documents se rapportant à la guerre en Afrique, a reproduit, en tête du troisième Livre gris, qui vient de paraître, cette correspondance, de même que les déclarations des Alliés, concernant l’intégralité des possessions coloniales belges (2), lesquelles servent ainsi de préambule à la partie nouvelle et principale de celte récente publication officielle, à savoir les rapports du haut commandement belge sur les opérations militaires.
Les lecteurs de ce Bulletin connaissent la participation belge à la conquête du Cameroun. Le gouvernement français ayant sollicité le concours des forces belges, i)Our appuyer les détachements qui opéraient dans la Sangha, le gouverneur général du Congo envoya un premier contingent de 136 hommes, commandés par le lieutenant Bal, avec 3 canons et une mitrailleuse, qui coopéra à la prise du poste de N’D/imou, le 29 octobre 1914. Le gouvernement belge mit ensuite à la disposition du général Aymerich un détachement de 150 hommes, puis un détachement de renfort composé de 225 lioinmes, sous les ordres du capitaine Marin, lesquels furent adjoints à la colonne du lieutenant-colonel Hulin. Après la prise de Moloundou, cette colonne fut encore renforcée par un détachement de 250 soldats de la force publicjue congolaise. Les Belges contribuèrent aux actions militaires qui aboutirent à la prise de Loinié, le 25 juin 1915, et à celles qui avaient pour objectif la prise de Yaoundé. Üans son ordre du jour, daté de celle ville, le 24 février 1916, le général Aymerich félicita en ces , termes le contingent belge: « J’ai le devoir d’exprimer combien la collaboration de ces belles troupes nous a été précieuse, et j’adresse de tout cœur aux officiers, aux sous-ofticiers européens, à tous les soldats etgradés indigènes, le tribut des éloges qu’ils ont mérités, par leur bravoure au feu, par la patience et l’abnégation, dont ils ont fait preuve pendant toute la durée de cette longue et pénible campagne. »
L’accord d’avril lîH5, connu sous le nom de « Convention de Gombera », définissait la coopération des forces locales : françaises, britanniques et belges, en cas de besoin, même contre
(1) Voir Afvique française, 1916, Rens. Col , p. 68 et sq.
(2) La déclaration faite par M, Klobukowski au ministre des Affaires étrangères de Belgique, le 29 avril 1916, a été donnée dans V Afrique française, 1916, p. 15.6.
un ennemi intérieur. En vertu de cette convention, les troupes anglaises prirent part, l’année suivante, à la répression de la révolte du sultan Mopoï, dont les possessions se tiouvaient en ter- • ritoire français, sur la rive droite du Bornou, qui forme la frontière entre l’Afrique Equatoriale Française et le district congolais du Bas-Ouelé.
Le poste français de Mopoï-Bangezedine ayant été attaqué, pillé et brûlé par le sultan, le l®'' février 1916, le capitaine Lebouc fit appel au concours des forces belges et britanniques pour réduire le rebelle, qui possédait 150 fusils perfectionnés, et 300 fusils à piston, et pouvait facilement se défendre, dans un pays couvert de fourrés et de forêts épaisses et sillonné de rivières. Tandis que le major anglais White s’acheminait par TEst, la colonne belge du capitaine Frederikssen, forte de 282 hommes, partie de l’Ouest, faisait sa jonction avec les tirailleurs du capitaine Lebouc. La rencontre avec les forces de Mopoï eut lieu le 17 mars. Le sultan, blessé, fut entraîné par ses hommes en déroute. Le lendemain, le major White occupait et défendait le poste de Bangezedine. En avril, des remerciements pour l’aide ainsi fournie furent adressés au gouvernement belge par M. Klobukowski, ministre de France, de la part de M. Briand, président du Conseil.
Au Sud, les Belges participèrent comme on sait è la défense de la Rhodésie. Le major Olsen, commandant des troupes du Katanga, soutint avec deux bataillons la garnison anglaise de Saïsi, localité située au sud du lac Tanganyka, attaquée en juillet 1915, par une troupe allemande de 2.U00 hommes environ.
