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IV. — Etude des pays kotokos

Dans les Etats kotokos le pouvoir était aux mains d’un sultan nommé maï ou mianraï. Ce pouvoir était fortement limité par la nécessité où était le mai de consulter, préalablement à toute décision, un certain nombre de ses grands dignitaires, et même dans les grandes occasions, l'assemblée du peuple du chef-lieu.

Les dignitaires par ordre d’importance étaient les suivants dans le^ principaux Etats :

Mianraï (le sultan),

Olommai (héritier présomptif), Iba

Mm Logone,

Mraï Kbaah,

Madam.

Mraï li Khaah,

Zinama.

Mai (le sultan),

Olommaï (héritier présomptif), Alifa,

Ghaladima,

Maounté,

Madam.

Karnak- Logone.

Kousseri.

Goulfei.

N'Galla

Makari

Afadé.

Mai (le sultan),

1 Madam (héritier présomptif), i Alifa,

[ Mayo.

I Mai Ile sultan), l Tchiroma (héritier présomptif), ) Dalatou,

\ Alifa,

I Kaigamma,

\ Maghira.

Iiyiaï (le sultan),

Tchiroma (héritier présomptif), Gaïme,

Alifa,

Kaïgama,

Ghaladima.

i Mai (le sultan),

I Jerima (héritier présomptif),

< Ghaladima,

I Gaimé,

[ Fouvou.

Deux sultanats seuls présentent quelque intérêt1 le Logone, de beaucoup le plus étendu, et Goulfe dont 1’alila, sous la domination allemande, vadevenir un important sultan.

Karnak-Logone. — Les fakihs du pays essaient de faire remonter la dynastie régnanle à un certain Amana qui serait venu du Yemen. Chez tous les peuples islamisés, on trouve pareille tentative de placer le berceau de la famille souveraine dans la terre du Prophète. 11 n’y a pas qu’en France que de serviables archivistes découvrent des blasons et des ancêtres. 11 est beaucoup plus vraisemblable qu’à Karnak, comme dans les autres petits sultanats, le premier sultan fut simplement un Kotoko qui débuta par être chef d’une agglomération plus importante que les autres et qui, peu à peu, étendit son autorité sur le voisinage.

ün conserve d’ailleurs le souvenir de 9 chefs païens dont les petits villages occupaient l’actuel emplacement de Karnak-Logone. C’étaient :

— M’Baou Sanderi, chef de N’Galla, bâti sur un terrain argileux qu’on voit encore au Nord du mur d’enceinte ;

— M’Baou Sandaka dont le village s’élevait près du bouquet d’arbres situé sur la rive droite du Logone juste, en face de Karnak;

— Attaonako qui commandait Honkol; — Mabigako, chef du village de Zoumayo bâti sur un terrain sablonneux près du fleuve; — Saltoma, ancêtre du mraï Khaah; — Zouema dont le village Mouzzoua occupait l’actuel emplacement des teinturiers; — Goama; Bhoudema, ancêtre du mraï Logone dont le village se trouvait sur le Goz abou hout (le sable aux poissons); — Billema, ancêtre de l’iba.

Parmi les dignataires du Logone, trois sont héréditaires : l’iba (appelé souvent du titre bornouan : ghaladima); le mraï Logone et le mraï Khaam.

Le premier iba, dit-on, était beau-père du sultan. Par ses fonctions, l’iba joue près du mianraï le rôle de premier ministre. Il règle personnellement une bonne partie des affaires et peut de plus se mettre en tête des troupes.

Le mraï Logone est le chef des pêcheurs; le mraï Khaah, le chef des cases des chasseurs. Il y a peu de temps encore, ce dernier était par tradition tenu d’entretenir des meutes de chiens courants.

Il est donc fort probable qu’un certain nombre de villages étaient groupés sur un étroit espace émergeant aux hautes eaux, celui où s’élève maintenant Karnak. Leur proximité les a amenés à s’unir sous un seul roi, le mianraï, qui avait épousé la fille du chef le plus important après lui, chef qui tout naturellement le suppléait le cas échéant, et qui devint l’iba. Nos kotokos primitifs se divisaient en deux classes : pêcheurs et chasseurs. Le plus grand chef des pêcheurs, celui qui tenait le meilleur emplacement, le banc de sable poissonneux (goz el hout), devait évidemment avoir de l’importance : il devint le mraï Logone; . il en fut de même pour le plus grand chef des chasseurs qui devint le mraï Khaah.

