‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 5)Chapitre 54 sur 123 · DU XVII 1° SIÈCLE · texte numérisé non relu

DU XVII 1° SIÈCLE

Les Massas, nous l’avons .vu, trouvèrent dans le pays sao des tribus indépendantes et, vers la fin, une confédération de petits états sous un « Moussoro » sans pouvoir. Naturellement anarchiques comme presque tous les païens, les Massas étaient incapables do créer dès le début un royaume puissant. Ils se contentèrent de substituer, dans chaque petit Etat déjà existant, leur autorité à celle des Saos Ainsi se formèrent de minuscules royaumes kotokos, indépendants et rivaux. Un distinguait : Karnak-Logone, Houllouf, Djilbé, Kala, Kabé, Kousseri, Goulfeï, Scha- .oué, Mafio, Migné, Oulki, Missené, Marté, Ren, Afadé, Maffatéou Makari, Bado, N galla, N'douffou Kara, Sangaigna, Saba, Modou.

Ces petits Etats étaient en lutte entre eux. Certains disparurent, comme Houllouf, Djilbé, Kala, Kabe, qui furent conquis par Karnak-Logone.

Peu puissants, désunis, ilseurent naturellement beaucoup à souffrir de leurs deux puissants voisins : au Nord, le Bornou, à l’Ouest, le Baguirmi qui s'était créé au xv° siècle.

Les sultans du Bornou, depuis Idriss Alaoma, firent des incursions continuelles au pays kotoko. A l’approche des colonnes ennemies venant razzier, les petits souverains s’empressaient d'envoyer un cadeau pour détourner d’eux le danger.

(1) Barth. T. II. 105.

Le Baguirmi qui, depuis le premier Mbang (1) musulman Abdallah, avait pour frontière le Chari, pesait lourdement sur les Etats' kotokos. Nachtigal signale que déjà en 1608 le Logone et Kousseri devaient envoyer un tribut annuel ; que Bourkomanda (1635-1665) pilla le pays kotoko, battit le Mandara et fit même incursion au Diamaré ; que Abdel Kader Woli (1680-1707) et son fatcha Kano « pillèrent et dévastèrent la contrée de Kousseri — la ville était tributaire du Baguirmi — et la partie est du Logone » ; que Hadjchi (1751-1785) envoya son fatcha Araouelli contre le Logone et lesChoas du Bornou.

Logone, Kousseri, Goulfeï, dont les habitants cultivaient la rive droite du Logone et du Chari, qui nominalement appartenait au Baguirmi, payaient tribut au Mbang de Massenia : le Logone : 100 vêtements ; Kousseri : 20 à 30 ; Goulfeï : un cheval et 14 vêtements.

A la fin du xvhi* siècle les pays kotokos devinrent musulmans.

III. — Situation des Etats kotokos depuis 1800 jusqu’à l'arrivée de Rabah.

Au commencement du xixe siècle, les Foulbé avaient créé un royaume à Sokoto aux dépens des sultanats haoussas qui relevaient nominalement au moins, du Bornou. Le chef des peuhls, Othman dan Fodio, envoya contre le Bornou une expédition commandée par Gonni Mouktarou. Kazer-Goumo fut conquise et le sultan Ahmed dut se réfugier à Kournaoua.

Vers cette époque, arriva à N’galla le fakih Mohammed el Kanemi, fils d’un père kanembouet

Le sultan Ahmed, apprenant les exploits de Mohammed contre les peuhls des environs de N’gourno et sa réputation de sainteté, lui demanda son aide contre les Foulbé.

Gonni Mouktarou fut chassé de Kazer-Goumo oü le sultan s’installa à nouveau, tandis que Mohammed retournait à N’gourno.

Le peulü Mallem Ali reprit la capitale et le sultan Dounama dut s’enfuir à Berberoua. Renouveau l'aide du fakih fut implorée et il lui fut promis la moitié des revenus des pays reconquis sur les Foulbé.

