‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 4)Chapitre 5 sur 75 · IV. — Hermann Oncken · texte numérisé non relu

IV. — Hermann Oncken

Un autre nom à peine moins connu que celui de Ilans Delbrück est celui du professeur d’histoire d’ileidelherg, Hermann Oncken, éditeur de la grande histoire allemande universelle. Oncken, comme Delhriick, est un « modéré », un adversaire des pangermanisles, l’un des hommes distingués qui formèrent le « Comité national alle-

klNaSIGNEMINTI COUWIIAUX. — N°> 1 et 2 .

mand’pour la préparation d’une paix honorable », comité créé dans l’été de 1916 pour combattre la propagande pangermaniste et soutenir Bethmann Holhveg. 11 y a quelques mois (en 1917) Hermann Oncken a publié un petit opuscule intitulé : Das allé und das Neue Mittel Europa (La vieille et la nouvelle Mittel Europa), au cours duquel il consacra quelques pages à la Mittel Afrika :

Pour déjouer complètement les calculs de l’Angleterre, il sera nécessaire que le programme de guerre allemand, au lieu de se confiner à la Mittel Europa, s’assigne, en lignes fermes et nettes, en outre et au delà, un autre but susceptible d’être âtteint. Ce but ne doit pas consister en annexions à rOuest (programme pangermaniste), annexions que nous pourrions avoir tendance à demander au vu de la situation militaire, mais bien à utiliser nos succès militaires qui nous ont donné des gages en dehors de nos frontières en Belgique et dans le Nord de la France, pour obtenir des cojiipensalions en Afrique. Si aujourd’hui l’Angleterre poursuit la guerre avec d’aussi intenses efforts, c’est pour nous dépouiller de ces gages; tant qu’elle ne les aura pas recouvrés, elle ne peut avec sécurité engranger ses gains coloniaux ni mener la guerre économique à une fin victorieuse. L’Angleterre combat pour un but de guerre situé hors d’Europe. Nous, de notre côté, nous combattons en Flandre et en Champagne, en premier lieu, contre la volonté implacable c|ui veut arracher, du corps de l’Empire, des terres allemandes, mais également, d'une manière indirecte, pour recouvrer notre territoire colonial et l’augmenter. Nous combattons pour l’empire de l’Afrique centrale.

Notre expérience de cette guerre nous a appris que nos possessions coloniales dispersées ne pouvaient tenir en temps de guerre, contre la puissance navale britannique. En ce sens, les paroles que Bismarck adressait à l’Angleterre, quand nous avons inauguré une politique coloniale, se sont trouvées vérifiées : «Nous savons que vous pouvez attaquer nos colonies avec succès et que nous ne pourrons user de re])résailles, parce que vous avez la maîtrise de la mer.» Ce (fu’il nous faut, c’est un empire colonial que nous ne devions pas au bon plaisir de l’Angleterre, un empire qui se suffise si bien à lui-même qu’il puisse compter sur ses propres forces pour assurer sa défense. Le fait qu’un corps de héros germains d’importance numéri([ue tout à fait faible a pu tenir l’Afrique orientale pendant trois années a prouvé qu’un territoire d’oulre-mcr suffisamment étendu, avec une population nombreuse, peut se défendre par ses propres ressources, même s’il est coupé de la mère-patrie. Après cette expérience, nous sommes fondés à dire qu’une Afrique allemande traversant toute l’étendue du continent africain posséderait effectivement, et même à un plus haut degré, colle aptitude à se défendre elle-même. En vérité, si les communications militaires et le recrutement indigène étaient convenablement organisés, si des escales et des stations charbonnières étaient établies en rapport avec notre nouvelle arme l’U Boat, un territoire continu d’etendue suffisante serait rendu pratiquement inattaquable. Si, avaiH la guerre, le caractère fragmentaire de nos possessions coloniales constituait une faiblesse de notre position mondiale, leur réunion signifierait un renforcement de notre position (|ui rayonnerait au-dehors et assurerait à notre puissance mondiale une intluence ressentie bien loin au delà de nos frontières (eine Starkiing vni innen heravs, die sich auch nach aussen hin machtpolitische Geltung verschaffen xcird). Ce n’est pas à dire pour cela que, à moins de posséder le contrôle de la côte flamande avec les avantages navals qui s’y attachent, nous ne puissions sentir nos possessions coloniales en sécurité, — ce n’est pas à dire non plus que, pour assurer la défense de nos colonies contre l’Angleterre, il nous faille tenir en nos mains, comme condition indispensable, le célèbre « pistolet pointé au cœur de l’Angleterre » (Anvers). H existe un autre procédé, et plus sôr.

Il nous est possible de consentir des sacrifices sur d’autres points pour acipiérir un dominion colonial étendu et compact. Si l’on entend restaurer de toute façon le statu

BULLETIN DD COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

ipto, nous insisterons pour recouvrer nos possessions dans l'océan Pacilique et en Asie orientale avec les autres. Si, au contraire, le statu quo est abandonné, alors nous nous réconcilierons avec l’idée de perdre nos autres possessions en vue d’assurer la jonction des territoires de nos possessions d’Afrique. Pour réaliser cette consolidation, il nous faudra acquérir la majeure partie de l’Etat «lu Cojigo belge et des colonies portugaises, c’csl-à-dirc, pour partie, des territoires que les Anglais avant la guerre étaient disposés à reconnaître comme appartenant, en principe, à notre sphère d’influence. On n’écarterait pas tout arrangement local, pourvu que l’Afrique orientale, si glorieusement défendue, ne fût pas sacrifiée. Nous aurions à rechercher le complément de notre domaine dans les régions de l'Ouest-Afrique, qui ont pour nous une si haute valeur économique, et que la France devrait nous céder pour racheter la partie de sou territoire que )ious occupons. On peut formellement affirmer qu’un empire colonial d'une telle étendue — étant toujours entendu qu’on le puisse rendre pratiquement inattaquable comme il convient à notre situation de puissance inattaquable — aurait une bien plus grande valeur pour l’ensemble du système économique de la Miltel Europa que tel morceau de terre à coloniser à 1 Est (c’est-à-dire en Russie) ou que telle rectification de notre frontière à l’Ouest, si désirable qu elle puisse être au point de vue de nos industries. Un empire colonial, pour <[ui voit les choses de haut, peut devenir une question de vie ou de mort pour notre politi([ue économique. Môme une Mittcl Europa renforcée, comme nous y avons déjà insisté, serait loin de se suffire à elle; même; en ce qui concerne, tout au moins, un grand nombre d'importantes matières premières, graisses végétales et substances vivrières, colon et caoutchouc, elle aurait des besoins tpie le sol européen (si loin qu’on porte en toutes directions le sol de l’Europe) ne ])ourrait fournir, mais que donnent uniquement les colonies tropicales ou suh-tropicales. C’est seulement par la j)OSsession assurée de seml>lahles colonies que nous pourrions tout au moins parvenir dans une certaine mesure à nous suffire à nousmêmes. Sans cette possession assurée, nous serions, étant donné les projets de boycoitage de nos ennemis, en danger de tomber dans un état de dépendance économique, quelle (|ue grande que pût être notre puissance militaire, et, par suite en danger également de tomber défitivement au rang de puissance de second rang.

A cette condition seulement, nous pouvons nous préparer à renoncer à toutes conquêtes à l’Ouest, et spécialement à restiluer sans en rien retenir le gage qui est en nos mains — la Belgique (pp. 1 ü-147).

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