EN PAYS AÎT-ATTA
(Décembre 1!)18 à Février 1919)
D'après un rapport du général de Lamothe.
En octobre 1t)18, toutes les tribus à l’Est de l’oued Dadès et du Draa se sont, soit de gré, soit de force, ralliées à la cause du chérit Moha Nifrouten, resté maître du Talilalet, et lui envoient des -contingents. La totalité des Aït-Atta, sauf une partie des Aït-Ounir, lui est acquise. Au Todgha, le parti makh/en, énergiquement maintenu par les représentants des Glaoua, LL Iladj Mehdi Naciri et le ckeildt Ali de Timrirt., résiste malgré son isolement. Les districts Aït-Atta du Draa moyen et du Dadès ont suivi le parti adopté par leur confédération. Dans les autres cantons, la dissidence gagne du terrain, bien qu’eflicacement combattue par les centres maghzen de Tamgrout, de Beni-Zouli^ de Tamnougalt, d’imassine. Les Imgbane et les Mgoura, très travaillés par les partis d’Abansal et de Si llocein Ontemga, comm,encent à être ébranlés. Enfin, dans le djebel Tifernin, un aventurier, Moulay el Hadj vient de proclamer El lliba. Traqué, poursuivi par Si llamman Glaouï,il s’est enfui vers le Nord, mais l'etTervescencc n’est pas encore éteinte.
L'intervention des Glaoua est décidée au milieu de décembre 19 18- Us doivent être à même d’agir efficacement au Dadès, et, si possible, au l'otlgha resté îlot makhzen dans la deuxième quinzaine de janvier, facilitant ainsi les opérations que la colonne de Bou-Denib entama dès le 12 janvier contre les contingents de Si Moba Nifrouten qui bloquent nos postes de Bich, Ksar-es-Souk et Erfoud,
Le délai imposé est court, mais l’intelligente activité d’El lladj Thami et de Si Hammou y supplée et sait résoudre des problèmes qui auraient effarouché le meilleur chef d’état-major.
Le noyau de la harka qu’ils lèvent comprend SOO cavaiiersGlaoua,Meslioua,Touggana,Oaltona, et 8.000 fantassins dont 4.000 armés de fusils à tir rapide. A ces chiffres, il faut ajouter les garnisons des postes d’étapes entre Ouarzazat et le Todgha et les escortes des convois. Au total, les effectifs mobilisés atteindront environ la. 000 fusils, tous, sauf une partie des cavaliers et 100 hommes de la milice de Marrakech, levés sur le versant sud de l’Atlas.
Les ressources du pays étant à peu près nulles, il faut prévoir le ravitaillement des hommes et des animaux et l’organisation de nombreux convois qui sillonneront toutes les routes du commandement Glaoua.
Nous nous bornons à fournir 3 canons de montagne (2 de 80, 1 de 75 Schneider), 250 fusils, 600 obus, 250.000 cartouches; le personnel indigène et les cadres strictement nécessaires pour assurer le service des pièces et le fonctionnement d’un groupe sanitaire mobile.
Le général de Lamothe, escorté par un escadron de spahis sénégalais, se rend dans le Ouarzazat à rOuest du moyen Draa afin d’être plus à portée des événements. Taourirt, de l'Ouarzazat, est fixé comme lieu de rassemblement pour les contingents de l'Ouest. Ceux des tribus de l’Est rallieront la mehalla au point de son itinéraire le plus voisin de leur territoire. La neige, qui pendant la première semaine de janvier rend impraticables tous les chemins de la montagne, retarde de quelques jours la mise en marche de la harka qui quitte Taourirt le 12 janvier 191!).
Entre l’Ouarzazat et le Dadès. aucune difficulté sérieuse àredouter. L’influence des Glaoua a, dans celte région, des racines trop profondes poury être mise en échec. El lladj Thami et Si Hammou y sont déjà très populaires et bénéficient d’ailleurs de 1 immense prestige qu’y possédait Si Madani. Par de.s mariages habiles, ce dernier avait su peu à peu assurer à son parti l’appui des principaux notables de la région.
