LA POURSUITE EN TERRITOIRE PORTUGAIS
(Cliché du Times.)
vers le Nord, à partir de Fort Johnston, dans le Nyasaland, sur von Stuemer.
L’état sanitaire de nos troupes, après la saison la plus humide que l’Afrique Orientale Allemande ait connue depuis de longues années, était loin d’être bon. L’indigène africain seul peut supporter le climat de là zone côtière pendant la saison des pluies, et la situation sur les rives du Rufiji n’était guère meilleure. Européens, Indiens et Africains, tous recrutés dans le bas pays avaient souffert également, et terriblement, de la malaria. Les forces nominales de l'effectif étaient sans proportion aucune avec le nombre d’hommes réellement utilisables en campagne ; une brigade qui pouvait mettre 1.400 fusils en ligne était particulièrement favorisée. Iringa et le secteur Ubena-Songea étaient, cependant, relativement en bon état sanitaire ; et les troupes du général Northey, bien que fatiguées par la campagne, étaient de beaucoup en meilleur état que celles de la côte.
Il était d’évidence que les opérations à venir devaient différer considérablement de celles suivies au début de la campagne. A l’exception, peut être, de Maheuge et de certains secteurs nourriciers, il n’existait pas d’objectifs stratégiques telsqueceuxprésentés par le secteur de Moshi,
servies, adversaires dignes de se mesurer aux meilleures troupes.
D’évidence, le but principal de l'ennemi était de gagner du temps, d’empêcher le filet de se refermer sur lui et de tenir eu Afrique Orientale Allemande jusqu'à la prochaine saison pluvieuse, avec l’espoir que les pluies nous empêcheraient alors de maintenir les longues lignes de communication qu’il nous faudrait établir avant de le réduire à merci. L’espoir de l’ennemi était, sans doute, renforcé par la saison anormalement pluvieuse qui venait tout juste de linir, car la majeure partie du pays était encore sous l’eau et ne permettait aucun transport par véhicules avantquelque temps ; la période utilisable pour des opérations actives se trouvait réduite d’autant.
D'autre part, la poursuite de Naumann se trouvait distraire des troupes importantes de l’opération principale, et à raison des difticultés des communications maritimes, les transports de matériel et de renforts arrivaient avec une égale lenteur.
Il se présentait cinq lignes possibles de pénétration par le Nord et l’Est.
al I)odoma-Iri)iga-Mahenge. — Route la plus saine, mais aussi la plus longue. Le pays entre les hautes terres d’I-
BULLETIN DU COMITÉ DE L'AERIQUE FRANÇAISE
riuga et de Mahenge était difficile, et, sur un faible parcours seulement, utilisable pour les transports automobiles.
b) Kilossa-Kidatu- Mahenge . — Itinéraire plus court que le précédeut et plus pratique pour les transports automobiles.
Les itinéraires a) et b) présentaient, d’ailleurs, cette commune infériorité que la saison pluvieuse dans ces secteurs se produit beaucoup plus tôt que sur la côte et que les rivières Ruaha et Kilombero peuvent devenir de formidables obstacles dès le début de décembre.
c) Mikesse-Kibgrnbawe- Mahenge. — Itinéraire le plus difficultueux en ce qui concerne les obstacles physiques. La ligne Mikesse-Kibambawe avait donné beaucoup de craintes au début de janvier 1917 et le pays au Sud de Kibambawe n’était qu’un maquis de brousse inextricable totalement impraticable aux véhicules.
d) Kilwa. — L’itinéraire le plus malsain, mais une portion importante des forces ennemies étaient à distance d’atteinte de Kilwa, et on pouvait escompter, là côrame à Lindi, que les conditions sanitaires s’amélioreraient avec la saison sèche. Kilwa possède en outre un port de première classe, accessible à tous navires sauf ceux du plus fort tonnage.
e) Lindi. — Il était clair que cette ligne prendrait tôt ou tard une très grande importance. Seul un coup porté dans le Sud-Ouest vers Massassi pouvait nous ouvrir l’espoir de couper le corps principal ennemi de l’Afrique Portugaise Orientale. Mais le port de Lindi, cependant, était d’une utilisation très limitée et ne pouvait s’ouvrir qu’à une partie du tonnage dont nous disposions, tandis que le pays entre Lindi et Massassi était extrêmement coupé et difficile.
Prenant en cpnsidération tous ces facteurs, je décidai de faire mon avance principale par Kilwa et Lindi, d'opérer contre l’ennemi dans le secteur de Mahenge en partant à la fois de Dodorna et de Kilossa, je décidai également: d’utiliser les forces sous le général Northey comme appoint dans les opérations de Mabenge pour écarter von Stueiqpr de la côte portugaise orientale, et, en fin de compte, de marcher sur Liwale en partant de Spngea.
Il fallait aussi se débarrasser de Naumann . Le plus rapide procédé semblait devoir consister dans l'utjlisatiop g cette fin de troupes montées, et une demande fut adressée au gouvernement de l’Union pour qu’un régiment fût leyé à cette fin, comme aussi pour être utilisé ensuite contre les forces principales de l’ennemi
Des préparatifs importants étaient nécessaires avant que lesopérations prinpipales fussent commencées, mais certaines opérations secondaires apparaissaient comme immédiatement possibles.
Il était très désirable de nettoyer un assez large secteur autour de Lindi pour assurer de meilleurs points d’eau et pour mettre en état les voies d’issue principales delà ville et du port. Ilétait également désirable de rejeter fermerai de la partie supérieure de la vallée duUlangafou Kilombero) et de s’avancer vers Sfukaras, ce mouvement devant avoir pour effet d’amener l’ennemi à s’affaiblir sur la ligne du Rûaha à Kidatuet devant ainsi faciliter l’avance de Kilossa en direction de Mahenge.
Je décidai que ces deux opérations commenceraient de suite, l’état des renforts et des transports à Kilwa, à la fin de juin, devant probablement me permettre de commencer les opérations dans ce secteur contre le corps principal ennemi. Cependant le général Northey se concentrerait à Spngea en vue de sa marche vers l’Est et nos troupes dans l’Afrique Orientale Portugaise continueraient à nettoyer d’ennemis le pays précédemment occupé parles Allemands.
Les opérations du général Edwards contre Xaumann étaient en plein développement auNord du CentralRailway.
Pendant le mois de juin la situation se développa d’après le plan qui précède avec des résultats variés.
A 1 Est, je général Northey assigna au 1er bataillon du 4e King’s african Rifles la mission de nettoyer la région à l’Est du lac Nyassa. Un demi-bataillon passa la frontière portugaise au Nord du fort Johnston et se porta vers le Nord, rejoint un peu plus tard par le reste du bataillon qui débarqua sur la rive du lac Nyassa, au Sud-Ouest de Mtonia. A la fin de juin, ce corps avait pénétré jusqu’à up jour de marche de Mwembe où il rencontra des patrouilles
ennemies. Mwembe et Likopolwe furent occupés le 6 juillet, l’ennemi se retirant vers le Nord sans résistance sérieuse!
La colonne de Songea, comprenantles 1/1 et 2/2 des South African Rifles, avec une section d’artillerie de montagne, avait, au 30 juin, .terminé sa concentration à Likuju, sur la route Songea-Liwale. L’ennemi, ignorant l’importance de cette concentration, tenta, le 29, l’approche de Likuju avec environ cinq compagnies et ouvrit le feu sué le camp avec un canon de campagne, mais se replia ensuite en hâte sans essayer une plus ample reconnaissance.
Deux compagnies de la Northern Rhodesian Police furent lancées le 27 de Lupembe vers Nolugombe pour empêcher l’ennemi établi àMpepo de renforcer le front de Rpiupa.
Le colonel Tykler concentrait à Boma-Mzipga, Je 29 juin, la colonne d’Iringa, comprenant le 17e régiment d’infanterie, le 2/4c régiment K. A. R. et deux sections de la 2$« batterie de montagne, avec des postes avancés jusqu’à Mgeta- Mission, et améliorait les routes en vue de sa marche sur Ifukaras, qui commença le 30.
La situation dans le secteur de Kilwa ep juin fut la suivante : %
L’ennemi occupait une ligne générale qui, partant de Kimamba-Hill. joignant Kisirvani-Harbour, suivait la riyç droite de la rivière Ngaura jusqu’à Makangaga, rejoignait de là Kilaganeli. à 8 milles au Sud de Kirongo et Nahende, sur la route de Liwale. Kimamba-Rill, le terrain en pente' face à Rumbo. Kilaganeli et Nahende étaient tenus par de forts détachements Au total, 18 compagnies étaient reconnues sur ce front, dont 11 se trouvaient entre Kimamba- Hill et Makangaga. Il y avait également 2 ou 3 compagnies ennemies au Nord-Ouest de Modaba, qui lançaient constamment des patrouilles vers l’Est.
La composition du corps de Kilwa (momentanément sous le commandement du brigadier général Beves) était la suivante :
Colonne n° 1 (colonel Orr): 33e Punjabis ; Gold Coast Régiment; 2/2e K-A.R. ; 22e batterie de montagne.
Colonne n° 2 (colonel (irant) : 37° Rifles; 19e Baluchisl/3e K. A. R.; 2/3e K. A R.; 11e batterie lourde de Hull ; 27e batterie de montagne.
La colonne n° 2 était concentrée à Kirogo, avec des détachements à Namatewa, Cheipera et Mnasi, — la colonne U° 1 à Rumbo, arec un fort détachement face à Kimamba- Hill, et un plus petit détachement à mi-distance,
Pendant tout le mois, nos patrouilles furent en contact quotidien avec les patrouilles ennemies qui se consacraient essentiellement à harasser nos lignes de communication. Des reconnaissances soigneuses des positions ennemies fae.e à Kirongo, Mnasi et Rumbo furent eptreprises et les préparatifs d une attaque furent faits pour l’arrivée des repforts. Ceux-ci arrivèrent à la fin du mois, Je 8e South African lnlantry étant affecté à la colonne n° 1, et le 7e South African lufantry. ainsi qu’une’’ compagnie du 3/3« K. A. R. à la colonue n° 2. Une petite colonne n° 3, comprenant le 3/3° K. A. R. (moins t compagnie) et 200 fusils du 40e Pathans. fut formée sous le colonel Taylor.
Le 27, l’ennemi évacua quelques-unes de ses positions avancées et, le 28, nos patrouilles décou\ rirent que toutes les positions étaient abandonnées, sauf Kimamba-Hill. tenu par une faible arrière-garde jusqu’au matin du 29, où nos troupes l’en chassèrent.
Le service des renseignements et les patrouilles indiquaient que l’ennemi s’était retiré en direction de Mtshakama, tout en maintenant encore son détachement à Kilaganeli.
Dans le secteur de Lindi, la première semaine du mojs fut consacrée à d’actives reconnaissances et à la préparation d’une opération visant à expulser l’ennemi du secteur Ngapa Schaffeer’s-Farm-Magani, qu’il tenait avec environ 6 compagnies. Le 10 juin, le corps de Lindi se porta en deux colonnes, la colonne de droite (5e Infantry, 1/2* K.A.R. moitié de la 23e compagnie de mitrailleuses, une section de la 27e batterie de montagne, sous le commandement du lieutenant-colonel Law, du 2» West India Régiment) partant de Lindi par Naitiwi et Mayani. tandis que la colonne principale (23° Royal Fusiliers, 3/2e K.À.R., une section de mitrailleuses et de mortiers de tranchées du 2* West India Régiment, upe section de la 3e batterie du South African Field Artiliery. 1 compagnie du 61ePioneers, sous le commandement du brigadier général O’Grady) opérait
à l’est de Mandowa, partant de Mawaya-Creek, où un débarquement heurenx fut opéré en coopération avec la marine qui appuya également de son feu l’avance de la cojpnne principale. L’opération se terminait le 13 juin, l'ennemi abandonnant le secteur après upe certaine résistance au cours de laquelle le 25e Royal Fusiliers captura 2 mitrailleuses.
Le secteur abandonné fut occupé par nos troupes, et uu service d’actives patrouilles fut maintenu jusqu’à la lin du mois. Le 29, l’officier commandant à Naitiwi (lieutenantcolonel Wilford, D.S. O. 5e Light Infantry) informé de l’existence d’un petit poste, ennemi près de Lutende, environ 8 milles au Nord de son poste, se porta à l’attaque avec 150 fusils de son bataillon. Le camp ennemi fut enlevé au point du jour le 30. où il fut fait prisonr iers 3 Blancs et plusieurs Noirs. Nos troupes furent cependant contreattaquées par 3 compagnies ennemies, dont la présence n’avàit pas été soupçonnée, et entourées. Le colonel Wilford fut blessé mortellement dès le début de Rengagement. Le captaine Hull prit le commandement et, après un combat honorable coptre des forces très supérieures, finit par rompre le combat avec environ 50 hommes et regagna Naitiwi .
Des operations actives eurent lieu pendant le mois de juin, au Nord du Central Railway, où les colonnes britannique et belge continuaient la poursuite de Naumann.
Comme le pays à l’Ouest de Mwanza était familier à l’epnemi et qu’il faisait des efforts pour percer dans cette direction, le général Edwards disposa des colonnes pour empêcher ce mouvement, tout en continuant la poursuite dans le Sud. Naumann continuait son mouvement vers le Nord et, le 5 juin, attaquait notre poste à Mkalama, qui fut vaillamment défendu par sa petite garnison de 5 Blancs et 22 Askaris, sous le commandement du Political officer, capitaine Halland, jusqu’à l'arrivée de notre colonne, le 8. L’ennemi reprit sa marche, traversa la -ivière Sibilé et tourna alors au Nord-Ouest avec l’iptenuon de percer à
I 'Ouest entre Schinyaugaet Llola. Mais, trouvant ce chemin >arré, il se reporta au Nord, et. traversant la rivière Limiju le 15, atteignit Lamanda le 17 juin, évidemment en direction d’Ikoma.
J’eus une conférence à Dodoma, le 1 8 juin, avec le colonel Huyghe, commandant en chef belge, et nous reconnûmes que les forces engagées à la poursuite de Naumann étaient trop importantes, qu’une force moins importante aurait plus de mobilité et serait plus homogène. 11 fut donc décidé que les troupes belges assumeraient l’opération Naumann à compter du 25.
Je demandai en outre au colonel Huyghe d’envoyer une colonne belge de Dodoma par Iringa pour agir contre l ennemi sur le front Malinge-Mpepo, et convins avec lui qu’en juillet une autre forte colonne se tiendrait prête à agir de Kilossa par Kikumi et Kidodi en direction deMahenge. Les forces belges sc- trouveraient ainsi éventuellement en position d’assumer en entier les opérations de Mahenge.
En juillet, les colonnes du général Northey progressèrent d’une façon parfaitement satisfaisante. En Afrique Portugaise Orientale, le 1/4® IC. A. R. traversa le Rovuma sur des radeaux près de Sassawura sans rencontrer de résistance, et se porta vers Tunduru.
La colonne fie Songea, qui s’était concentrée à Likuju, marcha en avant le 3 juillet et, le 7 avait chassé l’ennemi de ses positions couvrant le croisement des routes Songea Liwale et Songea-Mahenge. L’ennemi ne se retira pas, suivant notre attente vers Liwale, mais battit en retraite vers le Nord en direction de Mahenge ; je donnai l'ordre au général Northey de le poursuivre, s'il était nécessaire, jusqu’à Mpondas, où la situation serait à nouveau examinée. L’avance fut résolument continuée, les forces ennemies qui comprenaient environ cinqcompagnies, bien qu’offrant une résistance obstinée par leur arrière-garde combattant en pays difficile, furent cependant repoussées de positions en positions, si bien qu’à la fin du mois, le colonel Hawthorn atteignait un point à quelques milles au Sud de Mpondas. Dans le secteur de l’Eastern Rufigi on constatait à certains signes que l’ennemi avait reçu des renforts venant de Modaba.
Plus au Nord, deux petites colonnes partant de Lupembe, commandées par le lieutenant-colonel Fair, avaient également prssaé >« détachement ennemi * l’Ousit d* Ruhmdje
et, le 26, l’avaient complètement rejeté de l'autre côté de la rivière dansle secteur Mpepo-Mkapira.
