VIII. — Douanes
Douanes extérieures.
On a vu qu’en vertu de notre traité de commerce avec l’Ethiopie et dont bénéficient l»s principales nations en relations commerciales avec l’Empire, les droits acquittés par toutes les importations sont de 10 0/0 ad valorem ; les vins et boissons non alcooliques ne payent que 0 0/0. En fait, ces perceptions sont très variables en dépit des traités et les marchandises empruntant la voie de Djibouti sont, en réalité, les seules qui soient taxées d’une façon â peu près uniforme. Mais l’arbitraire de l’estimation de la valeur des marchandises, les grandes variations subies par les cours par suite del’intermittence des arrivages, la persistance des coutumes locales en ce qui concerne les poids et les mesures, ne permettent guère, même en temps normal, aux importateurs européens que des évaluations assez approximatives. Tel produit qui, au moment où la commande est passée, devait payer un franc de droits d’entrée, sera taxé 1 fr.50 àson arrivée en Ethiopie. D’autre part, suivant le principe de la dîme qui régit les indigènes, la douane se réserve de percevoir assez souventen nature, un surdix des articles importés. Un essai de tarif fixe a été tenté avant la guerre : il n’a jamais été appliqué dans aucun des bureaux de douane, sauf pendant très peu de temps à Dirré-Daoua. L’Oflice national du commerce extérieur possède un exemplaire de
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
ce tarif qui pourrait être consulté par nos exportateurs ; ils y trouveraient d’utiles indications sur les catégories dans lesquelles la douaneéthiopienne fait rentrer les principaux articles d’importation. Tant que le régime douanier ne sera pas unifié pour toutes les frontières et qu'une organisation centralisant toutes les recettes douanières et les contrôlant, n’existera pasen Ethiopie, les taxations arbitraires subsisteront. Les commerçants installés depuis de longuesannées danscepays s’accommodent de ce système rudimentaire, mais il serait à souhaiter qu’il fût remplacé par un réseau douanier complet et uniforme aussitôt que possible. A l’heure actuelle, il y a des douaniers mais pas d'administration normale des douanes.
A la taxe de 1Ü U/0 prévue par les traités, s’ajoutent divers autres droits accessoires perçus à Dirré-Daoua par les douaniers abyssins. Les principaux sont : 1° le cotti ; 2° le droit de manipulation et bascule.
Cotti. — C’est une taxe d’un thaler (3 fr. 80 au cours actuel) par balle, caisse ou sac de 100 kilogrammes ou inférieur à ce poids. Ni la nature, ni la valeur intrinsèque des marchandises contenues dans les colis ne sont prises en considération.
Droit de manipulation et de bascule. — Taxe de 60 centimes environ par colis quels que soient la nature et le poids.
A l’importation, un droit unique de 10 0/0 est perçu par les douaniers abyssins.
Douanes intérieures et droits d'octroi.
En plus des droits de douane, dont sont grevées les marchandises à l’entrée ou à la sortie des territoires éthiopiens, celles-ci doivent acquitter une sériede taxes intérieures relativement onéreuses et d’une variété infinie.
Voici les principales calculées au taux du thaler compté à 3fr. 80.
Taxe Radar. — Cette taxe était, au temps des caravanes, une sorte d’assurance contre le vol. Les commerçants payaient au gouvernement un droit de 2 piastres (0 fr. 57) par colis chargé à dos de mulet : les marchandises chargées par chameau^ ou voitures étaient exceptées de ce droit. Depuis que le chemin de fer existe, ce droit est perçu à l’entrée ou à la sortie des gares.
Taxe Bavané. — Même taxe que la précédente pour les transports par chameaux. Pour chaque chameau chargé, le gouvernement perçoit 0 fr. 57 et pour chaque caravane, quel que soit le nombre des chameaux, l’apposition d’un cachet sur le permis de circulation coûte 1 fr. 60.
Taxe Makonnen. — Egalement perçue dans toutes les haltes et stations de la ligne à l’importation, cette taxe varie à l’infini. Elle est différente suivant l’agent percepteur : c’est l’arbitraire absolu Toutefois le sel paie uniformément 10 piastres (2 fr. 35) par 100 kilogrammes.
Reliés. — Même arbitraire pour les douanes intérieures ou ke 1 lés installées dans les provinces, sur les pistes des caravanes. Ce sont de véritables
péages encaissés, pour leur propre compte et sans aucun contrôle du gouvernement central, par les èhefs locaux.
Droits d'octroi. — Le sel et le pétrole sont frappés de droits spéciaux d’un thaler (3 fr. 80) par sac de 100 kilogrammes de sel et par caisse de pétrole de 30 litres. La création éphémère de municipalités dans divers centres urbains d’Ethiopie a été le prétexte de l’établissement de ces droits, qui peuvent être assimilés à des droits d’octroi, mais sont, en réalité, perçus par le gouvernement.
L ensemble des droits payés par les marchandises importées donne un total très élevé; mais le pire inconvénient provient de leur enchevêtrement et surtout du lait qu’ils ne sont pas également perçus sur toutes les frontières. C est sur la ligne Djibouti-Addis-Abeba que ces taxes sont le plus rigoureusement appliquées et les produits étrangers pénétrant en territoire abyssin par d’autres voies échappent le plus souvent, par suite de l’absence d’un réseau douanier organisé, à ces taxations plus ou moins arbitraires. Un comprend combien le maintien d’un tel état de choses est menaçant pour les intérêts français, combien sont lésés à la fois ceux de notre port de transitet ceux delà Compagnie du chemin de fer franco-éthiopien.