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III. — Opérations du 28 août au 17 septembre

Le 12® bataillon de tirailleurs malgaches est devenu 12“ bataillon de chasseurs malgaches, type B. C. P. N.

Après uii repos d’un mois à Cormeilles et à Ansauvillers près de Saint Just-en- Chaussée, employé à l'instruction et à la reconstitution des unités au moyen d éléments venant en droite ligue des bitaillons d’étapes, le 27 août, le bataillon est enlevé en auto-camion pour la région de Suissoiis, où une nouvelle attaque générale est déclenchée par la 10" année.

Le 2 septembre, la D. M. attaque. Le bataillon doit s’emparer de Terny-Sorny que l'effort des Américains n'a pu faire tomber, ayant à gauche la Légion étrangère et en liaison, à droite, avec le régiment dune divi-ion voisine; 10 tanks Renault doivent appuyer le bataillon.

A 14 heures précises, heure II, la colonne de giuche. l"® compagnie, sous-lientenant Goullard, et la 2® compagnie, capitaine Chabredier, se met en mouvement. Ces unités doivent encercler Terny-Sorny par le Nord. Elles attaquent vigoureusement la partie ouest du village, dépassent rapidement la route de Béthune et réduisent au fur et à mesure de leur progression les nids de résistance qu elles rencontrent. De violents feux de mitrailleuses ennemies, venant des maisons du village et des tranchées avoisinantes ainsi que du bois de Beaumont qui prend le bataillon de liane, ne peuvent arrêter l’élan des Malgaches; à 1,') h. 30, les unités de cette colonne, entraînées par le sous-lieutenantMartin, seul officier restant des deux compagnies, ont atteint leur objectif, ayant débusqué tous les Allemands des maisons, des chemins creux et des crêtes sans un instant de répit. Elles s’organisent contre un retour offensif de l ennemi.

Pendani ce temps, la compagnie du capitaine Loustau et la compagnie du lieutenant Philip, de la colonne de droite, chargées d’encercler Torny- Sorny par le Sud, avancent, mais au prix des plus lourdes pertes causées par les mitrailleuses allemandes du bois de Beaumont qui tirent sans arrêt.

Le capitaine Loustau tombe, remplacé aussitôt à la tête de son unité par le lieutenant Dalche de la Rive de De?planels ; le lieutenant Rasquin, de la C. M., et le sous-lieutenant Valentenois de la 4® compagnie, sont aussi mortellement frappés dès 1»^ début de l’action La compagnie du lieutenant Philip, grièvement blessé à son tour, n’a plus

qu‘un sous-officier européen, le caporal-fourrier Lataste.

Les troupes de la division de droite n’étant pas intervenues dans les conditions prévues, le bois se trouve toujours occupé par l'enneini qui gône ainsi considérablement la progression; au surplus les 5 tanks qui devaient précéder les compagnies d’assaut de la colonne de droite arrivent sur le champ de bataille trois quarts d heure après le départ.

Mais, grâce à l’entrain et à la vigueur de leur attaque et au désir ardent de vaincre l’ennemi, les Malgaches, que les pires dil'licultés ne rebutent pas, parviennent, néanmoins, h s'emparer îles objectifs assignés, fai>ant plus de 300 prisonniers et capturant un canon et un impur ant matériel.

La progression se poursuit les jours suivants sous de violents bombardements toxiques. Terny, Neuville-sur-Margival sont atteints.

Dans la nuit du 11 se(»tembre, les Malgaches relèvent un bataillon de la Légion étrangère aux abords du plateau de Lafîaux ; le 12, les patrouilles des unités en première'; lignes réduites de prés de deux tiers, qui s’étaient engagées jusqu’auchemin creux au Sud de Laffaux. se heurtent à une très puissante organisation défensive, clef de la position. Ce sera le lot du bataillon pour la journée, du nouvel et puissant effort qui lui sera demandé.

Le 14 septembre, nouvelle grande attaque. A 5 h. 50, le bataillon s'ébranle avec la légion russe, derrière le barrage roulant, et se porte à l'assaut des positions du plateau de Lalfaux, des plus puissamment organisées et i|ui sont détendues parles rneil eures troupes allemandes.

Les Malgaches renouvellent leur manœuvre favorite eu encerclant cet ouvrage défensif de premier ordre qui finit par tomber après une résistance acharnée des défenseurs qui mettent bas les armes plus d’une heure après le déclenchement de l attaque.