Aussi, dès notre arrivée à Taourirt, les gens de Tifernin font leur soumission. Les Imghan et les Mgouna, quoique plus divisés, ne tardent pas à s’exécuter. Le lef important du chérif Moulay Lhassen d’imassin nous est acquis d’avance. Le vieux marabout de Ghessat Sidi el Yazid, beaupère de Si Madani, voit les plus compromis solliciter sa protection: enfin, le chérif Moulay Abd el Melek, chef de la branche aînée des Chorfas d’imassin, jusqu’alors intransigeant, se résigne à envoyer son hommage de sa zaouïà des Aït-Yahia (lu Dadès. Dans le moyen Draa, le caïd Ali des Mezzuita dépêche ses frères pour prendre le mot d'ordre au Ouarzazat. De Tamgrout, le inokaddem Naciri Sidi Ahmed mène une active propagande makhzen.
La harka se présente le 12 aux Aït-Delal. Elle séjourne les 13, 14 et 15 dans les Skoura. Le 16,
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elle est à Imassin; le 17, elle atteint sans incident Taourirt des Arba-Mia du Dadès.
Bref, la situation sur la rive droite du moyen Üraa paraît satisfaisante. La harka va pouvoir passer l’oued et marcher du Draa sur le Todhra. C’est la seconde étape, à la fois la plus délicate et la plus dangereuse. H s’agit en effet de s’éloigner à plus de 400 kilomètres des bases au Nord de l'Atlas, dans une région presque désertique, dépourvue de ressources et pour la majeure partie acquise à nos ennemis.
Dans le pays, à l’Est du Draa, la vie se concentre sur les bords de quelques oueds permanents. Là, les kasbabs sont tellement rapprochées les unes des autres que leur ensemble donne parfois
L’autorité est entièrement exercée par les djemaas.
En temps de paix, le cheikh qui les préside est presque toujours un pauvre hère qui souvent ne fait même pas partie de la liste des notables. En le choisissant autrement, on craindrait qu’il n'arrivàt à peser sur les décisions de la djemaa et à lui imposer les siennes. En temps de guerre, ou dans les circonstances graves, on désigne au contraire un homme influent et capable de conduire la fraction et de soutenir ses intérêts.
Dans quelques fractions, le chef est héréditaire, mais il reste contrôlé par la djemaa, sans laquelle il né peut rien décider. Ce serait d’ailleurs chose impossible dans un pays berbère de vouloir ad-
LES OPÉRATIONS GLAOUA EN PAYS Ai T ATTA
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la sensation d'une ville. Les terres de culture bordent les deux rives des oueds enserrantd’étroits jardins admirablement cultivés à la pioche, mais bien insuffisants pour satisfaire aux besoins d’une population extraordinairement dense.
Ces oasis forment de longues lignes vertes de 200 à 1.000 mètres de large qui se prolongent sur 30, 40 kilomètres et souvent davantage. Entre ces lignes surpeuplées, c’est le désert, le khela uniforme, sans eau et sans végétation, où pousse cependant après la pluie une herbe salée recherchée par les troupeaux, mais la pluie est rare. Lors de notre passage au Todghra, elle n’a pas tombé une seule fois depuis six ans.
Les tribus se sont réparti les rares cantons où la vie est possible. Elles les habitent avec une densité formidable, et l’on conçoit quels inextricables conflits soulèvent à chaque instant les questions d’eau, de propriété, etc...
ministrer et gouverner sans avoir l’opinion publique avec soi ; toute la science des chefs consiste à inspirer et diriger cette opinion. Si Madani y excellait.
La grande tribu des Aït-Atta domine tout le territoire qui s’étend du Draa jusqu’au Ziz. Au Sud, son influence s’étend sans limites par delà le djebel Sagho. Au Nord, elle franchit les pentes de l’Atlas et sème ses kasbahs jusqu’à Bernat, jalonnant une ligne continue derrière la montagne d’Ahansal jusqu’aux Aït-Atta N’Oumalou. Par droits de conquêtes ou par achats elle a acquis des terrains au Dadès, au Draa, au Todgha, au Tafiialet. Elle tient toutes les communications de l’Est à l’Ouest, depuis l’oued El Abid jusqu’aux plaines qui s’étendent au Sud du Sagho.
