II. — Histoire des Etats du Diamaré nord
a). — Etats Baévoué.
Madagali. — Des Baévoué vinrent de l’Ouest, pacagèrent chez lesMarghià Disa où ils acquirent une iniluence qui porta ombrage au sultan du Mandara. Une épizootie attribuée aux mouches du Yadseram leur fit quitter le pays ; ils se réfugièrent chez les Sougour et les Woula. Ils revinrent ensuite à Disa et le conflit avec le Mandara éclata ; l'ardo Dadi dut se retirer à Gariré-Tanné, y fut hatlu et se réfugia à Madagali où un groupement marghi s’était formé autour d’un captif bornouan. Les gens de ce groupement et les Foulbé se mélangèrent, si bien qu’actuellement les Madagali sont considérés par les autres Foulbé comme d’origine païenne.
A Madagali, les Foulbé furent encore en butte aux attaques du Mandara, le sultan Eliaser s’empara du village. A nouveau les Foulbé se réfugièrent chez les Songour, et Njidda, fils de Dadi, reçut, comme résidence, du modibo Adama, le village de Boungel. Douze ans après, ayant vaincu le Mandara, Adama vint à Madagali où il replaça
(1) A la mort d’Adama, le pays appelé Foumbina fut nommé Adamaoua pour honorer le grand modibo.
Njidda qui fortifia le village et agrandit son domaine au détriment des païens voisins.
Le sultan Boukar, fils d’Eliaser, attaqua Madagali et fut repoussé.
L’ardo Bouba Sfouto fut déposé par l’émir Laoual, il s’échappa de Yola où il avait été interné, souleva les païens Mabass, mais fut vaincu et pris par l’émir Sanda.
Sur lemayo Kambouro, le Mandara livra une bataille indécise aux Foulbé. Une seconde attaque menée par Oumar, fils du sultan (le sultan actuel), fut repoussée.
En 1902, l’ardo Bakari accourut à Maroua à l’appel de l’émir Soubeirou et fut tué dans le combat.
Douhou. — Etablissement formé par des peuhls venus du Baoustchi, dont une partie alla plus tard fonder l'établissement de Bibadou, près de Yola. L’ardo résidait à Bibadou. En 1907, les Allemands ont nommé à Douhou un lamido, Bakari, indépendant de celui de Bibadou.
b). — Etats Ouolarbé.
Moda. — Une famille peuhl vint, en passant par Kobschi, s’établir à Kofa sur le Yadseram. Son chef Bouba Yiddi accompagna au Bornou l’expédition de Gonni Mouktarou, lieutenant d’Othman dan Fodio. Quand les peuhls furent expulsés du Bornou par Mohammed el Kanemi, le kachella Alaschéo Tigoma vint attaquer Ivofa qu'il détruisit. Les peuhls s’étaient alliés par mariages aux païens. Maman, fils de Bouba Yiddi et de la fille du chef de Moda, vint s’établir en ce dernier point. Il essaya de se rendre indépendant de Yola, mais dut s’enfuir devant les troupes du jerima (1) Tafida. Des guerres intestines se produisirent. En 1902, l’ardo régnant llaman Manga soutint l’émir Soubeirou et s’enfuit avec lui.
Mitschiga. — Etablissement fondé par ur famille issue des Foulbé de Moda.
Soraou. — C’était primitivement un établisse^ ment d’une fraction des païens llolma nommée Kurndel. Une famille des peuhls de Kilba vint à Soraou et y fonda une principauté indépendante.
Demssa. — Formé par une fraction Ouolarbé partie du Bornou. Elle suivit la lisière est du Mandara, vint à Maroua, traversa la montagne par Gaouar et Moubi, s’arrêta à Kilba, puis à Bascheo et à Demssa. Là, les peuhls s’établirent moyennant tribut au chef païen. Quand Adama/ prêcha la guerre sainte, les Foulbé de Demssa se soulevèrent, mais ils ne purent vaincre les païens qu’avec l’aide d’Adama. Les chefs de Demssa combattirent postérieurement avec succès les Batta, les Tengelin et les Toro.
Garoua. — Une fraction de Ouolarbé précédemment établie à Kilba s’installa à Méiha après la soumission des Njei par le chef peulh du Sokoto Bouba-Yero. Elle se rendit ensuite plus au Sud à Tscheboa tandis qu’une des familles
(1) Jerima, parent du chef par les hommes; wassiri, parent par
les femmes.
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s'établissait à Garoua-Windé, après avoir chassé j sur le Tcngelin les païens de la plaine. Les 1 Foulbé de Tscheboa retraversèrent la Benoué et vinrent à Garoua. Après la soumission des Batta de Garoua- Wango, tous les Foulbé s’établirent à Ribadou, mais peu après la famille précédemment établie à Garoua-Windé retourna à son ancien emplacement. Le chef de Garoua, le modibo Haman, avait la réputation d'un guerrier et d’un lettré : sa tombe est un lieu de pèlerinage. Ayant refusé île reconnaître Adama comme chef, lit un an de prison à Sokoto. 11 s’empara de Leinde, il occupa les villages au Sud du Tengelin dont il combattit les païens. L'histoire du modibo de Garoua n’est que celle de la conquête, village par village, du massif du Tengelin. En 1902, le modibo Malem Darfourou combattit les Allemands et s’enfuit avec Soubeirou.
