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SIXIÈME SÉRIE

Alluvions jaunes. Postpliocènes.

üno sixième série géologique, postérieure aux précédentes, s’est déposée sur elles depuis l’émersion définitive du continent. Elle n’est recouverte çà et là, que par des dépôts détritiques plus modernes encore, dont elle se distingue par son aspect de sable argileux fin, homogène mais non compact, avec une coloration franchement jaune . Fréiiuemment des lits de cailloux roulés achèvent de donner à cette série une physionomie particulière.

La coloration jaune, due à des oxydes ferriques,

BULLETIN DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

s’altère aux intempéries, mais elle est remarquable dans les tranchées nouvellement ouvertes. Il nous semble que la teinte jaune ocre domine sur le plateau du Moyen-Congo, avec prédominance du sable sur. l’argile à Brazzaville et sur les plateaux Aboma, Koukouya, Batéké, tandis que la proportion d’argile devient prépondérante vers rOuest, avec une teinte kakie, dans les régions du moyen Niari et du bas Congo. La présence de latérite dans cette série y introduit parfois une coloration violette qui peut porter à la confondre avec la quatrième série, rouge violacé.

La latérite apparaît en effet partout à la base de la sixième série, soit que celle-ci ait revêtu la surface déjà latéritisée des couches antérieures (1 ), soit que les eaux fluviales ou pluviales aient concentré les oxydes de fer à la hase des couches sablo-argileuses, meubles et perméables. Ainsi se sont formées des pseudo-latérites variées :

Lits d’argile jaune rougeâtre, ferrugineuse, compacte.

Grès quartzeux noircis du lit du Congo (originellement très blancs).

Conglomérats bariolés de cailloux roulés que cimente la limonite ou l’hématite.

Croûtes semblables à la fonte, ou blocs de fer concrétionné, véritable minerai que les natifs du Gabon, du Congo et de l’Oubangui savaient forger pour fabriquer des armes et des outils, avant notre venue.

Des lits de cailloux roulés caractérisent cet horizon géologique. Ce sont des minéraux siliceux très durs, que leur densité rassemble à la base des sables argileux : des galets ou du gravier de quartz translucide, ou des silex, arrondis par le transport en forme de dragées ou d’amandes, et des rognons de quartzites ou de grès siliceux d’origine moins lointaine. S’ils ont raviné la surface des couches sous-jacentes ils contiennent des éclats ou des hlocs de ces couches ; grès quartzeux blancs ou violacés, ou calcaires.

Enfin l’argile, abondante en ces sables postpliocènes, apparaît parfois en lits distincts dans la masse ou, par l’effet des pluies, à la surlace du sol : elle est fine et couleur gris cendré.

Exceptionnellement on rencontre aussi dans des mares ou marigots de ce niveau, sur les grès blancs, une terre blanche vraisemblablement formée de silicates magnésiens : elle peut servir à blanchir les cases; les Batékés s’en peignent le visage, médicament ou fétiche?

Dans son ensemble le diluvium jaune, surmontant toujours les cinq séries antérieures ou ce qui en reste, n’a pas le même caractère de continuité qu’elles. 11 s’est déposé par traînées à des niveaux très différents depuis le haut plateau Koukouya

(1) Le nom de « latérite» définit l’aspect spécial que |)rennent les roches silico-alumineuses (granit, gneiss, basaltes,...) et même les grès, sous l’action particulièrement intense des pluies et de l’évaporation entre les Tropiques. La surface des roches, plus ou moins altérées, est revêtue d'une croûte uniformément rougeâtre qui a reçu le nom de Latérite.

(750 mètres) ou les sources de la Louala belge (plus de 700 mètres), jusqu’au rivage atlantique.

Son épaisseur est presque uniformément de 20 à 30 mètres sur les plateaux comme à Brazzaville même ; elle paraît surtout considérable dans le sillon du bas Congo, au sommet des versants ; le diluvium accompagne le fleuve jusqu’à l’océan même, et forme à Banane une falaise datée de l’époque postpliocène par ses fossiles. Dupont, qui a suivi cette série de l’Atlantique jusqu’au Pool, l’a attribuée exclusivement au déversement d’un ancien lac congolais vers la mer. Mais nous venons de marquer sa présence sur le plateau Koukouya, au bord même du gradin qui domine le Gabon. Et nous croyons avoir trouvé les mêmes sables argileux hors "du bassin congolais dans la vallée du Niari ; la poche de « grès jaune » de Mindouli pourrait bien être des mêmes sables. Enfin Barrat a signalé dans l’Ogooué moyen des formations argilo-sableuses jaunâtres, contenant des lits de cailloux roulés, avec ou sans latérite.

