‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 4)Chapitre 46 sur 75 · V. - L’ARTILLERIE DELA DIVISION MAROCAINE · texte numérisé non relu

V. - L’ARTILLERIE DELA DIVISION MAROCAINE

Le 23 août 1914, la Division Marocaine rassemblée au voisinage de la frontière belge, à quelques kilomètres au Nord de Mézières, disposait comme artillerie divisionnaire de cinq batteries de 75, toutes venues du Maroc dès le début de la mobilisation et commandées par le lieutenantcolonel Ducros : le groupe métropolitain à trois batteries, sous les ordres du chef d’escadron Turpin; un groupe de deux batteries du 3® régiment d’artillerie coloniale sous les ordres du chef d’escadrons Martin. Bien peu d’unités pour appuyer l’intanterie d’une division appelée à frapper dur et souvent, mais unités prêtes et expérimentées, commandées par des chefs exercés aux tirs de guerre, servies par des hommes entraînés par les dures colonnes çt les combats du Maroc, conduites par des chevaux éprouvés aux longues marches et aux manœuvres les plus difficiles! Aussi, pendant les combats qui précèdent les journées de la Marne, l’infanterie pouvait compter sur un appui non seulement efficace, mais soutenu, parfois jusqu’à l’instant critique du repli des arrière-gardes, comme devant Alincourt et Goizard où les batteries quittaient leurs

positions sous le feu des mitrailleuses allemandes. Au moins par ses pertes, l’artillerie témoignait qu’elle méritait sa part de gloire. Le groupe métropolitain accusait : 91 tués ou blessés, dont 21 sous-officiers et 6 officiers, sur un efl’ectif de tir, à cette époque, de lOo hommes et 11 officiers. Plus élevées encore étaient les pertes du groupe colonial qui, à Coizard, persistait héroïquement à tirer sur descolonnes ennemies jusqu’à épuisement de ses coffres, tandis que les batteries disparaissaient dans la fumée d’un bombardement inouï tuant ou blessant, dès le début, plus de la moitié de son effectif en ligne.

Après la Marne, où les canonniers avaient subi sans faiblir l’épreuve des « trommelwerfer » de l’artillerie lourde ennemie, ce fut la stagnation, pendant de longs mois, aux positions de Sillery et Prunay, où la lutte d’artillerie, cependant journalière, devenait un jeu, grâce aux casemates protectrices. Cependant naissait le « crapouillot », principal matériel de la guerre de tranchées; et, pendant l’hiver 1914-1915, c’est aux abords de la Pompelle et de la Voie romaine que les bombardiers de la D. M. faisaient leurs premières écoles à feu, avant de former l’héroïque équipe qui se distinguera dans toutes les attaques futures de la Division. L’artillerie était complétée par une batterie de 75 venue du Maroc, et un groupe de 90 qui sera transformé en 75 dans le courant du mois d’août 1915.

La stabilisation ne convient pas aux « Marocains », l’annonce d’une offensive prochaine en Artois fut accueillie joyeusement, et le jour de l’attaque attendu fiévreusement. Le 9 mai, à 10 heuies, tandis que l’infanterie s’élance à l’assaut, précédée du rideau de feu de l'artillerie, les avant trains se rapprochent des pièces qui continuent à tirer; à 10 b. 30, arrive l’ordre de changement de position : Cessez le feu! Accrochez les pièces! Canonniers, montez ! Reconnaissances...

Les commandements se succèdent dans le fracas assourdissant des batteries voisines au milieu des cris de joie des servants qui redoublent d’ardeur pour être plus tôt prêts,..

Dès midi, les Boches du bois de la Folie, découverts des observatoires des Ouvrages Blancs, recevront les premiers obus de l artillerie de 75 de l’A. D. M. en batterie aux anciennes premières lignes. On n’a pu les chasser de leurs repaires; l’exaltation est grande, et malgré l’arrêt des jours suivants, et les vigoureuses ripostes des 150 et des 210, malgré les sinistres et mystérieux éclatements de nos pièces, rien ne parvient à affaiblir le moral et la volonté, cependant mis à une rude épreuve, des canonniers.

Le 16 juin, tandis que l’artillerie de campagne échelonnée de Carency au bois de Berthonval pilonne le boyau international et les tranchées ennemies, les bombardiers écrasent la première ligne, que l'infanterie traversera à 2 heures sans difficulté. C’est encore l’artillerie de tranchée de division qui, deux jours après, assurera seule la préparation du mémorable coup de force de deux compagies du régiment Modelon (8* zouaves).

L'infanterie de la D. M. revenait des attaques de mai, couverte de gloire.