Djebalé. — Des peuhls venus de Kilba s’installèrent chez les païens Guévé, après avoir pacagé chez les Batta de Demssa. Entre Foulbé et païens se nouèrent des liens d’amitié, si bien que le djaoura llossana se refusa à répondre à l’appel du modibo Adama. Il fut relevé de son commandement et son territoire donné à Tscheboa. Postérieurement llassana reprit le commandement, mais sous les ordres du modibo de Tscheboa. L’histoire de ce petit groupement est désormais faite de luttes contre les Guévé; Niam-Niam et Tengelin voisins.
c.) — Etats Illaga
Ouba. — Etablissement fondé par des Foulbé précédemment venus à Hildi sur le Yadseram et qui avec l’assentiment du chef marghi Ousa Ourmlé s'établirent sur la montagne de Ouba. Un des chefs des détachements envoyés par Othman dan Fodio contre le Bornou, Baoutschi Gordi, battit Ousa Ourndé à Burtol-Ba et à Monpeïa, détruisit le village marghi de Ouba et en donna l’emplacement aux Illaga qui se trouvaient là. Les marghi d’Ouba se réfugièrent sur la montagne.
Attaqués une première fois par une armée bornouane commandée par le choa Rhamadan, les Foulbé la mirent en déroute et tuèrent son chef. Attaqués une seconde fois par le kaohella Ali, ils lui firent subir de lourdes pertes après l’avoir attiré dans l’embuscade de Walo-Naredji.
Des combats contre les Kilba occupèrent les ardos suivants. En 1904, l'ardo régnant Eliaser qui allait être poursuivi pour faits <te traite, s’enfuit en Nigeria ou il fonda Ouba anglais.
Moubi. — Une fraction peuhle commandée par l’ardo Yaya vint du Bornou à Goudé par Ouba.' Haman, fils de Yaya, s’établit chez les païens Falli de Moubi. Ceux-ci furent attaqués par Baoutschi Gordi et leur village détruit. Les Illaga restèrent spectateurs du combat. Ce fut le modibo Adama, qui, dans une nouvelle expédition, soumit les Falli et donna le commandement aux Illaga. Mais deux fois encore, l’émir Laoual dut combattre contre les païens Moubi. En 1902,
l’ardo Issa qui avait été évincé par Joldi, suivit l’émir Soubeirou dans sa fuite en Nigeria.
Après la mort de celui-ci, il revint à Moubi contre lequel il souleva les païens Vintim. Le Résident de Garoua, capitaine. Thierry, accourut de Garoua et fut tué dans un combat contre les révoltés (1904).
Bourha. — Une famille illaga partie de Hildi s’établit à Ba et Bourha chez les Falli, elle en fut chassée et alla s’établir chez les Vouda, Le chef Doumbei de Ilina les chassa de Midjingi qu’ils avaient fondé. Les Foulbé revinrent à Ba où le chef Doumbei les attaqua de nouveau. Néanmoins les peuhls retournèrent ensuite à Midjingi. Ils en furent définitivement chassés par Douva, fils de Youda. Revenus à. Ba, les Foulbé se transportèrent ensuite à Bourha.
Goudé Gela. — L’ardo Adama s’établit chez les Gela, soutint le chef Basouoi contre son rival Souga Kanou qui fut tué. Maoundé, fils de Souga Kanou, chassa postérieurement de Gela les peuhls qui allèrent s’établir à Goudé. Finalement, après l’intervention des émirs de Yola, les païens demandèrent la paix Une partie se convertit et s’établit dans l’ancien village peuhl de Gela reconstruit, l’autre resta païenne. Les Foulbé durent encore lutter contre les Dirgisi qui ne furent/réduits que par Yola.
Baschéo. — Des peuhls venus de Goudé s’établirent à Kobotschi. Des deux fils de l’ardo Ibrahim, l’aîné Bouba resta à Bobotschi, son fils s’établit chez les païens de Falli de Baschéo. Il combattit les Goulschoumi, Bamatta, Pouri. Les ardos furent aidés par les émirs de Yola.
Golombc. — Le jeune fils de l'ardo Ibrahim, Youssoufa Douroi, se rendit à Maesso dont il soumit, avec l’aide du modibo Adama, le chef des Falli qui se retirèrent sur la montagne de Bori.
En 1825, il conquit Golombé après avoir tué le chef Mandaéba. Parmi les habitants, ceux de lleri et Pomla se convertirent à l’Islam ; les autres se retirèrent dans la montagne Mangbéi.
Tounari, fils de Youssoufa, s’établit à Badessi. Son oncle Yamhoura soumit les Niam-Niam et créa le territoire deBé; Bêlai, un parent d’Adama, fut mis à Gidder.
Ardou, frère de Tounari, vint en 1803 occuper Golombé : ce fut le signal de luttes avec les païens de Biparé, luttes qui n’ont pris fin que par l’intervention des Allemands qui châtièrent Biparé.
Gidder. — Quand le modibo Adama marcha la première fois contre le Mandara, il prit en passant le village des païens Gidder dont le chef Moulli Madi lut tué; son fils Moulli s’enfuit à Libé.
