II. Les opérations du Nyasaland
Le ministère des Colonies a communiqué le rapport suivant sur les opérations militaires dans le Protectorat du Nyasaland (1) :
Du gouverneur du Nyasaland au secrétaire d'Etat aux colonies.
Zomba, Nyasaland, le 30 avril 1917.
J’ai l’honneur de vous transmettre un rapport du brigadier général Edward Northey dans lequel il me soumet le nom de divers officiers, sous-officiers et hommes ser vant sous ses ordres, qu’il désire voir cités dans le rapport. Ce rapport ne m’est parvenu que le 26 courant.
Le général Northey résume les opérations conduites par lui. Le rapport signale de brillants succès, plus frappants encore eu égard à la faible force de choc à sa disposition, à la grande surface embrassée par les opérations et aux difficultés inhérentes à l'établissement et au maintien de longues lignes de communication dans un pays sauvage et malsain. L’activité déployée par les services administratifs est l’objet d’une mention particulière et bien méritée. Il est sans doute hors de mon ressort, comme il est certai
(1) London Gazette, 2e supplément du 25 septembre 1917.
nement en dehors de ma compétence, de présenter un commentaire de l’habileté déployée par le général Northey dans la conduite des opérations qui lui étaient confiées, mais je veux exprimer le sentiment de sécurité que nous n’avonspascessé d’éprouver tous dans le Nyasaland depuis qu’il a commencé sa marche en avant.
Je souscris bien volontiers à toutes sesrecommandations. Il medemande d y ajouter les noms de ceux avec lesquels j’ai été particulièrement en contact à la base de ravitaillement ou sur les lignes de communications au Sud du lac et dont les services eminents méritent à mon sens une mention.
(Suit une liste d'officiers et de fonctionnaires civils.)
J'ai l’honneur, etc. •
G. Smith, Gouverneur.
Du brigadier général E. Northey. C. B.. A. D. C., commandant les forces du Nyasaland et de la Hholésia, à S. E. le gouverneur et commandant en chef, Zomba, Nyasaland.
Ubena, Est Africain Allemand.
10 mars 1917.
J’ai l’honneur de vous envoyer une liste des officiers, sous-officiers et hommes placés sous mes ordres que je vous recommande particulièrement en vue d’une citation dans les rapports pour le splendide effort accompli l’année passée.
Voici un bref résumé des opérations :
De janvier à mai, l’effort tout’ entier a porté sur la réorganisation des troupes sur la frontière, la conversion des garnisons situées entre les lacs Nyasa et Tauganyika en co onnes mobiles et sur l'organisation du ravitaillement et des transports. •
L’honneur des résultats obtenus jusqu’ici revient en grande partie aux services administratifs. Je crois que les difficultés à surmonter ne peuvent être estimées à leur juste valeur que par ceux-là même qui les ont éprouvées.
Des dispositions furent prises afin de nous permettre, en peu de mois, d alimenter en vivres et en munitions des colonues opérant à 10" milles au Nord de Bismarckburg, à Iringa et à l’Est de ce point et à 50 milles de Lupembe et de Songea.
Les distances par la route de Bismarckburg à New Langenburg puis à Iringa et d’Iringa à Songea sont chacune d'environ 200 milles Ces routes ne sont pas autre chose que des sentiers indigènes améliorés, le pays est très accidenté, en grande partie couvert de brousse épaisse et très malsain.
Il faut aussi rappeler que, pour être amené jusqu’à notre frontière, tout le ravitaillement doit parcourir par la Rhodésiaenviron 600 milles depuis le chemin de fer le plus voisin à dos de porteurs indigènes, soit de Chinde jusqu’au Zambèse par le Nyasaland, puis jusqu'au lac, une distance de 700 milles avec des transbordements constants, les marchandises étant acheminées tantôt au moyen de bateaux d’un tonnage assez élevé, tantôt au moyen de petites embarcations, puis par chemin de fer, automobile, porteurs, enfin de nouveau par bateaux sur le lac.
Outre les troupes, plusieurs milliers de porteurs dt vaient être nourris avec la colonne; or, il ’ faut savoir que chaque porteur mange en trois semaines l'équivalent en poids de ce qu’il peut transporter.
Cette tâche difficile fut plus tard considérablement allégée par l’arrivée de tracteurs légers, par les efforts infatigables des unités chargées du transport mécanique et par l’énergie déployée par le génie de l’Afrique du Sud sous les ordres du majorColin Clark, qui traça et entretint des routes à travers une contrée difficile et accidentée. 450 milles de routes pouvant être parcourues par des automobiles furent exécutés en 6 mois. De MayaàPoroto- Hills, juste au Nord de New Langenburg ; l’altitude delà route s’élève de i .500 à 8.000 pieds au-dessus du niveau de la mer.
Le 25 mai, nous attaquâmes l’ennemi tout le long de la frontière, et, à la fin de juillet, nous l’avions chassé entièrement des districts de New Langenburg et de Bismarckburg ; nous avions occupé environ 20 000 milles carrés d’une contrée très riche et très fertile, fait un grand nombre de prisonniers et pris beaucoup de matériel de guerre.
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
En août et en septembre, nous avons exécuté un mouvement tournant complet vers l’Est en pivotant sur l'extrémité «lu lac Nyasa L'ennemi, qui avail reçu des renforts par le Nord, fut repoussé vers FE<t des districts d’Ubena, d’Iringa et de Songea. L’occupation d’Iriuga était préparée de façon à coïncider avec l’an ivée du général van Deventer à Kilossa.
