‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 4)Chapitre 4 sur 75 · III. — Hans Delbruck · texte numérisé non relu

III. — Hans Delbruck

Au premier rang des apôtres de la Millel Afrikn se trouve le D‘' Hans Delbruck, l’un des principaux historiens et publicistes de l'Allemagne, auteur d’un ouvrage classique sur l’art de laguerre depuis les temps anciens; le successeur de ïreitschke au fauteuil éditorial du grand périodique mensuel les Preussische Jahrbïicher. Dans son livre ; Bismarcks Erbe {L Héritage de Bismarck) publié en 191S, il écrivait :

Le plus sûr de tous les modes de colonisation est celui des colons agriculteurs [hauernkolonie] . Mais nous ne pouvons songer à établir des colonies de cette espèce pour la bonne raison que nous n avons pas d’excédent de population en travailleurs de la terre {bauern). Toute notre émigration d’outre-mer a baissé, depuis le milieu du xix” siècle, jusqu’à 20 à 30.000 âmes par an : tandis qu’à la même époque nous employions en Allemagne plus d’un million de travailleurs et d’ouvriers étrangers; Russes, Polonais, Ruthèiies, Slovaques, Italiens, Scandinaves. L’Allemagne n’est pas un pays d’où sorte un courant dépopulation de l’intérieur vers l’extérieur, mais un pays dans lequel pénètre de l’extérieur un courant de population. Fermiers, paysans, et travailleurs agricoles aptes à s’établir sur la terre, nous en avons le plus grand besoin dans la mère patrie et il n’en est que bien peu que nous puissions envoyer au delà des mers. Les gens qui doivent remplir nos colonies et cpii doivent leur donner leur caractère spécial sont la couche supérieure, les milliers d’hommes d’éducation moyenne ou supérieure que notre riche système d’éducation déverse incessamment et pour lesquels nous ne pouvons trouver d’occupations adéquates dans la mère patrie, des hommes ayant atteint la trentaine, dans toute la fleur de leur âge, munis de toutes les connaissances et toute l'habileté nécessaires pour un large cercle d’activité et (pii demeuremt ainsi parmi nous, avec rien ou peu de chose à faire, et attendent quelque poste de maigre rémunération. Ce sont ces hommes que nous devons en-

voyer au dehors comme experts techniques, commerçants, docteurs, inspecteurs, officiers, planteurs, fonctionnaires, pour gouverner les grandes multitudes de races inférieures exactement comme les Anglais gouvernent l’Inde. Mais ce n’est pas une solution de répandre ces couches supérieures çàet là dans quelques secteurs grands ou petits ; le seul moyen d’obtenir un bénéfice durable et assuré pour notre nation est de constituer un Dominion continu assez vaste pour contenir des régions de caractères physiques différent qui se complètent les unes les autres et se prêtent réciproquement force et soutien.

Une vaste étendue de territoire, si elle est placée sous une administration centrale, acquiert une cohésion politique certaine. Le fait qu elle constitue une seule zone douanière crée des intérêts qui ne sont pas facilement détruits Des villes avec une population blanche d’une certaine importance et qui ont une vie communale propre exigent un très vaste « hinterland ».

Pour rattacher un pareil empire d’outre mer tout à fait fermement à la mère patrie, tout au moins quelques parties de ce dominion (Joivent être telles (|u’une communauté allemande puisse s’y maintenir et s’y propager, et non pas seulement une communauté variable, mais une communauté implantée dans le sol, possiblement même, en quelques endroits, une communauté agricole (p. 192-195).

La première et la plus importante des réclamations nationales que nous devrons élever au futur Congrès delà Paix devra avoir pour objet un empire colonial réellement considérable, une Inde y ermanique. Cel empire doit être assez vaste pour être capable de conduire sa propre défense en cas de guerre.

Un territoire réellement vaste nourrit sespropres troupes et renferme un abondant recrutement pour les réserves et les milices. Une fois les points principaux réunis par des chemins de fer, les divers districts sont susceptibles de se fournir une aide réciproque. Un territoire réellement vaste peut avoir ses propres manufactures de munitions et de fournitures de guerre. Un territoire réellement vaste peut avoir ses ports et ses stations de charbon... (p. 202).

L’Afri([ue centrale, région qui naturellement vientd'abord à l’esprit est-elle capable dans sa plus vaste étendue de satisfaire ces exigences ? A-t-elle un sol convenable ? estil assez fertile? J’entends fertile, non seulement dans le senspurement physique, mais eu toutes acceptions ?

Pourra-t-elle supporter le fardeau (|ue nous voulons lui imposer ou nous faudra-t-il tourner notre pensée vers l’Extrême Indeou laCochinchine ? Ce n’est pas l’endroit de discuter cette question... (p. 206).