Le premier gouverneur nommé par Adama fut le chef gidder Kenkelesso qui s’était converti à l’Islam. Il fut peu après déposé et remplacé par le peuhl Belo, parent de Tounari de Badessi, et, à cause de son lieu de naissance, il fut appelé ardo Maésso. Remplacé quelque temps par un peuhl Ilamarouna de Agorma, puis remis dansson com-
i mandement, il fut définitivement écarté pour avoir refusé de marcher contre les Hina. Un laouan de Binder choisi par l’émir Laoual, l’ardo Bakari, le remplaça.
Pendant un an les Allemands placèrent Gidder sous les ordres du modibo de Binder, mais ils durent rapporter la mesure et laisser Gidder dépendre directement de Garoua.
Dembo. — Un parent de l'ardo Bouba de Kobotschi, fondateur de Maésso, nommé Danaedjo, s’établit chez les païens Boulmi. Son neveu MalemSambo fut reconnu indépendant par Adama, puis déposé et remplacé par Sambo, fils de Danaedjo, puis par le frère de celui-ci Doudi, qui reconstruisit Dembo.
Binder. — Les Illaga, ainsi que nous l'avons vu, fondèrent quelques petits établissements dans le Mandara, mais les principales familles, sous la conduite du modibo Haman, sortirent de la montagne par le col de Pelogossum et s’établirent à Rum sur le mayo Loué. Expulsées par les païens, elles remontèrent vers le Nord et s’établirent dans la plaine de Gasaoua. Des différends naquirent entre elles et les Foulbé Badaoua, antérieurement fixés à Maroua. Les païens Gisiga auxquels toute la contrée appartenait, prirent parti pour les Badaoua et obligèrent les Illaga à partir, sauf quelques familles qui restèrent à Gasaoua. Haman étant mort, son fils Bouba vint à Lara, où il se rencontra avec des Foulbé expulsés du Baguirmi. LesPeuhls, après avoir repoussé une attaque du sultan du Mandara, se dirigèrent vers le Sud et vinrent pacager chez les Moundangs du mayo Kebbi.
Sollicité par les païens habitant entre Lara et Binder de les aider à combattre le chef de ce dernier endroit, Bouba repassa le Kebbi, se réunit aux païens et, en 1805, enleva Binder au chef moundang Goujoé.
Bouba étendit sa domination; il soumit les Moundangs Jassingdel’Est de Binder. Son lieutenant, le modibo Tarn, s’établit à Guidiguis sur la frontière du Toubouri. Bouba enleva Léré et Lantam et mit comme gouverneur de ces deux établissements ses fils Adama et Youssoufa II envoya un de ses compagnons Bouba Biroo vers le Nord. Celui-ci conquit Maroua sur les Gisiga et, redescendant vers le Sud, s’établit à Mindif, chez les Soumeïa qu’il avait vaincus.
Bouba était alors un puissant chef : il demanda à l’émir de Sokoto de le reconnaître pour chef indépendant du « Founangé », mais essuya un refus.
Bientôt la discorde éclata entre lui et Bouba Biroo, dont le mobido Adama venait de reconnaître l’indépendance, à cause du village de Babéouo. Adama décida que Babéouo appartenait à Binder et sut éviter une guerre entre les deux compagnons d’armes.
Bouba ne put établir sa domination sur les Toubouris. Vers l’Ouest, son commandement s'étendait, nominalement au moins, jusqu’à Gabara, Todé, Makassé.
Les Moundangs de Léré, sous la conduite de
UMtaianuiai'Ti oolomaox. — «»■ 9 et 10.
l’arrière-grand-père du chef actuel Gan Thiomé, expulsèrent Adama de leur village.
Vers 1832, Bouba mourut et fut remplacé par son fils Youssoufa, qui régna dix ans. Avec l’aide des émirs de Yola, la lutte continua contre les païens. Il en fut de même sous Oumarou, fils de Youssoufa. L'émir Laoual reconquit Léré, mais y mit comme chef son fils le jerima Soudi. En 1862, Oumarou fut déposé et remplacé par Oumarou II, fils du jerima Adama. Après la mort d’Oumarou, qui fut tué en 1873 au combat de Daoua contre les Toubouris, Aliou, fils de Toussoufa, lui succéda.
Les Toubouris avançaient alors vers l’Est et les Jassing reconquirent presque leur indépendance. Malgré l’appui de l’émir Soubeirou, les Foulbé furent battus à Minjel et contraints à une fuite précipitée vers Binder. *
Il est vrai que plus tard les Jassing furent soumis, mais temporairement, par Soubeirou. Bakari, fils d’Oumarou 1er, régna cinq ans et ne put redonner sa splendeur au commandement de Binder. En 1903, il fut remplacé par Halidou.
Nous venions d'occuper Léré. Halidou se présenta aux Français qui, pensant que Binder était Allemand, l'envoyèrent à Garoua. Peu après, une rectification de frontière nous donna Binder. Les Allemands entraînèrent Halidou à Doumrou tandis que nous nommions son cousin germain Bara au commandement de la partie française. En 1912, nous cédions le mayo Kebbi à l’Allemagne : Halidou redevint chef de tout le pays de Binder et Bara, qui ne voulut point lui obéir, fut déporté à Bibéné.