Sur cet immense espace, ses fractions se sont dispersées, se mêlant les unes aux autres, se chevauchant, tout en conservant leur autonomie et
individualité. Cependant, d’une manière générale, on peut admettre que les Aït-Ounir, les Aïtou-Allal, les Aït-AIouan, les Aït-lsfoul et les Aït- Ouahlim regardent à l’Ouest vers le Dadès et le Draa, tandis que les Aït-Khebbadj, les Ait-Oumbegui, sont attirés à l’Est vers le Tafilalet et le Ziz.
Les fractions de l’Ouest ont de vieilles alliances avec les Glaoua de Telouet et font partie de son lef. Elles ont toujours fourni les escortes des hérauts d’armes Olaoua qui allaient proclamer au delà du Draa les dahirs chérifiens obtenus par leurs maîtres. Mais ces liens s’étaient relâchés sous l’influence de la propagande menée depuis le commencement de la guerre par les agents
lence que s’il s’était agi de combattre nos propres troupes. Contre les saints personnages qui entouraient les Glaoua, contre les Glaoua eux-mêmes dont l’orthodoxie et la piété sont notoires, malgré l’épithète de neçara que leurs adversaires ajoutent volontiers à leur nom, l’argument de la guerre sainte faisait long feu.
D’autre part, l’intervention d’El Hadj Thami et de Si Hammou dans un pays qui fait depuis longtemps partie intégrante de leur commandement, apparaissait comme un acte légitime, comme une obligation même envers leurs administrés et non pas comme une menace et une agression. Enfin, le passé était, surtout pour les Aït-Atta, un sùr garant que leurs vieux alliés ne leur enlèveraient
D\R CAÏD GI.AOUI 'TEI OUET)
turco-allemands. Us avaient achevé de se rompre quand la confédération se rallia à Moha Xifronten.
La route du Todgha, dès qu elle a gravi les pentes abruptes de la rive gauche et de l'oued Dadès, s’engage dans la plaine désertique d’Ahbeb. A partir d'imiter, qui dresse scs kasbahs rébarbatives à peu [)rès à mi-chemin entre le Dadès et le Todgha, dans le paysage le plus désolé du monde, elle suit, jusqu’au Tizi-N’Kous, un couloir facile à défendre, propice aux surprises, dominé et pris de liane par le djebel Sagho au Sud, les contreforts du Haut-Atlas au Nord. Le pays entre Dadès et Todgha a, pour les .\ït-Attaqui en sont les propriétaires, une importance considérable, car il est sillonné par les grandes voies de leur transhumances périodiques. 11 établit ainsi la jonction entre leurs groupes du Sud et ceux qui sont fixés sur les pentes du grand Atlas. Une réaction de leur part était donc possible, il fallait la prévoir et écarter tous ris(|ues, si minimes soient-ils, d’un échec qui eût été irréparable.
Elle ne pouvait, il est vrai, avoir la même vio-
pas la ])ossibililé de vivre et que les Glaoua « portiers de l’Atlas » laisseraient encore à leurs caravanes et à leurs trouj)caux la liberté nécessaire.
Nous avons vu plus haut qu’à la suite des événements du Tafilalet, la presque totalité des Aït- Atta s’était ralliée à Moha Nifrouten; les Aït-Ounir, seuls, étaient en partie restés fidèles aux lefs Glaoua. Le 10. à Ouarzazat, des délégations venaient affirmer le loyalisme de ce klioms.
Dans les autres fractions, les Glaoua avalent conservé des relations et des intelligences, mais leurs partisans submergés dans l’ambiance générale avaient dû faire chorus. Ils n’en existaient pas moins, et l’approche de la mehalla allait leur permettre de relever la tête.
Le 12 janvier, par des lettres datées de la mehalla du Tafilalet, le cheikh El Hadj Easka d’imiter exprimait que le reste des Aït-Ounir et les Aït-Ou-Allal du moyen Draa avaient complètement rompu avec l’agitateur.