Il est donc normal d’attribuer à ces formations une seule et même origine : le ruissellement des eaux de la plate-forme africaine vers l’Océan. Que ces eaux aient eu, dès l’émersion du continent, plusieurs exutoires vers l’Ouest ou seulement un seul (l’Ogooué), la question est secondaire. Ces exutoires se sont modifiés; leur creusement d Ouest en Est a été interrompu lorsque le Congo inférieur a capté le premier des bassins étagés formant aujourd’hui le domaine hydrographique du Congo au-dessus de Zonga. C’est cette captation qui est le phénomène décisif et qu’il faudrait expli(|uer. C’est elle qui a interrompu le ruissellement direct des eaux superficielles vers l’Ouest, vers le Sébé et peut-être vers le Niari.

Cette captation a permis le creusement du bief central congolais et l’écoulement des déblais vers l’orifice de Zonga-Boma. Le niveau des lacs congolais — et celui des alluvions déposées — se sont abaissés à mesure que l’orifice s’est élargi et approfondi. L’hypothèse d’une fissure ou fracture des monts du bas Congo, empruntée par les eaux, vient naturellement à l’esprit ; mais elle n’a pas été vérifiée et la faible profondeur du Stanley-Pool (25 mètres) ne la confirme pas.

Le creusement du bassin congolais me paraît à peu près terminé, contrairement à l’opinion que j’ai entendu émettre sans cesse. Il suffit d’observer l’allure des alluvions de la VL série et l’aspect des « terrasses » que le creusement quaternaire a laissé subsister. C’est l’une de ces terrasses qui forme le grand bief navigable du Congo — entre les Stanley-Falls et le Stanley-PooI — et del’Oubangui inférieur, en dessous de Zinga. Ce bief a été creusé et déblayé dans l’épaisseur des grès blancs, friables et inégalement durs, jusqu’au soubassementde grès violacé, rouge. Mais celui-ci, apparaissant à l’issue occidentale du bief, détermine le niveau inférieur du bief ; il s’oppose, par

son homogénéité et par sa dureté, à un abaissement de ce i< niveau de hase » du bief central ; il oppose d'ailleurs aux eaux une pente inverse à la leur, puisque nous avons vu à Brazzaville les grès violacés [)longer à l’Est, tandis que les eaux tendent à l’Ouest. L’abaissement annuel du seuil rocheux de Brazzaville-Léopoldville, aux environs de la cote 288, est donc insigniliant, tandis qu’cn anionl du seuil le Congo moyen et supérieur tend depuis longtemps à l’adoucissement de sa pente, à rhorizontalité. Ainsi, tandis qu'entre la première chute de Léopoldville et Manyanga le lleuve tombe de 150 mètres, à l’Est de Léopoldville le Congo n’est plus que :

A 20 mètres au dessus du seuil à Kouamouth ;

A 27 mètres au-dessus du seuil à Mpouia- Tchoumbiri ;

A 34 mètres au-dessus du seuil à Mossaka-Loukoléla ;

A 140 mètres au-dessus du seuil à Stanleyville, distant de 1.300 kilomètres.

L’Oubangui, entrant dans la colonie du Moyen- Congo après les rapides de Zinga, à 1.100 kilomètres du seuil, n’est qu’à 55 mètres au-dessus de lui C’est dire que le profil « en long » du bief (luvial navigable au-dessus de Brazzaville n’est pas très éloigné de l’horizontale ; il est fixé; son ensablement graduel, irrémédiable, a commencé avant que fussent complètement asséchées les cuvettes de la terrasse centrale et des terrasses supérieures. Le dérocbement imprudent de rUubangui à Zinga etZongo, celui du Congo aux Stanley-Falls, augmerJeraient L'ensablement du bief central et n amélioreraient vraisemblablement pas les biefs supérieurs de façon durable.