Le bataillon ne s’attarde pas et reprend aussitôt sa marche en avant avec un enirain merveilleux, nettoyant au passage tranchées et abris. Allemant est vite atteint et même dépassé. Une section suivie de 2 mitrailleuses franchit le ravin Est d’Allemant, en avant de toutes les troupes, puis, se voyant tout à coup isolée, revient tranquillement se mettre à l’alignement des unités de la division marocaine.

Le 17 septembre, au matin, le bataillon est relevé.

Au cours de cette dernière action, plus de 200 prisonniers provenant des troupes d’élite de 1 armée allemande ainsi qu’un énorme matériel restent aux mains des Malgaches.

Cette victoire superbe, après un effort continu de trois semaines, était acquise au prix de très lourdes pertes: 8 officiers, dont 3 tués: capitaine Loustau, sous-lieutenants Rasquin et "Valentenois, et 5 blessés des plus grièvement : capitaine Chabredier, lieutenant Philip, sous lieutenants Lafranchi, Goullard et Laurent; 74 Français, 397 Malgaches tués, blessés ou disparus.

Le bataillon obtient une nouvelle citation à

l’ordre de l’armée, la troisième en moins de quatre mois :

Ordre de l'armée, n“ 3t7 d>i 10 novembre 1018.

Le général Mangia, commandant la 10® armée, cite à l’ordre de I armée :

Le 12® bataillon de chasseurs malgaches.

Bataillon magnitiqiie qui. sous l’énergique commandement du chef dt- bataillon Hippeau s’est signale au cours des oporalioiis du 28 août au I5 septembre 1918, par son mordant, sa vigueur, sa ténacité et le bel e^prit de sacrifice (|iii l’anime.

Le 2 seple libre, malgré des feux nourris de mitrailleuses qni le preimeiit «le flanc et de front, il emporie de hante lutte les organisations du village de T* rny Sorny, y fait pré- de 20" prisonniers et s’y mainiiem malgré de violentes conlre-atli*qiies.

Le 14 septembre, poursuivant un effort qni ne s’était pas démenti depuis douze jours, il s’élance à l’altacpie des positions ennemies soli lemeiit tenues ; dans un élan irrésistible. il submerge to.nt un S' sième de tranchées fortement organisées et defi-ndnes par les meilleures troupes ennemies, fait plus de 200 prisonniers etcapture un énorme matériel.

Après ces affaires, le bataillon vient cantonner quelqu' s jours dans la région de Meaux, puis va se reformera Barbonville, près de Blainville.

Le lO octobre, la compagnie de mitrailleuses est portée à 6 sections.

Le repos e^t de courte durée, car, le 11, le bataillon [trend la route de première ligne, et du 13 ait 28 octobre 1918, le bataillon occupe le secteur de Chain penoux; le séjour en est attristé par la perte d’un vaillant officier, le sons-lieutenant Mêlera, dont la mort vient clore la liste déjà longue des braves tombés au champ d honneur devant 1 ennemi.

Le 31 octobre, le bataillon se grossit de deux nouvelles unités et est ainsi porté à 5 compagnies d’infanterie et 2 compagnies de mitrailleuses; son effectif est alors de 3.000 hommes avec le G. I. D

Le 11 novembre, l’armistice trouve les Malgaches à Laneuvelotte, près de Nancy, se préparant à monter en ligne pour prendre [lart à la grande offensive de Lorraine sous les ordres du général Mangin, offensive qu’oii sent cetie fois définitive; c’est la fin des héroïques combats.

La marche victorieuse.

Les lignes ennemies sont franchies le 17 novembre.

La Lorraine est traversée par les Malgaches précédés par une clique imposante et une fanfare formée en quarante-huit heures.

Salonnes, Bourgalstrolf, Gublange, Achen, Blie.>brücken! les Malgaches sont accueillis avec enthousia'-me surtout le parcours. A Bliesbrücken, village de l'extrême limite de la Lorraine françai.se. l’enthousiasme est à son comble, une grande fête est organisée par la municipalité qui reçoit solennellement le chef de bataillon Hippeau et ses officiers. Une jeune fille exprime au milieu de l'émotion générale la pensée de toutes ses compagnes en ces ternies :

BULLETIN DU œMlTÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

J’ai le grand honneur et le suprême bonheur de vous exprimer le saint respect de toutes mes campagnes.

Le sang sublime, versé par vous, resserre les liens qui toujours nous attachaient à la France.

ftierci encore à vous, glorieux survivants, ainsi qu’aux héros morts pour la sainte cause.

Amis si chers à nos cœurs, soyez les bienvenus!

Le décembre, l’ancienne frontière est franchie à son tour et le bataillon s’avance, traversant Einos, Horabourg, Gerbardbrun, Hachdpeyer, Bas-Durkheim, Bobenheim.

