‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 4)Chapitre 6 sur 75 · V. — Paul Rohrbacli · texte numérisé non relu

V. — Paul Rohrbacli

Le D’’ Paul Uohrbach, — encore un homme qui occupe une des premières places parmi les publicistes influents d'Allemagne — est, comme , Delbrück et Oncken, un partisan résolu de la Miltel Afrika. Comme eux, également, il est un ferme adversaire du plan pangermaniste tendant à l’annexion des Flandres. Déjà, avant la guerre, il était connu comme auteur ilc livres sur 1 expansion de rAllemagnc au delà des moj’s. Dans l’un d’eux, Der deulscke Gedanke in der Well^ il indiquait que, bien que les colonies allemandes actuelles soient de mince étendue, composées avec les dépendances d’outre-incr de la Grande-Bretagne et de la France, « l’ère réelle de la politique coloniale à grande échelle en Afrique n’était pas encore venue pour l’Allemagne » [dass dieeigentliche Epoche grosser afrikanischer Kolonialpolilik uns noch bevorstefil). Le D‘‘ Rohrbach soutient aujourd’hui principalement l’idée Berlin- Bagdad et une politique d’hostilité systématique envers la Russie. Mais il tient à faire remarquer que, bien qu’il défencié, comme l’affaire de la plus

immédiate urgence, la mainmise par l’Allemagne sur le contrôle de l’Asie Mineure [Near East), il n’y voit pas la satisfaction finale des prétentions allemandes, mais la base nécessaire d'une plus magnifique et ultérieure expansion ;

11 y a déjà presque 200 millions d'hommes qui parlent anglais et plus de 400 millions sous l’influence de la suprématie et de la culture anglo-saxonne. Si nous mêmes n’établissons pas une forte expansion de population au delà des mers, le monde finira par devenir anglo-saxon. Il nous faut des territoires où planter les rejets de notre race au delà des mers et où nous procurer pour le sol allemand les matières premières des autres climats. Eu ce sens, notre .politique dans l’Asie Mineure n’est qu'une mesure préliminaire (Vorstiife) dans la politique mondiale de l’Allemagne, et il n’est pas de plus grosse erreur que de voir dans le plan suivi à l’égard do la Turquie un dessein rival de notre plan colonial, ou inversement ! — {üie Hilfe,

25 mai 1910, p. 343.)

Quelques mois plustarJ, il écrivait :

L’Afrique est un des trois mondes qui sous nos yeux sont en voie de reconstruction (Vmbau), de l’intérieur et de l’extérieur. En Afrique, la chose nécessaire est d’amener entre les quantités énormes de terre utilisables et les quantités énormes de main-d’œuvre humaine, jusqu’à maintenant infécondes, l’établissement de relations réciproques, fécondes et productives, et cela pour l'avantage du Noir et pour celui de la race supérieure blanche. Le peuple allemand doit et devra s’assurer sa part proportionnelledaus celle œuvre. Finalement — et ceci est presque plus important que tout autre point — l'Afrique, dans ses hauts plateaux salubres, otÏJ’e assez de territoires de peuplement où puisse pousser un peuple prolifi([ue, de souche allemande, enraciué sur le sol africain. Tels sont les buts que nous nous donnons ; et si la guerre nous procure pour ces desseins une base territoriale plus large en Afrique que celle que nous avions auparavant, nous en devrons de la reconnaissance à nos ennemis! (Die //i//'e, 2 novembre 1916, p. 718.)

La longue et inattendue résistance offerte par les colonies allemandes en Afrique confirma, nous l’avons vu, les espérances des enthousiasles de la Miltel Afrika. Dans le même article, déjà cité, Rohrbach écrivait :

Nos soldats noirs se sont bien comportés en Est-Afri(jue.

Au Cameroun, également, nos troupes noires se sont bien battues, mais la bravoure et le dévouement à la cause allemande montrés par les asknris de l’Est-Afrique est quelque chose d étonnant. C’est une nouvelle preuve, s’il en était besoin, que notre traitement des indigènes, sévère en même temps que juste, est le vr.ii procédé pour des Africains et supérieur au système de gâteries anglais (dem englischen Vcrhatschelungssijslem iiberlegcn.)

Dans son propre journal, Deutsche Politik, Rohrbach rabrouait ceux qui laissaient faiblir leur confiance dans le futur empire allemand d'Afrique. La guerre, avançait-il, allait évidemment contraindre les ennemis de l’Allemagne à reconnaître la nouvelle Grandc*Puissance Mittel Europa-plus-Turquie., et, ceci acquis, elle devait certainement atteindre ce résultat secondaire : contraindre la Grande Bretagne et la France à restituer à rAllcmagne ses colonies africaines :

Que Botba soit sérieusement en position, dès que la guerre sera décidée dans son ensemble, de refuser obéissance au gouvernement britannique quaud il lui ordonnera de restituer le Sud-üuest-Afrique, c’est une idée qui ne peut pas être sérieusement considérée. {Deutsche Polilik,

18 février, 1916.)

Si l’Allemagne peut contraindre ses ennemis à reconnaître la Mittel Europa- plus -Turquie,

« alors elle p’ourra également les contraindre non seulement à nous restituer nos colonies en Afrique, mais encore à nous céder tout ce dont nous aurons besoin ».

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