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UN VOYAGE D’ÉTUDES EN ALGÉRIE

Mémoire présenté à la « Junta de Arbitrios » de Melilla par l'un de ses membres D. Louis Garcia Alix.

Très Excellent Monsieur,

La « Junta de Arbitrios » que votre Excellence préside si dignement prit la résolution de solliciter de M. le ministre de la Guerre l’autorisation nécessaire pour qu’une Commission composée de membres de la junta et accompagnée d’un interprète officiel visitât et étudiât les marchés de la frontière algéro-marocaine et ceux de la zone du Protectorat français qui touchent à notre zone d’influence. Cette autorisation ayant été accordée par ordre royal, Votre Excellence dut nous confier cette mission, dont les difficultés sout bien connues et comprises de tous.

Nous y avons apporte toute notre attention et la meilleure volonté, et avons noté toutes nos impressions, qui pourront bien renfermer quelque erreur, mais dans lesquelles nous nous sommes appliqué à relater les faits tels que nous les avons observés, avec une entière impartialité et sans préjudice d’aucune sorte, animé d’un seul et unique désir, celui de faire quelque chose d’utile et de profitable à Melilla.

Itinéraire et plan du voyage.

Ayant reçu la communication de l’Excellentissime géné ral. président de la Junta de Arbitrios, nous désignant avec l’interprète de cette commanderie générale. Don Francisco Marin, pour former la mission dont s’agil. nous eûmes à nous réunir immédiatement pour ébaucher l’itinéraire et le plan du voyage, que nous devions mettre à exécution, dès que les autorités supérieures l'auraient approuvé. Cet itinéraire était le suivant: Sortir de Melilla par la voie de terre, traverser la Moulouya et visiter Berkane, Oudjda, Taza, (Iran et les points intermédiaires entre la frontière algérienne et cette dernière ville, que/ nous pouvions trouver convenable de visiter, en vue de l'objet de uotre voyage.

Pour ce qui concerne le plan étant donnée la mission délicate qui nous était confiée, il était, plus difficile de le définir par avance, car les laits et les circonstances devaient en définitive le tracer Cependant, il était permis d’ores el déjà d’en poser les grandes lignes que voici :

Conduite et manière d’agir de la douane marocaine-l'ranyaise pour les articles provenant de Melilla.

Mode ef quantité de ces articles et de ceui qui proviennent il’ Algérie.

Importance du transit classé par provenance des articles.

Etat de l'agriculture, de l’élevage, des mines, etc.

Villes,

Taxes qui font face aux dépenses occasionnées par ces villes.

Distances kilométriques, en considérant Melilla et Oran comme centres commerciaux de nos éludes,

lîonles et moyens de communication.

Tarifs de transport.

Prix des articles les plus demandés sur- les marchés.

Droits d’exportation.

Frai* de chargement et de charroi jusqu'aux magasins.

Droits de magasinage.

Taxes de port.

Frais d’aconage du môle à la station.

Documents qui doivent accompagner les articles pour entrer au Maroc, et frais qu’ils supposent.

Notre programme ayant été approuvé dans ses ligues générales, nous nous sommes mis en roule pour Berkane, le 27 mai. ,

BERKANE

Pour arriver à. ce village, car, pour le moment, on ne saurait lui donner un antre nom, il faut, depuis Melilla parcourir kilomètres, et eu outre passer la Moulouya, circonstance qui reud le voyage extrêmement difficile, car taute de commodité de passage, on. doit le faire, sans

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BULLETIN L)U COMITÉ DE LAFRIOUE FRANÇAISE

aucune garantie, en \oiture ou à do» d'homme, ce qui n est pas toujours possible, parce que l étal des eaux ne le permet pas constamment. Si cela suppose un grave contre-, temps pour les voyageurs, c’est surtout un énorme préjudice pour les marchandises'et un grave empêchement à notre expansion commerciale dans la zone orientale du Maroc français. Ajoutez a cela que les voies de communication (pii unissent notre zone à ce village, actuellement Tunique porte de ce marché, sont toutes, à l’exception des 44 kilomètres de Melilla à Mouley-Réchid, route en assez bon état de conservation, des pistes dont l'état est absolument déplorable (tout spécialement pour ce qui concerne le tronçon compris entre ce dernier point et le Zaïo) et Ton comprendra facilement que les marchandises doivent subir, du seul fait du transport, une énorme majoration. -

Berlcane compte actuellement une population de 2 000 âmes environ, dont les deux tiers au moins sont composés de nos compatriotes qni ont réalisé une œuvre digne, à tous points de vue, d’admiration et de respect. Nous nous sommes adressés à quelques-uns d’entre eux pour qu’ils nous donnent les éclaircissements utiles à notre mission, et nos désirs ont été comblés.