Quand les Français arrivèrent à Mora en 1914, Halidou voulut les rejoindre; dénoncé par Bara, il fut entraîné à Garoua par les Allemands. Le commandant de la colonne du Cameroun nord nomma au commandement de Binder Saïfou, frère de Halidou.
Mindiff. — Bouba Biroo, après avoir conquis Maroua, soumit les Soumeïa et s’établit à Mindiff. Attaqué par les Soumeïa, il lutta trois jours contre eux, tua leur chef et les soumit définitivement. Des Foulbé étaient déjà établis dans le pays, à Dërram, Keia, Kolara. Ils acceptèrent la suzeraineté de Bouba Biroo. Seul Yoda, chef des Foulbé de Keia, prit la défense des païens, il fut tué au combat de Hardé. Au Nord-Est, Bouba soumit les Kadei et Barea (Massa) et établit à Goudoum- Goudoum le laouan Issapour surveiller les païens. Son fils Mustapha soumit les Midjivin, dompta les Moutouroua (Roum) et combattit contre Gaouar. Il combattit également les Mousgous et les Hina, les Gidder et les Moundang. En 1880, il céda le commandement à son fils Adama, dont le frère Mallem Toukour, excité par Ayatoù, petit-fils du cheikou Ousmanou, se posa en rival. Ils se battirent sans résultat à Kadei, Toukour incendia Pataoual et finalement attaqua Mindiff, d’où Ayatou fut repoussé. En 1892, Sadou, frère d’Adama, lui succéda. Uni au lamido Sali de Maroua, il fut attaqué par Ayatou et battu. De nouveau, avec l’appui de Soubeirou de Yola, il attaqua Ayatou
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et fut vaincu. Sadou, tout en proclamant sa fidélité à l’émir Soubeirou battu par les Allemands à Garoua, ne lui apporta pas ses contingents au rendez-vous de Ginglei et reçut amicalement les Allemands.
En 1914, alors que nous attaquions Mora, Sadou refusa de rejoindre les Allemands à Maroua, puis à Garoua. Des soldats furent envoyés pour l’arrêter. 11 s’enfuit, son fils Nacerou Tut pris. Mais le jerima Sambo fit arrêter Sadou et le conduisit à Maroua. Le lamido et son fils furent fusillés. Les Allemands, en récompense de sa trahison, nommèrent lamido le jerima Sambo., Quand l’escadron du Tchad arriva à Maroua, Sambo tua Baba, fils de Sadou, et s’enfuit à Garoua. Les Français nommèrent lamido le troisième fils de Sadou, Bokhari.
Gasaoua. — Quelques Illaga étaient restés à Gasaoua sous l’ardo Sambo. Son fils Bakari en fut chassé, vint à Binder, y eut un fils llaman qui, avec l’appui du modibo de Binder, s’établit à Gasaoua, chassant les Gisiga à Kaliaou et plus tard conquit le pays Moulfou.
Le laouan de Gasaoua est sous les ordres du lamido de Maroua.
Mao- Loue. — Le laouan Bakary, fils, dit-on, du jerima Adama qui avait été placé à Léré, avait qui lté Binder à la suite de différends avec le lamido et s’était établi à Bibéné. L’émir Laoual l’établit sur le mayo Loué en 1870 pour, contenir les païens Bisar. Lam, Souk i .
Adama avait soumis Souki, Laoual s’empara de Bizar, mais ni l’émir Sanda ni le jerima la ne purent soumettre les Lam contre lesquels les Allemands durent intervenir. A Bakari avait succédé en 1880 son fils Aman Gado. Four différents motifs, il fut destitué en 191 i par les Français et remplacé par Yousao, petit-fils de Bakari.
di États Badaoua.
Maroua. — Sous la conduite de trois chefs, Jougourda, llaman Selbé, Haman Damraka, des Badaoua vinrent du Bornou en plusieurs groupes, à travers le Valodjo, s’établir chez les païens Gisiga de Maroua, dans la vallée du Tsannaga. Quand les Illaga arrivèrent à Gasaoua, des différends éclatèrent entre eux et les Badaoua. Les païens expulsèrent les Illaga. llaman Dairou et Haman Selbé s’établirent ensuite à Massfei et Bilmiti. .lagourda, après être allé jusqu’à Madagali, revint à Maroua.
En 1808, le modibo Bouba Biroo, envoyé par Bouba de Binder, conquit Maroua grâce à l’appui des Badoua, dont une petite fraction, celle de l’ardo Bouba de Miskin, se mit du côté des païens. Le chef des Gisiga Laeta se réfugia avec Bouba de Miskin dans la montagne de Mogassam.
Bouba Biroo nomma chef de Maroua Haman Selbé. Lui et son successeur Kanjera furent tués dans les combats avec les Gisaga que soutenait le Mandara. llaman Damraka prit le pouvoir. Il battit le Mandara à Massfeï et, avec l’aide du modibo Adama, chassa de Mogassam Laeta, qui se
réfugia au Mandara. Le sultan Boukar continua à guerroyer contre Maroua. Deux fois Adama s’empara de sa capitale, une troisième fois en 1837, les Foulbé de Maroua, Binder et Mindiflf prirent à nouveau Dolo. En 1876, Sali succéda à son père Haman Damraka. Il obtint d’être indépendant de Mindiff et continua à guerroyer contre le Mandara. En 1895, le sultan Boukar qui marchait sur Maroua tut battu et poursuivi jusqu’au Mangabé. Il eut postérieurement des succès, détruisit Papada, Pété, Malam et profita des désordres causés par l’arrivée d’Ayatou, petit-fils de Bello de Sokoto.