Le 2 juillet, la colonqe d’iriqga avait ses troupes avancées en contact avec l’ennemi sur ta rivière Riupa, et, Je 7, s’en assurait le passage. L'avance progressa, malgré ppc résistance constante d’arrière-garde, et le 15, la colonne pccupait l ensemblp des positions ennemies retranchées sqr la Riupa. L’epnemi se replia sur une forte position sur la rivière Njarabungu, pps forces suivant lentement le mouvement à cause des difficultés de transport de l’arrière. Le 29 juillet, l’ennemi était attaqué en position, et contraint de se retirer vers la rivière Idete.
L'effet des opérations ci-dessus sur lp fropt ouesit apparut clairement par la façpn dont l’ennemi dqt retirer ses forces d’autres points pour renforcer le secteurde Mahenge. Au Nord il commença à se retirer sur la ligue de la rivière Ruaha, tandis que, plqs à l’Esf, il réduisait ses forces à Maduba, employant le gros deces forces pour se renforcer à l’Ouest. Ce dernier, mouvement me rendit éventuellement possible la réduction de m°u détachement sur le Rufiji inférieur à l’eifectif d’un bataillon, qui ipaintiut line activité de patrouilles vers le Sud avec cet objectif d’amener l’ennemi à escompter une avance de notre part, prenant le Rufiji comme base.
D’importantes opérations eurent lieu en juillet dans le secteur de Kfiwa, où je me trouvai en position de prendre l’initiative d'opérations cpatre les forces principales de l’ennemi dès la première semaine du mois.
Des considérations de transports ne me permettaient pas encore de pousser ces opérations au delà d’une distance limitée, mais j’espérais les conduire assez loin pour forcer l’ennemi à révéler définitivement s’il avait l’intention de retraiter vers Liwale ou Massassi, pour gagner le terrain nécessaire à la préparation des routes et des points d’eau en vue de la prochaine manœuvre, pour infliger à l’ennemi des pertes qtii affaibliraient sa résistance aux coups ultérieurs.
En vue de ces objectifs, je décidai, pommé première phase, de repousser l’ennemi établi à Kjiwa au Sqd dps Kituriku-Hills. Les troupes de Lindi devaient cependant contenir l’ennemi en face d’elles, mais ne prendre aucune offensive de large envergure en attendant l’arrivée des renforts.
L’avance vers Eilwa commença le 5 juillet avec un mouvement convergent des colonnes n*s 1 et 2 des troupes de Kilwa contre les positions ennemies autour de Mninfii, sur la route de Mtshakama, tandis qup la colonne ny3 se portait simultanément de Wungwi sur la côte ouest du Ris'iwani- Harbour, vers Nambanditi-
11 y eut un dur combat pendant toute la journée du 6. Ja colonne n° 1 chassant l’ennemi d’une position à à milles Nord Est de Mfiindi, le contraignant à reculer sous sa pression, tandis que la colonne n° 2 atteignait Mninfii par l’Ouest. L ennemi fut trouvé bien retranché sur les deux fronts, et les attaques progressèrent lentement. Vers le soir, l’ennemi pratiqua upe sérieuse contre-attaque avep Je gros de ses forces contre la colonne n° 2, subissant des pertes considérables, mais reprit du terrain assez pour se maintenir ouverte la route de Mtshakama et retraiter par cette route à la nuit. La colonne n° 3 atteignit Nambanditi sans résistance.
Les colonnes de gauche et dû centre (nos 3 et 1) continuèrent directement leur avance vers Mtshokama, tandis que la colonne de droite (n° 2) se portait par Kirongo contre les trois ou quatre compagnies ennemies à kéfigapeli. Celles-ci retraitèrent au Sud, suivies par pops, et nous opposant le 14, à Mtandqwala, une légère résistance d’arrière-garde. Une attaque concertée sur Mtashakatpa par les trois colonnes fut résolue ; mais l’ennemi n’attendit pas le coup et continua spn mouvement vers le Sqd. La colonne n° 2 fut alors dirigée sur Likawaje, les colonnes nos 1 et 3 sur Narungombe. Ces dernières rencontrèrent nne résistance d’arrière-garde les f7 et 18, et atteignirent, le 18, à la tombée de la nuit, un point à 2 milles au Nord de Narungombe au’on apprit être tenu en force. La colonne n° 2 reçut alors l’ordre de coopérer à l’attaque de Narungombe le jour suivant.
L’affectation des troupes aux colonnes avait varié durant cette avance conformément à la situation tactique, et se trouvait, le 18, être la suivante :
Colonne n° 1 (colon"! Orr) ' 8® régiment South Afripg»
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
Infantry (moins 2 cies) ; Gold Coast Régiment; 33e Punjabis; 2/2“ K. A. R.; 27e batterie de montagne.
Colonne n° 2 (colonel Ridgway) : 7e régiment South African lufantry; 1/3“ K. A. R.; 2/3“ K. A. R.; 22e batterie de montagne.
Colonne n° 3 (colonel Taylor) : 8e régiment South African Infantry; 3/3” K. A. R.; 40“ Patnans (détachement).
De bonne heure, le 19. la colonne n° 1 prit contact avec l’ennemi et s'engagea de front, tandis que les colonnes n°s 2 et 3 gagnaient respectivement ses lianes droit et gauche. L’ennemi fut trouvé fortement retranché et le combat fut particulièrement sévère. Au centre, le 33e Punjabis et le Gold Coast Régiment parvinrent à enlever à l’ennemi des tranchées sur le front de la/colonne n° 1, mais furent lourdement contre-attaqués,’ et finalement obligés de les évacuer après une résistance obstinée. A l’aile gauche, des incendies de brousse gênèrent grandement les mouvements de la colonne n° 3, et le détachement du 40“ Pathans, à l’extrême gauche, ayant rapidement perdu ses ofliciers britanniques tués ou blessés, dut reculer. Le reste de la colonne, en danger imminent de se trouver entouré, dut céder du terrain.
Cependant, à droite, la colonne n° 2 avait gagné une bonne position sur le liane gauche de l’ennemi, repoussé trois contre-attaques et pressait étroitement l’ennemi. Pour alléger cette pression, le commandant allemand lit une nouvelle forte contre-attaque qui fut arrêtée et eut à subir à son tour la contre-attaque du 1/3“ K. A. R. commandé par le major Durham. L’ennemi fut rejeté jusqu’au delà des tranchées sur son flanc gauche, tranchées qui furent prises et solidement tenues.
Ce succès décida l’affaire, l’ennemi évacuant la totalité de sa position à la nuit et retraitant vers Mihambia. Ses pertes avaient été lourdes.
Les 22“ et 27e batteries de montagne et la Gold Coast Battery assurèrent un soutien étroit pendant toute la journée à l’attaque de l’infanterie, dont la vaillance et lendurauce furent très remarquées. Les pertes, particulièrement en officiers, avaient été considérables dans presque toutes les unités engagées.
Pratiquement, l’occupation de Narungombe complétait le nettoyage des Kiturika-Hills, tâche ardue pour les troupes engagées. La valeur combattante effective des forces de Kihva avaient été grandemeut diminuée par la malaria et autres maladies; repos et renforts étaient nécessaires avant de pouvoir reprendre l’avance.
A Liudi, le mois se passa tranquillement en reconnaissances et à la préparation d’une marche en avant pour le début d’août.
Pendant que les opérations principales progressaient ainsi, Naumann. resté au Nord du Central Railxvay, entretenait une activité qui menaçait de devenir uile gêne sérieuse.
Il était toujours impossible de prévoir ses intentions; ses forces, bien que s’élevant à un effectif suffisamment important de 600 fusils, 12 maxims et deux canons, étaient parfaitement mobiles et assez faibles pour vivre sur le pays. Le 28 juin, il enleva Fort-Ikoma, petit poste à l’Est du lac Victoria occupé par quelques irréguliers. La colonne belge de poursuite atteignit Ikoma le lendemain et eut un vif engagement avec l’ennemi; celui-ci tourna alors vers l’Est dans la direction du lac Natron Ce mouvement m’obligea à occuper les régions de Magadi et Aruscha, les troupes nécessaires étant prélevées soit sur ma réserve, soit sur xle nouveaux bataillons de K A. R. à 1 instruction.
Naumann traversa la région du Sonjo, puis, marchant au Sud-Est, atteignit Engaruka le 17, son objectif paraissant être Aruscha. Une colonne mobile belge partit d’Ikoma le 20, dans le but de le contraindre à se replier au Sud vers le Central Railway. Ce jour-là, Naumann était sur la côte nord du lac Manyan et était signalé en route vers Kondora. Le Cape Corps, partant d’Aruscha reçut 1 ordre de se joindre à la poursuite. L’ennemi traversa Ufiome et Massogoloda, quittant cette dernière localité le 25 et poussant au Sud en laissant à l’Est le mont Hanang, dans l’intention apparente de retraverser le chemin de fer.
Je décidai avec le colonel Huyghe que les troupes belges tenteraient de rejeter Naumann vers le Sud sur le chemin de fer vers Dodoma, et, en même temps, je renforçai Kondoaet fis des préparatifs eh prévision d’un mouvement possible vers l’Est.
La situation générale au commencement d'août s'était considérablement éclaircie. L’ennemi avait été chassé de l’Afrique Orientale Portugaise, et, sur le front ouest, avait été rejeté par notre pression sur la ligne générale Kidatu- Idete Rivière-Mpepo-Mpondas. Sur le front est, il avait été contraint de se retirer du secteur du Rufiji inférieur et avait été expulsé, des Kiturika-Hills.
On reconnaissait cependant que la capacité de résistance de l’ennemi n’avait été d’aucune façon affaiblie par la saison des pluies et que le moral ainsi que l’entraîne- ■ ment de ses troupes’ restaient très élevés. C’en était assez pour prévoir une résistance sérieuse dans les étapes prochaines de la manœuvre quand le cercle commencerait à se resserrer autour de lui.
Je me résolus à continuer les opérations sur les mêmes lignes jusqu’à ce que l’arrivée de renforts et de transports J me permît d’entreprendre une avance ininterrompue contre le corps principal ennemi et de lui porter un coup décisif, ce qui, d’après mon estimation, se produirait vers le milieu de septembre.
Durant le mois d’août et le début de septembre nous progressâmes utilement à l’Ouest. Le lieutenant-colonel Shorthose, ayant traversé, le Rovuma, continua son mouvement vers le Nord cl occupa Tunduru le 23 août, après une légère résistance, établissant ainsi solidement sa mainmise sur cette région qui, au point de vue des subsistances, était d’importance considérable.
La colonne Songea, sous le colonel Hawthorn, demeurait dans le voisinage de Mpoudas, luttant continuellement, dans une contrée difficile coupée de ravins, avec un ennemi de force égale auquel parvenaient fréquemment de petits renforts. Le colonel Hawthorn, entreprenant et audacieux, continuait d’opérer, manœuvrant l’ennemi et le rejetant de ses . positions successives, lui infligeant des pertes au cours de noihbreux petits engagements.
La colonne de Lupenche, sous le lieutenant-colonel Fair, força l’ennemi à la retraite dans le secteur de Mpepo ; vers le 20 août, il était sur le point d’y encercler le détachement ennemi quand celui-ci céda et retraita vers l’Est. Nos troupes le poursuivirent de près, et, le 30, lui infligèrent un échec local sévère, tuant ou capturant trois Blancs et 92 Askaris.
La colonne Iringa fut renforcée le 10 août par les troupes de tête de la colonne belge du Nord. Cette dernière colonne, dans le projet primitif, devait opérer dans le secteur Molinje-Mpepo, mais à raison de la progression de nos troupes dans ce secteur, on l’avait dirigée sur le front de Riupa, et il fut convenu avec le colonel Huyghe qu’elle remplacerait ultérieurement ma colonne d’iringa, plaçant ainsi la zone d’opérations vers Mahenge entièrement aux mains des Belges.
Les forces combinées commandées par le colonel Tytier reprirent les opérations contre l’ennemi sur la rivière Idete; le 26, elles l’avaient traversée et poussaient leurs patrouilles vers Il’ukaras.
Cependant la principale colonne belge (celle du Sud) s’était concentrée à Kilossa et Uleia, et, le 14, commençait son mouvement au Sud contre Mahenge. Au début de l’avance, l’ennemi n’offrit pas de sérieuse résistance et la colonne put marcher rapidement de l’avant, réduisant la . résistance des arrière-gardes et faisant des prisonniers. Le 26, la colonne atteignait Kiberege et, le 26, était en liaison à Ifhkaras avec la colonne belge du Nord et la colonne d’iringa. Cette dernière colonne fut alors retirée, le 2/4“
K. A. R. étant envoyé en renfort au général Northey, tandis que le surplus retournait sur le Central Railway en réserve.
L’ennemi s’était retiré au Sud de la rivière Kilombero, qui se trouvait être un formidable obstacle, mais la rapidité et l’habileté d’action des colonnes belges privèrent l’ennemi de tous les avantages qu’il eût pu tirer de cette manœuvre.
Le 6 septembre, les colonnes belges s’assuraient deux points de passage, et le 8, toute la brigade belge du Sud avait traversé et se trouvait en route sur MaheDge. L’opposition de l’ennemi devenait plus forte, et, le 11, une énergique résistance fut rencontrée à Kalimoto, date à partir de laquelle l’ennemi disputa chaque pied de terrain vers Mahenge à travers un pays montagneux, couvert d’une brousse épaisse. La progression était nécessairement ente, mais restait constante, et à la fin de septembre, les
Belges, après de nombreuses rencontres heureuses, atteignaient un point à 7 milles au Nord de Mahenge qu’ils encerclaient à la lois par l’Est et par l’Ouest.
Sur le front Est, une activité de patrouilles était maintenue dans le secteur de Kilwa, avec une ou deux petites affaires, mais l’effort principal y portait sur l’organisation et la préparation de l’avance projetée pour la mi-septembre. La ligne du tramway était poussée aussi rapidement que possible vers le Sud, les routes améliorées, les moyens de transport réunis et les subsistances accumulées aussi loin en avant que possible. A la fin de la première semaine de septembre, la masse de la Nigérian Brigade et les nouveaux renforts indiens (55e Billes, 127e Baluchis, et 25e Cavalry) avaient été débarqués et étaient à peu près en état d’entrer en campagne.
L’ennemi avait renforcé son front de Kilwa à la fin de juillet, et comme cela n’avait pu se faire qu’au détriment soit de son front de Lindi, soit de ses réserves, je résolus de pousser en avant dans le secteur de Lindi pendant le mois d’août, améliorant ainsi ma position en vue d’une action énergique contre l’ennemi s’il venait à retraiter vers le secteur de Massassi.
Le 2 août, les forces de Lindi commencèrent leurs opérations en occupant la position avancée de l’ennemi sur le fleuve Mohambika, et, le 3, s’avancèrent en trois colonnes contre ses positions principales de Toudamuti-Hill à Mandawa. La colonne de droite (3/2* K. A. R.) partant de Schaedels, atteignit son objectif, chassant l’ennemi de sa position avancée à l’Est de la boucle de la ligne du trolley. L’objectif de la colonne de gauche, la principale (25e Royal Fusiliers, 259e compagnie de mitrailleuses, 3/4e K. A. R.), était le flanc droit de l’ennemi sur Tandamuti-Hill. Là, une résistance très énergique fut rencontrée, dont le centre était une redoute dissimulée, dont l’existence n’avait pas été reconnue. Malgré des efforts répétés, cette redoute ne put être prise, et, en conséquence, la colonne principale se trouva immobilisée. La colonne du centre (30e Punjabis), se trouva ainsi manquer de soutien dans sou avance, et, fortement contre-attaquée par la réserve ennemie, fut contrainte de reculer avec des pertes considérables après que tous les officiers britanniques furent tombés. L’engagement se termina par le retranchement de nos troupes sur le terrain gagné et son organisation en vue d’une nouvelle avance.
L’opération débuta le 10 par un mouvement tournant au Sud de Toudamuti-Hill, qui fut rudement bombardé par la marine dans le but de tromper l’ennemi sur le point d’attaque. Ce mouvement réussit, amenant l’ennemi à abandonner sa position et à se retirer sur une autre' forte position à Nurunyu. Le général O’Grady suivit la poursuite, conservant un contact étroit avec l’ennemi et pratiquant activement des reconnaissances par patrouilles. Une pluie serrée gêna les opérations les 15 et 16 mai, mais e 18, nous engageâmes l’ennemi de près et notre pression e rejeta sur sg ligne principale de défense à Nurunyu ; nos troupes se retranchèrent face à ce point.