Dans le pays d’alùntour se formèrent également de petits sultanats : Houllouf, Kabé, Kala, Djilbé. Le reste de la population, les Mida, vivait dans l’anarchie propre aux païens. Plus fort ou plus habile que ses voisins, le mianraï de Karnak-Logone réussit à subjuguer les sultans de Iloullouf, Kabé, Kala et Djilbé. Contre les Mida, il fit agir ses chefs de guerre, en général d’origine serve, et les établit dans les pays conquis où ils devaient maintenir l’ordre. Ainsi furent occupés les cantons de Zina, Wasa, Mazara, Bille, Gerlé, etc...

Indépendamment des trois grands dignitaires héréditaires, il y avait près du sultan des fonctionnaires : le madam ou conseiller intime, le mraï li Khaah ou intendant, le N’garba, capitaine du fleuve, le chekoua, porte-parole du sultan ; les chefs des quartiers de la capitale, et les chefs militaires des cantons conquis.

Nachtigal fait remarquer que parmi ces derniers le mraï Wasa devait être, à l’origine, le plus important, mais qu’à son passage le mraï Zina tenait la première place. Tous deux marchaient immédiatement derrière le madam.

Le mraï Zina, ou, suivant la forme bornouane, le zinama, est encore le plus important des dignitaires non héréditaires. Son importance vient de l’étendue de son canton et de la situation de celui-ci à proximité du pays mousgou, centre des razzias.

Quand une décision importante, comme faire la guerre par exemple, devait être prise, le sultan consultait d’abord le madam et le mraï li Khaah, puis l’iba, le mraï Logone, le mraï Khaah étaient appelés et le conseil formé. Même souvent le Conseil n’osait décider, on réunissait le peuple de Karnak, le chekoua lui exposait les faits et demandait son avis.

Si la guerre était décidée et que le sultan se mît en tète des troupes, tous les dignitaires suivaient. Le cas était rare, souvent l’iba prenait le commandement et, bien plus souvent encore, le zinama tout simplement.

Le produit des razzias faites par le zinama

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

était partagé. Sur 100 esclaves, le mianraï en recevait 50, l’iba 25, le zinama 10, les 15 derniers étaient partagés entre les autres dignitaires, le mraï Logone et le mraï Khaah ayant part prépondérante.

Les revenus du sultan étaient constitués par les prises de guerre, les contributions levées dans les cantons midas et les sultanats soumis, les cadeaux reçus pour l’octroi de dignités, les amendes.

Non seulementil ne levait pas d’impôt àKarnak- Logone, mais, tout comme les empereurs à Rome, il faisait des distributions de vivres, de vêtements et donnait des repas. Quand sa générosité n’était pas assez grande, ou bien quand, ainsi que le sultan Saaleh, il donnait largement à ses esclaves et affranchis, mais peu aux hommes libres, les gens de Karnak-Logone, montés et couverts du harnais de guerre, s’assemblaient en tumulte sur la place du palais et sommaient le sultan de partir. Il s’en allait emportant ses biens et sa famille, et le soir même un autre mianraï, présumé plus généreux, était installé à sa place. Pour les mêmes raisons, les Romains remplacèrent bien Galba par Othon.

Goulfeï, — Le sultanat de Goulfeï ne se différencie des autres Etats kotokos que par l’importance prépondérante prise par un dignitaire : l’alifa.

Au commencement du xix® siècle, Maguira Adama, fille du sultan de Makari, avait épousé le sultan de Goulfeï. Elle en eut un fils qui devint le mai Saaleh. A la mort de son mari, Maguira épousa Ghiggher, fils du chef des Arabes Oulad Rokhter de Tchoukoula qui était fort riche. Elle obtint pour son nouveau mari la dignité d’alifa.

Grâce à sa nombreuse et puissante famille, aux fréquents cadeaux qu’il sut faire, Ghiggher s’acquit une importance chaque jour plus grande. Certes le mai était toujours nominalement le maître, mais déjà l’alifa paraissant devant lui se contentait d’enlever son bonnet et ne dénudait pas son épaule droite comme les autres dignitaires. En fait, grâce à sa richesse et à ses gens, il exerçait le pouvoir, si bien que Nachtigal, lors de son passage, écrivait : « Goulfeï avait deux administrateurs : un alifa et un mai ; mais, contrairement à ce qui se passait à Maffate, où le mai détenait le pouvoir, c’était l’alifa qui régnait ici. »

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