Les Malgaches sont l’objet d’une grande curiosité et de l’étonnetnent général de la part de la population accourue en foule de toutes parts pour les voir, superbes dans leur tenue de combattants, impeccables dans leur allure. A plusieurs reprises ils reçoivent les chaleureuses félicitations du général Daugan, commandant la division marocaine, et du colonel Bouchez, commandant la l" brigade, devant lesquels ils défilent.

Le Rhin est atteint le 8, et le bataillon prend ses c intonnements à Bobenheim et à Roxheim, à 4 kilomètres au Sud de Worms, dernière étape de cette marche victorieuse qui vient de mourir au bord du grand fleuve.

Le 1®'' janvier 1919, le 12® bataillon de chasseurs malgaches avait vécu, et prenait à cette date le nom de 1®’’ régiment de chasseurs malgaches, à 3 balaillons.

Le 11 mars 19197 devant tout le régiment, face au Rhin son drapeau lui estremis solennellement, à Ludvvigshafen, par le général Gérard, commandant la 8® armée. Tous les corps de la division marocaine sont représentés à cette cérémonie.

Poésie de deux Chasseurs Malgaches.

honneur au 12* bataillon de Chasseurs Malgaches,

Oh 1 sol natal, sol sacré qu« j’adore,

Là où se sont écoulées mes jeunes années ;

Ma pensée, emportée par les ailes de l'aurore,

Te salue pour fêter tes douces matinées !

Si, parfois, loin de toi mon cœur implore.

Sous le poids de cette lourde tâche Dont certainement il ne faut encore,

Sous aucun pretexte, que je lâche.

Ne sois sourd à mes appels lointains,

Et accorde-moi tes soulagements divins.

Pendant les heures angoissantes des combats.

Où la mort, hideuse, guette sa proie,

A travers ces grands tourbillons et fracas,

Frémissante, ton Image, je la vois,

Tu m’encourages et, rien qu’à ta voix.

Bravement, j’avance vers le trépas,

Tes enfants, simples, vaillants et beaux,

Malgré les rudes épreuves inaccoutumées,

Ont su, et pour toi, se conduire en héros.

En cueillant les plus nobles renommées.

Leurs g oires sont les tiennes : Châtelet!

Sombre bois où s’éternise la jeune vaillance.

Encore obscure et sans reflet.

Barrant la route par sa résistance.

Aux hordes barbares, immondes, menaçantes.

Qui, croyant en leurs formidables obusiers.

Veulent bouleverser l'humanité chancelante,

Quand, soudain, un cri s’élève : Dommiersl Maintenant en avant, c’est la revanche !

Et les armées du Kaiser, à leur tour, culbutées Terrifiées par une soudaine avalanche S’enfuient à travers les plaines martelées !

Par leur volonté inflexible et ferme Rien ne résiste à leur superbe élan Et on les voit poursuivant à terme Leurs e.xploits de Terny-Sorny à Allemant.

Sous leur poussée aigue, l’ennemi en déroute,

Elïa'-é, se rend, préférant sans doute.

Echappera la mort que l’accepter Pour son honneur et pour sa dignité 1 Fiers, tes enfants, pour la noble cause.

Ont donné leur sang. Ils sont dignes de toi,

Car, bravant les balles et les mitrailles.

Les obus, la soif, la faim et le froid,

Au milieu des cohues infernales des batailles Debout encore, électrisés par la sublime pensée,

Que par leurs efforts, ton nom soit éternisé.

Ils s’avancent, brisant la résistance acharnée D’un ennemi plein de rage et de haine Q'ii, contre le monde entier, a déchaîné La plus horrible des massacres iiumaines.

Rien ne les arrête. Passant monts et vallons,

Sans vivres, sans repos, sans sommeil.

Sans abri, n’aynnt d'autres amis que leurs canons,

Et au cœur l'espoir toujours en éveil.

Ils marchent vers le chemin de la Victoire,

Pareils aux vieux « Grognards de l’Histoire ».

Oui, si moindre qu’ils étaient tes enfants dans la guerre. Gloire à ton nom, à ton nom éternel!

Barrant la route aux Allemands, sans peur, naguère Bravant tout danger : Gloire au nom immortel !

Et vous les morts qui dorment loin de file d’outre-mer. Chapeau oas, je vous salue 1

La France reconnaissante pour vos parents à ce chagrin amer Pense à tous points de vuel

Aux bords du Rhin le 8 avril 1919.

E. Rakotovao A. Andriamorazait (C. M. I.) (C. H, R.)

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