Après avoir chassé les peuhls du Bornou, Mohammed el Kanemi s’installa à Koukaoua qu’il avait fait construire et prit le titre de cheikh. Désormais, il était en fait le véritable maître du Bornou.

Lutte avec le Baguirmi. — Assez peu de temps après sa fondation, le Baguirmi avait été rendu tributaire du Bornou * mais sous les derniers sultans de Kazer-Goumq les liens s’étaient relâchés et, pendant l’invasion peuhl, le M’bangde Massenya s’était rendu indépendant.

Un des premiers soucis du cheikh Mohammed fut de soumettre le Baguirmi. D’abord trop occupé pour le faire lui-même, il lança le sultan du Ouadaï contre le vassal rebelle. Mais, après une série de combats heureux, le sultan d’Abeché, oublieux des conventions, fit du Baguirmi un tributaire, non du Bornou, mais du Ouadaï.

El Kanemi, désappointé, entra lui-même en campagne et fut battu à N’galla en 1817. Il recommença la lutte en 181 8, avec l’appui des Ouled Sliman et entra au Baguirmi dont le Mbang se

Abbakar

Kiari Sanda

Mohammed el Amin el Kanemi

Omar Abderraman

Brahim Hachim

Sanda Guerbaï

d'une mère tripolitaine. Il n’avait avec lui qu’un âne et un chameau, mais tous deux étaient chargés de livres. Ebloui par une si belle bibliothèque, le sultan de N'galla, nommé Mellé, ne douta pas d’avoir devant lui un saint homme et de grand savoir, si bien qu’il lui promit sa fille. En effet, au retour dufakih qui était allé au Kanem, Mellé lui donna sa fille Maïram Aïssa.

Pendant quelque temps, Mohammed enseigna àN’galIaetun grand nombre de fakihs accoururent près de lui. Maana, chef des Arabes Salamat d’Afadé, lui donna sa fille Kadidja comme femme.

Mohammed el Kanemi se rendit ensuite à N’gourno dans le Bornou. Il était accompagné de quelques Kanembous, de cavaliers salamat et de sept cents esclaves montés donnés par son beaupère le maï de N’galla.

(1) Sultan.

réfugia sur la rive gauche du Chari chez les Mousgous. Le cheikh ne put l’y rejoindre et dut rentrer. Il réussit cependant à vaincre les Baguirmiensen !824à N'galla, en plein pays kotoko, où ils étaient venus porterla guerre.

Soumission des Etats kotokos. — C’est au cours des luttes avec le Baguirmi que Mohammed rendit les Etats kotokos tributaires. Comme je m’étonnais que le cheikh eût réduit en vasselage les princes kotokos et, parmi eux, son beau-père qui avait fait le début de sa fortune, un vieux chef me dit : « A l’Ouest le Baguirmi se révoltait, à l’Est les peuhls tenaient encore et solidement une partie de l’ancien royaume ; il fallait trouver des ressources: les grands se dérobaient, on tomba sur les petits. » Une autre raison doit être l’islamisation récente des pays kotokos qui ne permettait l plus de les considérer comme des territoires de chasse, comme des réserves de captifs.

BULLETIN DD COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

La soumission des Etats kotokos est signalée par Barth : « Peu de temps avant ou après son avènement au trône (il s’agit du sultan Yousouf de Karnak-Logone), un des chefs du cheikh Mohammed el Kanemi envahit le pays et réduisit à l’état de vasselage le Logo ne qui paie depuis lors au Bornou un tributannuel de 100 esclaves et d’autant de tuniques. >;

Les tributs que durent désormais payer les royaumes kotokos étaient les suivants :

Karnak-Logone

Kousseri

Oulki

Goulfeï

Missené

Marté

Ren.

Scbaoué

Atïadé

Makari

N’Galla

N'Doutïou

Mafio

chevaux

Migné

Bado

captifs

Kara, Sangaigna, Saba, Modou faisaient annuellement un cadeau semblable à celui fait par le prince le jour de son avènement.