L’artillerie, après 45 jours de tir ininterrompus, même la nuit, et la perte de la moitié de son effectif en ligne, prenait un long repos, enfin cantonnée dans les villages qui nordent la riante vallée de la Savoureuse, de part et d’autre de Montbéliard.

Dans le courant de septembre, les groupes prennent position sur les pentes à l’Est de Souain, toute l’A. D. M. à moins de 1.000 mètres des lignes ennemies.

Le 25 septembre, trois heures après l’assaut, quatre batteries traversent les lignes, précédées des servants qui, pelles et pioches en mains, comblent les tranchées et les boyaux pour permettre le passage de leur pièce. — Les « crapouillots » sont déjà partis préparer leurs futurs emplacements; réduits dès le 4 octobre à la moitié de l’effectif, ces braves sont néanmoins prêts à tirer partout où attaque la division, à la butte de Souain, à la tranchée des Tantes, suivant l’exemple de leur chef héroïque et vénéré, le sous-lieutenant Meaux, qui devait trouver une mort glorieuse en première ligne.

Le 7 mai 1916, l’A. D. M. obtenait sa première citation à l’ordre de l’armée.

Les derniers jours de juin, après le doux secteur de Ressons-sur-Matz, l’artillerie est devant Dompierre, préparant l’attaque qui doit dégager Verdun.

Ce sont encore les 75 de la division qui, le 1®' juillet, se portent les premiers en avant; d’abord aux anciennes lignes, le 3 juillet, à hauteur d’Assevillers, le 6, dans le mémorable ravin de « Flaucourt ».

Vingt jours durant, les batteries subissent le feu ennemi dont la violence s’accroît sans cesse. Les attaques d’infanterie se multiplient, tandis que les artilleurs, dont les zones de tir changent fréquemment, parcourent sans cesse les lignes, à la recherche d’observatoires... A l’un d’eux, devait tomber, mortellement atteint par un obus, le lieutenant-colonel Martin, commandant l’artillerie de la division, chef vénéré de tous, autant pour sa bonté, que pour sa valeur et son courage.

Après un repos dans le secteur de Ricquebourg et quelques manœuvres pénibles au camp de Crèvecœur, l’artillerie revenait de nouveau dans les régions désolées de Belloy-en-Santerre et Assevillers, où tant de tombes u’artilleurs de LA. D. M. jalonnaient les emplacements des batteries... L’intensité du tir était moins violente, mais, par contre, le terrain était un lac de boue où s’embourbaient voitures, chevaux et piétons.

Deux mois durant, les artilleurs pataugeront péniblement pour aménager de nouvelles positions et préparer une attaque, qui d’ailleurs n’aura pas lieu. Une belle figure devait encore tomber, le capitaine Trimaille, commandant de batterie, particulièrement aimé des glorieux légionnaires, parmi lesquels le « Père Trimaille » était devenu légendaire par sa bonne humeur, sa bravoure et sa haine du Boche.

BULLETIN DD COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

1917... devait procurer aux artilleurs la joie de l’avance sur Ham, jusqu’au canal de Saint- Quentin. Transportés ensuite en Champagne, ils participent à l’attaque des Monts, attaques où les détachements de liaison d’artillerie, entraînés par l’ardeur de l'infanterie, prennent fusils et baïonnettes et sp portent à l’assaut avec la première vague... Deux mois de durs combats valaient à i’A. D. M. une citation à l’ordre du corps d’armée et le repos jusqu’aux attaques de Verdun en aoiït où une nouvelle citation à l’ordre de l’armée témoignait de son endurance, de sa valeur et de sa bravoure.

Le 27 septembre, le maréchal Pétain accrochait la fourragère aux couleurs de la Croix de guerre au fanion du régiment de campagne.

Dès le mois de mai, l’héroïque groupe colonial avait quitté la division où l’on conserve précieusement le souvenir de ses exploits. Il était immédiatement remplacé par le .^)® groupe d’artillerie de campagne d’Afrique, au passé glorieux, qui donnait provisoirement son nom au régiment d’artillerie de campagne de TA. D. M.

C’est à la fin de 1917, dans le secteur de Koyaumeix, et pendant les premiers mois de 1918 dans la zone de Vaucouleurs que l’artillerie mettra définitivement au point le délicat problème de la liaison avec l’infanterie, et qu’elle obtiendra, grâce à son expérience et à son travail, la souplesse de manœuvre, qui lui permettra de donner bientôt, devant le Boche devenu menaçant, les plus sérieux efforts et le maximum de rendement. C’est dans la Somme d’abord, en avril 1918, qu’est appelée l’artillerie de la division, accrue du 8' groupe du 112® R. A. L. devenu son groupe lourd organique. — Elle vient sur les pentes au sud du confluent de l’Avre et de la Noyé renforcer la résistance et appuyer les contre-attaques. A son arrivée, le rôle d’appui direct de l’infanterie lui incombe et sa conduite lui vaut, dès le 20 avril une citation à l’ordre de la 18® division. — Mais le ‘22, le Boche attaque au Nord et l’infanterie de la division encore en réserve, est appelée devant Villers Bretonneux. — L’artillerie quitte à deux heures ses positions de Cottenchy, Fouencamps. et le soir même est en batterie à l’Est du bois de Gentelles en mesure d'appuyer la contre-attaque ordonnée.