Ouoi qu’il en soit, des tuasses incalculables d’alluvions ont été charriées ou déposées sur les colonies du Moyen-Congo, du Gabon, du Congo belge occidental depuis le temps d’émersion — secondaire ou tertiaire — du continent. Bien ne peut être comparé en Europe à cet alluvionnement continental ; nous dirons seulement qu’on estime à 350 millions de mètres cubes la masse d’alluvions que le Congo, bien réduit à notre époque, entraine encore annuellement vers la mer. Les lambeaux qui subsistent n’en sont qu’une infime partie et sont chaque jour amoindris par l’érosion, par le ruissellement .

Leur présence n’a pas qu’un intérêt scientifique et l’intérêt que leurs minerais de fer ont eu |)Our les . indigènes du Moyen-Congo. Bar sa composition la terre d’argile sableuse ocre est légère et peu perméable ; elle permet la croissance de forêts et de riches cultures que ne portent pas les régions de sable et de grès blanc. L’exemple du plateau Koukouya boisé, fertile, pcu|)lé, audessus des vallées sablonneuses, pauvres, è demi désertes qui l’entourent, est caractéristi(|ue. Tant (|ue les forêts ou les cultures protègent ces alluvions, celles ci restent fertiles. Mais la stupide dévastation des forêts par le feu n’y laissant plus

pousser que de l’herbe, et celle-ci disparaissant complètement à la lin de la saison sèche, rien ne protège ce sable argileux meuble contre les l’udes pluies équatoriales d’octobre-novembre ; alors le ruissellementenlève les cendres, [)uis les matières organiques qui ne se reproduiront plus, et l'argile grise très légère sans laquelle ces alluvions éluviales ne sont plus que des sables infertiles, identi(jues aux sables blancs du V° niveau.

L’énorme quantité des alluvions « jaunes », l’importance du sillon ouvert parles eaux entre le Stanley- Pool et la mer, ne laissent pas douter que le déversement du lac intérieur ait eu l’ampleur d’un long déluge. Vraisemblablement il ne s’est pas produit sans liaison avec quelque mouvement de l’écorce terrestre — cause ou effet du déversement — au commencement de l’ère quaternaire. Et il est vraisemblable qu’un mouvement de cet ordre soit, directement ou indirectement, l’origine de la dénivellation du 12“ méridien.

Nous avons suivi sur 700 kilomètres cetti' dénivellation (page 18) constituant l’un de.s traits physiques mar(|uanls de l’Afrique Equatoriale Française.

Son bord supérieur a|)paraît comme la crête d’un glacis blanc qui descend doucement vers l'Est jusqu’au 18® méridien. .-\ l’Ouest il borde, et domine un vide de 200 mètres ; et rien ne tombe de l'étage supérieur dans rinlérieur, sauf à l’cxtrême-sud par la fissure du Congo.

Cette crête limite deux colonies françaises entre lesquelles elle a été prise d’emblée comme front ère. Elle partage les eaux de deux versants ; à l’Ouest celui de l Atlantique (ivindo, Ogooué, Niari), à l’Est le bief central du Congo. Elle sépare mieux encore deux régions physiques dissemblables : à l’Est, les sables et grès blancs du Moyen-Congo, sol pauvre et le moins boisé de la zone équaluriale ; à l’Ouest et en contrebas, les roches variées et les argiles rouges du Gabon oriental, imperméables et couvertes des plus riches forêts.

L’importance de cette dénivellation n’est pas moindre pour l’avenir de la colonie. Elle en constitue en effet le seul relief, trop infime pour provoquer des précipitations atmosphériques régulières et pour régulariser leur ruissellement par des écluses naturelles, barrages rocheux ou lacs. Les pluies, tombées ca|)ricieusement sur les hauteurs, ruisselb'ut donc très vile, non sans raviner brutalement et emporter rimmus; les bailleurs se déboisent, attirant de moins en moins les pluies; cl après chaque période orageuse l’eau des hauteurs vient sajoufer sans retard à l'eau reçue par les plaines ; les rivières s’étalent sur un fond que les alluvions ont déjà fait horizontal; elles débordent en marais illimités, vaseux, putrides dont le manque de pente et l'excès de végétation empêchent l’écoulement.