D’actives reconnaissances eurent lieu le 19 préparant 'attaque, mais également à raison de l’information reçue de bonne source que l’ennemi avait reçu du Nord d’importants renforts, je ne trouvai pas opportun de pousser plus loin à ce moment l’offensive de Lindi, et décidai de limiter l’action dans ce secteur à une activité de patrouilles, à l’organisation et à la préparation jusqu’au moment où les forces de Kilwa se trouveraient prêtes à marcher.
La tentative de la fin de juillet pour rejeter Naiimann au Sud sur le Central Railway n’avait pas été heureuse. Dans les premiers jours d’août, il réussit à échapper à nos troupes sur la ligne Kondoa-Dodoma par des marches de nuit à travers une brousse épaisse et fila avec son corps principal vers l’Est en direction de Luita. Comme ce mouvement le plaçait hors de l’atteinte des troupes belges, celles-ci furent retirées et la poursuite reprise par une colonne commandée par le colonel Dyke, comprenant le 1er bataillon du Cape Corps et des King’s Afrrican Ritles infanterie montée, graduellement renforcée par le 10e South African Horse. à mesure que ce régiment complétait sa mobilisation. Un bataillon nigérien fut aussi momentanément attaché à cette colonne.
Les premiers renseignements indiquaient que Xaumann
se dirigeait sur Haudeni; je formai donc une petite colonne mobile de King’s African Ritles pour faire face à ce mouvement. Le 13 on reçut avis que Naumann marchait au Sud, allant de Luita vers le chemin de 1er, et nos troupes manœuvrèrent pour lui couper le chemin. Se trouvant devancé, il se porta à l’Est vers les Nguru-HiUs. suivi de près par nos troupes qui comprenaient maintenant une partie du South African Horse. Naumann avait alors divisé ses forces en trois partis, et les renseignements devinrent en conséquence très contradictoires; mais, vers le 21, il devint évident que ses forces principal s se portaient de nouveau au Nord, par la Alasaï- Steppe, tandis qu’un parti restait encore à l’Ouest des Nguru-Hills, au voisinage de Kakera. Ce dernier parti fut aussitôt entouré par nos troupes et se rendit le 2 septembre; 9 Blancs, environ 100 Askaris, de nombreux porteurs furent faits prisonniers. Naumann avec^son corps principal traversa la Masaï-Steppe, un de ses raids arrêtait up train près de Kaha, tandis que son troisième groupe, marchant plus à l’Ouest, se portait sur Engaruka et Massagalada.
Un jour ou. deux plus tard, on apprit que Naumann abandonnait son mouvement vers le Nord et revenait sur ses pas, marchant au Sud à travers la Masaï-Steppe. Dans les dernières semaines il avait été fait fréquemment des prisonniers sur ses troupes, et il était évident que sa troupe fondait graduellement et que la fin n’était pas loin. 11 atteignit Kidschumga le 8 septembre, et de là se porta au Sud vers les Nguru-Hills, nos troupes l’enserrant de tous côtés. Le 1er bataillon du Cape Corps, commandé par le lieutenant-colonel Morris qui, dans cette poursuite, avait exécuté de rudes marches, l’encerclait au Nord, au Nord- Ouest, et à l’Ouest, tandis qu’une autre portion du bataillon arrivait par l’Est et le Sud-Est. Ces deux détachements étaient également accompagnés par des troupes du King’s African Rifles d’infanterie montée, qui avaient constamment collé à l’ennemi. La colonne du King’s African Rifles dont la base était Korogwe descendait’ du Nord-Est, tandis
3ue le 10* South African Horse avançait venant du Suduest et du Sud. Le 15, Naumann atteignait Geiro, mais trouvait» son chemin bloqué par la cavalerie, fl tourna à nouveau vers le Nord, suivi de près par le 10e South African Horse à sa poursuite, et fut facilement acculé sur le Luita Hill , position naturellement très forte. Le 10e South African Horse occupa tous les points d’eau environnants et tint les troupes de Naumann en haleine jusqu’à l’arrivée de l’infanterie. Naumann fut alors étroitement investi et se rendit le 1er octobre avec 14 autres Allemands blancs, 165 Askaris et de nombreux porteurs.
Le dernier parti des forces de Naumann avait cependant continué à marcher à l’Ouest du lac Eyassi où il fit halte. Ce parti était de faible effectif, et se rendit le 2 octobre à un détachement des King’s African Rifles envoyé d’Aruscha. Trois Blancs et 53 Askaris furent faits prisonniers.
Ainsi finit ce raid remarquable. Les forces qui l’accomplirent étaient composées d’Askaris de première valeur, bien conduits. 11 partit, sous le commandement de Wintgens, de Gumbiro, à 60 milles Nord-Ouest de Songea, au début de février. New-Langeuburg et Bismarksburg furent successivement menacés; la troupe tourna alors au Nord et traversa Itunda, abandonnant le commandant allemand, malade, entre nos mains. Naumann lui succéda, et traversa le Central Railway à l’Est de Tabora le 27 mai, se dirigeant au Nord. Repoussé à Mkalama, et empêché de percer vers l’Ouest, Naumann revint au Nord, engagea sérieusement les Belges à Ikoma, après quoi il se porta à I Ouest vers le lac Magadi, puis au Sud vers Kondoa- Irangi, où il manqua de peu être pris. Après avoir menacé Handeni, il se montra ensuite près de Moshi. Trouvant que nos troupes l’y attendaient, il revint complètement sur ses pas, retraversa la route Koudoa-Irangi-Ilaudeni et tint finalement les abois.
Un tel raid n’est guère possible que dans un pays comme l’Afrique Orientale Allemande, où la brousse est souvent si épaisse que ^eax troupes importantes peuvent se dépasser à moins d’un mille, l’une et l’autre également ignorantes de leur présence, et où un commandant sans scrupules peut à peu près toujours vivre sur le pays.
Vers le milieu de septembre, la situation était mûre pour notre avance principale. Les forces de Kilwa avaient été renforcées par le gros de la brigade nigérienne, le
BULLETIN DU COMTÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
29® Indian Cavalrv, et 2 bataillons indiens : le 5b® Rifles et le 127e Baluchis. Les troupes de Lindi avaient été également renforcées, et étaient organisées en deux colonnes
rincipales, n°6 3 et 4. Des moyens de transport atitomo-
iles étaient à cette époque assurés pour toute la troupe.
Mon plan était de faire un mouvement combiné vers le Sud en partant du secteur de Kilwa, et vers le Sud-Ouest en partant de Lindi, en engageant l’entiemi partout où on le trouverait.
J’avais ainsi l’espoir de régler les forces ennemies, quel que fût le parti pris par elles. Si elles se portaient à lOuest vers le secteur Liwalé-Mahenge , les forces de Kilwa pourraient être détournées dans cette direction, tandis que les troupes de Lindi occuperaient Massassi et Couperaient la retraite vers le Sud. Si l’ennemi s’arrêtait pour combattre les forces de Kilwa ou de Lindi, ou affrontaient principalement ces dernières, les forces de Kilwa se trouveraient assez puissantes pour rejeter toute résistance, et pour attaquer le flanc ou les derrières du parti opposé aux troupes de Lindi.
Cependant les forces occidentales continueraient à presser vigoureusement et à contenir complètement toutes les troupes ennemies dans le secteur de Mâhenge.
Je m’établis à mon quartier général avancé dans le secteur de Kilwa le 10 septembre, et la marche en avant des forces de Kilwa commença le 19, jour où la colonne n° 1 partie de Narungombe Chassa l’ennemi de Mihambia après un vif combat. La colonne n° 2 se porta des abords de Mssindy jusqu’à Ndessa, d’Gù l’ennemi se retira après une légère résistance, et la brigade nigérienne, sur la droite, se porta de Mssindy par un mouvement circulaire en face de Mawarenye, visant à couper les voies de retraite de l’ennemi.
Lé 25® régiment de cavalerie fut envoyé en mission spéciale pour détruire les dépôts de subsistances de l’ennemi à Nangano, ainsi que sur le Mbemkuru entre cet endroit et Nahungu.
L’avance fut fermement continuée les 20 et 21, les forces ennemies à Ndessa se repliant devant les colonnes nos 1 et 2. L’ennemi n’avait pas, cependant, localisé le mouvement des Nigériens, et le 22, il tenta de retraiter au Sud- Ouest partant de Mawarenge par une route dont deux bataillons de la brigade nigérienne sous le commandement du général Cunliffe avaient déjà pris possession. L’ennemi fit des efforts désespérés pour percer, efforts qui furent tous repoussés avec de lourdes pertes, et, finalement, il fut contraint de se retirer hâtivement par petits groupes vers le Sud, à travers la brousse, laissant plus de lOOmorts sur le terrain.
Les trois colonnes continuèrent leur mouvement vers le Sud, rencontrant une résistance constante. La colonne n° 2 occupa Mawarenye le 23, envoya le 2/3® K. A. R. renforcer la brigade nigérienne en vue de l’avance sur Nahungu, et marcha ensuite sur Nakin, qui fut occupé le 25 sans résistance. Le poids principal, du combat fut supporté par le 2 /'2e K. A. R. soutenu par la 27e batterie de montagne, qui réussit à mettre hors de Cause les canons ennemis en action sur Nahungu-Hill.
L’ennemi céda finalement devant la pression combinée de ces attaques, et évacua sespositions dans la nuit du 27 au 28.
La cavalerie rejoignitle corps principal à Nahungu 1&30 ayant heureusement enlevé de nombreux dépôts de subsistances ennemis dans la partie haute de la rivière.
La ligne générale de retraite de l’ennemi était vers le Sud-Ouest ; il était maintenant clair qu’il n’avait aucune intention de se retirer vers Lhvale, mais que ses forces principales se concentreraient en dernière analyse dans le secteur de Massassi. Je décidai donc de continuer la poursuite depuis la rivière Mbemkuru avec les deux colonnes du général Hannyngton et la cavalerie, et d’envoyer la brigade nigérienne dans le Sud à travers le pays pour appuyer les forces de Lindi et couper la ligne de retraite de l’ennemi. Cette brigade quitta en conséquence Nahungu le 4 octobre, et après une marche fatigante à travers un pays très difficile, entra en liaison avec la droite des forces de Lindi, au Nord de Mtama, le 11 octobre. Retardée et déroutéè par la nature difficile du pays, la brigade n’atteignit Son objectif (Mahiwa) qu’avec trois jours de retard.
Pendant les un ou deux premiers jours de3 Opérations de
Kilwa, les forces de Lindi avaient été tenues à l’écart, mais je décidai alors que le moment était opportun pour un mouvement combiné et ordonnai, pour commencer le 24, une attaque sur Narungu et Mtua. Elle fut réalisée par un large mouvement tournant au Sud de la Rivière Lukuledi appuyé par une attaque frontale sur les positions de Nurumyu.
L’ennemi ne tenta pas de résistance sérieuse aNurunyu et après une courte lutte avec la colonne de tlanc-garde, il se retira le 27, pendant la nuit, en direction de Mtama, laissant de fortes arrière-gardes pour s’opposer à notre avance. Tout le terrain était extrêmement difficile et notre progression très lente. Le 1er octobre, il y eut un vif combat à mi-chemin entre Mtua et Mtama, l’ennemi contre-attaquant durement, mais n’arrivant aucunement à regagner du terrain. Après cet engagement, les forces de Lindi ralentirent leur avance pour donner à la brigade nigérienne le temps de remonter.
Cependant les forces de Kilwa continuaient leur mouvement à l’Ouest et au Sud-Ouest, rencontrant une résistance constante de la part de fortes arrière-gardes, qu’elles chassaient énergiquement de position en position. La ligne de retraite ennemie passait de Ruangwa à Ruponda, la destruction de ses dépôts sur la route du Mbemkuru l’ayant empêché d'utiliser cette rbute. Je donnai 1 ordre au général Hannyngton de porter le gros de ses forces sur la route de Mbemkuru et d’essayer de devancer l’ennemi à Ruponda, laissant un détachement pour presser l’arrièregarde ennemie Sur sa ligne directede retraite. Je renforçai ce détachement à l’aide de ma réserve.
Les troupes avancées du général Hannyngton occupèrent Mnero-Mission le 9 et Ruponda le 10, achevant ainsi de couper les communications principales de l’ennemi entre Liwale et Massassi, et isolant les forces ennemies dans le secteur nord de Mahenge. Ce mouvement, cependant, ne gêna pas beaucoup la retraite ennemie partant de Ruangw a Car il devint vite évident qu’il s’était réservé une ligne facultative à l’Est de Ruponda, passant au Sud de Ruangwa par Mnacho vers la route Lindi-Massassi. Le commandant allemand était ainsi en situation dë conserver sa réserve centrale dans le voisinage de Namgumburn, et c’est ce qu’il continua à faire même après l’occupation de Ruponda. La situation à cet instant commandait une surveillance prudente, car un puissant mouvement ennemi en direction du Nord contre notre ligne de communication très étendue jusqu’à Kilwa demeurait toujours possible.
La meilleure solution consistait à exercer une forte pression par les forces de Lindi, qui faisaient des progrès continus vers Mtua dans la journée du 10, et commençaient les jours suivants des mouvements de flanc contre cette localité qu’on savait, par les renseignements, être tenue par neuf compagnies. L’ennemi ne s’arrêta pas cependant pour combattre à Mtama, mais retraita lentement vers l’Ouest, étant sans aucun doute considérablement influencé par l’arrivée de la brigade nigérienne à laquelle avait été prescrit un large mouvement tournant au Nord de la route de Massassi avec, pour objectif, de s’établir à cheval sur les communications ennemies à Mahiwa.
Le commandant allemand avait évidemment conscience du danger causé par l’avance continue des forces de Lindi, et s’était décidé à utiliser une partie importante de ses réserves pour l’arrêter. Le 13, il se retira de Namgumburu vers Ruangwa, et, laissant une arrière-garde dans ce secteur, se porta au Sud-Est avec environ cinqcompagnies pour renforcer ses troupes à Nyangao. Ce mouvement aboutit à l’un dqs plus sévères combats de la campagne dans l’Afrique orientale. . .
La brigade nigérienne avait maintenant rejoint les forces de Lindi, et opérait sur leur flanc droit. Un bataillon qui avait été transporté à Lindi par mer après les opérations contre Naumann demeurait encore en réserve générale. L’objectif de la brigade était de couper la retraite de l’ennemi au delà de Nyangao au Nord-Ouest et au delà de Mahiva à l’Ouest; dans la nuit du 14, elle avait atteint le sanatorium quatre milles au Nord de Nyangao. On y laissa un bataillon (1er nigérien) avec les réserves de munitions et de subsistances de la brigade, et le 15 le reste de la brigade continua sa marche vers l’Ouest. La résistance augmentait avec l’avance, et continua toute la journée du 16. L’ennemi réussit à empêcher le premier bataillon nigérien
(qui venait d’être appelé en soutien) de rejoindre le restant de la brigade dans sa position avancée sur le flanc nord de l’enflemi, et le contraignit de se replier sur le sanatorium avec quelques pertes. Cela renditja situation des Nigériens quelque peu précaire, et pour les soulager, les colonnes n° 3 et 4 opérantsur la roule principale ou parallèlement à cette route, pressèrent vigoureusement leur avance. Le 16, l’ennemi se retira de Nyangao, mais s’établit sur une crête à environ deux milles au Sud-Ouest de cette localité et offrit, le 17, une résistance très déterminée. Les colonnes n° 3 et 4 furent durement engagées toute la journée. La colonne n°4 (colonel T y lier) s’avança de Nyangao à la pointe du jour et prit immédiatement le contact de l’ennemi. Le 3/4* K. A. R, attaqua, soutenu par le feu de l’artillerie, et, vefs une heure, avait enlevé en partie la position. La colonne n° 3 (général O’Grady) s’était en même temps portée à la droite de la colonne nu4, le Bharatpur lufantry attaquant avec le l/2eK. A. R. en soutien. La résistance à cette attaque augmentait fortement, et les deux bataillons furent bientôt complètement engagés. A 4 heures, une contre-attaque résolue fut faite contre les deux colonnes, toute la ligne recula sous leur pression, mais se reporta en avant et regagna une partie du terrain perdu. La nuit venue, l’engagement durait encore.