D’un autre côté, au Todgha, le parti makhzen,
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sûr désormais d’Otre secouru, redoublait d’activité et avait recouvré ia majeure partie de ses adhérents. Les Hartani d'El liarra, dont Moha Nit'routen avait épousé une fille, et les ksours Ait-Atta d’aval persistaient cependant dans leur hostilité. On savait que le marabout Sidi Ali, moqqadem de la Zaouïa de Sidi el Haouari du Ferkla et chef de l'ordre des Darkaoua au Sahara, s’était brouillé avec Moha Nifrouten, auquel il reprochait ses exactions et sa cruauté {!). Les Glaoua, qui ont des affinités avec les Derkaoua, en profitèrent pour sonder le moqc|adem. 11 répondit avec empressement et déférence, se déclarant à la disjiosition du Makhzen.
Dès les premières étapes de la harka, les frac-^
brûler les portes de la iraouïa. Ce sacrilège n’eut d’autre résultat que d’exaspérer le marabout et dele confirmer dans ses intentions. >
Dans le Sagho et dans TOussikis, on se remuait beaucoup. On tenait réunions sur réunions et les idées de résistance paraissaient l’emporter. Moha Ahansali annonçait l’arrivée de renforts. Les Aïtbou-Iknifen d’imiter, revenant sur une première décision, se décidaient à défendre le défilé que commandent leurs kasbahs.
Ces nouvelles déterminèrent El Hadj Thami à suspendre un instant sa marche et à stationner aux Arbs-Mia, les 18 et 19 janvier. Le délai au cours duquel il recueillit la soumission des ksours Ait-Atta riverains du lleuvc lui permit d’éclairer
KASBA DE SI MIIAI.MEI) (tELOUET)
lions Ait-Atta s’étaient hâtées de rappeler leurs contingents, décongestionnant le front du Tafilalet ; au Sud les renforts recrutés par Si Moha Nifrouten au M’Hammid et aux Ktaoua avaient été retenus ou avaient rebrousse chemin.
Une forte harka d’Ait-Atta, commandée par un khalifa de Maha Nifrouten. se porta entre le Ferkla et le Todgha dans le but d’occuper la dernière oasis avant l’arrivée des forces makhzen et de nous couper de Sidi Ali ben el Haouari.
Le 1 6, les dissidents attaquaient le souktnin de Timrirt. Ils y furent durement reçus. Après un combat qui se prolongea jusqu’au lendemain, ils furent chassés avec des pertes sensibles.
En se retirant, ils essayèrent d’enlever la zaouia de Sidi el Haouari. Mais les Aït-Melrad accoururent autour de leur seigneur religieux, repoussèrent les assaillants qui parvinrent cependant à
(1) Si Ilam.iHi est moqqadem de la zaouïa d’Ouarzazat. Si Madani était particuliè'-ement bienveillant pour l’Ordre. Sidi Ali a lui-même longtemps liabité Marrakech oii il a encore ses enfants.
la situation Un ultimatum, qui ne comportait ni discussion ni réplique, futenvoyéaux Ahel-Imitcr.
Cela suffit pour les amener à résipiscence.
Le 20, leur djemaa conduite par El Hadj Faska SC présentait au camp établi aux Aït-ou-Zin à, l’entrée de la plaine d’Ahbed.
Le 2i, quelques centaines de fantassins hâtivement envoyés par le Hansali arrivèrent à Imiter, au moment même où y déferlaient les vagues de la mehalla. Jugeant a juste titre qu’il n’y avait rien à faire, ils regagnèrent leurs montagnes, non sans laisser quelques-uns des leurs embusqués dans les rochers pour dévaliser les isolés.
Le 22, la mehalla recevait à Timrirt du Todgha un accueil enthousiaste de la presque totalité des populations de l’oasis. Seuls, quelques ksours de l’aval et parmi eux El Ilarra ne s'étaient pas présentés. Un délai de vingt-quatre heures leur fut signifié pour faire leur soumission.
