I. — Formation du Bornou et des Etats kotokos
Ainsi que nous l’avons vu dans l’étude ethnographique, le pays compris entre le Chari, le
BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE
Tchad et la Komadougou-Yoobé était primitivement habité par une race de géants, les Saos, que nous ne connaissons que par la légende.
Ils devaient, tout comme les actuels païens, être divisés en tribus se taisant la guerre entre elles.
Deux ennemis les attaquèrent : les Kanembous et les Massas.
Kanembous. — Des Arabes précédemment venus au Tibesti descendirent au vmc siècle vers le Sud accompagnés des Toubous. En cours de route, les Kanembous, tribu vivant alors au Borkou méridional, se joignirent à eux. Les émigrants s'installèrent au Kanem (pays du Sud) et y créèrent un royaume (1).
Au xi" et au xue siècles, sous le roi Ounée, les Kanembous devinrent musulmans et leur royaume se développa rapidement. Il s’étendait, au xm° siècle, de l'Egypte au Niger. Le sultan Dounama avait courbé. 1rs Saos sous son autorité. Mais, sous ses successeurs, profitant des désordres intérieurs' du royaume, les Saos combattirent avec succès les Kanembous et redevinrent indépendants.
Massas. — A cette même époque, une nombreuse tribu du Moyen-Chari, les Massas, fut poussée vers l'Ouest, vraisemblablement par les païens venus des pays montagneux de Mongo et Melfi, et envahit le pays des Saos par le Sud.
Les nouveaux arrivés ne devaient guère différer des premiers occupants. Il dut cependant y avoir lutte ;une partie des Saos fut repoussée vers le Nord, et le reste assimilé par les Massas. Ainsi prit naissance un peuple nouveau : les Kotokos. C’est, en etîet, en 1400 que, le premier, Makrisi signale un royaume kotoko.
Naissance du Bornou. — Une branche cadette de la famille régnante du Kanem, les Boulala, qui antérieurement s’était établie à l'embouchure du Chari, chassa, à la lin du xtv° siècle, le sultan Omar de sa capitale Birni-Njimé. Omar s’enfuit avec une partie de ses gens dans le pays des Margui entre Oudjé et Goudjeba.
Pendant soixante dix ans, les réfugiés menèrent une vie misérable. Mais, en 1472, leur chef, le roi Ali, conquit sur les Saos le pays situé au Sud de la Komadougou-Yoobé etfonda le royaume du Bornou qui eut pour capitale Kazer-Goumo.
Les Kanembous venus au Bornou, par leurs mariages avec les filles des autochtones et le concubinage avec les captives, donnèrent naissance à un peuple différent de celui du Kanem : les Kan ou ri .
Fin de l'empire des Saos. — Resserrés entre le nouveau royaume du Bornou et les Massas toujours plus envahissants, les Saos semblent avoir formé à cette époque une confédération de petits Etats qui reconnaissaient un chef commun aux pouvoirs peu étendus. Le chef des Saos, le « Moussoro », résidait à N’galla dans un château fortifié dont le rayon était d'un jet de flèche. Pour l’aider, ilavaitdesdignitairesnommés« Antelga ».
(1) Voir Carbou.
Les principales villes dépendant de lui étaient : Yedi, Marté, Maoulé, Missené, N’galla, Sangaigna, Sabha, Modou, N’douffou, Afadé, Mafaté, Kasa, Fima.
Mais peu à peu, les Massas, qui occupaient déjà tout le cours du Chari, envahirent le pays jusqu à Marté compris. D’après la tradition, cette dernière partie de l’invasion fut paisible : une tribu massa venait s’établir près d’un village sao et créait un nouvel établissement près du premier. Les Massas devenaientchaque jour plus nombreux, s’alliaient avec les Saos, profitaient des discordes intestines pour prendre de l’influence. Par extinction, mais surtout par croisement, les Saos disparurent. 11 n’y eut plus que les Kotokos, provenant de la fusion des deux races.
Dans le Nord, la lutte avec les Kanouri fut rude. Le royaume du Bornou semblait étroit à ses occupants ; ils enviaient le vaste domaine où les Saos avaient encore de beaux établissements. Le roi Idriss Alaoma (1571-1603) résolut d’agrandir ses Etats et marchacontre les Saos. « Leurs places fortes furent emportées, les habitants misa mort ou réduits en captivité, et ce qu'il en resta fut dispersé (1). »
Ecrasés par les Bornouans, absorbés par les Massas, les Saos disparurent. Leur pays se trouva dès lors divisé en deux parties bien distinctes : la partie septentrionale, pays des dunes fertiles, occupée par le royaume du Bornou ; la partie méridionale, la terre cassée, siège des petits Etats kotokos.
IL — Les Etats kotokos jusqu’à la fin