En 1895, à Sali succéda son fils Ahmadou. Il accorda 1 hospitalité à l’émir Soubeirou de Yola vaincu à Garoua par les Allemands. A Kongola, Soubeirou appela tous les contingents du Diamaré : Ahmadou lui amena ses guerriers. Bravement, les Peuhls combattirent à Maroua-, mais furent vaincus par le lieutenant Dominik. Ahmadou s’enfuit avec Soubeirou. Dominik nomma lamido Soudi, autre fils de Sali. Ahmadou, qui avait accompagné l’émir jusqu'à Mougelbou, retourna dans le pays de Maroua par Moubi et Bourha. Son frère Soudi le fit assassiner à Salak.
Soudi fut largement soutenu parles Allemands. Il tua le laouan de Pété et annexa sa terre. II marcha contre Bogo et mit en prison le laouan. En 1907, il mourut.
Une cabale présenta aux Allemands comme candidat.le wassiri Mansour (petit-fils de Sali par sa mère) qui était fils du frère du lamido Sadou de Mindif. L’héritier naturel Koiranga, fils de Sali, était en prison. Son parent le jerima Ahmadou se révolta contre Mansour et le battit. Ce dernier retourna dans le pays de Mindiff.
Ahmadou délivra Koiranga et lui fit donner le commandement. Au bout d’un an, les Allemands destituèrent Koiranga et nommèrent à sa place Ahmadou. Le lamido destitué, après être resté un an à Garoua, revint à Maroua comme simple particulier, puis fut entraîné par les Allemands en 1914 à Garoua.
Ahmadou, qui avait accueilli excellemment les troupes anglaises et avait tout à craindre des Allemands, s’enfuit à Mora à l’approche du capitaine Dühring et rentra à Maroua avec l’escadron du Tchad.
Bogo-Balda. — Des Badaoua, sous la conduite de l’ardo Boudjiri, avaient quitté le gros de la tribu à Biltimî et étaient venus à Balda chez les païens originaires du Baguirmi, ils les obligèrent à partir vers le Sud. Ils s’établirent à Keia dans le pays de Mindiff. Puis Oumarou, fils de Boudjiri, vint à Bogo. II sut par des mariages avec les filles du chef païen de Bogo, de Boreï et Balda, se créer de l’infiuencè.
Le modibo Bouba Biroo donna le signal de la lutte contre les païens en soumettant les Kadei et Barea. A ces luttes les Badaoua participèrent.
Adama reconnut l’indépendance de Sambo, frère et successeur d'Oumarou. Celui-ci s’empara de Ginglei, détruisit chez les Mousgous Mokadon et Basal, Fadaré chez les Balda, combattit Woulia et Toubouri, fit des incursions chez les Kotokos
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du Logone et même jusqu’à N’galla. Il voulut secouer le joug de Yola, dont l'émir envoya contre lui une armée commandée par Farikou. Sambo se soumit. Il fut tué plus tard au combat de Massagei. Son fils Mohammed Garé, qui lui succéda, continua les combats contre les païens et le Logone. Il battit le modibo Abdoulahi, qui voulait soulever le pays contre lui, mais succomba devant Ayatou.
> Ce dernier, fakili de grande réputation, petitfils de Mohammed Bello, de Sokoto, était venu à Yola. Il s’en allait, disait il, en pèlerinage à la Mecque. L’émir, pressé de le voir partir, lui donna de beaux cadeaux et de nombreux captifs. Intelligent, ambitieux, désireux de se tailler un royaume, Ayatou traversa le Diamaré, se rendit compte des rivalités qui existaient entre les chefs .et résolut d’en profiter.
Sur les conseils du lamido de Maroua qui voulait subjuguer Bogo, Ayatou s’installa à Balda. Il sut gagner la confiance des laouans de Gaba, Malam et de l’ardo de Boreï, Toukour, frère de Mohammed Garé, — il promit à Toukqur de Boreï son appui pour évincer Mohammed Garé de Bogo. Les alliés s’emparèrent de Bogo, mais peu après Toukour fut vaincu par Mohammed Garé, qui s’installa à Djoumeïa. Toukour se réfugia à Maroua, fut néanmoins nommé laouan de Bogo et reconnut la suzeraineté d’Ayatou. Ayatou promit alors à Toukour, frère du lamido de Mindif, de l’aider à prendre le commandement et attaqua Mindif sans succès.
Il intrigua alors contre le lamido de Maroua avec les frères de celui-ci. De sa propre autorité, il nomma un laouan à Balaza qui dépendait de Maroua. Son protégé Bouba fut chassé par les gens de Balaza et se réfugia près de lui. Moham- - med Garé était mort et Toukour était devenu lamido de Bogo. Celui-ci refusa d'aider Ayatou à soutenir Bouba. Après avoir brûlé les villages entre Balda et Maroua, Ayatou vint à Bogo et le brûla. Toukour et Sali de Maroua tombèrent sur Balaza tandis que Ayatou rentrait à Bogo. Il en fut chassé et revint à Balda.