Fin mai, tandis qu’elle prend quelques jours de repos dans la région de Nanteuil-le-IIaudouin, se produit l’attaque du Chemin des Dames. Deux heures après l’ordre d’alerte, l’artillerie fait route en vitesse vers Crépy-cn-Valois, et le lendemain met en batterie sur la montagne de Paris, à 4 kilomètres de Soissons.

On sait le vide que la division marocaine avait à combler... pied à pied, l’infanterie défend le terrain.., 1 artillerie mêlant ses mitrailleuses à celles des fantassins, appuie la résistance du feu de ses canons, jusqu’à tirer à vue sur l'ennemi à moins de fiOO métrés, se retire vivement sur des positions de repli, rapidement reconnues... Le 3 juin, lorsque Là division passe en deuxième ligne, l’artillerie a son matériel au complet et

cependant pendant six jours elle n’a quitté ses positions qu’avec les derniers éléments d’infanterie, le plus souvent après avoir vidé ses coffres sur l’ennemi.

Page glorieuse, qui devait continuer par l’héroïque barrage devant Amblemy, où, huit heures durant, les batteries n’ont cessé de tirer au prix de pertes particulièrement fortes, sous un bombardement inouï... l’attaque boche était brisée sur le front de la division; les batteries avaient leur part de succès, le Boche annonçait de sérieuses pertes. Aussitôt la relève, on demandait aux artilleurs de nouveaux efforts.

C’est alors la série des coups de main, de Cutry, Moulin-sous-TouveTit, ferme Chavigny où sans une nuit de repos, les groupes de l’A. D. M. parcourent tous les secteurs de l’armée du général Mangin... c’est devant Saint-Pierre-Aigle qu’elle prend enfin position pour l’attaque de la Victoire... Le 18 juillet, dès 9 heures, les groupes atteignent la route de Soissons, qu’ils avaient dû lâcher un mois et demi auparavant, le cœur bien gros... Comment raconter les manœuvres impressionnantes des batteries venant prendre au trot, en pleine vue, et dans d’impeccables formations, les positions de Chaudun et de Charentigny, tandis que jour et nuit, circulent sous les rafales d’artillerie allemande, les caissmis de ravitaillement?.. Comment exprimer la joie débordante de tous, pressentant l’arrêt définitif de l’avance allemande, le véritable début de la victoire finale?

Lne troisième citation à l’Ordre de l’Armée consacrait la conduite du régiment.

Ramené peu après et pour la cinquième fois dans la Somme, au Sud de Montdidier, il apporte son aide à l’attaque de la 1.33® division et reparaît à nouveau avec la D. M. dans le Soissonnais, vers la fin du mois d’aoùt. Les batteries, rompues aux préparations précises et aux changements rapides de position, paraissent exécuter une série de manœuvres avec leur infanterie et la dernière attaque de la division verra les groupes faire en quelques jours trois bonds de 2 à 5 kilomètres, pour venir enfin jusqu’aux lisières Nord de Lafîaux mettre en batterie à moins de 1.2(J0 mètres de l’ennemi.

La 4® citation à l’Ordre de l’Armée leur valait la fourragère aux couleurs de la médaille militaire.

En même temps, le Vlll®/112, dont, en ces jours épiques, la vaillance et la science ne l’avaient cédé en rien à celles du régiment de campagne, recevait en récompense des services rendus et comme consécration de ses exploits, une magnifique citation à l’Ordre de l’Armée.

ReleAœ peu après, tandis que le Boche abandonnait définitivement toute résistance sérieuse, le régiment rejoignait la division en Lorraine, à l’Est de Nancy, d’où les artilleurs partaient, après l’armistice, pour goûter en passant, au milieu des Français enfin délivrés, le fruit de leurs efforts et de leur bravoure.

Le groupe métropolitain qui, depuis août 1914, avait accompagné la division pendant toute la

campagne accusait les pertes suivantes : 8 officiers tués, 16 officiers blessés, 4 gravement intoxiqués; 380 hommes tués ou blessés, dont 60 sous-officiers, ifi intoxiqués.

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