VII. — Baron Albrecht von Recheaberg
Le baron Albrecht von Rechenberg, connu comme ancien gouverneur de l’Afrique Orientale Allemande, a fait paraître un article dans la revue mensuelle iVo/’(i und Sud (février 1917) sous le titre Kriegs und Friedenziele. Au cours de cet article, il discute la question des colonies Allemandes ;
Ou a si souvent exposé combien l’Empire allemand a besoin de colonies qu’il est inutile d’entrer dans le détail (les raisons de ce besoin — approvisionnement en matières premières, en produits d’outre-mer, etc. — Tous s’accor- (leut sur ce point : que l’empire colonial allemand ne pent être abandonné. Il vaut mieux nous limiter à la question de savoir quel territoire colonial nous devons désirer et quel territoire il nous est possible d’obtenir.
On a dit souvent qu’une étendue suffisante de terre susceptible de colonisation était ce qu’il nous fallait désirer. Au premier abord, cela semble une proposition raisonnable. Mais la question est de savoir si un pareil territoire
(I) La fin de 1 ait de sjmb'e a'oir été écrite précipitamment. La deniiére phrase est dans le texte allemand un non-sens, mais la version ci-dessus lui restitue son sens évident. — (Note du traducteur anglais.)
peut être acquis par nous... Les régmns qui présentent avec certitude la somme de conditions nécessaires à la colonisation européenne sont déjà occupées par des populations établies, qui se gouvernent elles-mêmes et auxquelles nous ne pouvon^, ni ne devons tendre à imposer la suprématie allemande.
Puis si, d’uue part, la ferre coloniale fait défaut, nous manquons, également d’autre part dcrcolons allemands de bonne aptitude. Lrs gens qui vont criant qu’il nous faut aci[uérirde vastes territoires dépeuplement, pensent aux temps révolus où le paysan-fermier allemaud, incapable de vivre sur son bout de terre, se résolvait à émigrer pour trouver un emploi à son activité, principalement en Amérique, et ce, au grand prolit de sa nouvelle patrie. Les condiiions out changé depuis lors. Depuis un grand nombre d’années l’émigration hors d’Allemagne a été beaucoup plus que contrebalancée par l’émigration dans le même pays...
Pour regrettable qu’il soit, le fait est que, lors de la future paix, il ne peut être question pour nous d’acquérir de vastes territoires de peuplement : il n’existe pas de terre convenable à cette fia, et nous n’avons pas de pojm lalion agricole apte au peuplement.
Parmi les autres régions à considérer, il nous faut écarter toutes celles qu’il nous serait difficile ou iinpos- ^ible de tenir à l’avenir, soit pareeque lapopulationindigènc, à mesure qu’elle se développerait, constituerait pour la colonie une cause éventuelle de danger à raison de son cliifïre ou de son degré de civilisation, soit parce qu'il ( xiste des puissances voisines dont 1 influence, à raison de conditions locales, pourrait mettre en péril l’existence de nos colonies.
Les nouvelles acquisitions sur la côte de Chine rentreraient dans la première catégorie. Il va sans dire que la Chine continuera à s’ouvrir et à se développer après la guerre et que les puissances européennes auront a parti ciper à ce processus, en la personne de leurs sujets, si elles ne veulent pas laisser le champ entièrement libre aux Japonais. Mais il est très certainement irrationnel d’occuper des possessions coloniales en Chine, alors que ces possessions doivent être considérées pour les Chinois comme un empiètement sur leur sol et comme l’incarnation d’une suprématie étrangère, cependant qu’instructeurs et directeurs d’industrie amènent les ressources militaires de la Chine au niveau européen. Si les instructeurs font leur office, le premier usage que fera l’Empire chinois de ses nouveaux moyens d’action sera d’affranchir son territoire des pouvoirs étrangers, — c’est-à-dire d’enlever à la nation même qui lui aura fourni ses instructeurs ses colonies de Chine. L’Allemagne en a déjà fait l’amère expérience. Nous pouvons savoir combien le Japon doit à ses instructeurs militaires allemands, et nous avons vu, dans cette guerre, comment le Japon a payé sa dette. Celte expérience n'incline pas à une nouvelle tentative.
