‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 5)Chapitre 57 sur 123 · VIL — LE PAYS SOUS LES ALLEMANDS · texte numérisé non relu

VIL — LE PAYS SOUS LES ALLEMANDS

La convention du 12 juin 1898 avait partagé les pays du Tchad entre la France, l’Angleterre et l’Allemagne. Notre domaine colonial était limité à l’Ouest par le Chari. Nous n’avions pu intervenir au Bornou qu’à la demande du cheikh, seule autorité présente à cette époque dans le pays.

Une colonne anglaise commandée parle colonel Morland arriva à Maïdougouri le 20 mars 1902, venant prendre possession des pays relevant des autorités britanniques.

Le colonel invita le cheikh Guerbaï à venir le trouver. Celui-ci n’en faisant rien, le capitaine Carthy Morrogb vint à Dikoa où il trouva le capitaine Dangeville. Guerbaï consentit à rendre visite au colonel Morland. Quand il sortit de la tente de ce dernier, qui avait dû lui faire de belles promesses, il annonça à ses gens qu’il restait à

Maïdougouri. Le capitainé Carthy revint à Dikoa chercher la famille et les biens de Guerbaï.

Contrairement à ce que pensaient les Anglais, le cheikh ne fut suivi que par un nombre relativement restreint de personnes : 3.000 à 4.000 tout au plus, dont 2.000 femmes. La plupart restèrent à Dikoa et nommèrent un autre cheikh : Sanda, fils de Boukar.

Le 21 avril 1902, arriva à Dikoa le lieutenantcolonel allemand Pavel, chef des troupes d’occupation du Cameroun. Le capitaine Dangeville quitta Dikoa et nous évacuâmes le pays situé entre le Chari et le bras de Makari, après une protestation du colonel Destenave.

Le lieutenant-colonel Pavel laissa 60 hommes avec un lieutenant à Dikoa et compléta sa reconnaissance du Bornou par N’galla, Makari, Oulki, Afadé, Kousseri. 11 rentra à Garoua par Ivarnak- Logone.

Bornou. — Au cheikh Sanda, les Allemands laissèrent le commandement de ce qu’il administrait précédemment avec notre aide bienveillante etJui enlevèrent toute autorité sur le reste du pays, c’est-à-dire sur les Sultanats de Logone, de Kousseri, Schaoué, Goulfeï, Makari, Oulki, Afadé.

Logone. — Le sultan Mamadou de Logone fut reconnu seul chef de son pays et se montra depuis lors très dévoué aux Allemands.

L’accord de 1911 nous donna le pays situé entre Chari et Logone q ui appartenait au sultan Mamadou. Celui-ci avait à cette époque des démêlés avec son iba, Omar (le même qui était en fonctions lors de l’arrivée de Rabah). L’iba possédait personnellement plusieurs villages dans la partie cédée, de plus il craignait d etre déporté à Dikoa avec toute sa famille. Il s’enfuit et vint se présenter à Fort-Lamy. Nous avions besoin d’un chef pour les pays récemment acquis : nous lui donnâmes le commandement des Kotokos habitant entre Chari et Logone.

Kousseri. — Le sultan Moussa fut confirmé par les Allemands dans son commandement. Il mourut en 1910 et fut remplacé par son jeune fils, Boukar, auquel on donna comme régent son cousin Mohamed.

Goulfeï. — Quand nous évacuâmes la rive gauche, nous pensions que les deux dignitaires de Goulfeï qui nous devaient leur situation passeraient sur la rive droite au Petit-Goulfeï avec leurs gens. Il n’en fut rien.

Le Mayo Diagara vint saluer le lieutenant-colonel Pavel à son passage et se donna comme le chef du pays. Un papier lui fut remis pour se présenter à Dikoa. Là fut offert à Diagara le commandement de l’ancien cercle de Goulfeï. De retour chez lui, il dit à son frèré, l’alifa Aliou : « Veux-tu être sultan ? Je serai alifa et notre jeune frère Mohamed sera mayo. » Aliou lui répondit : « Si tu aimes la guerre, accepte d’être sultan, moi je désire rester alifa. » Diagara accepta et ainsi fut créé le sultanat dit de Makari ou de Goulfeï.

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

Les Maïs de Makari et Oulki, détestant les Bornouans et craignant par-dessus tout d’être mis sous les ordres de Sanda, acceptèrent l’autorité de Diagara sans récriminer. Il n’en fut pas de même du sultan d’Afadé. Quand le lieutenant von Bulow vint pour délimiter le sultanat de Diagara, celui-ci ne put pénétrer dans le pays du mai d’Afadé qui protesta hautement qu’il ne saurait obéir à un homme qui n’était que mayo de Goulfeï. Le lieutenant donna rendez-vous à Kousseri pour régler la question entre Diagara, le mai de Goulfeï et aussi le loan Djimé, chef des Salamat, qui avait pris le parti du mai.

Les bœufs du chef Salâmat s’étant égarés, le mai qui l’avait attendu arriva 48 heures en retard au rendez-vous. Immédiatement, il fut mis en demeure d’obéir à Diagara ; sinon, il serait exécuté sur-le-champ. Il accepta la suzeraineté de Diagara. Ce dernier arrêta loan Djimé au moment où il arrivait à Kousseri. Mis en prison, le loan montra, paraît-il , de la mauvaise volonté à porter des caisses et fut tué. Le sultan de Schaoué effrayé par ces événements s’enfuit avec ses gens sur la rive droite du Chari et s’installa à Mani.

Désormais Diagara était seul maître, mais pas tout à fait tranquille, car le mai Mohamed et le Tchiroma vivaient encore.

Mohammed avait été ramené de Mandjaffa à Fort-Lamy. Il s’enfuit à Kousseri et réclama son sultanat aux Allemands. Ceux-ci l’installèrent à Mara après lui avoir dit qu’il n’était pas possible de déposséder Diagara. Ce dernier protesta contre la présence du mai à Mara et sut si bien faire que Mohammed fut déporté à Dikoa.

Le Tchiroma Mohamet qui avait suivi son père vint ensuite à Kousseri, puis à Goulfeï. Mais craignant, à juste titre, d’être tué par Diagara, il s’enfuit à Fort -Lamy, où il devint chef du village Kotoko. Il fut ensuite installé au Petit Goulfeï. Le 11 juillet 1 909, Mohamet fut assassiné nuitamment dans sa case, avec la complicité de Diagara, par des Saras et des gens de Goulfeï allemand. Naturellement l’enquête faite par les autorités allemandes ne donna aucun résultat.

Diagara, qui ignore la reconnaissance, nous suscita de nombreuses palabres avec les Allemands. Il était hautement estimé par ceux-ci, vraisemblablement parce que, tout comme eux, il est très à poigne et sans scrupules.

Capitaine Lemoigne,

fie l’infanterie coloniale.

(.4 suivre,)

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