Sali de Maroua et Sadou de Mindif s’unirent. Attaqués à l’improviste à Ginglei,ils furent battus. Trois fils de Sali furent tués.
A Mohammed Garé qui, au début des exploits d’Ayatou, avait appelé S’ola à son secours, l’émir Sanda avait répondu : « Aide-toi toi-même », mais quand Soubeirou succéda à Sanda, il se rendit compte qu’Ayatou pouvait devenir dangereux et accourut à l'aide de ses vassaux.
Longtemps il négocia, mais à la fin il dut livrer combat à Balda (1892). Soubeirou avait avec lui les contingents de Mindif, Binder, Maroua, Garoua. Avec impétuosité Ayatou se jeta sur l’armée de l’émir et en enfonça le centre, tua Aliou, frère de Soubeirou, et mit ce dernier en déroute. Pendant qu’il le poursuivait, les peuhls de Maroua mirent Balda en llammes. Ayatou n’en resta pas moins le grand vainqueur.
II se rendit peu après à Mandjaffa pour saluer Babah qui venait d’arriver et lui demander son
appui contre le Mandara. Babah lui donna son unique fille en mariage et lui promit de l’aider.
Ayatou revint à Balda avec sa femme et son beau-frère Fad el Allah qui ne resta que quelques jours. Quand Babah eut occupé Ivarnak-Logone, Ayatou vint le rejoindre, croyant marcher contre le Mandara. Le combat de Hamdia auquel il assista navré sans y participer, et la résolution de Babah de marcher contre le Bornou le déçurent. Il retourna à Balda avec les cadeaux donnés par son beau-père.
Babah vainqueur, installé à Dikoa, fit venir Ayatou. Peut-être voulait-il se servir du petit-fils de Mohammed Bello pour conquérir le Sokoto. Nous avons vu la fin d'Ayatou.
Celui-ci avait laissé à Balda sa femme et ses enfants. Plus tard Babah envoya Lo chercher la lamillede son beau-fils. Toukour, lamido de Bogo, fut aussi emmené avec ses gens. Bakary, fils de l’ex-lamido Mohammed Garé, jeune alors, avait suivi Ayatou dont il portait toujours le Coran. Le pays de Bogo-Balda fut laissé désert.
Mouzaïli, le plus intelligent des fils d’Ayatou, celui auquel il avait laissé le commandement de Balda avant que toute sa famille ne fût appelée à Dikoa, s’échappa de cette ville et vint s’installer à Goudoum-Goudoum près Mosgoum. Avant la lutte d’Ayatou et de Fad el Allan, Bakary s’enfuit à son tour et accourut à .Maroua dont le lamido lui conseilla de s’établir de nouveau à Bogo. Après la mort d’Ayatou, Toukour vint à Goudoum- Goudoum. Mouzaïli avait le désir de venger son père, mais il tomba malade alors qu’il se dirigeait sur Dikoa et mourut un mois après.
Généalogie d’Ayatou ;
Othmann Dan Fodio
Mohammed Bello
Ma’ Azo Saïd
Ayatou
Mouzaïli
Toukour s’établit alors dans son ancienne terre de Boreï. La lutte s’ouvrit bientôt entre lui et Bokary. Ayant fait ce dernier prisonnier, il le mit dans un trou et lui faisait verser de l’urine sur la tête. 11 demanda même au lamido de Maroua : « Dois-je le tuer ? » Le lamido Ahrnadou fit venir Toukour et en son absence délivra Bakary. La lutte recommença. Ahmed Boufai, fils de l’émir Soubeirou, vint pour régler le différend. A Bakary il reconnut la possession de Bogo, à Toukour celle de Boreï.
Après son départ les deux adversaires en vinrent à nouveau aux mains. Toukour fut fait prisonnier par trahison et mis à mort.
Ap rès l’arrivée des Allemands, le lamido de Maroua essaya de rendre vassal celui de Bogo. Profitant de dissensions entre Bakary et son vassal, le laouan de F’adéré, il soutint ce dernier
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qui, sur ses conseils, alla réclamer à Garoua. Les Allemands refusèrent d’intervenir. Soudi fut sur le point d’entrer en lutte, mais l’attitude de Bakary lui en imposa. Peu après Soudi profita de la présence d’un' officier allemand à Garoua pour obtenir l'autorisation d’arrêter Bakary qu’il emprisonna et remplaça par Delil, neveu de l’ardo Sambo. Quand Koiranga devint lamido de Maroua, il fit sortir Bakary de prison; celui-ci chassa Delil de Bogo. Ce dernier réclama en vain près des autorités allemandes.
En 1914, Bakary refusa de rejoindre le capitaine Duhring qui le remplaça par Delil. Neuf jours après Duhring battait en retraite sur Garoua et les Alliés replaçaient Bakary comme lamido.
e) — Etats Gara.
La plus grande partie des Gara traversa le Ghari et avança vers l’Est. C’est à cette famille qu’appartiennent les peuhls du Baguirmi, du Batha, de Melfi. Deux familles se sont installées au Diamaré : l’une venue directementdu Borkou, celle de Pété; l’autre revenue du Baguirmi, celle de Kalfou.