Le nouveau Livre gris donne des renseignements intéressants sur l’organisation de la campagne ofi’ensive contre l’Afrique Orientale Allemande. En août 1914, la force publique congolaise ne comportait que 14.000 soldats, répartis en compagnies à effectifs variables selon les districts. La colonie ne possédait qu’un petit nombre de mitrailleuses; ses disponibilités efï maté- . riel d’artillerie étaient faibles; les approvisionnements en munitions, objets d’habillement, d’équipement, d’armement et de campement n’existaient pas; aucune formation sanitaire spéciale, ni dépôt de matériel hospitalier n’étaient organisés. Le gouvernement rappela tous les réservistes, prescrivit de porter à 5.000 l’effectif du contingent annuel, au lieu de 3.500, décida de former une armée de 10.000 hommes alimentée par une réserve de 2.000 soldats, et demanda à l’armée métropolitaine les officiers et sous-officiers européens nécessaires à l’encadrement des troupes. Pendant les trois années que dura la campagne, 700 officiers et sous-officiers belges fui’ent envoyés en Afriqüe. L’invasion de la Bel gique ayant rendu impossible le réapprovisionnement en munitions du fusil Albini, alors en usage, il fallut pourvoir les troupes d’un armement nouveau; 15.500 fusils Gras furent expédiés d’Europe. Le nombre des mitrailleuses atteignit 114, chacune disposant de 100.000 coups.
RENSEIGJSEMENTS COLONIAUX
I.es usines de Saint-Chamond fournirent 4 batteries, chacune de 4 canons, à tir rapide, avec un approvisionnement, qui fut porté jusqu à 4.000 coups par pièce. Le ravitaillement des troupes présentait d’énormes difficultés. De - nombreuses mules furent envoyées d’Europe. Le gouvernement local leva, à l’intérieur de la colonie, o-OOO porteurs; le gouvernement de l'Ouganda s’engagea à en livrer un nombre égal. Ces . contingents s’ajoutèrent aux 2 à -LOOO porteurs, déjà en service dans les corps de troupes. Plus de 1.500 kilomètres de fils télégraphiques furent posés; les réseaux terrestres se prolongèrent par des postes de ï. S. F. Au début de la campagne, la maîtrise du lac Tanganyka appartenait aux Allemands. 11 importait, avant tout, pour les Belges, de pousser jusque-là, jusqu’à Albertville, la voie ferrée partant de Kabalo. Ce résultat fut atteint à la fin de février 1915. De puissantes batteries furent construites pour défendre l’accès de la base navale de Loukouga. Au milieu de l’année 1915,. les Belges n’avaient encore sur le lac qu’une chaloupe canonnière, et le Vengeur, l’ancien Alexandre-Delcom niune , coulé , en août 1914, par les Allemands, remis, depuis, en état, mais non encore armé, à opposer à la flottille allemande, où aux deux steamers existants venait de s’ajouter le Graf von Gôlzen de 1 000 tonnes, armé de 3 canons, et d’une ou deux mitrailleuses. La petite flottille belge se renforça de trois unités^ qui coopérèrent avec les canots automobiles anglais. En 1910, les hydravions suppléèrent à l’insuffisance des navires. Le 1®'' avril, l’avant-garde de l’escadrille, expédiée de la Pallice au mois de janvier, atteignit le Tanganyka. En juin, le von (îôlzen fut sérieusement touché par un bombardement aérien. De fréquentes attaques de cette sorte jetèrent la démoralisation parmi les défenseurs de üudjiji. A l’automne, le pavillon allemand avait complètement disparu du lac, et les Belges y disposaient de 8 unités navales. « Quand on considère les conditions dans lesquelles durent s’effectuer les travaux, sous la menace constante a un adversaire résolu, avec des matériaux de fortune, un outillage insuffisant, et un personnel restreint, soumis aux rigueurs du climat d’Afrique, on ne saurait assez affirmer qu’une grande œuvre a été réalisée, tout à l’honneur de ceux qui l’entreprirent, et l’exécutèrent. »
Le récit des campagnes dans l’Afrique orientale Q910-1918) ne renferme rien qui n’ait été publié auparavant. La dernière partie du Livre gris mérite de retenir l’attention ; elle est consacrée aux violations, par l’ennemi, des lois de la guerre. Les témoignages rapportés démontrent que les Allemands se sont servis de balles expansives et de balles dum-dum, qu’ils ont tiré sur des indigènes non combattants, et qu’ils employèrent au combat des bandes indigènes irrégulières. Ainsi, dès le début de la guerre, tandis qu’ils se préparaient à attaquer, avec toutes leurs forces, Nya- Loukemba, au Sud dulac l\ivou,4)our tromper les
Belges sur leurs véritables intentions, ils jetèrent sur la colonie, au Nord du lac, de puissantes bandes dévastatrices de Watouzis. Le capitaine Wintgens, commandant militaire allemand du Rouanda, qui était l’organisateur de ce raid, poussa la duplicité jusqu’à prétendre qu’il s’était opposé à cette incursion ; en même temps, il chercha à arrêter les Belges par la raison que l’invasion du Rouanda provoquerait un soulèvement général de la population, dont les Belges auraient tout à redouter. Voici ce que le capitaine écrivait, le 20 septembre 1914, au commissaire général Henry, commandant des troupes en campagne, au Kivou :
J ai l'houaeur d’attirer votre attention là-dessus qu’au cas d’une offensive belge dans le Ruauda, je dois décliner toute responsabilité, en ce qui concerne l’observance, de la part de la population, des lois internationales de la guerre.