Se liant aux promesses et aux assurances qu’ils avaient reçues, les chefs makhzen comptaient que cette mise en demeure appuyée par une démons-
tration dans l’oasis décidée pour le 24, suffirait à les amener à composition.
Mais leurs contingents, en arrivant entre les deux ksours d'El Harra à gauche et d’ilenchan à droite, furent violemment attaqués sur deux flancs. Après un moment de confusion causé par la surprise, la mehalla se ressaisit ; Si Mohamed Glaoui, à la tête du contingent de la tribu Glaoua, enleva d’assaut en un tour de main llenchan.
A gauclie , les hautes murailles d'El-Harra déliaient l’escalade, et l’artillerie dut intervenir; trente-neuf coups de canon ouvrirent une brèche dans un des bastions. L’assaut fut donné, et déjà nos partisans pénétraient dans la forteresse quand elle arbora le drapeau blanc et envoya un taureau de targuiba.
L’aman fut accordé. Le combat avait duré quatre heures et nous coûtait 3 hommes et 2 chevaux tués,
17 hommes et 18 chevaux blessés. L'adversaire avait perdu G4 tués et un nombre inconnu de blessés.
Le 2!), escorté jusqu’à Imassine par Si Hamadi, mokaddem de la /aouïa d’Ouarza/at, au delà par les contingents des Aït-Zineb et d’Ouarzazat, et par Moulay Lhassen, le général de Lamothe pouvait rejoindre la harka, le 2 février, au Todgha.On apprenaiten même temps la nouvelle du succès remporté le 31 janvier par la colonne de Boudenib au Tizimi, et l’attentat commis sur la personne de Sidi Abmed ben Boubeker, mokkadem de la grande zaouïa Naciria de Tamgrout, traîtreusement assassiné par six x\it-Alfa à la solde de Moha Nifrouten.
Sidi Ali ould el Arabi el llaouari, mokaddem de la zaouïa Derkaouadu Ferkla, se présentait à Timghirt et y convoquait, pour y mettre à la disposition des chefs makhzen, 1.300 fusils de ses partisans qui rejoignirent le 26. Enlin, il décidait d’attendre au Todgha l’arrivée du général de Lamothe.
L’ancien caïd l’Arbi d’Asserir, encore suspect, se présentait au camp de la harka et pouvait y être retenu sans inconvénient.
La liberté des communications fut assurée vers l'Ouest par des postes placés au Kous et à imiter. Mais il lut entendu, qu’après le départ de la barka, elle serait maintenue par les Aït-Atla, responsables de leur territoire.
Les mouvements de ralliement au Makhzen avaient continué dans cette tribu el de nouvelles adhésions avaient été reçues. Les Ahel-Tourougdu Sud-Estdub’erkla, certainesfractions des Aït-Aïssa ou Brahim, d’autres contingents habitant le Sagho avaient annoncé leur prochaine venue. Le cheikh lü Moghi était aussi attendu.
Malheureusement des bruits défavorables conconcernant l’état des affaires au Tafilalet n’avaient pas tardé à circuler. On atténuait l’importance de l’échec subi par le chérif le 31 janvier et on le dépeignait revenu à Bou-Aam « plus puissant que jamais». Deux rassemblements se formèrent, l’un au Nord, à l'instigation de Moha Ahansali, comprenantdes Ait Ishaetquelques Aït-Ougoudid; le second où se trouvait El Moghi dans le djebel Sagho au Sud de Timatriouine.
Pendant ce temps, le travail politique s’achevait au Todgha. Le cheik Madani ould Si bou Baani N’Aït Igraour y fut installé comme klialifa.
Nous envisageâmes l’éventualité d’un raid jusqu’au Ferkla pour compléter les résultats acquis et asseoir solidement l'autorité de Sidi Ali. Mais,
et nous étions dans l’indécision au sujet des mouvements et des projets de la colonne de Bou-Dcnib. D’autre part, une harka est un instrument fragile, délicat. Les chefs Glaoua avaient déjà fait un lourde force en conduisant la leur aussi loin. Leur demander plus était bien aléatoire et bien dangereux. Enlin, ils devaient encore aller dans le moyen Draa el l’on ne pouvait plus longtemps remettre l’opération, complément indispensable de celle en cours
Le départ fut fixé au 13 février.