Au matin du 18, l’action fut reprise, la colonne n<>4
f>ressant vigoureusement f ennemi pour rendre possible a jonction de la colonne n° 3 avec la brigade nigérienne, jonction réalisée à 8 heures. L’attaque de la colonne n° 4 réussit au début, le 30e Punjabis chassant l’ennemi de ses tranchées et les occupant cependant qu'une partie du 3/4e K. A. R. et delà 259e compagnie de mitrailleuses se portait sur la gauche des Punjabis pour la llanquer.
L’ennemi se trouvait cependant en force et pratiquait une puissante contre-attaque sur la gauche, obligeant ultérieurement notre ligne à reculer jusqu’au lit de la rivière. Cette position fut maintenue dans l’après-midi, plusieurs contre- attaques étant repoussées.
La colonne n° 3 attaquait cependant le flanc gauche de l’ennemi et le forçait à reculer sur une certaine distance, le 3/2" K. A. R. menant l’attaque, tandis que le 25° fusiliers (venu de la colonne n° 4) bouchait la brèche entre les fronts d’attaque des deux colonnes. Sur ce flanc l’ennemi développait egalement une forte contre-attaque, gagnant quelque terrain, et il parut nécessaire, pour rétablir la situation, de prélever sur la réserve le 3e nigérien et de le porter en ligne à la gauche de la colonne n° 3. La pression de 1 ennemi continua jusqu’à la nuit, mais sans autre résultat, et, au matin du 19, on constata qu’il s’était replié sur sa ligne primitive.
Les pertes, de part et d’autre, avaient été lourdes dans cet engagement de quatre jours, où la lutte avait présenté le plus souvent le caractère du combat rapproché. Une pause était utile jusqu à l’arrivée des détachements de renfort; aussi, dans la quinzaine suivante, l’action contre l’ennemi fut limitée à une surveillance énergique de patrouilles sur son front et sur ses flancs.
Cependant, à l’Ouest, les forces de Klhva poussaient un raid heureux jusqu'à Lukuledi-Mission. Le colonel Orr, avec la colonne n° 1, quittant Ruponda le 17, atteignait Lukuledi le lendemain, et engageait un vif combat avec deux ou trois compagnies ennemies. Des reconnaissances furent pratiquées en directionde Tshikukwe et de Massassi.
Le 21 . la colonne fut attaquée à Lukuledi par les forces auxquelles elle avait déjà eu affaire, renforcées par au moins trois autres compagnies. L’ennemi fut repoussé avec pertes, deux mitrailleuses et quelques prisonniers furent pris par le 1/3“ K. A. R. La colonne se retira alors, atteignant Ruponda le 24. Elle rapportait de précieux renseignements concernant le pays, les routes, les points d’eau, etc., renseignements qui furent ultérieurement de grande utilité.
La colonne n° 2. aucentre, chassa, les 16 et 17, l’ennemi dq Ruangwa, L’ennemi se retira alors vers Mnacho, traversant un large désert sans eau.
Notre ligne depuis Kilwa se trouvait alors si allongée que l'entretien des forces qui tiraient de là leur subsistance devenait un sérieux problème, et il devenait désirable de se résoudre à une pause pour accumuler les subsistances à l’avant, avant de procéder à aucune nouvelle avance. Je décidai enconséquence deconsacrerla prochaine
quinzaine à d’actives patrouilles, restaurant et reposant les troupes avant d’entamer ce qui promettait d’élre la phase finale des opérations dans l’Afrique Orientale Allemande. Jusqu’au 9 novembre, aucun nouveau mouvement de quelque importance ne se produisit sur le front oriental.
Une pression constante avait été maintenue sur le front ouest pendant le mois d’octobre. Le bataillon du général Northey à Tunduru envoya un fort détachement au Nord- Eét de la rivière Mohesi, le renforça vers le milieu du mois à l’effectif de deux compagnies et poussa en avant jusqu’à Abdallah-Kwa-Nonga, centre d’une région fertile à quelque cinquante milles au Sud de Liwale.Ce détachement, de son côté, poussa en avant une troupe de raid forte de 250 fusils, qui pénétra à Lixvalele 29, capturant 24 Blancs, malades compris.
La colonne du Songea continua son activité sur la rivïère Luwegu, et le à, s’établissait sui sa rivé nord, à l’Est de la position ennemie. L’ennemi céda et se retira à environ six milles vers le Nord.
J'avais antérieurement demande au général Northey d’envoyer le bataillon de la colonne de l lringa qui l’avait rejoint (2/4® K. A. R.) vers Abdallah-Kwa-Nanga, mais décidai ensuite que la situation faisait entrevoir fa possibilité pour les colonnes de Songea et de Lupembe, en liaison avec les Belges, d’amener dans ce secteur l’ennemi à une action décisive. Je demandai en conséquence au général Northey de renforcer sa colonne de Songea avec ce bataillon et tous les moyens de transport disponibles. Ainsi renforcé le colonel Hawthorn renouvela son attaque le 16 octobre ; mais l’ennemi, esqnivant le coup, se retira en descendant la rivière Luwegu, détruisant et abandonnant ensuite ses canons. La poursuite fut poussée continûment, l’ennemi se retirant au fur et à mesure que nos troupes menaçaient de l’encercler. A fa fin du ulois, il atteignait un point sur la rivière au Sud de Liganduka.
L’avance belge sur Mahenge continuait constamment à travers un yiays très difficile, qui rendait la progression lente ; mais cela était inévitable à ce moment, la longueur des lignes de communication rendant le ravitaillement des troupes très ardu. Nous avions espéré nous aider des ressources du pays, mais l’ennemi avait pratiquement fait le vide complet devant nous.
Le 4, les forces belges se trouvèrent en contact actif avec huit ou neuf compagnies de Schauri jusque exactement au Nord de Mahenge ; le 9, ces forces occupaient Mahenge, capturant quelque vingt Blancs sur la dernière position tenue, ainsi que 92 Blancs et 242 askaris malades à l’hôpital. Ainsi le premier et principal objectif des Belges avait été très heureusement et très habilement atteint.
Le 22 septembre la gauche belge combattit avec beaucoup de succès contre un détachement en position à Mtrika sur la rivière Mkaha, tuant ou capturant 3 Blancs et 43 Askaris ainsi que 2 mitrailleuses.
L’avance belge continua, et, le 18 octobre, sa droite était en liaison avec Pair, près de Mubcke. Saïdi était occupé le 21 et Ligombazi le 25.
Le temps commençait à presser dans le secteur de Mahenge où des pluies abondantes étaient nécessairement escomptées à partir du milieu de novembre. 11 n’y avait eu aucune possibilité de constituer une réserve de subsistances, et la nature de la route était telle qu’une forte pluie pouvait entraver complètement la marche des transports par machines.
Le 27, j’eus une conférence avec le colonel Huyghe et lui demandai de laisser seulement deux bataillons dans le secteur de Mahenge pour coopérer avec les troupes du général Northey, d’expédier le reste en arrière à Kilossa, et de transporter deux bataillons de sa réserve sur la ligne de Kilwa, pour opérer au Nord et au Nord-Ouest en partant de« Liwale. La ligne Kilwa-Liwale devait, d’après les prévisions, demeurer libre deux mois plus tard que la ligne KilosSa-Mahenge.
L’ennemi ressentait sévèrement la pression combinée des Britanniques et des Belges, et, le 28, le commandant allemand dans le secteur de Mahenge (Tafel) se relirait d’après les informations avec toutes ses troupes vers Kahamba. n
Les déserteurs, nombreux, commençaient à se rendre aux Belges en groupes importants. Il devenait évident que tout le front ennemi dans l’Ouest était en train de céder.
BULLETIN DU COMITÉ DE
mais la grosse difficulté du ravitaillement de nos troupes au bout de leur longue ligne de communication nous empêchait de tirer immédiatement parti de la situation. Les Alliés continuèrent, cependant, également de pousser en avant les troupes qu’ils parvenaient à nourrir.
Dans la nuit du l'r au 2 novembre, le colonel HaAvthorn passa à l’attaque et enleva la position ennemie au Sud-Est de Liganduka, capturant 24 prisonniers et 1 mitrailleuse.
A Luwegu, l’ennemi se retirait vers l’Est, Hawthorn le suivant vers Kabati’Mzee, et Fair vers Kabati’Mtoto. Le 5 au soir, Hawthorn avait débusqué les arrière-gardes ennemies des deux rives de la rivière Luwegu, et n’était plus qu’à 1 mille de Kabati’Mzee; le. 6, Fair atteignait Kabati’- Mtoto, où 142 Allemands Blancs et 140 Askaris se rendirent, abandonnant 3 mitrailleuses et quelques centaines de fusils, la plupart endommagés.
Le 6, 82 autres Askaris se rendirent aux colonnes belges: un jour ou deux ensuite, d’autres redditions de malades se produisirent à Kahambu et Mlembwe,
On voyait que les forces ennemies se retiraient vers le Sud par Dapate ; en conséquence, Haw thorn se dirigea au Sud-Est, tandis que le colonel Murray, avec 250 fusils, exerçait une pression à l’Est, suivant la route Songea- Liwale.
Vers le Nord, les forces belges voyaient l’ennemi hors de leur atteinte, mais il se trouvait, "d’autre part, dans le rayon d’action de la colonne belge de Liwale.
Cette colonne, sous le commandement du major Herion, comprenant le 9e hataillon belge et des cyclistes, avait reçu Liwale, le 2, du détachement du général Northey (sous le commandement du major Hawkins), et attendait l’arrivée du 4e bataillon, qui débarqua le 6 à Kilwa. Le major Hawkins s’était retiré à Abdallah-Kwra-Nanga, où il attendit l’arrivée du lieutenant-colonel Shorthose avec l’état-major et 1 compagnie du l/4e K. A. R. venant de Tunduru. Une compagnie de ce bataillon fut laissée comme garnison dans cette dernière localité.
Le 11, il devenait parfaitement certain que l’intention de Tafel était de rompre au Sud pour rejoindre von Lettow- Vorbeck et on en eut confirmation définitive par la localisation de ses patrouilles avancées, le 13, à Mandebe. Le major Herion, le 14, fit partir de Liwale 200 fusils vers le Sud-Ouest, et le colonel Murray, avec 400 fusils, poussa également au Sud-Est vers Abdallah-Riva-Nanga. Ces renforts ne pouvaient cependant arriver à temps pQur aider Shorthose et Hawkins à contrecarrer le mouvement de l’ennemi vers le Sud, ce qu’ils tentèrent cependant bravement de faire le 16, alors qu’ils étaient séparés l’un de l’autre par plusieurs heures de marche. Chacune de leurs petites troupes se lança déterminément au combat et infligea à l’ennemi des pertes considérable^ avaut d’être contraintes à se replier sur Tunduru devant une grosse infériorité numérique. La colonne belge réussit à rattraper la compagnie d’arrière-garde ennemie, enlevant un maxim et quelques prisonniers, parmi lesquels le commandant de compagnie. Les documents pris montraient que l’effectif de l’ennemi s’élevait de 1.700 à 1.800 hommes, et qu’il se dirigeait au Sud vers la Rovuma en trois colonnes parallèles.
Ce fut latin des combats dans le secteur Mahenge-Liwale, et, en considération de l’approche imminente de la saison pluvieuse, il fut décidé de ramener sans délai toutes les forces belges ravitaillées par Dodoma et par Kilossa. Le général Northey réoccupa Mahenge, renforça Tunduru et retira le gros de la colonne HaAvthorn pour le faire reposer et le restaurer.
Au début de novembre, les forces de l'ennemi dans le secteur Est, sous le commandement immédiat de von LettoAV Vorbeck, étaient localisées comme suit : front de Mahiw7a, 7 compagnies; Mnacho, 1 ou 2 compagnies; Nangoo-Lukuledi. 12 ou 13 compagnies . NeAVala, 2 compagnies.
L’avance des forces de Kihva et de Lindi fut reprise le 6 ; je suggérai alors au commandant en chef portugais de porter les forces qu’il avait à Unde vers l’Est, et de se concentrer près de Mocimboa dp Ruvuma, avèc un soutien à Chomba, et un fort détachement à Ngomano. Cette suggestion fut accueillie cordialement par le colonel Rosa.
Le 6, les forces de Lindi, commandées par le général Gunliffe, commencèrent leur avance, la brigade nigérienne, les colonnes n° 4 et n° 3 formant respectivement la droite,
L’AFRIQUE FRANÇAISE
le centre et la gauche. La première résistance opposée le fut à la colonne n° 4, sur le bord ouest du défrichement près de Mahiwa, qui fut finalement enlevé par le 5e Light Infantry, bien soutenu par le feu de l’artillerie. Mais la grosse résistance fut rencontrée par la colonne n° 3, qui s)établit à l’arrière et à droite de l’ennemi et fut fortement engagée toute la journée, l’ennemi contre-attaquant sans succès les flancs et les derrières d’O’Grady. La brigade nigérienne au Nord ne rencontrait que peu de résistance; elle recevait, à 15 h. 30, l’ordre d’envoyer deux bataillons renforcer la colonne n° 3. Gps bataillons durent faire leur mouvement à travers une brousse épaisse et n’atteignirent la grande route qu’à la nuit, alors que le feu avait cessé.
Le lendemain matin les bataillons nigériens établirent leur liaison avec la colonne n° 3 et localisèrent une forte arrière-garde ennemie retranchée à environ un mille à l’Ouest.
Le gros des forces ennemies s’était retiré vers Nangoo pendant la nuit, traversant une bande de terrain sans eau d’environ 20 milles. Je donnai l’ordre au général Cunliffe de le poursuivre avec une force d’au moins 2.000 hommes, et, en conséquence, le 3/4e K.A.R. fut momentanément transféré de la colonne n° 4 à la colonne n° 3 qui fut choisie pour cette mission.
Le 8, 2 bataillons de la brigade nigérienne se portèrent en avant pour nettoyer la route en vue de l’avance de la colonne n° 3. Ces bataillons trouvèrent une résistance constamment accrue; vers 15 heures le 3e bataillon'' était fortement engagé; à 16 heures, il devenait nécessaire de porter en ligne le 4e bataillon et d'attaquer la droite ennemie. L’effet désiré se produisit, et l’ennemi se retira à la nuit tombante.
Le Cape Corps avait été amené en soutien de l’attaque des Nigériens; pendant l’après-midi il localisa une mitrailleuse ennemie en action sur le flanc, mitrailleuse qui fut enlevée et prise, tous les servants étant tués ou faits prisonniers.
Le 9, à l’aube, la colonne n° 3 reprit son mouvement et se heurta constamment, toute la journée ainsi que le 10, à l’arrière-garde ennemie qui reculait de position en position à travers une brousse épaisse. De grosses difficultés furent éprouvées à ravitailler la colonne en eau. Le dernier canon ennemi utilisable, du type 4.1 pouces Kônigsberg, fut abandonné en route.
Ultérieurermyit la colonne n° 3 atteignait Nangoo vTers 10 h. 30 le 11, et trouvait l’ennemi en retraite A'ers ChiAvata La liaison avec la colonne n° 1, des forces de Kihva, s’opérait à Ndanda.
Le général O’Grady continua la poursuite, refoulant graduellement l’ennemi sur Chhvata, et vers 10 h. 30, le 14, la colonne était en vue de cette place au haut d’une position sur le rebord du plateau de Makonde.
Cependantla brigade nigérienne avait été portée en ligne et, le 12, marchait à l’Est vers Ndanda, relevant dans cette localité la colonne n° ^ des forces de Kilwa. De Nnanda les Nigériens se portèrent le 13, sur Chhvata.
Les forces de Kihva avaient opéré simultanément avec les forces de Lindi, la colonne n° 2 atteignant Tandanaï le 7, et la colonne TchingAvea. Le 17e d’infanterie formait un détachement d’opération contre Mnacho.
