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CHAPITRE V

La morale allemande en Afrique.

« Même si quelques-unes seulement de ces sadiques diableries sont vraies, elles sont une honte pour le nom allemand. Ces individus méritent , rien que pour avoir compromis le nom allemand aux yeux du monde entier, d'être envoyés aux travaux forcés ».

. Député. Dr Muller, 4 décembre 1906.

Une des plus importantes questions se rattachant à l’administration allemande a été gardée pour la fin, non parce qu’elle est moins importante que les autres, car, à beaucoup de points de vue, elle les dépasse dans l’influence définitive qu’elle doit exercer sur le bien-être de la race humaine, mais parce que le mot de la fin sur l’administration allemande doit être exprimé du point de vue de la morale. L’Allemand n'est pas le gardien de son frère, mais son tyran, son oppresseur et son destructeur.

Ce qui a été dit des méthodes allemandes en Afrique prouve que les Allemands sont cruels, brutaux, impérieux, et parfaitement incapables de traiter convenablement des peuples primitifs. Ce qu’on va dire maintenant, c’est qu’ils sont luxurieux et haineux dans leurs relations morales avec les races assujetties, et que du plus haut point de vue moral, il ne faut pas leur confier le bien-être des enfants du monde.

Caries indigènes d’Afrique, qu’on les regarde comme des valeurs économiques ou comme des êtres humains, sont en réalité des enfants, avec certains vices propres, mais, dans leur état fruste, non contaminés par les vices les plus hideux, fruits d’une civilisation sensuelle et corrompue. Il est possible de les modeler comme l’argile dans les mains du potier, et c’est un devoir pour les peuples plus élevés dans l’échelle de la civilisation (on le comprend ainsi en Europe occidentale et en Amérique) de veiller à ce que ces enfants de la nature ne soient pas écrasés toujours plus jus-

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qu’à devenir les vrais ilotes et les esclaves d’une domination sans conscience.

La plus grosse pierre d’achoppement, en beaucoup d’endroits de l’Afrique, sur la voie du progrès chrétien et moral, c’est le Blanc. Toute nation qui colonise a ses vices et ses faiblesses propres, et aucune d’elles n’est recevable à prétendre que le code de la morale dans ses territoires tropicaux soit ce qu'il devrait être. Cependant il n’y a aucun doute que dans les colonies allemandes les indigènes ontété systématiquement corrompus et débauchés d’une façon qui, espérons-le, est presque uniquement particulière aux Allemands.

Des vices ont été introduits dont le nom ne saurait s’imprimer et de ces vices les preuves surabondent. On se souvient qu’une pétition fut présentée au Reichstag demandant que la pratique d’un vice particulièrement répugnant cessât d'être un délit pénal. La coutume en a été introduite en Afrique, enseignée aux indigènes, et pratiquée par de hauts fonctionnaires. Plus d’un gouverneur allemand en a été accusé. Sur ce sujet, on ne peut en dire plus. Les missionnaires, et d’autres qui connaissent les colonies allemandes pourront fournir d’éloquents témoignages si on fait appel à eux.

En ce qui concerne la débauche commune et le détournement des femmes, les témoignages allemands eux-mêmes sont concluants, et l’opinion indigène a été spécialement outragée par la dégradation persistante des femmes indigènes. Dans une affaire particulièrement horrible où les indigènes portèrent plainte à la- mission voisine, les missionnaires furent mis en état d’arrèstation par les fonctionnaires locaux et tous les efforts furent faits pour étouffer l’enquête.

Le député Roren déclare :

Dans la nuit, à quatre heures du matin, le juge de district Rothberg arriva à cheval, avec son assistant Lang et deux autres, et dix-neuf soldats noirs. Ils allèrent, Messieurs, non pas à la station pour arrêter le criminel, mais à la Mission. Ils y entrèrent de force, en tirèrent tous les Pères, dans le costume où ils étaient, sortant du lit, leur notifièrent qu’ils les arrêtaient, d’ailleurs sans mandat et sans même répondre aux questions qu’ils faisaient sur la raison de leur arrestation. Ils fouillèrent tousles bâtiments de la mission, même la chapelle, découvrirent l’autel, bousculèrent tous les tiroirs d’ornements, emportèrent tous les papiers ; les Pères furent encadrés par les 19 soldats, fusil chargé, et conduits à la prison, Rothberg et son assistant Lang fièrement à cheval, en tête.

On les garda en prison vingt et un jours. On leurinterdit toute communication postale. Leurs lettres furent saisies... Ils ne pouvaient entendre la messe qu’en présence des soldats... Ils furent avisés qu’ils pouvaient se confesser sous cette seule condition que le pénitent devrait parler assez haut pour être entendudes gardiens.

C’est là un exemple montrant jusqu’où vont les officiers de justice des colonies allemandes pour éviter qu’on ne connaisse leurs débauches intimes dans le monde extérieur. Cet incident se produisit au Togoland et les missionnaires furent ultérieurement en butte aux menaces du Secrétaire d’Etat Dernburg — fait presque incroyable mais parfaitement établi.

Sans encourir le reproche de pharisaïsme, on peut dire que l’entretien de concubines indigènes

j a été pratiqué dans les colonies allemandes avec le plus parfait mépris de l’opinion indigène. « Le gouverneur duc », disait un indigène, écrivant au Gold Coast Leader (faisant ainsi allusion au duc Adolphe de Mecklemburg-Schwerin) « a un harem de jeunes filles comme le sultan du Maroc. L’immoralité n’est pas un péché. Le rapt est un événement de chaque jour : le duc ne peut s’y opposer, car lui-même mène avec délices cette vie d’immoralité ». « Les enlèvements en masse de femmes parles Allemands ont été véritablement terribles », dit un missionnaire de l’Afrique orientale, et sur cette déclaration nous pouvons abandonner ce sujet peu agréable à l’appréciation des consciences de l’Europe et de l’Amérique.

x\près tout ce qui vient d’être rapporté ci-des- *sus, nous pouvons avec confiance laisser 1 avenir des colonies allemandes à la décision qui interviendra d’accord avec les principes établis dans la déclaration de M. Lloyd George sur les buts de guerre britanniques (5 janvier 1918). Le Premier Ministre disait alors ;

Les colonies allemandes sont placées à la disposition d’une conférence dont la décision doit s’inspirer avant tout des désirs et des intérêts des indigènes de ces colonies. La considération dominante doit donc être, en ces matières, que les habitants soient placés sous le contrôle d’une administration qu’ils acceptent et dont le principal objet sera d’empêcher leur exploitation au bénéfice de capitalistes ou de gouvernements européens.

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