Pété. — Une famille peuhle partie du Bornou vint par Dikoa à travers le Walodjé s’établir sur le versant oriental du Mandara. Elle construisit Malam, Pété, Guergueï, YoulgoufT, Yoldéo. Le sultan du Mandara était son suzerain. Contre celui-ci, elle excita le cheikh du Bornou. Le sultan Boukar l’extermina alors à Eissali. Le reste des Foulbéde Pété s’établit à Maoundin près Maroua. Le petit-fils de l ardo Bêlai, que les Mandara avaient tué, Hoursa, reconstruisit Malam et Pété. L’émir Laoual divisa le commandement des Gara et ne reconnut à Saïd, petit-fils de Hoursa, qui avait chassé son père, que le commandement de Malam et Pété. En 1880, celui-ci essaya de s’emparer de Pataoual. Son fils Bakary fut chassé de Pété par le sultan Boukar du Mandara. En 1902, sur l’ordre du lieutenant Dominik, Delil, frère de Bakary, reconstruisit le village. En 1908 celui-ci fut mis en prison à Maroua où il mourut. Les Allemands nommèrent à sa place Maliki qu’ils placèrent sous les ordres de Maroua. Bien qu’il ait parfaitement accueilli les Alliés, le lamido de Maroua le fit attaquer par des soldats anglais, puis n’ayant pas réussi, l’accusa d’avoir favorisé le capitaine Dukring. Maliki fut alors envoyé à Maroua en même temps que le lamido Almadan. Peu après, ce dernier prétexta un essai de fuite de Maliki pour l’égorger.
Yoldéo. — L’émir Laoual avait reconnu comme chef de Yoldéo Sambo, un des ardos Gara venus du Bornou. Celui-ci se mit sous les ordres de Maroua. Quand il fut remplacé par son fils Bouba, un autre Yaya ^’en alla vers le Nord s’établir près de Wasa où les païens le tuèrent ainsi que son fils aîné. Alioum Fatmé, second fils de Yaya, revint à Yoldéo où Ahman, fils de Douba, refusa de le recevoir.
A la mort de Ahman de Yoldéo, son fils Bakari lui succéda. Celui-ci fut tué par les Allemands et remplacé par son frère Ousmanou.
Fadéré. — Chassé de Yoldéo, Alioum Fatmé retourna à Wasa, pilla les Arabes et vint s’installer à Malam. Il fut un des partisans d’Ayatou. Après la mort de celui-ci, il retourna à Balda et se mit aux ordres du lamido de Bogo. Afin de le détacher de Bogo, le lamido Soudi de Maroua lui promit le commandement du village de Fadéré créé par les laouans de Bogo pour tenir en respect les païens Balda. Quand le laouan de Bogo fut mis en prison à Maroua, Alioum Fatmé reçut en effet le commandement de Fadere que sa famille a conservé.
Kalfou. — • Une fraction des Gara du Baguirmi, celle de l’ardo Ahi fut expulsée par le Mbang et vint à Lara. Ahi essaya d’entraîner avec lui les Illaga de Bouba et ne réussit pas. Il rentra avec sa famille au Baguirmi et y fut tué. Les siens repassèrent Chari et Logone et, en 1852, ses fils Abdoullahi et Al Hadji Mounimi s’installèrent à Keia à la frontière des païens Woulia, Toubouri, Mousgous. Al Hadji mourut à Kalfou. Son frère Abdoullahi prit le commandement. Il envoya un émissaire porteur de cadeaux à Sokoto, et le sultan Ahmadou, petit-fils d’Othman dan Fodio reconnut son pouvoir religieux sur « le pays où il se trouvait, sur le Baguirmi et ses dépendances ». Le petit chef de Kalfou devenait donc indépendant de Yola.
Abdoullahi et son fils Koiranga combattirent et soumirent les Bananas et les Woulias de la rive gauche du Logone.
Quand les Allemands arrivèrent dans la région en 1901, le lamido Ahman Laoual s’enfuit, son frère Bouba vint se présenter aux Allemands qui le nommèrent. Ahman réunit ses partisans à Mindif et tua Bouba. Les Allemands l’internèrent à Garoua et le remplacèrent par Alioum qui, manquant d’autorité, fut déposé au bout de trois ans. A ce moment les Allemands occupaient Bongor. Ils rattachèrent les païens indépendants à Bongor, donnèrent à Babaoua, successeur de Alioum, les peuhls et païens soumis, mais le placèrent sous les ordres du lamido de Mindif. Un an après, Kalfou retrouva son indépendance sans recouvrer de droits sur les païens.
En 1914, Babaqua accueillit avec empressement les Anglais. Les Allemands le tuèrent le 11 novembre 1914 et redonnèrent le commandement à Ahman Laoual. Devant nos troupes, celuici s’enfuit et fut remplacé par son frère Ahman Amin.
Bororos.
Les Bororos sont des peuhls nomades dont le centre principal se trouve entre Sokoto, Tessaoua et Dogondoutchi. Ce sont eux qui, chaque année à la saison des pluies, remontent du Sokoto dans le territoire de Zinderpour faire paître leurs troupeaux.
Le type bororo, nullement altéré par des mariages avec les indigènes, ressemble au type des Foulbé du Soudan. Leurs troupeaux appartiennent à une race toute différente de celle des peuhls.