Le Ruanda est déjà fort surexcité, et je n ai réussi que difficilement à empêcher une incursion en territoire belge. Une invasion dans leur pays rendrait un soulèvement inévitable. Je ne puis, par conséquent, assurer l'observance des lois de la guerre que pour les troupes combattant, immédiatement, sous mes ordres, et non pas pour les masses d’hommes du sultan Muzinga, qui défendent leur territoire.
WlXTGENS,
Commissaire et commandant militaire.
Ruanda.
Le commissaire Henry fit à cette lettre la réponse suivante ;
Rutshuru, 24 septembre 1914.
Monsieur le commandant,
J’ai riiouneur de vous accuser réception de votre lettre du 20 septembre courant... Je vous remercie des efforts que vous voulez bien faire pour empêcher les AVatiizis de ])énétrer en territoire belge. Mais ils sont venus, malheureus*-ment.y commettre les pires déprédations. Il m’est toutefois, bien agréable, de savoir que ce n’est pas par votre ordre qu’ils ont agi ainsi.
Veuillez agréer, etc.
Une lettre du lieutenant Hickson, datée de l’Ouganda, le 13 septembre, informait le commissaire général Henry que les Allemands usaient de troupes indisciplinées et irrégulières, pour renlorcer leurs troupes régulières, dans l’envahissement du territoire britannique.
Le Livre gris se termine par la publication de rapports prouvant que les Allemands usèrent de manœuvre pour enrôler des soldats indigènes congolais prisonniers, et qu’ils soumirent les prisonniers [blancs, belges et alliés à un régime absolument contraire aux prescriptions de la Convention de La Haye. Ces faits ont été l’objet d’un article, récemment paru dans ce Bulletin (1). A la conduite des autorités militaires allemandes, le gouvernement belge oppose les instructions qu’il a lui-mème données pour la conduite à observer, à l’égard des militaires allemands tombés au pouvoir des troupes belges. Ce dernier texte, reproduit par le Livre gris, est la réfutation des calomnies propagées, contre les Belges, par la presse allemande.
(f) Woir Afrique française, janvier-février 1919, Hens. col.
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
Chronique de I Armée coloniale
Promotions. — Sont promus au grade supérieur, les lieutenants-colonels à titre temporaire et chefs de bataillon Clémeht- Grandcourt, Pelloux, Nancy, de l’infanterie ; le lieutenant-colonel Guespereau, le chef d’escadron Beugnot, de la cavalerie; les chefs de bataillon Vargoz et Alerme, de 1 infanterie coloniale; le lieutenant-colonel Tixier, le chef d’escadron Bidon de l’artillerie coloniale.
L’appellation des régiments de tiraillenrs indigènes.
— La loi des cadres et des effectifs du 23 décembre 1912 a décidé que les troupes d'infanterie comprendraient 173 régiments, dont 12 régiments de tirailleurs indigènes.
i( Or, dit un projet de loi présenté par le ministre de la Guerre, cette dénomination de tirailleurs indigènes s’applique à des régiments ayant des recrutements tout à fait différents, puisque les uns sont presque exclusivement composés de Tunisiens, les autres d’Algériens.