Le 2, la colonne u° 2 atteignait Lukuledi-Mission, et la colonne n° t un point sur la rivière Lukuledi, quelques milles à l’Est. Aucune des deux colonnes ne rencontrait de résistance, et leur mouvement paraissait surprendre l’ennemi qui continuait à tenir Mnacho. La colonne montée (10e South African Horse, 23e Cavalry, la compagnie montée des King’s African Rifles) commandée par le colonel Breytenbach, arrivait à Lukuledi le 9 et était dirigée sur Mwiti. Le 10, un détachement de la colonne montée occupait Massassi, faisant prisonniers 57 Allemands blancs et 142 Askaris. Un canon de marine de 4, 1 pouces endommagé fut trouvé dans le poste.
Le 10, la colonne n° 1 occupait Ndanga-Mission après quelque résistance, 64 Allemands et 129 Askaris étaient faits prisonniers, y compris les malades. L’ennemi retira en hâte son détachement de Mnacho, et le 17e Infantry suivit vers le Sud en direction de Ndanda.
Avec la jonction des forces du Kihva et de Lindi, la campagne du secteur sud entrait dans sa dernière phase. Les renseignements représentaient Chhvata comme une
forte position naturelle sur le rebord du plateau de Makonde; on savait que le camp comprenait un vaste hôpital et renfermait nos prisonniers de guerre.
Je décidai de l’attaquer par le Nord avec les forces de Lindi, et par l’Ouest avec le gros des forces de Kihva, tandis que ies troupes montées soutenues par l’infanterie, opéreraient vers Kitangari sur la ligne de retraite ennemie. Ces mouvements furent immédiatement commencés par les généraux Cunlitïe et Hannyngton, et se développèrent le 13 et le 14, jours pendant lesquels il y eut de continuelles rencontres de patrouilles.
J’arrivai à Ndanda le soir du 14. La colonne n° 1 avait alors occupé Mwiti après une légère résistance, tandis que la colonne n° 2 se trouvait dans l’Ouest, à un mille de Chiwata, avec une partie de la brigade nigérienne en soutien. La colonne n° 3 avait gagné les hauteurs vers le Nord- Est, comme il a été mentionné ci-dessus.
Dès le matin du 15, il devenait évident que l’ennemi n’avait pas l'intention de défendre sérieusement Chiwata, mais se retirait au Sud-Est. vers Lutshemi. La colonne n° 3 rencontrait quelque résistance sur les hauteurs à l’Est, où l’arrière-garde ennemie se montrait active; mais la colonne n° 2 et la brigade nigérienne entraient à Chiwata après seulement une légère résistance, et recevait la reddition de 98 Blancs allemands et 425 Askaris, y compris les malades; 71 Européens, 28 Indiens et 22 Africains prisonniers de guerre étaient en même temps délivrés. La colonne n° 3 continua à avancer en exerçant sa pression sur l’ennemi, et fut vivement engagée vers le soir avec l’arrière-garde ennemie
J’ordonnai alors que la colonne n° 1, depuis Mwiti, la brigade nigérienne depuis Chiwata, et la colonne n°3 de sa position sur le plateau, coopérassent contre Lutshemi, la colonne n° 2 devant former téserve à Mwiti, taudis que la colonne montée se porterait à l’Est avec, pour objectif, de couper les communications entre Kitengari et Newala. La colonne n° 4 était utilisée à couper une route d'autos de Mtama vers Luagala.
Le 16, la lutte fut continuelle autour de Lutshemi. La colonne na 3 et les Nigériens chassèrent l’ennemi de positions successives d’arrière-garde après de vifs engagements, tandis que la colonne n° 1, partant de Mwiti, avançait à l’Est. Le pays était extrêmement coupé et difficile, et la progression fut lente. La colonne montée parvenait à Lulindi.
Les Nigériens, les colonnes n°* 1 et 3, convergèrent vers Lutshemi le 17, progressant au prix de combats constants. L’ennemi commença à donner des signes de fléchissement, beaucoup de fusils en parfait état étant abandonnés L’extrême épaisseur de la brousse rendait impossible l’encerclement complet de l’ennemi, et pendant la nuit du 17 au 18 son corps principal se retira au Sud-Est vers Simba par un sentier non reconnu. Après quelque résistance d’arrière-garde le 18, nos troupes occupèrent son camp à Lutshemi, délivrant 32 officiers européens, prisonniers de guerre, et capturant environ 300 Allemands blancs et 700 Askaris.
Le 18 la colonne n° 2 capturait une patrouille envoyée par Tafel pour se mettre en liaison avec von Lettow- Vorbeck.
La colonne n° 1 était alors envoyée en soutien des troupes montées à Lulindi, tandis que la colonne n° 3 continuait la poursuite directe vers Simba’s. La colonne n° 2 et les Nigériens étaient conservés en réserve, prêts à faire (ace au corps de Tafel se dirigeant au Sud du secteur de Mahenge. L’exacte localisation de ce corps était à ce moment inconnue.
Le 20 les patrouilles apprirent que les principales forces ennemies retraitaient au Sud du secteur Simba's-Kitengari. A Simba’s 52 Allemands et 75 Askaris se rendirent à la colonne n° 3.
La colonne n° 1 se porta aussitôt vers Newala, y parvenant le 21 pour trouver que l’ennemi, marchant vivement au Sud, avait disparu, laissant 126 Allemands et 78 Askaris entre nos mains.
Des renseignements montraient von Lettov marchant vers le Rovuma avec l'intention de se porter de là vers l’Ouest pour faire sa liaison avec le corps dé Tafel. Ce dernier avait été localisé à 1 Ouest de Massassi par nos éclaireurs et notre service de renseignements qui indi-
quaient le 20 qu’il se trouvait dans les biefs supérieurs de la rivière Bangalla et la descendait. La colonne n° 2 fut en conséquence envoyée vers Massassi le 22, et de là. le 23, sur la Bangalla, la brigade nigériennedevant se concentrer à Massassi et la colonne n° 3 à Mwiti. La colonne n° 2 était momentanément placée sous le commandement de l’officier général commandant le corps de Lindi.
La colonne montée reçut ordre de marcher le 23 vers le confluent des nvières Bangalla et Rovuma, et la colonne n“ 1 de se concentrer à Luatala le 23 en soutien de la colonne montée.
Les renseignements du 23 montraient que la plus grande parfie du corps de Tafel avait traversé Mtimbo dans la nuit des 22-23, et continuait sa marche, descendant le Bangalla, le gros du corps de von Letto-\v-Vorbeck se trouvant encore sur la rive nord du Rovuma.
Le 24, la colonne n° 2 atteignait le Bangalla, une partie de la brigade nigérienne suivant en soutien des troupes montées, tandis que la colonne n° 1, poussant de Luatala et appuyant les troupes montées, atteignait la rivière Mwiti. Le 25, il était clair que la vitesse avec laquelle von Lettow- Vorbeck remontait le Rovuma rendait peu probable l’heureuse issue de la sévère poursuite engagée derrière lui; et, de fait, il traversa le Rovuma à Ngomano les 25 et 26 novembre et s’esquiva en territoire portugais en remontant le Lujenda. Une tentative de la garnison portugaise pour retarder son mouvement ne réussit pas.
D’autre part, il était évident qu’en raison de la rapidité de nos mouvements, von Lettow- Vorbeck n’avait pu opérer sa jonction avec Tafel. Ce dernier ignorait apparemment que son commandant avait abandonné le plateau de Makonde et Newala, et il avait, en conséquence, décidé de quitter le Bangalla pour se porter à 1 Est vers Newala.
Le 25, les troupes avancées de Tafel attaquaient notre poste à Tshiritjtba-Hill. La colonne na I avait atteint le confluent du Bangalla le matin sans voir trace d’ennemis, mais des renseignements d’indigènes apprenant que l’ennemi s’avançait vers Luatala, une patrouille de cavalerie reçut l'ordre d’y retourner, appuyée par le 129° Baluchis.
Je donnai l’ordre à la colonne n° 1 de revenir à Mwiti, à la colonne n° 3 de se porter au Sud de Nairombo, et à la colonne n° 2, qui avait atteint Nauru’s, de continuer son mouvement vers Wangoni. La brigade nigérienne était placée partie à Nauru’s, partie sur le Bangalla.
Le 26, la patrouille de cavalerie et le 129e Baluchis (fort d’environ 1 50 fusils) eut un vif engagement près de la rivière Mwiti L’ennemi, de beaucoup supérieur, repoussa ce petit détachement et continua à marcher au Sud. Il était clair que Tafel avait découvert son erreur et cherchait à s’enfuir.
A la nouvelle de cette affaire, la colonne n° 1, qui se portait vers la rivière Mwiti, reçut l’ordre de se joindre à la poursuite et d’attaquer l'ennemi partout où elle le rencontrerait.
Le 27, un parti de 37 Allemands, 178 Askaris et environ 1.100 autres indigènes vint faire sa reddition au poste de Luatala, et les renseignements indiquèrent que le restant du corps de Tafel descendait la rivière Mwiti et traversait le Rovuma. La colonne n° 1 reçut en conséquence l’ordre de retourner à Bangalla le 28 pour lui couper la route, mais, dans la soirée, on recevait un message de Tafel disant qu’il désirait la cessation des hostilités On convint d’un rendez-vous, et le 28, à midi. Tafel se rendit sans conditions avec 19 officiers (parmi lesquels Schonfeld, Lincke, et Aumann), 92 autres Européens, plus de 1.200 Askaris et quelque 2.200 autres indigènes.
Avec la reddition de Tafel et la retraite de von Lettow- Yorbeck en Afrique Orientale Portugaise avec le restant de ses forces (approximativement 50 officiers, 250 autres Européens, de 1.500 à 1 800 Askaris), la campagne en Afrique Orientale Allemande prenait fin et la dernière colonie allemande était conquise après une résistance qui s’était prolongée jusqu’à ce que les neuf dixièmes de l’effectif ennemi blanc et noir eussent été tués ou pris Des bandes opérant en raids pourraient encore traverser la frontière, mais n’avaient guère d’espoir de reprendre une guerre organisée en Afrique Orientale Allemande.
Une campagne également ardue, bien que sur une beaucoup plus petite échelle, spra probablement nécessaire avant que les forces allemandes en Afrique Orientale Por-
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
tugaise soient réduites, car’ le pays est vaste et les communications y sont difficiles.
Les derniers six mois de la campagne en Afrique Orientale Allemande ont été particulièrement durs. Nos prédécesseurs ont parfaitement mis en évidence les difficultés rencontrées par l'avance des troupes à travers l’Afrique tropicale contre un ennemi en possession de lignes intérieures, qui peut avancer ou reculer sur des ligues de ravitaillement soigneusement établies. A mesure que diminuait la zone des opérations, les avantages virtuels de ces lignes intérieures augmentaient et plus dur en devenait le combat. Le moral de l'ennemi ne fut jamais ébranlé, et seules la bravoure et l’endurance de nos troupes parvinrent à l’abattre. A l’infanterie britannique sud-africaine, indienne, ouest ou est-africaine, je dois de hautes louanges et de hautes félicitations, spécialement aux officiers de troupes qui donnèrent un exemple suivi par tous.
Pendant ces six mois, nos pertes, rien que par le feu, avoisinent G. 000, y compris un millier de porteurs ou autres à la suite de l’armée, perles auxquelles il convient d’opposer les 1.618 Allemands blancs et les 5.682 Askaris allemands qui ont été tués ou pris dans cette période. Beaucoup de ceux capturés dans les hôpitaux n étaient pas malades, mais simplement fatigués par l’acharnement de notre poursuite. Quatorze canons, 77 mitrailleuses et des milliers de fusils ont été également pris.
Bien que la nature du pays et de la lutte imposassent à l’infanterie la tâche incomparablement la plus lourde, cependant les autres armes combattantes ont fait tout leur possible pour l’alléger. L’artillerie et les batteries de mortiers Stokes ont fourni au combat un soutien constaut et énergique, tandis que les raids heureux des troupes montées out fréquemment bouleversé les plans et les mou vements de l’ennemi, facilitant ainsi notre avance.
Le Royal Flying Corps (aviation) sous le major Wallace (D. S. 0.| et le Royal Naval Air Service, sous le commandant Bowhill, se sont montrés infatigables dans leur travail de reconnaissance, travail de si haute valeur dans ce pays dont la cartographie est imparfaite, et n’ont jamais hésité devant aucun des risques inhéreuts â l’exécution de leur mission. Leurs raids de bombardement, bien organisés, ont été exécutés avec un égal succès.
Les unités du Royal Engineer, Pioneers, et du Road Corps, sous la direction du colonel Rundle D. S. O., R. E.. ont rendu des services splendides, marchant toujours à l’allure des troupes délavant, poussant la construction des routes essentielles aux mouvements des transports mécaniques et conséquemment à ceux des troupes.
Le Signalservice a maintenu son haut renom et a toujours fait face à toutes les situations, souvent dans les circonstances les plus difficiles. Au lieutenant-colonel Hawtrey, D S O R E revient une large part du mérite et de l’efficacité de cet important service.
Le bon travail fourni par le service des renseignements, officiers, éclaireurs, et agents, a été d’un grand appoint dans le progrès des opérations.
Beaucoup de ce travail fut nécessairement accompli dans des circonstances particulièrement difficiles et dangereuses, mais les résultats acquis fuèent précieux et une grande reconnaissance est due à tous les degrés de la hié rarchie.
Dans une campagne de cette nature, où une armée composée du plus varié assortiment de races et de langues, est répartie sur des milliers de milles daus une contrée tropicale où la malaria et d’autres graves ‘maladies sont endémiques, dans un pays où n’existe aucune route faite de main d'homme, et où le service se fait dans des conditions climatériques continuellement contraires, l'effort exigé des lignes de communication ne peut être complètement réalisé que par ceux qui y ont participé.
Pendant la plus grande partie de cette période, cinq lignes distinctes furentsimultanément en usage, trois partant du Central Railway. une de Kilwa et une de Lindi Sur chacune d’elles, postes dépôts et transports eurent à être soigneusement organisés, maintenus et ajustés à toute époque, parallèlement aux fluctuations de la campagne. Le transfert d’une ligne à l’autre fui d’une extrême difficulté, eu égard aux distances entre les lignes et à la nécessité constante d’économiser le tmnag •• ; cependant des modifications à court délai étaient inévitables en face d’un en-
nemi opérant sur des lignes intérieures. Rien que pré- 1 voyance, energie, et travail constant de lapart de l'inspec- I teur général des communications et de ses subordonnés I ne pouvaient résoudre le problème, et je consigne ici mon \ appréciation des grands services rendus par le brigadier- > général \Y. F. S. Edwards, C. M. G. Ü. S. O. et du person- | nel sous ses ordres.
On savait par l’expérience passée que le succès des opé- ' rations pour la période considérée devait largement dé- 1 pendre du degré de préparation et d'efficacité des services administratifs ; aussi des mesures actives purent être ' prises, plusieurs mois à l’avance pour développer et orga- ! niser le ravitaillement, les transports, les services médi- 1 eaux, cependant que l’établissement du chemiu de fer routier était poussé au maximum. Box cars, tracteurs à pé- 1 trole pour tramways, personnel supplémentaire furent demandés en grande quantité, cependant que l’Intendance et les autres services prévenaientegahment tous le» besoins du corps expéditionnaire. Le résultat fut que celui-ci se trouva en situation d’entrer en campagne avec la certitude qu’il serait parfaitement alimenté et soutenu même à de grandes distances de ses bases principales, certitude que justifièrent absolument les résultats ultérieurs.
Eu préparation de 1 offensive belge suivant la ligne de Kilossa, de vastes stocks de subsistances furent placés à Iringa, tandis que sur la ligne Dodoma les transports attelés étaient développés au maximum. Gette ligne est la seule, parmi celles très nombreuses ouvertes pendant la campagne en Afrique orientale, qui se soit trouvée à l’abri de la » mouche ». Son utilisation pour les transports attelés libérait des wagons utilisés ailleurs, tandis que sur la ligne Mikesse Rufiji le même objectif était atteint par l’emploi intensif de porteurs iudigènes, système rendu praticable par l’extrême densité de la population dans ce secteur. I
Parallèlement, un très grand nombre de porteursetaient rassemblés en Afrique orientale aussi bien Allemande qu'Auglaise, et cela en considération du gros déchet auquel il fallait s’attendre comme aussi du fait que toutes les lignes probables d’avance devaient traverser des zones à mouches d’une virulence particulière.
