‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 4)Chapitre 61 sur 75 · EN AFRIQUE DU SUD · texte numérisé non relu

EN AFRIQUE DU SUD

Le peuple fran(:ais n’a point échappé à cette sorte de lassitude énervée qui suit les grandes crises nationales. Les armes une fois déposées, on semblait attendre de la victoire enfin obtenue par un long et douloureux effort le retour immédiat de cette prospérité heureuse qui enchantait, avant 1914, les visiteurs étrangers. Mais la paix économique ne suit point d’aussi près la paix militaire, et l’àpreté des critiques dont la presse s’est faite l’écho ne va point sans quelque injustice.

Et pourtant, nul peuple au monde ne donna pendant la guerre et ne donne aujourd’hui un tel exemple d’unité, dans l’ordre politique et moral. 11 suffit d’écouter à ce sujet les voix étrangères les plus autorisées rendre hommage, non sans une pointe d’envie, à la « paix française », qui règne sur toutes nos possessions de l’Ancien et du Nouveau Monde.

Dans un dîner officiel donné à Londres par la Société africaine anglaise, et groupant les plus hautes personnalités métropolitaines et coloniales, sir Harry Johnston, son nouveau Président, disait le 28 mars dernier : « La guerre a remis en question la domination de l’Europe sur les colonies. Le nationalisme latent dans l’Afrique du Nord, la Nigeria du Nord, le Sierra-Leone, la Côte de l’Or, l’Afrique du Sud, s’est réveillé par suite de l’appel que nous avons fait à leur concours. Les seules régions à peu près satisfaites de leur sort sont celles qui sont soumises à la domination française. Le Maroc s’est rallié à la cause de la France; il a envoyé des milliers de combattants défendre le sol français contre l’invasion allemande. L’Algérie et la Tunisie sont restées calmes pendant ces années critiques. Non seulement l’Afrique Occidentale Française et Madagascar n’ont manifesté aucune velléité de révolte, mais encore elles ont fourni d’importants contingents de soldats et de travailleurs.

Par contre, il y a eu des soulèvements dans

l’Est Africain Portugais et dans la Tripoli taine italienne; il y en a en Egypte. Une révolte latente, une tension dangereuse existe parmi les six à sept millions d’hommes de couleur, A'ivant au Sud du Zambèze, sous le drapeau anglais. 11 n’y a pas de doute que dans la plupart des colonies africaines, l’administrateur, le marchand, le soldat et l’officier anglais, sont moins populaires parmi les indigènes que leurs collègues français. »

Ce témoignage impartial d’un vieil Africain en faveur de nos méthodes de colonisation nous autorise à examiner — en toute franchise et à titre purement documentaire — l’un des périls intérieurs de l’Empire anglais, que sir Ilarry Johnston a omis d’indiquer, mais que des manifestations récentes rappellent à notre attention : le mouvement nationaliste en Afrique du Sud.

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