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ZONE COMMERCIALE DE MELILLA MOYENS ET VOIES DE COMMUNICATION

La zone commerciale de Melilla se réduit constamment par suite de l’avance du chemin du fer du Centre algérien et du Sud oranais.

Quand le chemin d’Oran s’arrêtait à Lalla-Maghnia, tout près de la frontière du Maroc, Oudjda pouvait indifféremment s'adresser au marché de Melilla ou à celui d’Oran, mais dès que cette ligne a été prolongée jusqu’à Oudjda, on a pu considérer ce marché comme perdu pour le port de Melilla.

Pour arriver à Oudjda les marchandises qui viennent de Melilla ont à parcourir 160 kilomètres, dont 132 doivent être faits par charroi (79 sur route et 35 sur de mauvais chemins); du port d’Oran elles arrivent au contraire directement après un parcours de 250 kilomètres avec une grande économie et beaucoup plus de rapidité.

La construction du chemin de fer Melilia-Oudjda ne saurait non plus permettre la conquête de ce marché puisque la moindre distance de la ligne Nemours-Oudjda (85 kilomètres) suffirait pour que les marchandises se dirigeassent sans aucune concurrence, vers le port de Nemours.

L’impartialité qui doit présider à ce rapport nous oblige à déclarer que le marché d’Oudjda doit se considérer comme tributaire des ports oranais, et qu’il ne peut s’adresser au port de Melilla que par exception.

Si nous suivons les routes des marchandises qui viennent d Oudjda jusqu’à notre zone, nous arrivons à une ligne de partage des zones commerciales qui correspondent aux ports île Melilla et d'Oran; cette ligne de démarcation est constituée par la chaîne des Beni-Snassen, car à partir de là le coût du transport des marchandises est équivalent pour l’un et pour l’autre port.

La plaine des Triffas avec ( agglomération de Berkane tombe dans notre zone, et Melilla est intéressée à ce que les voies actuelles de communication soient améliorées, afin de no pas perdre ce marché qui dispose d’une excellente route de Berkane à Oudjda, ce qui oblige à une lutte dans des conditions pénibles, car pour arriver de Melilla à cette agglomération il faut parcourir 35 kilomètres sur un chemin très mauvais, et passer à gué la Mouiouya, lorsque son courant d’eau le permet.

Pour remédier à la situation actuelle il est urgent de prolonger dans notre zone la route de Mouley-Rechid jusqu’à la Mouiouya, ce qui diminuera de 25 kilomètres le mauvais chemin, et il faut absolument construire un pont sur la Mouiouya, qui permettra d’une façon provisoire ou définitive le passage sûr des marchandises d une rive à l’autre du fleuve.

La construction de ce pont donnera certainement lieu à la formation d’une agglomération fort importante dans notre plaine du Sebra. qui soutiendra avec avantage le commerce avec la rive française de la Mouiouya.

Certainement, cette œuvre se serait réalisée, si la guerre n’avait pas paralysé le mouvement déjà commencé des travaux publics mais ce pont est si nécessaire pour Melilla, que la Juuta de Arbitrios ne doit pas hésiter à s’adresser à l’Excellentissime haut commissaire de l'Espagne au Maroc, pour le supplier de hâter l’exécution de cet ouvrage pour lequel cette junta même devrait avancer une partie des frais, à titre d’avance sur le budget makhzen, sicela était nécessaire à sa réalisation immédiate. Elle peut être assurée que non seulement Melilla, mais l Espagne entière approuverait une résolution si importante et y applaudirait.

RENSEIGNEMENTS GOLONIADX

Du côté de la zone française, il faut espérer qu’il n'existe aucun inconvénient, car les avantages sont réciproques, puisque les colons français ulili-eraient le pont d’une façon plus intense que nous-mêmes.

D’accord dans ces conditions nous pensons qu’il faudrait demander que la construction de ce pont fût plus rapidement menée que celle des chemins qui peuvent y conduire.

La zone commerciale de notre port s’étend au Sud et au centre du Maroc, elle est aussi étendue qu’il y a de routes qui y aboutissent. Nous allons donc mentionner l’influence que ces voies exercent sur le commerce de Melilla.

Avant que les chemins de fer oranais ne se fussent avancés vers le Sud et la frontière de l'Ouest algéro-marocain, lorsque les courants commerciaux devaient parcourir un chemin aussi mauvais pour arriver à l’un ou a l’autre port de la Méditerranée, ils choisissaient le plus direct et le plus facile, et Melilla se voyait fréquentée par de grandes caravanes venues de Debdou, Figuig et Taza; avec la construction du chemin de fer du Sud oranais, notre ville a perdu le marché du Sud du Maroc et il a suffi d’établir la ligne de 0,60 d’Oudjda à Taza pour que disparaisse nbtre commerce avec Debdou et Taza, et pour que ces courants commerciaux dévient vers le port d’Oran.

La cause même de la disparition de ces marchés nous indique le moyen de les récupérer; les marchandises qui se dirigeaient vers notre port, ont rencontré les deux chemins de fer mentionnés plus haut., qui leuç assuraient un transport plus constant, plus sûr et plus économique, et pour profiter de cet avantage, elles ont abandonné leur ancien port de Melilla pour aller à un autre plus éloigné. Ce sont les chemins de fer qui ont fait dévier ce courant commercial, et ce n’est que par d’autres chemins de fer que nous pourrons les récupérer.

L’exploitation du réseau de voies ferrées de toute nation maritime a comme base la fixation de quelques ports, dont le mouvement est soutenu par les chemins de fer.de pénétration ; ces lignes de pénétration se lient à d’autres lignes secondaires ou d’exception, et leur ensemble forme le plan du réseau ferré de l’exploitation commerciale d’une nation.