Entre ce marais à jamais malsain et les hau-

BULLETIN DD COMITE DE L’APRIQUE FRANÇAISE

leurs qui se déboisent, la place manque pour des populations nombreuses (I ).

L’importance de la dénivellation frontière nous incite donc à la décrire en signalant pour la première fois sa contimiité. Nous ne dissimulons pas que nos renseignements niinéralogiques et altimétriques n’ont pas toute la précision scientitiqne désiral)le.

C’est au Nord, près du Cameroun, que la présence de cette dénivellation est la mieux établie, bille forme à partir de Sonanké, une falaise continue et, sur plus de 100 kilomètres, rectiligne; elle ferme comme un mur les plaines gabonaises de la Karagoiia, du Djouab, du Djaddié, du Liboumbi. Ces plaines sans accidents de terrain, presque sans pente et marécageuses, commencent à une altitude d’environ b2b mètres.

La falaise Bakota les domine généralement de 200 mètres, voire de iOO (au nœud de Bellevue), et M. b^ commaudant Crépet, de la mission l‘ériquet, n’a pu irouvcr qu'en un point cet escarpe ment réduit à 7o mètres.

La même dénivellation, moins connue aux environs de l’Equateur faute d’altitudes précises, est reconnue plus au Sud entre le Haut-Ogooué et les sources du Kouyou, de la Diélé-Alima, de la Lékéti, de la .M’Pama. Tandis que l’altitude des plateaux Batékés et Koukouya, dégradés par l’érosion, reste de 7.a0 et même (SiiO mètres (monts Amaya), les affluents du Haut-Ogooué ne descendent guère que d’une altitude de 450 mètres. La différence des deux versants, plus sensible encore que celle des niveaux, est notée avec insistance par les com[)agnons de Braz/a : le climat, le sol, la végétation, les races, contrastent fortement quand on monte de l'Ouest à l’Est

Si I on continue è longer le 12“ méridien, on le trouve suivi par le cours du N’Üouo-Niari supérieur, dont l’orientation première n’a aucun rapport avec la direction générale que ce lleuve suivra vers la mer. Dans son cours supérieur il coule dans une plaine calcaire large de 50 kilomètres, haute de 400 mètres, dominée à l’Est [>ar un ressaut, ou barrière de collines, atteignant d’emblée l’altitude de 000 mètres et mcim^ 060 mètres entre Maya ma et Beué\ ille. Ce ressaut remarquable diffère de la plaine calcaire par la nature de ses roches, grès friables dégradés par les affluents de gauche du Niari. 11 semble que le Niari ait emprunté dans son cours supérieur une ancienne faille, ou la ligne de démarcation de deux couches géologiques.

Enfin, sur cet alignement, nous avons signalé la faille reconnue par le professeur P. Dupont en 1887. près de Manyanga et de la Mpioka. En ce point, où la frontière politique quitte le cours du (mngo, se dresse un mur rafipelant la falaise Bakota à 750 kilomètres d'elle, brisant nettement les I V“ et V® séries sédimentaires que nous avons

i l) Il en est de même dans la trouée que le grand fleuve s’est ouverte au cœur dé la forêt équatoriale. Sans autre régulateur que l'alternance des pluies enflant tour à tour ses affluents de droite et de gauche, le Congo subit des crues périodiques, et les variations considérables de son lit ernpêchent l’établissement de populations stables sur ses rives.

décrites et marquant peut-être, au Sud-Ouest, la limite des grès blancs.