Les colonies du Pacifique du Sud apparliennent à la seconde catégorie. Le développement des Puissances, qui y sont déjà établies, progressera. L’Australie, par exemple, deviendra plus forte au cours du temps — même si l’Angleterre doit abandonner son absolue maîtrise des mers. Toutes les colonies que nous pourrions acquérir dans cette région seraient exposés à une menace qui, avec le temps, croîtrait et ne diminuerait pas.
La guerre actuelle nous a appris quelles devaient être les caractéristiques de notre futur domaine colonial pour assurer son maintien même en temps de guerre. Son étendue doit être suffisante pour lui permettre, par sa seule force particulière, de défendre la majeure partie de son territoire, — ou tout au moins de le défendre assez longtemps pour que la guerre, qui décidera de sa destinée, se décide elle même sur d’autres champs de bataille où la décision sera obtenue par notre armée et notre marine.
La seule colonie allemande qui se maintienne encore contre des ennemis supérieurs en nombre est l’Afrique Orientale allemande à laquelle touche le Congo Belge. Dans l’hypothèse où la Belgique — selon notre espoir et le désir de ses populatiohs (!) — serait partagée entre la France et l’Allemagne, le Congo belge et le Congo français, y compris les districts du Tchad, Sbari et Ouada'î, seraient rattachés au domaine allemand. Notre domaine serait ultérieurement complété par l’acquisition de l’Afrique
Orientale anglaise et de l’Uganda, en échange de quoi nous abandonnerions Kiao-Cheou, la Nouvelle-Guinée, et nos possessions dans l'océan Pacilique. Ce domaine colonial compact offrirait par lui-même des garanties suffisantes de défense et de développement. Le Togoland demeurerait isolé et verrait, à la vérité, ses perspectives de développement ultérieur compromises. Il vaudrait la f eine de se demander s’il ne serait pas mieux de céder le Togoland à l’Angleterre en échange de la Rhodésia du Nord et du Nyassaland, puisque ces dernières possessions britanniques sont, en l’état, déjà enclavées en territoire non bri taunique. Quant aux colonies portugaises, il faudrait remettre en vigueur le traité précédemment intervenu entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne en ce qui les coueernc.
De cette façon, l’Allemagne aurait un domaine colonial d’un seul bloc, susceptible d’être défendu et jouissant d’un accès facile à la côte occidentale; ce domaine fournirait un champ suffisant d'aciivité à l'esprit allemand d’entreprise et, par là même,- nous procurerait les matières premières qui nous manquent — qu’il s’agisse de minéraux ou de produits de l’agriculture tropicale. Si, par notre administration, nous savons gagner la sympathie des indigènes, nouspourrons compter sur eux dans l’éventualité d’une guerre — ce qui a déjà été le cas pour l’Afrique orientale. Notre domaine colonial se trouverait avoir une telle étendue qu’il ne serait pas au pouvoir de nos ennemis de le conquérir, même si. pour un temps, nos coloni s étaient réduites à leurs jiropres ressources. De plus, un tel plan colonial serait en harmonie avec la formule du programme allemand — expansion territoriale limitée à ce que comporte notre sécurité — et ce plan n’imposerait à l’adversaire aucun sacrifice qui dût lui paraître intolérable. Qu’un tel domaine colonial place l’administration coloniale en face de nouvelles tâches, on n’en peut douter, non plus que du caractère souvent difficile de ces nouvelles tâches ; elles ne sont cependant pas irréalisables, non plus quelles n’exigent d’excessives avances financières, pourvu* (jue nous soyons résolus à limiter exactement l’intensite de notre administration à la mesure des bénéfices acquis.