D’octobre à février, les troupes sous mes ordres livrèrent de très durs combats. En plus des adversaires qui nous étaient opposés au début, nous avions à compter avec le major Kraut (l’ancien adversaire de la 2“ division) à notre droite pendant que les troupes de Tabora sous les ordres du général Wahle, ayant ordre de rejoindre Kraut, descendaient sur notre gauche et au travers de nos lignes de communications. Kraut, en essayant de contenir les colouels Hawthorn et Murray, souffrit très sérieusement sur la Ruhudje et les troupes de Tabora perdirent une moitié de leur effectif.
Entre le 30 octobre et le 26 novembre, nous infligeâmes à l'ennemi des pertes s’élevant à plus de 600 hommes tués ou prisonniers. Il y eut certainement un nombre proportionnel de tués, de blessés et de nombreux déserteurs dont nous n’eûmes pas connaissance.
Les pertes infligées à 1 ennemi jusqu’à présent peuvent se décomposer ainsi : Européens 56 tués, 275 prisonniers; soldats indigènes 336 tués, 1.093 prisonniers. Il faut y ajouter plusieurs centaines d’Askaris blessés et déserteurs qui se sont échappés.
Nos pertes ont en proportion été faibles.
Nous nous sommes aus«i emparés de deux batteries de 4 mitrailleuses howltzers de 10, 5 centimètres d’un canon de 8, d’un de 6, de 3 plus petits et de 9 mitrailleuses et nous avons forcé le général Wahle a abandonner 2 pièces de marine de 12 livres qu il nous avait prises près d’Iringa dans sa marche pour joindre Kraut.
Les compagnies ennemies qui s échappèrent récemment sous les ordres de Kraut vers le Sud jusqu’à la frontière portugaise étaient réduites à une moyenne de 10 Européens et de 50 Askaris chacune, environ le tiers de leur force en septembre.
Je ne saurais trop louer l’effort accompli par les colonels Hawthorn et Murray, dont les colounes ont marché et cornbattusansrelâche même pendant les derniers moisde pluies constantes. Ces deux officiers sont jeunes, actifs ; on peut avoir en eux toute confiance ; ils connaissent parfaitement l’emploi lactique de tontes les armes. Je recommande chaudement leur avancement lorsqu on pourra se passer d’eux sur ce théâtre de la guerre.
Mon état-major n’était pas très nombreux ; aussi en rai son des grandes distances embrassées et de ia composition des troupes, le travail de l’état n.aior a été hor- de proportion avec l’importance actuelle des forces. Nos succès sont dus essentiellement au tact, à l’habileté, àlaconstante application à son devoir de mon chef d’état-major William Arthur Cecil Saunders-Knox-Gore, D S. O. Il est tout désigné pour remplir à l’avenir un emploi plus élevé dans les états-majors. Le service civil du Nyasaland et de la Rhodésia m a prêté une assistance précieuse, ainsi que le commandant en chef des troupes de la Rhodésia, le brigadier général A. H. M. Edwards, C B., M. V. O.
Les services médicaux et hospitaliers de l’Union Sud- Africaine du Nyasaland et de la Rhodésia, sous l’habile direction du major Hugh Stannus Stannus, sous directeur du service médical, ont combiné très efficacement leurs efforts pour combattre les nombreuses maladies, spécialement la malaria, inséparab es d’une campagne tropicale et pour diminuer les soulTrane.es des blessés souvent atteints à de grandes distances des hôpitaux.
Les communications entre les différentes colonnes opérant très loin les unes des autres par le Central Railway vialringa et avec les bases de ravitaillement du Nyasaland et de la Rhodésia n’ont pu se maintenir que grâce aux constants efforts des services télégraphiques (télégraphe électrique, télégraphie sans fil et télégraphe optique) et à l’énergie déployée par leshommes chargés de la lecture des dépêches. L’honorable H. C Duff, G. M. G. chef du service politique i Chief Political Officer) a rendu des services signalés dans l’administration des territoires reconquis, ainsi que Mr. J. S. K. Wells et Mr. C. P Lhesnaye.
Les approvisionnements ont été amenés du Sud du lac
Nyasa d’une façon régulière et satisfaisante malgré de grandes difficultés. Je suis sûr que Votre Excellence sera d’accord avec moi «ur la valeur des services reudus par le lieutenant-commandant G. H. Deunistoun, D. S O., commandantau lac Nyasa, et le major à titre temporaireCharles Thorburn, officier de réserve ( Reserce of Officrrs), commandant la base de ravitaillement et les lignes de communications, et par tous ceux qui ont travaillé sousleurs ordres ; leur devoir, bien qu’accompli loin de la ligne de feu, n’en fut pas moins un des plus ardusde toute la campagne.
La liste des propositions en vue d’avancements ou de citations dans le rapport que j’ai l'honneur de vous soumettre s’applique à une période de campagne très ardue, s’étendant sur plus de dix-sept mois, aucune proposition n’ayant été faite pour ces troupes depuis le 1 1 octobrel9t5.
En concluant, je me permets de remercier Votre Excellence pour l appui constant et la loyale coopération qu’elle m’a apportée en recevant mes incessantrs demandes de secours de toutes sortes pour le Nyasaland ; sans cet appui nos efforts n’auraient pas été couronnés d’autani de succès.
Votre Excellence voudra sans doute ajouter quelques noms à la liste ci-jointe afin de mentionner aussi ceux qui, servant «ous ses ordres à la base de ravitaillement ou sur les lignes de communications dans le Nyasaland ou sur le lac, ont contribué d’une manière remarquable àla solution des difficultés de transport.
J’ai l’honneur d’être, etc.
Edward Northey,
Brigadier général, A. D. C., Commandant les troupes du Nyasaland et de la Rhodésia.