La constance de ce gradin et sa netteté portent à y voir, soit une fracture des couches, soit même le bord exhaussé d’une faille ou suite de failles peu anciennes, affectant des couches sédimentaires moins solides que le soubassement archéen sur lequel elles reposent. Dans les deux cas, 1 érosion aurait enlevé, à l’Ouest de la fracture ou faille, les couches disloquées, dette hypothèse est suggérée par la présence des argiles fluviolacustres (décrites en VP série) sur le sommet du gradin. Ces allnvions sont signalées sur les pla teaux Aboma et Koukouya à une altitude d au moins 700 mètres, qui marquerait le plus haut niveau de l’ancien lac; il faut aller jusqu’aux monts de Cristal ou tout au moins jusqu’au nœud orographique entre Loiiessé, Ngounié et Ogooué pour trouver des hauteurs équivalentes — et non supérieures— qui aient pu limiter à l’Ouest le lac tertiaire; si ces allnvions ont été déposées à l'altitude où nous les trouvons, élles l’ont été sur le bord même de la dépression congolaise moderne. On se demande si l’ancienne cuve polygonale, plus vaste que la dépression moderne, n’a pas été brisée dans sa partie occidentale, et si l’un des bords de la fracture n’est pas monté ou descendu par rapport à l’autre. Certaines raisons feraient penser que le bord oriental, à l’Est du douzième méridien, a pu s’exhausser de ‘200 mètres, rétrécissant la cuve et formant le gradin continu qui subsiste du Cameroun au Congo inférieur.

L’examen des couches, qui, dans cette hypothèse, se continueraient de part et d’autre de la fracture à des niveaux différents, devrait être poursuivi méthodiquement, ne fut-ce qu’au point de vue minier; il serait peu probable qu’une faille aussi con>idérable u’eùt pas élé injectée par le magma inlerne, et qu’elle n'eut pas de rapport avec les gîtes métallifères du Sud de la colonie,

SUPT1È.VIE SÉRIE

Matériaux de remaniement des séries

précédentes.

De toutes les couches étudiées jusqu’ici, celles qui — indépendamment de leur âge ou de leur nature — se trouvent exposées à l’action des agents naturels, ont été et sont de plus en plus altérées. L’intensité des phénomènes atmosphériques (soleil, pluie, évaporation, vent, ruissellement, électricité), plus grande à L’équateur qu’aux autres latitudes, donne à ces altérations ou remaniements une importance qu’ils n’ont pas en Europe : oxydation plus ou moins profonde des surfaces rocheuses, mélange des éhoulis au bas des pentes où les eaux courantes les brassent, enlèvent, transportent et déposent plus loin.

Pour le géographe ces désagrégations ou dépôts recouvrent la majeure partie des horizons formant les quatre premières séries, qui restent in-

distinctement invisibles au spectateur non averti. La forêt du Mayombe ou de la Mossaka, les berges des (leuves ne sont pour lui iju’un tapis d’humus très épais. La vase des marais semble atteindre des profondeurs inconcevables sur d’immenses espaces comme la cuvette de Liranga. Lni sorte de latérite a couvert et couvre encore de vastes régions de la Haute-Sangba, de la Haute-Licona, de l’Ivindo. du Niari, du plateau bacongo;ou bien elle forme des aspérités qui prennent, au milieu des plaines, l’importance de montagnes. Enfin des grès de date récente sont venus se reconstituer dans les régions basses, à la place des grès anciens emportés par les eaux.

Pour le géologue au contraire, ces argiles, sable, grès ferrugineux ou décolorés sont des accidents sans importance, transitoires, et qui n’ont pu conserver (|u’exceptionnellement les parcelles amoindries des métaux ou de gemmes qu’ils avaient eiiifiruntées à des massifs riches aujourd’hui arasés.

Il faut pourtant noter l'étendue de cerlains de ces dépôts, comme les alluvions argileuses de la cuvette de Lirauga, la fréquence des sables Iluviatiles, et la variété des latérites. Tantôt celles-ci revêtent d’une carapace uniformément rouge la surface des roches les plus diverses, littéralement décomposées sur place par l’oxydation ; tantôt noirâtres, en lits d’argile ou de sable aggloméré, en nodules concrélionnés, en plaques rappelant la fonte; tantôt bariolées, véritables grès ou poudingues, caverneux ou compacts, elles sont cimentées par des oxydes ferriciues qui en fout de véritables minerais et qui leur donnent une grande variété de couleurs.

Mais, plus encore que les autres séries, celle-ci subit l’usure active des altérations, des remaniements, et des transports vers la mer.

liriTIKME SKItlE

Sédiments secondaires et tertiaires de la zone littorale.

En raison du rattachement prochain (1) de la circonscri|)tion gabonaise du Koui lou-Niari à 1a colonie du iMoyeu-Cougo, nous noterons l’asiiect particulier de cette province.