Pour suppléer les porteurs, un très abondant équipage de transport à dos d’âne fut aussi formé.
U fut jugé utiled’abandonner les principes généralement admis en matière de répartition des transports. Au lieu d’attacher les unités de transport mécanique à des formations combattantes et de les faire circuler de ces formations jusqu aux points de déchargement des convois amenés par les lignes de communication, pratique suivie au début de la campagne, le» unités de transport mécanique des lignes de communication faisaient pratiquement la livraison do leur chargement au bivouac même des troupes. Cette méthode, touten assurant un contrôle efficace des transports mécaniques eten économisant les véhicules, imposaitdans bien des cas de longues heures de séjour sur route avec des risques considérables d’i terruption du service par suite de l’action ennemie. Si plusieurs convois tombèrent dans des embuscades et eurent des pertes de personnel, toujours les convois parvinrentà repousser l’attaque.
En août et septembre les opérations contre Naumann exigèrent un effort particulièrement sévère de nos transports mécaniques ayant pour base le Central Raihvay ; ces transports qui durent utiliser dans bien des cas des pistes non aménagées préalablement par le génie et jusqu’alors, jamais suivies par ce genre de transports, contribuèrent pour une large part au succès final
Les cas de maladie furent nombreux, et le personnel des subsistances et des transports fut fréquemment sur le point de faire défaut, mais, à l’exception d’une ou deux courtes périodes, les troupes reçurent toujours leursrations complètes, cependant que le nombre d'hommes réduit par occasion à la portion congrue s’est trouvé très faible en proportion du nombre d’hommes engagé. Si ce résultat a été obtenu il e»t dû presque entièrement aux eff orts du personnel des subsistances et dps transports; les pertes subies par lui reflètent la tension à laquelle il a été soumis; son dévouement au devoir, sa joyeuse acceptation des épreuves de la campagne méritent les plus grands éloges.' Dans cet ordres d’idées, je tiens à nommer le brigadiergénéral P Hazelton, C. B.,C. M. G., directeur des subsistances et des transports
RENSEIGNEMENTS C0L0N1AÜX
Les services médicaux outeuà faire faceàdes difficultés nombreuses et parfois presque insurmontables Dans aucune cainpague auterieuresous les tropiques des effectifs pareils n’ont été probablement employés, et les conditions particulières expliquées ci-dessus oui fait de 1 évacuation de l’aftluence des malades et des blessés un problème très difficile. Le transport des malades fut assuré par porteurs, ambulances automobiles, et par transport mécanique utilisant des routes très rudes, ce qui, par moments, entraînait de sérieux inconvénients pour les malades et les blessés. Bien que les lignes intérieures de communication aient été longues et difficiles, l’évacuation des malades a été réalisée vite et bien du front vers les bases maritimes ou vers les bases sur voie ferrée, et tous les efforts ont été faits pour réduire les inconvénients au minimum. La mobilité des troupes n'a jamais été compromise par le séjour des malades sur le front. En dehors du grand nombre de blessés traités, le .taux des malades par épidémie — spécialement par la malaria et la dysenterie — a été considérable et exigea, pour y faire face, de vastes mesures hospitalières.
Les services sanitaires ont eu une tâche très difficile à remplir pour arrêter la diffusion des dangereuses maladies infectieuses, telles que la méningite cerebro spinale et la petite vérole. Ces maladies existent dans beaucoup d’endroits du pays et/isquent d’être introduites par les porteurs. Bien qu’il y en ait toujours eu des cas dans les troupes, ces maladies ont été heureusement surveillées. Le grand nombre de porteurs employés nécessita une organisation médicale particulière pour assurer leur traitement dans de vastes etablissements hospitaliers. Le service pour les porteurs fut très soigneusement combiné et bien exécuté : un vaste système pour leur rapatriement fut aussi orgauisé.
L’African Native Medical Corps, recruté principalement en Uganda parmi des indigènes d’intelligence supérieure a été formé et a fait d’excellent travail dans les hôpitaux de porteurs et avec les troupes de l’Afrique orientale.
Le climat a beaucoup éprouvé les troupes européennes et indiennes et les troupes africaines elles-mêmes ont sévèrement souffert.
Le personnel des services médicaux a été également éprouvé par le fait du climat.
Je ne peux trop hautement louer l’enthousiasme et le bon travail fait par le- officiers et les hommes des. divers services médicaux sous le commandement du chirurgien général G. D. Hunier, C. B , C. M. G , D S. O., qui ont fait tous leurs efforts pour assurer aux malades et aux blessés, parfois dans lés plus étranges et les plus critiques situations, traitement, soins et confort.
Les dames des divers services ambulanciers ont montré le plus grand dévouement à leur devoir, fournissant un travail à haute pression, sans aucune préoccupation du climat et du cadre inaccoutumé où elles étaient placées ; toutes, sans exception, méritent les plus hauts éloges.
Les services d’intendance ont maintenu un très haut et très remarquable degré de rendement pendant toute la campagne. Le laps de temps nécessaire avant que les fournitures pussent être exécutées et reçues d’Angleterre ou d’ailleurs rendait particulièrement compliqué l énorme approvisionnement de denrées, d’équipement, d’habillement, etc., requis par des forces comprenant autant et de si différents types de troupes et de services à la suite ; c'est un grand mérite pour le brigadier général R K. Scott, C. M. G,, D. S. O., et à ses subordonnés d’avoir prévu tous les besoins et si complètement tiré parti des ressources locales.
Je désire faire une mention particulière des services rendus par le colonel sir William Johns Kt, C. B., C. 1 E., et, dans tous les rangs, par les unités de chemins de fer et d’administration. Il fut évident, dès le début des opérations rapportées, que fe seul moyen d’entretenir nos forces en campagne, à une distance considérable des bases de Kilwa et de Lindi, était d’établir une organisation de tramways ; l’heureuse façon dont on réunit et dont on posa quelque 11 il milles de voio et dont on pourvut à l’avant et sans interruption aux besoins de l'armée, à l'aide de tracteurs à pétroles et de baladeuses, est digne de tous les éloges.
Les conditions exceptionnelles régnant en Afrique orien-
tale ont nécessité l’emploi de porteurs dans une proportion jusqu’ici sans précèdent dans aucune opération militaire. Les hommes furent recrutés en Afrique Orientale Anglaise et Allemande, en Nord Rhodesia, au Nyasalaud et sur la West Coast ; une organisation très étendue fut instituée pour assurer l’immatriculation, la paie, le logement, la nourriture, le traitement médical et éventuellement le rapatriement de ces porteurs. Les difficultés furent accentuées par les habitudes differentes des diverses tribus, par leur graude susceptibilité à 1 épidémie quand on les employait sous des climats auxquels elles n’etaient pas accoutumées. Les conditions dans lesquelles ces hommes ont été employés furent nécessairement très ardues et furent l’objet d’une attention et d’un examen attentifs de la part du commandement et de tous. Le travail exécuté par les porteurs fut du plus grand prix et le haut rendement obtenu démontre la puissante et l’excellente organisation due au directeur lieutenant-colonel G. Watkins, D. S. O., et à son éiat major.
L’énorme mortalité, due aux nombreuses maladies régnant en Afrique, a exigé un effort très pénible du service de remonte ; la réception et l’expédition du grand nombre d’animaux fournis pendant la campagne ont été exécutées avec jugement et réussite.
Les services vétérinaires, à tous les degrés, ont fourni d’excellent travail. En outre du traitement habile assuré aux animaux malades marchant avec la troupe, un travail précieux a été accompli en combattant les nombreuses maladies régnant dans le pays.
Le service des « Political officers » accompagnant 1 armée a été très varié et lourd de responsabilités. Ils assurèrent l’exploitation des ressources du pays en évitant toute rudesse igmtile et sans s’aliéner les sympathies des habitants; ils assurèrent de même l’introduction progressive de méthodes humaines d’administration civile à mesure que les divers districts sortaient de la zone des opérations actives.
L’amicale attitude actuelle des populations est un hommage à la façon dont ces services ont été exécutés et, en louant le travail des officiers du Political Department, j’entends comprendre ceux placés sous les ordres de Son Honneur l’Administrateur, lesquels ont été d’une grande assistance pour nos forces en campagne dans les opérations au Nord du Central Railway.
Les divers Pay Departments (1) se sont acquittés de leurs devoirs à mon entière satisfaction et je tiens à dire combien j’ai apprécié les services rendus par le Alilitary Audit Staff (2).
L’énorme étendue sur laquelle les troupes se trouvaient éparpillées et les difficultés incessantes de transport ont rendu énorme la tâche des services postaux et des félicitations leur sont dues pour la façon dont les besoins des troupes ont été assurés.
De la part des aumôniers accompagnant les troupes, le bien-être spirituel de celles-ci a été l’objet d’une attention vigilante, et ces messieurs se sont beaucoup occupés de procurer aux hommes, toutes les fois que cela fut possible, de saines distractions.
Les services de la prévôté ont été bien exécutés, souvent dans des conditions très critiques.
Je dois des remerciements au colonel J L. Montgomery, C.S.J., commi-saire de la Croix-Rouge royale et à son état-major, pour leurs efforts constants à procurer le confort et à améliorer le ravitaillement des malades. Les expéditions faites aux hôpitaux l ont été sur une très généreuse échelle, et les dons supplémentaires en chaloupes, bateaux et véhicules automobiles, ainsi qu’en nombreux autres articles utiles, ont été très vivement appréciés.
Jedoi«des remerciements très reconnaissants au contreamiral E F. B Charlton. C B., et à tous les degrés de la Marine royale, pour leur cordiale et active coopération de tous instants au cours des opérations combinées ainsi qu’au service des transports maritimes, qui a eu à faire face continuellement à un problème gigantesque et compliqué de la solution heureuse duquel dépendent si largement la conduite opportune des opérations et le fonctionnement régulier du système de ravitaillement.
(t) Service des Payeurs.
(2) Corps du Contrôle financier.
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
Mes plus sincères remerciements sont dus au colonel Huyghc, C B., commandant en chef des forces belges en Afrique Occidentale Allemande, pour sa coopération très loyale et très efficace. Les troupes belges sont de splendides combattants, ardents et dignes de confiance, et leur participation dans la campagne a été du plus haut prix pour les forces alliées
Les gouvernements de l'Inde, de l’Union du Sud-Afrique, de l’Afrique Orientale Anglaise et de l'Uganda m’ont continué sans réserve la même assistance et le même soutien assurés à mes prédécesseurs. Troupes, ravitaillement, transports, tout a été fourni libéralement pour faire face aux demandes que la situation militaire m’obligea à présenter à différentes reprises.
En terminant, je désire consigner ma chaude reconnaissance du bon travail fourni par mon propre état-major, par tous les services et départements et par tous les commandants, états-majors et représentants des services et départements en campagne et sur les lignes de communication; emparticulier je signale à l’attention bienveillante de Votre Seigneurie les officiers dont les noms suivent :
Brigadier général S H. Shcppard C.M.G., D S O., chef de mon état-major général, qui m’a donné une précieuse assistance et une aide sans réserve. 11 h, d’un bout à l’autre, fait preuve de la plus grande énergie qui, combinée avec un tact jamais en défaut, a assuré la plus intime coopération entre toutes les branches de l’état-major' et tous les commandants, facilitant grandement la poursuite rapide et heureuse des opérations.
Major général R. H. EwartC B., C.T.E , D.S.O., deputyadjutant et quarter-master general, qui a eu la responsabilité de la coordination des diverses branches d’administration intéressées dans une campagne de ce genre. Ses fonctions le mettaient fréquemment en rapport avec les Alliés et avec les autorités civilès voisines, comme mon représentant, en des matières très diverses et compliquées ; dans toutes il a montre la plus grande énergie et les plus belles aptitudes.
Brigadier général E. Northey, C.B, A.D.C , commandant toutes les forces dans le secteur ouest, qui a conduit une
série d opérations de large envergure avec un succès mar qué. L’administration et le contrôle de ses troupes, de leurs bases et de leurs longues lignes de communication lui ont été confiés entièrement. Je dois beaucoup au général Northey pour son aide et sa coopération constantes et loyales.
Brigadier généralF. C. Cunliffe.C. B, C.M.G., qui a rendu des services précieux avec la brigade nigérienne, et plus tard, dans le .commandement du corps de Lihdi, se montrant officier de grandes ressources et de grandes aptitudes.
Brigadier général J. A. Hannyngton, G.M.G., D.S.O., qui reprit le commandement du corps de Kihva en septembre après une grave maladie et rendit des services distingués dans les opérations ultérieures dans des circonstances extrêmement critiques.
Brigadier-général H. de C. O’Grady, qui a montré de o-randes qualités comme commandant d une troupe de combat et n’a manqué aucune occasion de porter à l’ennemi de rudes coups. .
Colonel R. T. I. Ridgway, C. B., soldat d aptitude et d’expérience qui a commande une colonne de la manière la plus capable.
Colonel G. M. Orr, qui a commande une colonne pendant toutes les opérations et montré à un degré marqué capacité, jugement et science du commandement.
Colonel H C. Tytler qui commanda une colonne dans la marche sur Iriuga, puis dans les opérations contre Naumann et dans le secteur de Lindi
Colonel P. H. Dyke et colonel J. H. Breytenbach, qui rendirent de bons' services dans les opérations contre Naumann. Ultérieurement le colonel Breytenbach commanda la colonne montée à mon entière satisfaction.
Colonel A. J. Taylor, D.S.O , qui fit de bon travail dans les secteurs de Kiltva et de Lindi comme commandant de
colonne. . , .
Colonel D. J K. B van Deventer qui, bien que n ayant pris le commandement d’une colonne qu’à la fin de la camDao-ne, sut cependant rendre de bons services.
Les lieutenants-colonels G. M. P. Hawthorn, D. S. O.,
W. J. T. ShorthoseJR. E. Murray, D. S. O., C. H. Fair, qui, sous le général Northey. commandèrent des colonnes avec une habileté et un succès signalés.
Egalement le brigadier général E. H. Llewellyn, qui, comme commandant des King's African Rifles, a accompli un travail considérable et précieux en organisant et en préparant l’entrée en campagne de nouveaux bataillons K. A. R.
Son Honneur l’Administrateur, sir Horace Byatt, K. C M.G., dont la ferme administration dans le Nord de l’Afrique Orientale Allemande et l’aide cordiale ont été pour moi du plus grand secours.
Enfin tous les officiers, adjudants, sous officiers et hommes compris dans la liste que je vous ferai parvenir sous peu comme suite à la présente dépêche.
J. L. van Deventer, Lieutenant-général,
Commandant en chef les troupes d’Afrique orientale.
Le Drame de YOued-Sebou
Nous voici revenus par le fait des sous-marins allemands aux temps qu'on croyait passés où les naufragés de la côte atlantique, comme ceux de la Méditerranée, étaient « captifs aux rivages du Maure ». Jadis, dans les conventions passées entre nos gouverneurs du Sénégal et les tribus maures de la rive droite du fleuve, figurait toujours la clause de protection des naufragés. Nous n’avons dépassé que de deux ans le centenaire du naufrage de la Mér dusc. Et voici qu’un événement de mer vraiment tragique nous rappelle que le lutus importuosum signalé par les anciens géographes qui parlaient de la côte du Maroc s’étend encore aujourd hui le longdes côtes de Mauritanie, au Nord- Est et en face des îles Canaries. .
On verra à notre tableau d’honneur que le capitaine Bourguignon, de l’infanterie coloniale, du service des renseignements du Maroc, a été cité à l’ordre de l’armée pour avoir sous la menace de l’ennemi sous-marin ' réussi en risquant plusieurs fois sa vie, à sauver un nombreux personnel tombé aux mains d’une tribu hostile par suite de la destruction d’un navire de commerce par l’ennemi Les journaux de Paris et du Maroc ont raconté cette odyssée tragique. 11 s’agit de VOued Sel ou, vapeur de la compaguiePaquet — l’ancien Mac na de la côte d’Afrique," si nous ne’ nous trompous — qui allaitde Mogador à Dakar et qui fut torpillé le a janvier par un sous marin après une belle défense. Passagers, équipage et soldats, évacuant le navire atteignirent la côte et furent assaillis et capturés par les indigènes qui les emmenèrent en captivité ou plutôt eu esclavage. Qu’y seraient-ils devenus sans la décision, l’habileté et le courage du capitaine Bourguignon qui réussit à retrouver et à faire libérer les naufragés ? On ne pourra connaître que plus tard le détail de cette libération. Aujourd’hui nous publions une partie du rapport adressé au service de santé des colonies par le médecin-major de 2e classe Carretier, des troupes coloniales, qui a fait un récit émouvant de ce drame.