La veille, les dissidents du Sagho tentèrent de prendre pied sur les hauteurs du Kouz. Arrêtés par les gardes du col, ils furent pris à partie par des renforts venus de la harka sous les ordres de Si llassi. Celui-ci les mena rondement, et, avec un allant et une bravoure que tout le monde put admirer, les conduisit jusque dans leurs montagnes. L’affaire nous coûtait 2 tués et 2 blessés. Les dissidents perdirent 9 tués.
Le 16, le convoi venait de traverser le Kouz et se rassemblait dans la plaine, à l'Ouest ; nous
d’une part, le Ferkla est au delà de nos limites
llA.M.\CIIOr
nULLI-TlN ÜU COMITE DE L’AFRIQUE FRAiXÇAlSE
avions pris position sur les hauteurs dominant le col, quand furent signalés au Nord des groupes ennemis en mouvement.
La llanc-garde de droite fut bientôt aux prises avec eux, et la fusillade fut un moment assez vive, pour faire croire à un combat sérieux. Les étendards furent déploj^és; El Hadj Thami, le fusil à la main, était superbe à voir, partagé entre son tempérament de guerrier qui le poussait au premier rang et son devoir de grand chef.
1- Ce ne fut qu’une alerte; il y avait là environ 600 fusils qui furent facilement mis hors de cause et le gros du convoi et de la mehalla arriva à Imiter sans être inquiété.
Plus important fut l’engagement qu'eut à sou-
Aït-Yahia. Là s’élève la zaouia du cbérifMoulay Abd el Malek, chef de la branche aînée des Chorfas d’Irnassine.
Ce personnage était connu depuis longtemps pour son hostilité. En dernier lieu, il avait favorisé la fuite de Moulay el Hadj. 11 avait, par lettre, protesté de ses bonnes intentions, mais avait refusé de se présenter, soit à El Hadj Thami, soit au général de Lamothe. Mis en demeure d'adopter une autre attitude, il envoya auprès du général ses deux fils, s'excusant de ne pas venir lui-même en raison de son grand âge, et offrant son hospitalité. Hon gré, mal gré, El Hadj Thami le fit quérir, tandis qu’il se répandait en objurgations contre les chrétiens.
TICGIRT
tenir Si Hassi à l’arrière-garJe. 11 avait d'ailleurs reçu des instructions de ne pas éviter le combat et de chercher au contraire à iniliger à l’ennemi une leçon sévère. 11 refoula assez facilement le groupe du Nord reformé et renforcé après notre passage, mais le combat devint plus sérieux quand débouchèrent du Sagho les contingents Ait Atta. Ils étaient surtout composés de fantassins et Si Hassi manœuvra de manière à les attirer dans la plaine, cù ses cavaliers avaient l’avantage.
Vers 16 heures, El Hadj Thami le fit renforcer par Si tlammou. L’ennemi, complètement rompu, s’enfuit, et nous pûmes suivre du camp nos fantassins qui gravissaient sur ses talons les pentes escarpées du Sagho. Nos pertes furent légères, 3 blessés seulement. Les Ait-Atta accusèrent 18 tués et de nombreux blessés.
Leur armement comprenait un grand nombre de fusils 86; tous nos tués et nos blessés du 12 et du 13 le furent par des balles D.
Au retour, un incident se produisit encore aux
Cet esclandre ne pouvait être toléré et Moulay Abd el Malek fut arreté. L'exécution amena quelque émotion, vite calmée d'ailleurs, parmi ses sectateurs. Elle nous débarrassait d'un ennemi déclaré et faisait disparaître un centre de fanatisme et (rop|)Osition. Le 20, la harka était aux ksours, d’oi'i elle allait poursuivre sans incident l’organisation du moyen Draa.