« Il serait légitime de consacrer cette différence de recrutement, en donnant à ces corps d’élite l’appellation, qu’ils réclament, de régiments de tirailleurs algériens ou de tirailleurs tunisiens, selon le recrutement d’origine des hommes qui les composent, ainsi que cela s’esl fait pour les régiments de tirailleurs recrutés au Maroc, qui portent le nom de « tirailleurs marocains ».
« Cette mesure ne ferait du reste que rétablir un état de choses que la loi des cadres et des effectifs du 13 mars 1875 avait consacré, puisqu'elle créait des régiments de tirailleurs algériens.
« Ces régiments de tirailleurs indigènes qui, au cours de la campagne, ont eu si souvent l’occasion de se distinguer, seraient fiers de pouvoir lire sur leurs drapeaux, et de voir figurer dans leur appellation, un mot qui rappelât leur pays d’origine, pour lequel ils ont un si profond attachement. »
En conséquence le projet de loi stipule que l’alinéa 9 de l’article premier de la loi du 23 décembre 1912 relatif à la con-tilution des cadres et effectifs de l’infanterie, est complété ainsi qu’il suit : M Ceux de ces régiments qui se recrutent en Algérie ou en Tunisie seront respectivement dénommés, selon leur recrutement, régiments de tirailleurs algériens, ou régiments de tirailleurs tunisiens, tout en conservant leurs numéros actuels. »
Les Poiius de la Marocaine. — Sous le titre « les Anciens de la D. M. i> une association d’anciens combattants et militaires ayant fait campagne et appartenu aux différentes unités qui composèrent la Division Marocaine vient de se fonder. Son but est de renouer et d’entretenir entre ses membres ces liens étroits de camaraderie, de fraternité et d’abnégation, ce sentiment, cette ambiance qui furent si spéciaux à la D. M. et firent d’elle une de nos premières divisions.
Elle est amicale, de solidarité, d’action, de défense des intérêts moraux et matériels de ses membres, de mutualité, de bienfaisance et de souvenir à nos morts. Elle se propose d’élever des monuments commémoratifs sur les terrains mêmes où ses héros trouvèrent une mort glorieuse pour la défense de la patrie du droit, de la liberté.
Une permanence est ouverte au siège eocial le mardi et le samedi, 7, rue Parrot. 7. — Les réunions ont lieu le jeudi soir, 31, boulevard Bonne-Nouvelle, chez Ducastaing.
BIBLIOGRAPHIE
Les réformes en Algérie et le Statut des Indigènes. par V. Piquet. 1 vol. ia-16. Prix 3 fr. 50, Emile Larose, 11, rue Victor-Cousin.
M. Victor Piquet, un nom bien connu des Africains, a étudié dans cet ouvrage le meilleur statut social à donner à l’Algérie pour qui s’ouvre une ère nouvelle. Il est partisan déclaré d'une politique d’évolution à l’égard d’un peuple « qui, chaque jour, s'ouvre de plus en plus à la civilisation moderne et, l’associant aux obligations comme aux libertés des Français, de lui faire une part dans la direction des affaires de la colonie ». Cette politique d’ailleurs ne doit pas se borner à introduire des réformes matérielles, comme le voudraient les partisans du statu que, elle doit surtout se préoccuper d’améliorer les conditions morales de l’indigène.
M. Piquet en donne d'e.xcellentes raisons qui prennent une grande force à la lumière des événements européens actuels.
La première est qu’il faut aider les peuples à évoluer si l’on veut éviter le bolchevisme, et le meilleur appui que pourra donner la
métropole sera de répandre l’instruction chez les indigènes pour mieux faire leur éducation sociale et politique.