Par eux nous avons appris que les articles provenant de Melilla payent aussi des droits à la douane marocaine dans la zone française, ces droits de « survalue » servent à compenser la différence de prix des articles de Tune à l’autre zone.

Nous avons encore appris que dans la zone française du Maroc oriental on paye o fr. 70 pour un impôt appelé « Affer >> (pour le sultan Mouley Youssef) par 100 kilogrammes de marchandises, quelle que soit leur origine ou leur provenance.

Une fois délivrée de la douane marocaine, la marchandise suit son chemin vers Oudjda. Toutefois l’importance de Berkane peut être considérée comme nulle, et elle ne constitue qu un point forcé de passage pour leur envoi de Melilla. lorsqu’il a lieu par voie terrestre.

Les frais du transport par voie terrestre depuis Melilla peuvent se décomposer de la façon suivante :

Melilla-Berkane, par charroi, 8 pesetas les 100 kilo-r grammes.

Douane marocaine (zone espagnole) 5 0/0 ad valorem.

A ces quantités il faut ajouter ce qu’il est nécessaire de payer aux Arabes pour le passage de la Moulouya; ils prennent toujours 10 pesetas par voiture, et lorsque l’état du tleuve ne le permet pas, chose qui arrive avec une extraordinaire fréquence, il faut ajouter une autre somme qui est variable, et qui fait l’objet d’un accord particulier pour que les indigènes passent les marchandises sur leurs épaules. Enfin. la marchandise subit une dernière charge à Berkane à raison de la quantité que cette douane recouvre au titre de « sur value », charge qui oscille entre 1 et 3 0/0 de sa valeur.

Les voies et moyens de communication qui unissent Berkane à la zone française et à Melilla sont des routes et des pistes certainement eu assez bon état de conservation à l’exception de celles qui traversent ce village et la région de la Moulouya.

Berkane est unie par route avec El-Kis (22 kilomètres), Taforalt (22 kilomètres), Oudjda en passant par Martimprey (60 kilomètres) et par le moyen de pistes avec l’Aiouu Sidi Melouk (67 kilomètres) et avec la Moulouya (30 kilomètres).

Peu intéressant au point de vue commerciale, Berkane a une importance agricole vraiment extraordinaire’, jusqu’au point de compter plus de (6.000 hectares de terrains cultivés, principalement en céréales et en vignes, la culture du géranium qui, sur ce point, forme une petite industrie est aussi relativement importante. Cette richesse agricole est considérablement augmentée par la grande étendue de terres irriguées par les eaux de la rivière Berkane, aftluent de la Moulouya.

L’élevage est également assez développé, surtout celui du mouton pour la laine.

En ce qui concerne les mines, il existe, d’après les renseignements que nous avons recueillis, des mines de cala-* mine d une certaine importance dans le massif des Beni- Suassen, dans le chemin de Taforalt, qui, depuis quelque temps, en raison, sans doute, de réclamations internationales, ont suspendu leurs travaux.

Les affaires municipales dp Berkane août confiées au commandant militaire du secteur; et certainement son administration est digne d'éloges, puisque, étant donné la population de Berkane et son développement, rien ne laisse à desirer; les soins et les procédés mis continuellement en pratique pour I amélioration et la conservation des routes et des rues, de la petite ville qui est en outre pourvue en eaux potables méritent d’être imités.

Les dépenses municipales de Berkane sont couvertes par deux impôt s :l un de 8 0/0 sur le revenu urbain, et l ailtre de 5 0/0 ad valorem sur les produits agricoles.

Tour ce qui concerne les industries Berkane a, pour le moment, trois raffineries pour la distillation des géraniums, petite industrie qui a donné d’excellents résultats, puisque ses produits ont pu être vendus en France aux fabricants de parfums à raison de 75 francs le litre. Actuellement, le litre se paye 25 francs. On trouve également à Berkane un moulin à farine, de cinq cylindres, et dont la production journalière est de 1 00 quintaux. En ce moment; on y construit quelques grandes caves et un pressoir pour la distillation du raisin, dont la culture, comme nous I avons dit, est d une extraordinaire importance dans cette région.

Notre mission étant terminée à Berkane, nous avons décidé de continuer le Voyage par Oudjda, point où actuellement les marchandises vont attendre pour ensuite pénétrer dans le Maroc oriental français.

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