C’est une côte sans relief, d’une largeur de bO kilomètres entre l’Atlauti(|ue et le versant du Mayombe déjà décrit (l"’ et 11' série). Le fiays est recouvert par les matériaux des V“, VI", Vil" sé ries, mais est formé en réalité par des sédiments marins sans aucun ra|)port avec ceux (|ue nous avons vus.

Nous avons dit qu’à l’Est d’une ligne approximative Kakamoëka-siir-Niari Itoma-sur-Cougo, le futur continent équatorial dormait sous la mer permienne et peut-êti’e triasirpie. A l’Ouest au contraire, et sur remplacement actuel de l’Atlauti(|ue, les temps primaires ont dû voir un continent équatorial — ou des terres ratlacbées au

(1) Effeclué en juillet 19IS, après la prnmière inipressinn de ce travail.

continent austral et qui s’effondrèrent avant celui-ci. Leur etforulrement est antérieur à l’époque jurassique, puisqu’on trouve sur le littoral gabonais des sédiments liasiques.

Ainsi un mouvement de bascule autour de l’axe Kakainoëka-Boma semble avoir fait émerger un continent à l’Est pendant qu’un autre s’atfaisait à l’Ouest, au cours des temps permo-triasiques. .Après l’émersion, sans doute progressive et lente, un nouveau relèvement plus lent encore élargit la zone littorale et amena au jour des sédiments presque horizontaux, fossifères, marins.

Les plus anciens <|u’on ait atteints, sont les grès tendres coquillers de la côte Mateva, de Pointe-Noire et de Pointe-Indienne, datés du lias inférieur (Ij. Au Sud de l'Angola et peut-être au Nord de la colonie du Gabon, Choflat a relevé l’étage albien de l'infracrétacé (Jes dépôts sont continués d’une façon plus uiauilèsteet plus uniforme par les horizons supérieurs (crétacés et tertiaires) de l’estuaire du lleuve Gabon, du Mayombe maritime et de l’Angola. Barrat en a conclu que le relèvement de la côte s’est propagé du Sud au Nord, à partir de l’époque jurassique (ou plutôt Basique). L’ensablement du rivage par les alluvions du Congo et des fleuves côtiers, à la faveur du courant marin longeant la côte du Sud au Nord, accentue cet élargissement de la zone littorale.

Dans la province du Kouilou, la superposition des couches, en partant de la surface, est la suivante :

Has-Kouilou-Niari, lias-Loéiiie, Bas-Congo : \<ases et allucions d'estuaires .

A la falaise de Loango et ret s l'intérieur : formations ferrugineuses [pseudo- latéritiques) étendues ; elles sont, d'après Péquel-Loesches, fossilifères : Leda, Mactnv, Tellina, Cardium.

.1 Massabi, Landana.et dans le Moyen-Loémé, à 'lO kilomètres de la tuer ; des calcaires tertiaires renfermant des Nautilus, poissons, dents de crocodiles et coprolithes.

.1 B ointe- Indienne fhoango),à Pointe-Noire et la côte Matéra : grès tendres liasiques, seuls sédiments secondai' es connus dans cette partie de la côte.

Au Nord du Moyen-Loémé , dans V Ouest de Ckimpèze, et dans le Moyen-Loukoulou, affluent tuéridional du Chiloango : grès blancs d'origine et d'âge inconnus, peut-être en rapport arec notre F® série.

Ces couches peu inclinées, surélevées de quelques mètres à peine au dessus de la mer, s’appuient à l’Est sur les escarpements cristallins du Mayombe.

La ligne de contact est presque droite de Borna à Kakamoëka. Les piliers granitiques de Borna. (Bi Moyen-Loémé. du Bas-Kouilou, du cap Matouti Mayoumba) jalonnent cette ligne comme un môle sur lequel sont venues s’écraser les vagues huroniennes et calédoniennes du Mayombe — môle au pied du(|uel, plus tard, se sont déposés les pre-

(1) Voir Mission hydrographique du Gabon, 1910-1911.

BÜLLErriN DC COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

miers sédiments de l’Atlantique pendant que, sur | le nouveau continent, l’érosion a remis au jour les antiques plis enfouis sous des sédiments.

NEUVIÈME SÉItlE

Gites métallifères et minéraux utiles.

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