La surveillance du paiement du tribut incombait à des dignitaires de la cour du cheikh, qui étaient d’origine libre ou serve. A l’arrivée de Rabah au Bornou, ces dignitaires étaient les suivants :

Kachella Bêlai de qui dépendaient Makari, Goulfeï, Logone, Saba, Modou, Kassa, Sangaigna ;

Chettima Boukar de qui dépendait Afadé ;

Abha Hamet de qui dépendait Oulki ;

Cheikh Braldm ould cheikh Omar de qui dépendait Kousseri ;

Abba Haclji ould llanza de qui dépendait Ren;

Kachella liaftara de qui dépendait Schaoué ;

Ourama de qui dépendait N'Doufïou ;

Zaghif'nda Asham de qui dépendait N’Galla ;

Chettima. Mamadou G ad jim de qui dépendait Missené, Marté.

Le dignitaire était souvent représenté, près des sultans qui relevaient de lui, par unde sesbommes portant le titre de Grema.

Depuisdeur soumission par le cheikh Mohammed, les Etats kotokos restèrent fidèles au Bornou. Leur armée minuscule ne permettait pas de tenir tête au puissant cheikh de Koukaoua. Un seul aurait pu se soulever avec quelques chances de succès, celui de Karnak-Logone, mais, constamment en butte aux attaques du Baguirmi, ildevait assurer ses derrières en payant letribut au Bornou. « Notre pays appartient au cheikh Omar, dit le sultan Marouf à Nachtigal, et tout ce que le roi Marouf écrira et fera, que ce soit bon ou mauvais, n’arrivera qu’en commune responsabilité avec Issa, le commissaire du Bornou. »

Assuré de la bienveillance du cheikh par une telle soumission, le mianraï du Logone put tenir tète au Baguirmi et arrondir son royaume aux dépens de ses petits voisins.

Sous le règne du sultan Yousouf, le zinama Alamdou défit les Baguirmieùs sur la rive droite

du Chari à Daogodé, et s’empara des tams-tams et éventails de plume duMbang. Les Baguirmiens pour se venger livrèrent sous les murs mêmes de Karnak une sanglante bataille aux Kotokos dont beaucoup périrent.

Plus tard, le mianraï Saouedi envoyamille chevaux contre le Baguirmi, mais l’armée du Mbang vint à marches forcées mettre le siège devant Karnak-Logone, ce qui obligea le zinama des Kotokos à revenir en bâte au secours de la ville.

En outre, les sultans de Logone combattirent contre les Mousgous, lespeuhls du Diamaré (principalement les lamidos de Bogo) contre les Arabes de A\ asa, le Mandarai et même contre Kousseri aux dépens duquel ils agrandirent leur pays.

Les deux autres Etats du Chari, Kousseri et Goulfeï, osèrent ne pas se soumettre complètement au Bornou.

A Goulfeï, l’ai i fa (qui, en fait, commandait), tout en, payant tribut au cheikh, inclinait fortement vers le Baguirmi. « C'était un homme très sensé et très aimé, dit Nachtigal. Il s’était fait remarquer par la fidélité et le dévouement avec lesquels il servait le roi du Baguirmi. »

Lemaï de Kousseri osa la révolte ouverte. Le sultan Ibrahimdu Bornou, voulant sedébarrasser de la tutelle du cheikh Omar, fils de Mohammed el Kanemi, avait appelé les Ouadaïens à son aide. Ceux-ci franchirent le Chari et défirent les Bornouans, en 1846, près de Kousseri. Ils avaient été aidés parles gens du mai de Kousseri qui, de plus, les accompagnèrent à Koukaoua et les aidèrent à piller le Bornou. Le cheikh ne put tirer unerapide vengeance, maisen 1879 son fils Boukar accourut pourrazzier Kousseri. Le maï s’empressa d’envoyer un salam de 300 esclaves à Koukaoua. La ville fut ainsi épargnée, mais toute la contrée fut dévastée ei le sultan emmené en captivité.

Telle était la situation respective des Etats kotokos du Bornou et du Baguirmi quand Rabah apparut.

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