Ajoutons que le ministre de la Marine a décerné la Croix de guerre a l’enseigne de vaisseau auxiliaire Suzzoni, commandant VOued Sebou , et au médecin-major Carretier, des troupes coloniales, qui vient d’être décoré de la Légion d’honneur. Le matelot télégraphiste Quénard a été cité à l’ordre de l’armée, ainsi que le fusilier Le Homedou, déjà deux fois cité à la brigade des fusilieps marins.
... Une dépêche m’enjoignit de m’embarquer à Marseille, à bord de Y Oued- Sebou, de la compagnie Paquet, en qualité de convoyeur d’un contingent de 121 Sénégalais rapatriés à Dakar.
Je partis le 23 décembre 1917, à li h. 30. J’étais le seul officier commandant cette troupe et
n’avais comme cadre que trois sergents et un adjudant indigènes, malades aussi, sans énergie au reste et sans caractère.
En cours de route, à Tanger, nous avions dû débarquer le commandant du bord, atteint d’« anémie palustre ». Le commandement fut alors passé au second, M. Suzzoni, dont j’ai pu, au milieu des dangers que nous avons courus, admirer le calme, le sang froid, l'énergie, la science profonde des choses de la mer.
La traversée s’annoncait superbe. Chaque matin à. 8 heures, je passais ma visite médicale. L’état sanitaire était satisfaisant, malgré une mer assez houleuse. Je dus cependant enregistrer deux décès.
Après avoir débarqué les marchandises que renfermait le navire à Mogador, où nous avions essuyé une grosse mer, nous goûtions les douceurs du calme après la tempête, en longeant les côtes de Mauritanie, avec la perspective d'atteindre dans deux jours et demi Dakar, terme de notre voyage.
A la hauteur du faux cap Bojador, notre quiétude fut soudain troublée par l’éclatement d’un gros obus tombantà quelque distance de nous. Il était alors 13 h. 20 exactement.
Les coups, qui se multipliaient, semblaient venir d'une goélette qui, toutes voiles déployées, à une lieue environ, paraissait suivre une route normale vers le Sud.
Dès que chacun fut à son poste de combat, nos | canonniers, avec leur 73, ouvrirent le feu sur elle, mais celle-ci, munie vraisemblablement d’un moteur, évolua rapidement et disparut, démasquant ainsi un sous-marin qu'elle abritait.
Aux premiers coups de canon, les Sénégalais s’étaient rendus aux embarcations au risque de gêner les manœuvres. Je réussis à les amener à abandonner ces embarcations, qui, sur leurs portemanteaux, offraient une cible magnifique au tir précis de l’ennemi.
A peine venaient-ils dequitter les embarcations qu’un obus de plein fouet brisait le canotd’avant, traversait la cabine de T. S. F., y éclatait, en blessant grièvement le télégraphiste occupé à lancer des apppls pour réclamer du secours. Ce même obus tuait encore dix Sénégalais et en blessait huit autres que je pansai aussitôt, en puisant dans le coffre à médicaments du bord.
Le combat continuait, inégal. Grèce à leurs pièces jumelées de 130, les Allemands doublaient leurs coups, les schrappnells alternaient avec les percutants, encadrant le navire avec une remarquable précision.
Voyant s’épuiser ma provision de pansements je me dirigeais pour la renouveler vers la chambre du timonier, quand un obus me renversa avec nne violence extrême contre la lisse du bateau, tuant en plus huit Sénégalais, en blessant sept autres et crevant les tuyaux de vapeur. Sous la douleur, je pensai m’évanouir. Je me portai néanmoins au secours des pauvres blessés qui m'entouraient.
Le pont était encombré de morts et de mourants
porteurs de plaies affreuses ; les blessés geignaient, le sang ruisselait de toutes parts et le canon tonnait toujours. Les appareils fumigènes fonctionnèrent en vain et 1 ' Uued-Sebou tout empanaché de fumées, s’avançait péniblement vers la côte. Un troisième obus nous enleva bientôt le gouvernail. Ce fut fini ! Ne pouvant plus gouverner, nous étions perdus.
Pour ne pas augmenter le carnage, le commandant réunit une sorte de conseil de guerre et décida de hisser le drapeau blanc.
Malgré ce signal de reddition, le sous-marin tirait toujours. Les embarcations furent mises à la mer. J’y fis placer les blessés et veillai à leur évacuation par l'équipage qui les dirigea vers la côte qui se montrait, avec sa ligne de brisants, à 1.500 mètres de nous.
Le dernier canot avait déjà quitté le bord. Le commandant dut le rappeler et m’intima l’ordre d'y prendre place, ma présence n'étant plus nécessaire sur le navire. Le sous-marin qui, cette fois, avait cessé le tir, se dirigeait vers nous.
Bien que j'eusse désiré assister le commandant dans ses dernières épreuves, il me fallut obéir à une injonctioft formelle et je partis (1).
J'emportai les dossiers médicaux des rapatriés, les plaques d’identité des morts, ma trousse et quelques pansements dont je comptais pouvoir me servir à terre pour mes blessés.
Il était 15 h. 25.
Nous venions donc de lutter pendant deux longues heures à armes inégales, contre un sousmarin. Nous avions comme bilan : 18 morts et 15 blessés sénégalais. Quant à moi, je souffrais horriblement.
Au prix de mille difficu ltés et en nous mettant à l’eau, nous pûmes franchir la « barre », bien loin de songer qu’aux horreurs ducarnageallaient succéder les tortures de la captivité.
A peine débarqués, nous nous vîmes assaillis, entourés par une troupe sauvage, aux barbes hirsutes, aux cheveux incultes) couverte de haillons, armée de poignards et de fusils à répétition, poussant des cris de guerre. Frappés à coups de crosse, nous fûmes fouillés, dévalisés, dépouillés de nos habits, laissés pantelants sur la grève. De Charybde nous étions tombés en Scylla.
Loin de moi la pensée de noircir à dessein un tableau déjà trop sombre; je ne pourrais d’ailleurs décrire les nombreux dangers que nous avons courus, peindre les soulfrances physiques et morales que nous avons subies, pendant nos trentecinq jours de captivité chez les Maures.
Ignorant du sort qui m’allait être réservé, quand ces pillards m’eurent ravi tous mes objets personnels, mon linge de corps, quand ils eurent
(1) « Je ne saurais trop faire l'éloge du médecin-major de 2* classe Carretier, convoyeur des Sénégalais, qui, blessé grièvement lui-même, a pansé d’abord le télégraphiste puis 16 Sénégalais blessés par des éclats d’obus, et cela, sous la tourmente. A contribué, par son intervention énergique, à enrayer un mouvement de panique qui s’était produit parmi les Sénégalais au début de l’action ; n’a quitté le bord que sur mes injonctions, alors que sa présence n’y était plus nécessaire, et pouvait être plus utile à terre. 11 est parti avec les derniers blessés. » (Rapport du capitaine Suzzoni.)
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
détruit, lacéré les dossiers médicaux, jeté à la mer les plaques d’identité des morts, ils me parquèrent dans un coin de la grève avec une dizaine de Sénégalais.
Le soir était tombé. Nous entendîmes trois détonations lointaines. C’était Y Oued-Sebou que les Allemands faisaient sauter.
Bientôt, à notre groupe de captifs grelottant sous la bise, vinrent se joindre le commandant du navire, les canonniers et quelques Sénégalais éclopés que les Maures n’avaient pas plus que nous respectés. L'es appareils de prothèse étaient brisés, les cannes, les béquilles, les lunettes gisaient à terre, rompues. On partit dans la nuit, et, après une inarche très longue et fort pénible à travers un terrain rocailleux, nous primes nos dispositions pour attendre le jour.
Hélas! que je devais en connaître de ces nuits à la belle étoile, avec un quartde lait pour dîner, une pierre comme oreiller et un léger sac pour couverture !
11 serait trop long et trop fastidieux de raconter par le menu toutes nos misères journalières chez ces enfantsdu désert, où, réduits au rôle d’esclaves nous étions en plus la risée des femmes et des enfants qui nous lapidaient et nous crachaient au visage.
Le régime ne comprenait qu’un litre de lait caillé servi par moitié, à 7 heures du matin et à minuit, sans pain, sans viande, sans rien. Ce breuvage était préparé de la façon suivante : du lait de chamelle était mis dans une outre en peau de bouc, avec une certaine quantité d’urine de chameau (comme ferment sans doute) puis brassé une heure environ, et légèrement chauffé. Ce fut notre seule alimentation pendant trente-cinq jours sauf deux fois où on y adjoignit une sorte de bouillie d'orge.
Nos ravisseurs, qui ont des mœurs sauvages, mènent une vie pastorale, se nourrissant de lait de chèvre et de chamelle, boivent du thé, mangent de l’orge grillée ou réduiteen bouillie, et parfois des moutons. Ils sont robustes, adroits et d’une agilité extrême, polygames et très prolifiques. Je parle du moins de ceux qu’il m a été donné d’approcher ; car, en ma qualité de « toubib », ils m’out parfois invité à boire le thé pour me remercier des opérations que je pratiquais sans que pour cela mon sort fût amélioré en quoi que ce soit.
J’avais pu cependant rentrer en possession de mes vêtements et de ma trousse à laquelle ils avaient enlevé des bistouris et des ciseaux pour se raser et couper les moustaches.
Pendant quelques jours, nous nous trouvâmes réunis 25 ; plus tard, nous fûmes réduits au nombre de fi, les autres ayant été emmenés en captivité par d’autres tribus à l’intérieur.
Notre premier « maître » ayant voulu garder pour lui le meilleur lot de captifs, à savoir le commandant, le docteur et les canonniers, excita la jalousie des autres tribus. Le 16 janvier à ti heures, nous fûmes conquis de haute lutte à coups de fusil, par une autre tribu et
emmenés à notre tour en captivité à l’intérieur.
Après plusieurs jours de marche à travers un pays dévasté, au sol rocailleux, semé de-ci de-là d’ilots de verdure, nos ravisseurs nous séparèrent et nous ne devions plus nous revoir que -le jour de notre délivrance. A l’horreur de notre situation s’ajoutait encore la douleur de nous ignorer et de vivre dans l’i m possibilité absolue denous procurer des nouvelles de nos compagnons d’infortune.
Dans cette tribu essentiellement nomade, j’étais tour à tour chamelier, chevrier, même bûcheron. Les jours de déplacement, tout le monde montait à chameau, sauf moi, qui étais astreint à parcourir les longues étapes à pied, sous une chaleur tropicale, à l’allure des montures et en poussant devant moi les troupeaux de mes maîtres. Arrivé au cantonnement, en guise de repos il me fallait courir chercher du bois, des souches, allumer le feu, préparer le thé, pendant que mes bourreaux mangeaient et buvaient, me refusant même un verre d’eau saumâtre. Pour étancher ma soif dévorante, j’étais réduit à manger de l’oseille et les baies rouges d’un arbrisseau épineux.
Une de leurs grandes distractions était d’armer leur fusils et de nous mettre en joue, ou bien encore, de nous renverser et de nous planter le poignard sous la gorge. Quand, dans la paix du soir, vaincu par la fatigue, je pensais goûter quelques instants de repos et oublier ainsi mes souffrances, j’étais tenu en éveil par le prurit désagréable d’une phtiriase abondante vestimentiet corporis.
Ce régime débilitant, joint à l’absence absolue d’hygiène la plus rudimentaire pendant trentecinq jours, ces nuits passées en plein air, l’insomnierebelle et entretenue par le froid matinal, des phénomènes gastro-intestinaux qui vinrent compliquer la scène, un lumbago traumatique qui me faisait toujours sou tf ri r et s’était compliqué d hématuries et de phénomènes paraplégiques, toutes ces causes déprimantes, s’ajoutant à la détresse morale dans laquelle je vivais, en songeant à ma famille éplorée, devaient avoir raison des organismes les mieux trempés.
Je versais dans la neurasthénie et ma constitution, pourtant très robuste, était très fortement ébranlée. J’étais arrivé à la limite extrême de la résistance humaine, quandj’eus la joie d’apprendre que nous allions être sauvés.
Da»s cette triste odyssée, j’ai maigri de 13 kilos et perdu tout le matériel que j’emportais pour un long séjour aux colonies.
Je suis heureux, en terminant, dé pouvoir adresser mes plus chaleureux remerciements au commandant Suzzoni, de Y Oued-Sebou, qui, par son sang-froid, son énergie, sa prudence au milieu du danger, ses dispositions lactiques, a su éviter de grands malheurs ; au commandant Casteix, delà Jeannette, qui, par sa jovialité, saverve primesautière, les soins dévoués qu'il nous a prodigués à son bord, a contribué à dissiper un peu notre tristesse et à nous faire oublier les mauvais jours vécus et au capitaine Bourguignon, du bureau des renseignements d’Agadir, - qui a mis tout son talent et son dévouement au service de
notre cause et s’est employé sans trêve, ni repos, à nous ravir aux griffes des pirates.
...Le l o février, j’entrais en traitement à l’hôpital de Casablanca.
.Médecin-major Carretier.
Chronique de l’Armée coloniale
Promotions. — Sont promus au grade de généraux de division, les généraux Laperrine, Pelle, Menvielle, Niessel, Dégoutté; de généraux de brigade, les généraux de brigade à titre temporaire Bunoust, Crépy, Modelon, le colonel du génie Fillonneau, le colonel d’artillerie coloniale Jacquet, les colonels d’infanterie coloniale Aubé et Monhoven.
Le général de brigade Patey a été promu dans le cadre des officiers de réserve des troupes coloniales, au grade de général de division à titre temporaire pour la durée de la campagne (armée d’Orient).
Sont promus au grade supérieur : les lieutenants-colonels Pettelat, Auroux, Rauch, les chefs de bataillon iBlondiaux, BufTe, Jean, de l’infanterie; les chefs de bataillon Bachellery, Huré, Braconnier, du génie ; les lieutenants-colonels Briand, Celler, Debieuvre, Cheva ier, Tliiry, Cambay; les chels de bataillon Bernard, Jacobi. Cauvin, Caillei, Rey, Bertrand, Le Duc, de Fajole, Allard. Modat, de l’infanterie coloniale; les lieutenan's-iolonels Mléneck, Granderye, lé chef d’escadron Coléno, de l’artillerie coloniale.
BIBLIOGRAPHIE
Au Maroc : Fès, la capitale du Nord, par le comte de Périgny; volume in-8° de 238 pages, avec 25 t liotogravures et une carte ; 4 fr 50. Pierre Roger, 54, rueJacob, Paris.
Ce livre du comte de Périgny, qui s’est déjà fait remarquer par ses explorations et ses ouvrages si documentés sur les Républiques de l'Amérique Centrale et les Etats-Unis du Mexique, est un hommage rendu à la vitalité économique de Fès, métropole religieuse et intellectuelle de l'Empire, centre d’approvisionnement important sur la route de Tanger au Talilett. Déjà Léon l' Africain nous en avait par’é et on se rappelle son impérissable description des « souks » de Fès; de Foucauld à son tour, en 1883, nous a exposé dans son célèbre ouvrage le rayonnement intense de ce foyer commercial ; et plus près de nous René Leclerc a signalé aux Français l’importance du nouveau marché à conquérir dans ce coin d’Afrique si mystérieux, il n’y a pas encore dix ans. Aujourd'hui, voici que M. de Périgny se propose de nous initier a la vie si complexe de ce Fès, trop peu connu malgré les travaux de premier ordre que nous venons de rappeler. C’est une initiative qui mérite detre signalée -à l'attention toute 'spéciale de nos lecteurs. Et d’abord, qu’est-ce que Fès, quel rôle peut-elle prétendre jouer dans le développement économique du Maroc? On sait que, fondée en 808 par Moulay Idriss II, la ville se développa rapidement sous l’immigration de Berbères et Arabes d'Arabie, d’Egypte, de l’Afrique du Nord, de l’E-pagne, toutes gens d'aptitudes merveilleuses soit pour le négoce soit pour l’industrie d’art dont certains avaient appris la technique à Cordoue, et à Qairouan. Sa renommée s'étendit encore davantage lorsque des savants de tous les pays musulmans accoururent s’instruire et se perfectionner auprès des doctes ulema qui professaient la science des sciences dans la fameuse mosquée de Qaraouiyne. Quoi d’étonnant si à ce contact d’art et de science la bourgeoisie fasi, intelligente et lettrée, spirituelle, voire même caustique, riche, commerçante et active, pleine de morgue et de fierté, tanatique plus que religieuse, est imbue de cette idée que la cité de Fès est une ville unique au monde et que ses habitants sont des gens supérieurs à tous les hommes!