Et en note :

Pour éviter tout malentendu, j’ajoute expressément que les Congo belge et français seuls ne suffiraient pas à constituer l’Inde germanique pour laquelle nous devons lutter et que nous devrons réclamer dans la mesure de nos succès dans cette guerre. Ces régions équatoriales pourront, il est vrai, fournir des richesses dans l’avenir, richesses que nous pouvons difficilement imaginer aujourd’hui ; mais pendant la prochaine génération, euégardàleur population extrêmement clairsemée, elles ne donneront aucun jirolit et même coûteront plus qu’elles ne rapporteront. Aussi longtemps que les riches territoires qui les entourent et qui sont maintenant possédés par les Anglais ne leur seront pas adjoints, on ne trouvera pas en elles les fondements suffisants de l’Indegermanique (p. 200).

A cette question de savoir si l’Afrique est susceptible de satisfaire aux exigences de V fnde germanique, Delbrück ne répondait pas en 1915 ; il y a répondu depuis par un « oui » énergique.

Il a fait de la Mittel Afrika, jointe au contrôle germanique de l’empire turc, une partie essentielle de son programme. Pas plus tard qu’en juin dernier (1917) il écrivait dans les Preussische Jarhbiicher :

A supposer que, soit par nos victoires sur terre, soit par la guerre sous-marine, nous abaissions tellement l’Angle-

terre, que, malgré l’aide de l’Amérique, elle abandonne tonte continuation de la lutte et se résolve à nous concéder un dominion direct ou indirect sur la Belgique, même alors nous devrions dire :

« Pas la Belgique, mais l’Afrique ; pas les charbonnages de Gharleroi, mais la Nigeria ; pas Zeebruge, mais les Açores et les îles du Cap Vert ; pas Anvers, mais Lagos, Zanzibar et l’Uganda, et Gibraltar pour l’Espagne ; pas d’avantages économiques dus à des traités de commerce extorqués à l’ennemi mais des indemnités deguerre soit en argent comptant, soit en matières premières ». Si notre victoire est assez complète nous pouvons espérer réunir toute l’Afrique centrale, avec noire vieux Sud-Ouest, sous notre main: Sénègambie, SierraLeone, Gold-Coast, la populeuse Nigéria avec sou port Lagos, le Cameroun, les luxuriantes lies de San-Tomé, de Principe, les Congés français et belge, l’Angola, ses immenses réserveset ses excellents ports, la région du Katanga, riche en minerais, la Rhodésia du Nord, le Nyassaland, le Mozambique avec la baie de Delagoa, Madagascar, l’Est Africain Allemand, Zanzibar, l’Uganda, eu y ajoutant les deux ports bien aménagés de Ponta üelgada dans les Açores, Pune des stations charbonnières lesplus importantes et les plus fréquentées du monde, ainsi que Horla, l’une des plus importantes stations centrales du câble télégraphique Transatlantique.

« Il y a peu de points dans l’océan Atlantique aussi admirablement situés au point de vue de la circulation maritime, aussi importants au point de vue de la géographie politique, aussi forts au point de vue de la stratégie militaire et navale que les Açores, dès qu'elles se trouveront en la possession d’une puissance possédant une flotte puissante, ainsique l'écrit Hans Meyer dans sa. Deutsche ' PoUlik a (p. 20).

Aujourd’hui elles appartiennent au Portugal qui est en guerre avec nous. C’est au Portugal qu’appartiennent encore aujourd’hui les îles du Cap Vert, avec le port de Porto- Grande, également l’une des stations charbonnières les plus fréquentées de l’océan Atlantique oriental.

Est-il vrai que nous ne puissions avoir aucune satisfaction dans la possession d’un empire colonial, que nous devions nous trouver dans la situation de « détenteurs précaires » aussi longtemps que nous n’intimiderons pas l’Angleterre d’une manière permanente par l’occupation de la côte flamande? H est impossible d'imaginer superstition plus dénuée de fondement. A supposer que les << U- • boats » manquent à détruire effectivement dans cette guerre l’hégémonie maritime anglaise; à supposer même que l’Angleterre nous demeure d une manière permanente supérieure sur mer, même alors cette Afri([ue centrale allemande sera assez puissante en elle-même pour repousser tonte attaque venue de l’extérieur. Est-ce que notre Afrique orientale, telle qu’elle est, ne s’est pas maintenue par elle-même pendant près de trois ans sans rien antre que ses propres forces? H nous faudra équiper notre empire africain en armes, en fabriques et en dépôts de munitions, de telle sorte qu’il soit a[)te à « tenir son bout » contre un monde d’ennemis. Grâce à nos « U-boats » de cornu)erce, cet empire resterait en communication avec la mère-jiatrie même en supposant, une fois encore, les Anglais complètement maîtres de la mer. Un certain nombre d’U-boats de guerre, stationnés là, assureraient la défense des îles et de leurs ports même contre les cuirassés anglais. Les Anglais consentiront-ils jamais à nous concéder un tel empire colonial ? J’espère qu'ils y seront forcés. Si on les met en face de cette alternative : ou bien nous permettre d’avoir de telles colonies, ou bien nous voir établir un Dominion dirtîct ou indirect sur la Belgique, il leur deviendra plus facile de nous laisser avoir l’empire colonial.

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