Au commencement du xixe siècle, quelques familles sont venues pacager au Diamaré, ce sont les Ouodabé venus du Bornou, les Jafouen venus de Kano, les Kaeschouen venus du Bornou. Les Bororos étant nomades n’ont point de nombreux villages, mais un village central où réside le chef. Leur premier village central fut Lombel; actuellement c’est Figuil, construit par l'ardu Balei. Quand nous occupâmes Léré, un de ses chefs de famille, l’ardo Daya vint s’installer au mayo Kebbi. En 1910, Baleï vint chez nous; en 1911, une autre fraction passa également dans le mayo Kelli. Les Allemands placèrent le reste des Bororos sous les ordres de l’ardo de Bibéné. Les Bororos partirent alors presque tous pour le Baguirmi Actuellement ils rentrent au Diamaré.
Groupements indigènes indépendants
Les peuhls n’ont pu subjuguer toute la population du Diamaré. Certains groupements ont trouvé dans les montagnes un refuge inaccessible, d’autres ont embrassé l’islamisme et obtenu de vivre indépendants.
Pomla et Heri. — Ces deux groupements sont constitués par des Falli du pays de Golombé. Quand, en 1825, Youssoufa Douroï s’empara de Golombé dont le chef Mandaéba fut tué, les habitants se retirèrent dans la montagne de Mangbei; les groupes de Pomla et Heri préférèrent embrasserl’islamisme pour conserver leurs terres. L’émir de Yola reconnut leurs chefs qui dépendaient directement de Yola.
Les Allemands, trouvant ces fractions peu importantes, les mirent sous les ordres du chef peuhl de Golombé. L’ardo Bouba de Pomla prit la fuite et se réfugia à Djabili dans le pays de Léré. 11 y resta un an, puis revint à Pomla où les Allemands le laissèrent indépendant.
Le diouro de Heri, le vieil Ahman, dit aux Allemands qu’il avait été reconnu par l’émir Laoual et que, fils et petit-fils de chef, il voulait mourir chef. Il fut emprisonné à Garou a et remplacé par son fils. Mais les Allemands, peu satisfaits de ce dernier, rendirent la liberté à son père et lui donnèrent le commandement.
Mcissagoï. — Quand Adama marcha pour la première fois contre le Mandara, il défit en passant la tribu des Massagoï et brûla leur capitale Loumaro. Réfugiés dans leur montagne, les païens réussirent cependant à conserver leur liberté.
Les Allemands eurent de nombreuses difficultés avec ce groupement qu’ils châtièrent à plusieurs reprises et dont ils internèrent les chefs.
Hina. — Ce groupement qui comprend IG villages résista à toutes les attaques des Foulbé. En vain l’émir Laoual mena contre les Hina tous les guerriers du Diamaré, il ne put les réduire. De même les tentatives des lamidos de Binder et Mindif échouèrent.
Lam. — L’émir de Yola avait établi des peuhls à Mao-Loué pour essayer de réduire les Lam. Sanda lui-même marcha contre eux; pendant un mois, il assiégea le rocher de Lam au pied du-
quel se trouvent les villages païens. Il ne put les détruire. Le jerima Ya fit un deuxième essai tout aussi infructueux et dut repartir, emmenant pour tout butin deux captifs.
Les autres groupements indépendants sont Bobogo, Gada, Lara, etc., etc.
Situation et administration du Diamaré.
Pendant le commandement du modibo Adama, un véritable esprit religieux animait les Foulbé dans leurs luttes contre les païens. Ils se battaient pour le triomphe de la foi. Quand Adama mourut, les Etats peuhls étaient créés, les païens ou bien s’étaient soumis ou bien s’étaient réfugiés dans la montagne.
La lutte changea de caractère, la guerre sainte devint brigandage. Ayant oublié le travail, le trouvant moins séduisant que la guerre, et d’ailleurs» ayant la main trop petite pour travailler », les peuhls ne songèrent plus qu’à razzier pour se procurer le mil, que les Kirdis savaient si bien cultiver, et les captifs qui étaient la meilleure monnaie.
De leur côté, les païens, réduits à la montagne, en cultivaient toutes les pentes. Mais cela ne suffisait pas, ils devaient cultiver la plaine proche pour ne pas mourir de faim. Ils se vengèrent des razzias faites par les Foulbé dans leurs cultures et leurs villages en pillant les troupeaux et en coupant les routes.
La lutte entre peuhls et païens dura jusqu’en ces dernières années.
Actuellement, le Diamaré se présente donc comme une mosaïque d’Etats : grands et petits Etats peuhls, territoires indépendants de païens convertis, territoires de païens reconnus indépendants.
Dans les Etats peuhls, nous trouvons: 1° la race conquérante des Foulbé dominant par leur nombre comme à Maroua; peu nombreux au contraire à Kalfou ou Bogo, par exemple; 2° la race conquise, les païens qui, à son tour, se divise en païens soumis habitant la plaine et en païens irréductibles qui, bien que nominalement relevant des lamidos peuhls, narguent ceux-ci du haut de leurs rochers et les tiennent à distance de flèche.
Les Etats peuhls ont à leur tête les grands un lamido, les petits un Ioan. Le chef commande soit directement des chefs de village comme à Binder ou Kalfou, soit des chefs de canton ou louan, comme à Mindif ou Maroua, qui ont sous Aeurs ordres un certain nombre de villages.