‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 4)Chapitre 9 sur 75 · VIII. — Davis Trietsch · texte numérisé non relu

VIII. — Davis Trietsch

Trietsch est l’auteur d’un opuscule publié en 1917 sous le titre de Afrikanische Kriegsziele (Buts de guerre d’Afrique). On peut conjecturer que, à la ditférence des écrivains déjà cités, Trietsch est pangermanisle ; un autre de ses ouvrages, Tàtsachén und Ziffern, publié par la firme pangermaniste Lehmann, a été chaudement recommandé et diffusé par les pangermanistes. Bien que les principaux théoriciens de la Mittel Afrika contestent que l’Allemagne ait besoin de tout ce que les pangermanistes réclament pour elle en Europe à cor et à eVi, il n’y a cependant aucune raison qui empêche les pangermanistes de considérer un empire africain comme une réclamation supplémentaire à faire admettre tout naturellement, les buts européens une fois réalisés. Trietsch écrit :

Plus nous approchons de la paix et plus il est opportun de se faire des idées nettes, non seulement sur les changements de frontières possibles ou désirables en Enro[)e, mais encore sur les changements rendus nécessaires ou réalisables dans les lerriloires d’outre-mer. Les discussion* sur ce [)oint ont jusqu'ici tourné principalement autour de la prétention de la constitution d’une Mittel A/'rika, réplique de la nouvelle Mittel Exiropa. La réunion des ])lus importantes colonies allemandes soit en leur état actuel, soit diminuées, soit agrandies — le point n’est pas à discuter quant àprésent — à l’aide de la région intermédiaire correspondani en gros avec l’Etat actuel du Congo Belge, serait une condition sine qua non. Alors l’immense région du

Congo, que la petite Belgique serait beaucoup fro]> faible pour développer convenablement, serait rattachée à la puissance coloniale européenne qui, dans le partage de l’Africjue, a reçu beaucoup moins que sa part légitime. Alors, les principales colonies de l’Allemagne n’auraient pas seulement gagné une nouvelle cohésion territoriale, mais leur situation stratégique et leurs facilités de communications d’océan à océan apparaîtraient sous un jour tout nouveau. Alors une Mittel Afrika enfermerait le bloc du Nord musulman, aidant ainsi à son union plus étroite avec la Turquie, première puissance (Vormacht) de TIslam, ainsi qu avec les alliés politiques et militaires de la Turquie.

Par là la position de l’Allemagne dans le monde gagnerait une force essentielle particulière. Slême auparavant, la force de l’Allemagne résidait en ceci qu’elle se trouvait être un Etat économiquement et politiquement compact. fortement centralisé sur sa position principale alors que les autres puissances coloniales, en cas de conflit, pouvaient toujours être durement atteintes p.ar les coups portés à leurs parties écartées, loin du siège principal de leur force. Celte guerre a montré que pour une puissance dans la position de l’Allemagne, la perte de ses colonies n’est pas un coup décisif, tandis que pour l’Angleterre et la France, il est hors de doute qu’une grosse agitation ou des troubles dàns les territoires d’outre-mer assujettis — ou même le tait que ces territoires auraient été menacés par l’Allemagne ou ses alliés — auraient changé et empiré du tout au tout la situation de la mère patrie...

Dans les guerres futures, l’Allemagne, rien que par l’usage des nouvelles armes militaires acquises et perfectionnées dans cette guerre, serait en situation de menacer le dominion colonial de l’Angleterre d’une manière de plus en plus en plus considérable. Les croisières de sur les

côtes de l’Inde ont fourni des indications quant aux possibilitésdanscet ordre d’idees. Sil’onsupposequel’Allemagne, en élevant à une hauteur nouvelle sa puissance mondiale, réussisse à arrondir et augmenter son territoire colonial, passant ainsi d’un bloc européen à un bloc européo africain, alors la réunion de la Mittel Europe avec la Mittel Afrika par la Turquie et le Nord-Africain musulman, placerait la troisiéme.U/ffef région, je veux dire celle de la Méditerranée (en allemand, Mittellandische Meer), à un degré qu’on aurait antérieurement pu difficilement espérer, dans la sphère d’action du groupe de puissances constitué par l’Allemagne et ses alliés. Avec un bloc compact s’étendant maintenant non plus seulement sur un continent, mais sur une grande partie du globe, l’Allemagne pourrait porter de tels coups aux intérêts situés aux quatre coins du monde et aux colonies éparses de ses adversaires, que ceux ci seraient absolument détournés de toute tentative de nouvelle provocation (pp. 3-5.)