Un habile travail politique mené parallèlement à l'action militaire eut pour objet : de reconstituer fortement l’autorité makhzen dans les oasis, surtout au Todgha. poste avancé à .30 kilomètres au milieu du territoire Aït-Alta ; de garder et de contrôler aussi effectivement que possible la plaine d’Ambeb et le défilé d’imiter de manière à assurer les communications entre le Dadès et le Todgha et à couper les dissidents du Sagho de ceux de l’Oussikis et de l’Atlas; de reconstituer le lef makhzen Ait-Atta, d’en faire un groupement solidaire, véritable tribu Naïba.
Au Dadès, l’organisation makhzen fut arrêtée dans deux réunions plénières, l'une aux Aït-Ouzin
IIENSEIGNEMENTS COLONIAUX
le 22 janvier, l'autre à Amdnakh le 16 février. Elles réunirent les cljemaas des Imghanes, de M’Gouna, des Aït-Sedrat, des Ahel-Dadès, des Aït-Atta du Dadès. Les chioukhs élus suivant la coutume ne pouvaient être révoqués pendant la durée de leur magistrature que par le Makhzen qui avait agréé leur élection.
En outre, on décida :
1“ La destruction des blockhaus construits le long des séguias;
2“ L’établissement d’un tour régulier d’irrigations;
.3“ L’interdiction de régler par les armes les condits de ksar à ksar et de lef à lef et le recours
et le Todgha et à placer à Imiter un détachement permanent dont l’effectif fut lixé par Si Hammou.
Les djemaas et chioukh locaux furent groupés et placés sous la direction de kbalifas makhzen établis avec des garnisons permanentes dans les résidences qui parurent les plus propres à constituer des points d’appui et des centres politiques d’où l’on puisse maintenir les populations soumises et agir sur les tribus dissidentes.
Les points choisis furent : Timrirtau Todgha, les Aït-Hammou au Dadès, Beni-Zouli dans le Tinzoulin.
Le khalifa du Todgha reçut pour mission de s’occuper des Aït-Atta du versant nord du Sagho et des fractions Aït-Morghad duhautoued Todgha,
l’oued dadès
obligatoire à l’arbitrage du khalifa makhzen et au-dessus de lui à celui du caïd ;
4" La sécurité et la libre circulation sur toutes les routes;
5” La responsabilité des fractions pour tout attentat commis sur le territoire.
Des réunions semblables réunirent les djemaas du Todgha et décidèrent des mesures analogues. En outre, il fut spécifié que, en raison de son rôle d’avant-poste, l’oasis serait jusqu’à nouvel ordre exempte de toute contribution en impôt.
Les djemaas des Aït-Atta ralliés, comprenant la totalité des Aït-Ounir. des Aït-ou-Allal, des Imsoufl'aetdes fractions des Aït-Isfoul, Aït-Aïssa-ou- Braliim, Aït-Ouahlim, Aït-bou-lkhnifren, résolurent de ne former qu’un groupement unique sous le commandement du cheikh Khouia Mimoun. Ce groupement était ouvert à tous ceux qui voudraient s’y rallier sous la condition qu’ils reconnaîtraient sans réserve l’autorité du Makhzen. il s’engageait à maintenir l’ordre et la sécurité sur son territoire, particulièrement entre le Dadès
et fut spécialement chargé de maintenir laliaison avec le Ferkla et Sidi Ali el llaouari.
Le khalifa du Dadès se vit attribuer les tribus dissidentes de l'Üussikis et de l’Atlas avec la surveillance spéciale de la propagande d’Ahansal.
Ces deux fonctionnaires devaient recevoir les instructions du chérit Moulay Hassen, naïb supérieur du Makhzen, chargé de la direction politique dans les régions Todgha, Dadès, Imghane et M’Gouna.
Le khalifa du Draa, ultérieurement placé dans la 1 <asbah Glaoua restée vide depuis l’assassinat de Abderrahman el Mezouari, agirait d’accord avec le moqqadem de Tamgrout sur ies Aït-Atta de Tazarin et du Sagho.
Le ralliement de Sidi Ali el llaouari et la venue à Timrirt des djemaas du Ferkla, nous a permis enfin de tenter également au Ferkla un essai d'organisation.