Jusqu’à présent, on n’a fait aucune mention officielle des chemins de fer de pénétration qui doivent traverser le Nord du Maroc, la seule exception est celle du Tanger-Fez, dont la construction a fait l’objet de l’accord hispano-français de 1912, qui limitait la frontière des deux zones de protectorat. Ce chemin de fer, qui devait être immédiatement construit, détermine par lui seul l’importance commerciale du port de Tanger, et en traversant la zone ocei dentale de notre protectorat, met le territoire de Larache dans des conditions que Melilla pourrait envier, non pas tant à cause du nombre des kilomètres qu’en raison de la communication ainsi établie avec la zone française.

Les facilités stipulées dans le protocole relatif au chemin de fer Tanger-Fez sont une garantie du prompt achèvement de cette ligne, qui en rejoignant à Fez le chemin de fer provisoire de 0,60 joignant également Oudjda, se trouvera unie au port d’Oran. |

Ainsi l’accord franco-espagnol a facilité les communications entre Tanger (international) et Oran (français), en écartant autant nos ports espagnols que ceux du protectorat.

Entre Tanger et Oran, qui en ligne droite se trouvent à une distance de plus de 500 kilomètres, Melilla se trouve à peu près au milieu ; sa latitude géographique la rapproche du chemin de fer Oudjda-t’aza-Fez plus que tout autre port de la côte du Maroc, èt sa proximité de la Moulouya favorise le profil des voies de communication, c!tr il n’y a pas à traverser de hauts défilés, ce qui peut se produire pour les autres ports.

Pour ce qui concerne le premier avantage. Melilla est à 150 kilomètres du chemin de fer Oudjda-Fez ; le second garantit une exploitation économique du chemin de fer qui aurait comme tète le port de Melilla.

Au sujet du tracé de ce chemin de fer, nous devons rappeler quelques antécédents. Avant 1909, on parlait déjà à Melilla du chemin fie fer Melilla Taza, avec comme itinéraire Melilla Aïn-Zorak-Kasba- M'Coun-Taza. Plus tard, en 1915, on publia un article pour appuyer le tracé de Melilla par Sidi Sadik à la Moulouya, pour remonter en suite par cette vallée jusqu’au chemin de fer français. Enfin, il y a un mois, le Tetecjrama ciel llif publiait divers

articles, où l’on plaidait en faveur d’un chemin de fer à Aïn-Zorak. que le gouvernement français prolongerait à Kasba-M’Çoun, si ce tracé l’intéressait, et d’un autre chemin de fer qui s'embrancherait à Taourirt sur celui d’üudjda- Fez.

Pour ce qui concerne le tracé le plus convenable, la commission estime que le chemin de fer de pénétration correspondant au port de Melilla n’a pas été étudié avec l'ampleur que mérite son importance.

Le Graud Allas constituera pendant longtemps une barrière interposée entre les chemins de fer du Sud Oranais et ceux du centre du Maroc, et la direction de cette chaîne Sud-Ouest-Nord-Est portera les grandes voies de communication \mrs la vallée de la Moulouya, ce qui obligera probablement le chemin de fer qui rejoindra ces voies ferrées à traverser les Hauts Plateaux du Maroc, pour s’unir aux approches de Debdou au chemin de fer d Oudjda-Fez.

U'après ce projet, le chemin de fer commercial de Melilla ne sera pas encastré dans celui d’Oudjda-Fez, il ne fera que la traverser ; et dans ces conditions i! n’y a pas à discuter le point de ce croisement, qui sera toujours compris dans l’orbite de la Moulouya. C est ce chemin de fer qui rendra à Melilla les marchés perdus.

Mais cela ne dépend pas uniquement de notre volonté, car la plus grande partie de cette ligne s’étend sur le territoire du Protectorat français, où le gouvernement dispose librement des voies de communication. C’est pourquoi il paraît plus pratique de réduire ce chemin de fera la partie comprise entre Melilla et la ligne Oudjda-Fez, dont la construction peut être rapidement réalisée, grâce à un accord analogue à celui du Tanger-Fez et fixant le point de passage du chemin de fer d'un protectorat à l’autre, et le point de jonction qui doit se trouver entre Taourirt et Kasba-MXoun.

Par ce moyen, les voyageurs et les marchandises qui du centre du Maroc se dirigeront vers le port le plus proche viendront à Melilla, avec une économie de plus de 200 kilomètres sur quelque autre port que ce soit ; de cette solution dépend I avenir industriel et commercial de Melilla et sa réalisation entraîne l’obligation de construire un grand port; sinon Melilla verra tristement les marchandises traverser sa zone commerciale à 1 50 kilomètres de la ville, sè dirigeant vers des ports qui les obligent à parcourir plus de 400 kilomètres.

Aujourd’hui, c’est Melilla qui réclame sa part dans le trafic commercial du Maroc, en présentant son port entre ceux de Tanger et d’Oran; plus tard, ce sera 1 économie nationale marocaine qui imposera les chemins de fer dont la réalisation île présente pas d’autre difficulté que celle de la division politique de l’Empire.

Puisqu’il s’agit de la prospérité de Melilla, la Junta de Arbitrios qui est fière de sa cité, s’honorerait de faire savoir aux pouvoirs publics combien il est nécessaire que Melilla possède ce ch -min de fer pour sortir de l’isolement commercial dans lequel notre zone a été mise par la ligne française, et d’obtenir que les chancelleries interviennent pour faire approuver un accord relatif au chemin de fer qui joindrait Melilla dans la vallée de la Moulouya à celui d’Oudjda-Fez. fixer le délai et les conditions des études, l’exécution et l’exploitation de cette ligne internationale.

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