Cet auteur insiste beaucoup sur l'élément mahométan en Afrique comme facteur utilisable à j’avantage de l'Allemagne :

De quelque point de vue que nous regardions la nouvelle situation mondiale créée par l’alliance germano-turque, il est éventuellement de la plus grande conséquence que la Turquie, en tant que première puissance de tout l’Islam, se trouve avoir une importance qui s’étend bien au delà de son territoire et de sa population... L'axiome que les relations religieuses sont plus importantes dans I histoire du monde que les relations politiques est illustré par le fait que la plupart des relations coloniales portent en elles-mêmes, dès le principe, le germe de leur dissolution finale. Les populations des colonies.,, doivent finir tôt ou tard par secouer le joug étranger et seule une [>atience égale à celle des communautés religieuses peut assurer la victoire finale.

Ces considérations générales sont d’une application particulière en Afrique — le plus <- colonial » de tous les continents. On peul considérer dans l’Afrique trois divisions principales : l’Arabie ou Nord arabisé, y compris le Soudan, la région noire centrale, et, au Sud, l'extrémité blanche. De ces trois régions, tout le Nord et la partie nord d i centre peuvent déjà être regardées comme musulmanes, de même qu’une longue bande de côte s’étendant vers le

BULLETIN DU COMITE DE I.’AFBlOUE FRANÇAISE

Sud le long de l’océan Indien doit être reconnue comme ap|>artenaut à l’Islam. Les statistiques et les estimations très défectueuses, à la vérité, dans le cas de l’Afrique montrent la majorité de la population comme encore païenne (d’après Ritter, la population totale est de 150 millions, dont 80 millions sont païens, 60 millions mahométans, 0.800.000 chrétiens et 400 000 juifs), mais tout le monde est d accord que, tandis que le paganisme est en régression, ce qui est en gain est heaucoup plus l'Islam (|ue le christianisme... Les gains des missions chrétiennes sont estimés, au )dus, à quelque 10.000 par an, tandis ([ue l’augmentation annuelle de la communauté mahométane se compte par millions. Telle était la situation quand l’Islam, en tant que puissance politique, paraissait être sur son déclin. Combien plus vigoureuse et rapide sera l’expansion de l’Islam en Afrique païenne, maintenant que sa ])remicrc puissance, la Turquie, est entrée da ns le ]»lus puissant groupe d’Etats du moule et a fait victorieusement tête à tous scs ennemis sur tous les fronts! Le résultat est qu’il nous faut dès aujourd'hui envisager la perspective d’une Afrique aux neuf dixièmes musulmane, et ce sera une des plus importantes tâches de rAllemagne en Afrique de développer sa propre prédominance politi(|ue aux côtés de l’inlluence grandissante de l’Islam. U n’cxisle pas d’autre moyeu aussi efficace d’arrêter les empiètements de l'Angleterre et de la France sur le domaine musulman d^Afrique. Mais si cette politique réussit, alors nous aurons une situation mondiale entièrement nouvelle et les plus extraordinaires perspectives ! ( P. 10-12. )

Trietsch résume, en concluant, le plan de la Millel Afrih a :

Fonder en Afrique un grand empire colonial s’étendant du S. -O. au S.-E (sic) (1), remontant jusqu’au Cameroun et au Togo, uni en un seul domaine par l’adjonction de régions qrd furent autrefois françaises, belges et (peutêtre) anglaises, tel doit être notre but. C’est une nécessité si nous voulons nous assurer un ravitaillement indépendant en matières premières ; c’est une égale nécessité pour assurer notre position sur la mer. Un tel empire, convenablement organisé, se maintiendrait de lui-même, et pourrait être à peu près administré selon le type des Dominions britanniques. Les gages, qui devraient nous valoir tout cela, nous les détonons dans le Nord de la France et en Belgique... Il nous est presque permis de dire que ce facteur dans les conditions de .la paix sera la plus forte preuve de notre invincibilité (pp. 30-31'.

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