La seconde est que l’appel de l’Algérie entière à la vie publique a été rendu plus impérieux par la guerre à laquelle ont participé, avec un loyalisme parfait, les Arabes et Berbères algériens. Entin n est-ce pas des réformes politiques et administratives, touchant notamment à l’organisation communale, que l’on doit surtout attendre 1 amelioration de la condition matérielle des indigènes’^
Tel est bien le fond de la pensée de l’auteur qui s’est résumée dans cette phrase : « D’ailleurs, en supposant même que par la réforme de I impôt, par l’assistance, et surtout par une heureuse transformation des conditions de la vie qui procurerait à cette population des ressources nouvelles, on arrive à améliorer d’une façon générale sa situation, il est des domaines où l’on n’aura pas porté le remède : c’est le cas par exemple de tout ce qui relève de I organisation communale. Il y a là un mal qui n’est pas d’origine sociale, mais d’origine administrative et communale. Il n’y a donc d’autre moyen d’y remédier qne de modifier absolument la condition de 1 indigène dans la commune. Et si l’on veut aborder ce problème, il faut bien aborder la question des droits politiques des indigènes. »
Cette question, ce n’est pas aux lecteurs deV Afrique Française qu’on doit la développer. Ils ont été tenus au courant des revendications émises par les Algériens au cours de ces dernières années et qui ont résonné tant dans les salles dds délégations financières qu’au Parlement français. Elles portent, comme on le sait, d une part, sur l’établissement d’une nouvelle législation de la naturalisation des indigènes qui auront le droit de demander la nationalité française : naturalisation pure et simple, octroi aux su-jets français de droits électoraux, ou dernière et plus récente formule, assez vague d’ailleurs, de naturalisation dans le statut. D’autre part, les Algériens qui demandent à être traités en associés et non plus en peuple soumis comme au temps des commandement militaires, réclament surtout une plus large part aux affaires de la colonie ; ils s’intéressent bien plus vivement aux questions de droit électoral et de représentation, car <€ c’est tout l’avenir de leur vie sociale, c’est le soin de leurs intérêts matériels et moraux qui sont en cause ». A ce sujet leurs desiderata vont en partie recevoir satisfaction. Del91-i à 1918 on est entré dans l’ère des réformes et des effort.s sérieux sont faits pour amener un rapprochement des races (voir décret du 13 janvier 1914). A vrai dire ils ne semblent pas suffisants à M Victor Piquet qui verrait avec satisfaction la participation des conseillers municipaux indigènes à l’élection des maires et l’extension du corps électoral, ainsi qu’il en est question.
Mais dans quelle condition toutes ces bennes intentions produiront-elles le maximum d’effets? C’est ce que l’auteur a voulu examiner dans la dernière partie de cet ouvrage traité avec clarté et compétence. Soixante pages sont consacrées à ce qu’il appelle « la réforme communale ». réforme nécessaire puisque tous les soins des auteurs des projets parlementaires sont allés aux indigènes des communes de plein exercice au détriment des habitants des communes mixtes (|ui représentent cependant l’immense majorité des indigènes ; réforme encore nécessaire puisqu’avant tout il n’existe pas de régime communal en Algérie, l’organisation de 1863 et la loi municipale de 1884 ayant créé un régime essentiellement factice. Or les réformes les plus sensibles aux indigènes seront précit sèment celles qui toucheront à la coi-niiune rurale où ils peuven plus facilement prendre part à la direction de la vie social*. L’organisation de la vie municipale en Algérie apparaît ainsi pour M. Piquet le pivot de toutes ces réformes, c’est avec conviction qu’il insiste sur ce point.
Bref, la France s’est montrée résolue depuis 1914 à entrer dans la voie d’une franche politique de coopération avec la population algérienne. L’élude très fouillée et très nette de M. V. Piquet le montre. A son avis, toutefois, les mesures réalisées ou projetées sont insuffisantes et timides, surtout par comparaison avec la politique libérale dont l’Anglerre vient de faire preuve, pendant la gueire. vis-à-vis des musulmans de l’Egypte et de l’Inde. L’opportunité des mesures pri.ses par nos Alliés à cet égard peut être discutée. Nous nous bornerons à poser le point d’interrogation en rappelant que c’est dans les possessions françaises de l’Afrique du Nord que le monde musulman s’est montré le plus calme. Nous croyons quant à nous que pour les graves questions à résoudre sur les bords de la Méditerranée méridionale, il y a là un indice qui mérite de ne pas passer inaperçu.
Le Gérant ;J. Legrand.
Paris. — Imprimerie Levé, 17, rue Cassette.
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