Sidi Ali a été agréé comme représentant du Makhzen ayant la direction politique du pays en employant sa très grande influence à faire pro-
BULLETIN DU COMITE DE L’AFIUQÜE UBANÇAISE
j^resser la cause du Makli/en. Les djeiuaas : Aït- Anior-ou-Mansour, Aït-N’Hammed, Aït-Irbiben, Aït-Youb, Aït-Kraad Ikhsan, Aït-ou-Zin (au Gheris), Aït-Asserir, ont désigné avec son agrément leurs chioukhs et deux personnages, Mohamed ou Assa N’Ait ben Yahia et Hammou ou Ali, ont été choisis pour être ses khalil'as et ses intermédiaires, le premier vis-à-vis des Ait- Morghad et des Ait ou-Zin du Gheris, le second vis-à-vis des Ahel-Asserir.
De plus la convention passée entre Todgha et Ferkia doit assurer la communication entre les deux oasis et leur appui mutuel contre les agressions des dissidents.
Il est bien évident que celte organisation faite
L’expédition des Glaoua paraît avoir obtenu des résultats satisfaisants et durables. Elle a privé le chérif Nifrouten d’une partie importante de ses contingents, au moment précis où il en aurait eu le plus besoin. Elle a arrêté complètement l’extension de la crise vers l’Ouest et contribué à la détente à l’Est.
Du Ouar/azat au Todgha, elle a pacifié et organisé le pays, y a établi des points d’appui solides, et une ligne de communication ininterrompue. Elle a dissocié le groupement Aït-Atta, a formé un lef makhzen capable d'agir par la persuasion et par la force sur les fractions restées dissidentes.
Au delà des limites de la région, elle a déterminé le ralliement de Sidi el llaouari et du Ferkia,
TODRA
en dehors de nos limites et de la zone d'iniluence de nos chefs indigènes n’a pas la solidité de celle établie à l'Ouest.
Elle repose tout entière sur Sidi Ali. La nature purement religieuse de son autorité l'oblige à des concessions et à des compromissions qu’ignorent leschefs politiques comme les Glaoua. La baraka est chose fragile, surtout mise à notre service.
Sidi Ali est d’ailleurs dans une position assez difficile, il est isolé au Ferkia, coupé du Fezna et du Ziz par la forteresse Aït-iVtta d’El-Touroug au Nord. Les Aït-lladdidou, pourtant ses serviteur.s, lui reprochent son refus de les assister contre nous. Au Ferkia même, il est en hutte à l’opposition de son frère Sidi ou Ba. Ce personnage depuis la mort de Sidi Ali Amhaouch est revenu habiter dans la vieille zaouïa de Sidi el Haouari.
Quoi qu’il en soit, Sidi Ali paraît devoir se maintenir au Ferkia et son adhésion est un facteur de premier ordre pour la pacification et le ralliement au Makhzen de la région où joue son influence.
donnant à notre action sur ce territoire une base et un moyen d’action.
L’opération démontre aussi une fois de plus la [)uissance des Glaoua. leur |)arfait loyalisme, l’onlre. la discipline, et l’excellent esprit des populations soumises à leur autorité.
Le pays est pauvre, très pauvre et est bien loin de suffire à la subsistance de ses habitants, qui s’expatrient momentanément et vont gagner en France, en Algérie, dans le Nord du Maroc, des sommes souvent importantes. C'est ce qui explique l’aisance relative qu’on y trouve. 11 ne paraît pas que, dans l’avenir, on puisse améliorer d’une façon appréciable son infertilité et son improductivité. jVlais il restera pour nous, au point de vue militaire et au point de vue de la main-d’œuvre, un très gros réservoir d’hommes.
La situation établie sur les confins du Draa est actuellement solide. Elle reste en butte vers le Nord à la propagande hostile de la zaou'ia d’Ahansal. A l’Est, la tranquillité est fonction du retour du Tafilalet à la vie makhzen, soit par
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nEXSEIG.NEMENTS COLONIAUX
notre occupation, soit par la reconstitution des institutions indigènes qui jadis tenaient le pays.
\ers le Sud, la question saharienne reste encore ouverte.