Cette idée de supériorité, peut-être instinctive, peut-être 'Superficielle. repose toutefois sur une donnée géographique que le comte de Périgny ne pouvait omettre de signaler. « Placée a l’ouverture de la dépression qui sépare le système orographique du Rtf de celui du Moyen-Atlas, la ville de Fès commande le long couloir qui relie les plaines de l’océan Atlantique aux plateaux de la ville
d’Oran en passant par Taza, Oudjda et Tlemcen, ainsi que la grande voie historique du Tafileit. Importante au point de vue stratégique comme poste d’observation, elle est aussi un grand centre commercial, l’inteimédiaire indispensable entre la plaine et la montagne, le point de départ et d’arrivee des innombrables caravanes qui sillonnent les diverses légions de l’Empire marocain depuis Tanger et la Méditerranée jusqu’aux déserts sahariens et au Soudan. A cette situation exceptionnelle s’ajoutent encore de nombreux avantages dus à la qualité même du sol. Au milieu d’un territoire fertile et assez fortement peuplé, à portée de grandes cultures de céréales, de forêts magnifiques, de vastes carrières de pierre et de sable, elle trouve dans sa banlieue immédiate d’excellents matériaux de construction, de l’argile à poterie, du gypse, de la pierre à chaux, du sel, tandis que des vergers luxuriants garnissent le fond de la vallée et de riches bois d’oliviers couvrent aux alentours les flancs des collines calcaires aux crêtes abruptes et dentelées. » Voilà les vraies et solides raisons qui ont donné à Fès peuplee d habiles artisans et de fins commerçants la suprématie sur tous les centres politiques et économiques du Maroc. Ce sont ces ressources naturelles et cette situation géographique incomparable qui assureront a la grande cité le magnifique développement qui l’attend demain, lorsque nos vaillantes colonnes mobiles auront assuré à jamais la pacification de l’Atlas.
Déjà, Fès qui n’est plus comprimée par les Berbères — que les journées d’avril 1912 semblent déjà lointaines ! — respire plus largement. A l’intérieur, c’est sa vie publique qui s’organise. Le medjless el Baladi, création originale en ce sens qu’elle constitue la première municipalité indigène du Maroc, remet aux mains des Fasi les destinées de laur cite; mais par derrière 1 influence française est là qui se fait sentir. C’est elle qui veille à la fixation raisonnable des mercuriales, à la propreté de la voirie, à l’amelioration de l’hygiène, à la police de la rue et des mœurs, au recouvrement honnête de l’impôt. Sur ces questions et sur d’autres détails pratiques tels que les prix des terrains, les achats d’immeubles, les locations de maisons et de terrains, l’auteur nous donne les plus utiles indications.
Puis c’est dans la vie commerciale que les bienfaits de la paix française se manifestent. Les échoppes du Mollah se sont agrandies, transformées en comptoirs de plain pied avec la rue, les entrepôts (dar es selaà) de la Médina regorgent de marchandises que les grands négociants revendent aux boutiquiers de U Qaiçarya avec des facilités de paiements, mais sans intérêt, pour se conformer à la loi coranique. Ces boutiquiers sont installés dans des ruelles étroites et enchevêtrées, abritées du soleil par des toits de roseaux disjoints. Chaque rue a sa spécialité ou plutôt chaque commerce a une rue qui lut est réservee. « Dans le Souq-el-Attarin, on vend pêle-mêle des objets de bazar, de la papeterie, des parfums et des épices ; dans Bab-Moulay -Idriss, des verres et des cristaux, de la quincaillerie et des articles de ménage émaillés, tandis que les couloirs pleins d’ombre et de silence de la Qaiçarya sont garnis de tissus, soieries, draps, cotonnades importes ou fabriqués à Fès, de soie en échcveaux et de passementerie. Le Souq-en-Nokra brille discrètement de l'éclat des bijoux d’or et d’argent fabriqués au Mellah, le Souq-es-ïiobat resplendit du jaune cru étincelant de centaines de belghas, du reflet des babouches de femmes aux broderies somptueuses et de l'autre côté du Souq-el-Attarin, le Souqcl-llaïk montre autour de sa petite cour couverte, si paisible, toutes les étoiles de laine, haiks et djellabas, tissés à Fès même. » Non loin de la Qaiçarya se trouve un autre souq (chemin) bordé « de nombreuses échoppes où s’étalent, habilement disposes sur un plan incliné, de larges corbeilles et de grands mida, sortes de tamis à fond plein remplis de légumes secs, pois chiches, lentilles et haricots, de fruits secs ou frais, dattes venant du Tafileit, olives conservées, raisins secs, noix et noisettes, sous d’élégantes balances en cuivre avec un plateau plat et l’autre creux. Dans le quartier de Sara se concentrent tous les matins poules, œufs, pigeons, gibiers, légumes fiais, farine et semoule, dont se fournissent tous les petits marchés à comestibles disséminés dans les différents quartiers de la ville où viennent s’approvisionner des groupes d’hommes en grisâtres djellabas de laine grossière, quelques rares ménagères pauvres drapées de blanc, strictement voilées et de pesantes négresses roulant de lourdes hanches, esclaves de maison^ riches » La nomenclature des marchés de Fès ne s’arrête pas ici. M. de Péiigny nous parle encore des marchés spéciaux tenus dans les fondouks où vienpent.se concentrer les produits de la campagne. On suppose d’ailleurs facilement les apports et les transactions que nécessite l'approvisionnement quotidien d’une ville de plus de 100.000 habitants. Fès est en effet un gros centre d’absorption.
Aussi la production de la campagne est-elle insuffisante. Dans
BULLETIN DD COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
un chapitre consacré à l’agriculture et dans lequel sont mentionnés les procédés rudimentaires des indigènes en ce qui concerne l’exploitation des terres, l'auteur indique comme une des causes de ce manque de production « la difficulté, l’impossibilité presque, pour les Européens d’organiser des exploitations agricoles ». A quoi tiendrait cette impossibilité? D’une part aux prix exagérés que demandent les Fasi; de l'autre, à l’incertitude du titre de propriété lorsqu’on réussit à acheter une terre à un indigène. Ce ne sont là évidemment que des obstacles provisoires qui disparaîtront lorsque s’établira un étalon de prix — l'adjudication récente du lotissement domanial de Raselma aura à cet égard les plus heureuses conséquences — et que se généralisera la pratique de l'immatriculation déjà adoptée par les indigènes dans les plaines côtières. En attendant, l'Européen procède par voie d’association avec l’indigène et M. de Périgny nous expose les principales formules en vigueur à ce sujet dans la région de Fès, tant pour l’agriculture que pour l’élevage.
Mais F'ès n’est pas qu’un centre de consommation important, ba situation géographique en fait un centre d’approvisionnement de première grandeur, pourrait-on dire, bien que l’occupation française de Bou-Denib en 1906 lui ait enlevé le ravitaillement du Tafilelt qui se fournit en Algérie par Colomb-Béchar. Le blocus du Moyen-Atlas par les colonnes mobiles a également réduit en ces dernières années la quantité des échanges. A vrai dire, ces restrictions sont temporaires bientôt même elles auront cessé. Les lecteurs de ce Bulletin connaissent les campagnes de la Haute- Moulouya et du Moyen-Atlas effectuées l’an dernier et savent qu’un des résultats économiques de cette jonction a été la construction en cours — d’une route Meknès-Bou-Dsnib. Bs n’ignorent
pas également la prise de possession toute récente et toute pacifique du Tafilelt. Ce sont là deux événements qui font influencer considérablement et à son avantage le commerce exiérieur de Fès. On ne saurait se méprendre sur l’importance decescourants commerciaux.
Aussi sera-t-il intéressant plus tard, lorsqu’on voudra constater les progrès de la capitale du Nord, de se reporter au chapitre que M. de Périgny a consacré à son commerce extérieur actuel. Comment se caractérise ce stade?
L’auteur présente l’importance de ce mouvement dans uu tableau statistique très difficile à dresser puisqu’il n’exisle pas de service de statistiques officielles — tout au moins à l’époque où le livre a
été écrit. On remarque que Fès importerait annuellement
d’Europe, vid Rabat et Ivenitra surtout, 9.332 tonnes de marchandises sur lesquelles on ne compte pas moins de 3.516 tonnes de sucre, 988 tonnes de bougieset859 tonnesde cotonnades. Elleexporterait’3.669 tonnes de produits dont 2.391 dans l’intérieur du Maroc. Cette fourniture à tribus rurales est assez intéressante à détailler. On voit, en effet qu’elle porte sur 774 tonnes de sucres, 107 tonnes de bougies, 749 tonnes de cotonnades, 188 tonnes de belghas, 350 tonnes de ghassoul (savon), 173 tonnes de poteries, 34 tonnes de soieries de Fès, etc., car il faudrait citer tous les chiffres. Mieux vaut d’ailleurs se reporter au livre lui-même où des remarques très judicieuses sur les qaïda (coutumes) en matière commerciale sont développées dans le but d’éclairer le commerce français sur les qualités demandées dans le pays, les coutumes locales des commerçants, les modes de vente, de règlement, le crédit, le change, le conditionnement des marchandises, etc. C’est ainsi, pour ne citer qu’un exemple, que de l’avis de l’auteur, il n'y a pas lieu de conseiller à des détaillants d’aller s’installer à Fès: ils succomberaient sous la concurrence indigène qui peut s’exercer à des prix très bas étant donné le genre de vie très simple que mènent Arabes et Israélites. Par contre, « là où il y a un réel effort à réaliser c’est du côté du marché indigène de la Médina alimenté par une population de près de 100.000 habitants, dont nous devons pénétrer plus profondément les besoins afin d’y pourvoir dans une plus large mesure que nous ne l’avons fait jusqu’à présent. Nos fabricants et nos négociants doivent, dès qu’ils le pourront, s’intéresser davantage à ce débouché important pour les produits français se préoccuper d en connaître plus exactement les particularités s’adapter mieux aux désii’s et aux coutumes de leurs acheteurs, sans toutefois flatter leurs défauts comme l ont fait les Allemands, s’assurer les garanties nécessaires par la présence d’agents sérieux et actifs, complètement familiarisés avec la langue arabe et la mentalité des indigènes ». Bref, ce sont toujours les mêmes recommandations que nous avons à adresser à nos industriels : puissent celles-ci les convaincre et leur montrer la nécessité de se mettre en rapports étroits avec Fès, le grand centre commercial du Maroc du N ord !
Mais là ne se borné pas le rôle économique de la capitale. Fès est en outre un centre industriel actif, qui, par suite de son isolement au cœur du Maroc, a su se défendre en grande pàrtie contre
l’invasion des articles européens à bon marché, et lancer dans tout le monde musulman ses produits manufacturés, grâce à ses réels artistes aidés par une main-d’œuvre patiente et soigneuse. C’est tout un ouvrage en plusieurs tomes qu’il faudrait écrire pour exposer le mécanisme des industries de Fès, depuis la naissance du métier primitif et de la technique transmise religieusement de père en fils, jusqu’aux efforts récents du service de l’enseignement en -vue de ressusciter un traditionalisme artistique que des influences intérieures et extérieures ont fait momentanément oublier. Qui écrira jamais l’histoire de ces 120 corporations que dans les derniers chapitres de son livre, M. de Périgny esquisse, montrant leur organisation sous le contrôle du mahtasseb , prévôt des marchands, et figées dans d’archaïques habitudes? En lisant ces pages si finement écrites, on revit le moyen âge en France et les points de comparaison entie les déux pays si différents d’esprit cependant affluent en cette matière et à cette époque, faisant souhaiter que la thèse séduise un jour un jeune aspirant au doctorat. C’est la un point de vue bien idéologique, qu’il nous faut quitter, d’ailleurs, car l’auteur a entendu donner à son étude sur les industries de Fès un caractère pratique. Il nous initie au fonctionnement des 221 moulins à blé de la capitale qui prennent leur force motrice à l’oued Fès et produisent chacune 15 mouds par jour en moyenne, mais ne donnent pas, par suite de l’outillage défectueux des farines de premier choix. Quant aux 21 moulins à huile de Fès, d’un modèle très primitif, ils sont loin de pouvoir traiter convenablement les fruits des 400 000 oliviers de la région : une huilerie moderne pourrait donc s’y établir avec chances de succès Les industries du bâtiment sont nombreuses : construction, décoration, zellij, sculptures sur plâtre et sur bois, peintures. L’arabesque domine dans le souci de la décoration si chère aux musulmans. En parler comme le fait M. do Périgny, c'est dévoiler un peu l’âme, au demeurant si fermée, des riches Fasi ; et les pages qu’il leur consacre ainsi qu’aux industries du cuir (tannage, babouches, sacoches, reliures) et surtout des tissus (sériciculture, filage, teinture, tissage; sont à lire ; elles contiennent, à cet égard, des enseignements précieux. « Sans doute pourrait-on améliorer ces métiers et en augmenter le rendement. Des essais ont été faits ici même avec un métier métallique de démonstration apporté par un industriel mobilisé au Maroc, et ont donné de très intéressants résultats. Les artisans indigènes ont suivi avec beaucoup d’attention les diverses opérations du montage du métier, de l’ourdissage de la chaîne, du passage des fils dans les lices et du rentrage dans le peigne. Ce qui les a particuliérement frappés c’est le facile fonctionnement des deux marches à l’aide des pieds faisant automatiquement courir la navette entre les deux nappes de chaîne et de battant, serrer la duite en même temps qu’une des deux ensouples se déroule et l’autre s’enroule. Souhaitons que ces essais ne soient pas stériles et qu’on puisse doter les meilleurs ouvriers de Fès de quelques-uns de ces métiers qui rendraient le tissage plus rapide et économiseraient considérablement la main-d’œuvre, d’autant plus que la seule objection formulée par les tisserands au sujet de l’insuffisance de la largeur de l’étoffe obtenue semble pouvoir être facilement résolue en atteignant la dimension de 1 m. 30 qu’ils réclament au lieu de celle de 1 m. 10 qui leur avait été présentée. »
La partie consacrée aux industries se termine par un exposé des « petites industries » telles que les broderies, faïences, bijouteries, cuivres, menuiseries, etc., qui sont le travail de gens de goût et d’habiles artisans, hommes ou temmes, et que le Protectorat français s’efforce, par une action discrète, de préserver d’une décadence complète.
Dans ce trop bref résumé de l’excellente étude de géographie économique que vient de nous donner le comte de Périgny, nous avons en outre l’importance de Fès au point de vue indigène. Mais nous avons négligé à dessein l’œuvre européenne dans cette ville, où elle est encore naissante. C’est d’ailleurs pour cette raison que Fès si généreusument dotée de ses chutes d’eau, de main-d’œuvre, de produits locaux et qui a de forts besoins, doit attirer l’attention des Français en quête d’une œuvre utile à réaliser: l’évolution du commerce et des industries dans la capitale du Nord doit être de nature à les tenter. La ville bénie de Moulay Idriss, aux trésors artistiques incomparables, les récompensera certainement de leurs efforts. Telle est l’impression encourageante qui se dégage de la lecture du livre charmant et si bien étudié du comte de Périgny, voyageur, géographe et littérateur. Tajer Fasi,
Le Gérant :J. Legrand.
PAâlS. — IMPRIMERIE LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
IV" 7 et 8
ET
PUBLIÉS PAR
le COMITÉ OE L'AFRIQUE FRANÇAISE et le COMITÉ DU MAROC
SOMMAIRE
L'OFFICIER DE RENSEIGNEMENTS AU MA- ROC. — Colonel Berriau 85