‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 5)Chapitre 73 sur 123 · III. — INDUSTRIE · texte numérisé non relu

III. — INDUSTRIE

Il ne saurait être question ici de grandes industries, mais seulement d’industries fami- j liales.

Tisserands. — Chez les Bornouans, Kotokos et Foulbé, on trouve des tisserands au petit métier. Avec un appareil rustique, ils tissent des bandes de toile larges de 8 à 10 centimètres, les « gaback » des Arabes, qui sont plus , ou moins fines, plus ou moins serrées. Ces bandes cousues entre elles servent à faire les pantalons et « koulgan » (1) des hommes, les pagnes des femmes.

Teinturiers. — Si les Foulbé préfèrent la couleur blanche, les Bornouans et Kotokos, par contre, prisent énormément le bleu sombre. La teinture est faite au moyen de l’indigo, le natron servant de mordant. Il faut croire qu’au pays kotoko en particulier, malgré l’horrible odeur qui empeste leur voisinage, les teinturiers sont considérés, car à Karnak-Logone, quand le sultan passe devant leurs cuves nauséabondes, il s’arrête et tout le monde récite la « Fatiha » (2).

Forgerons. — Qu’il s’agisse des « haddads » des Choas ou des « baïlos » des Foulbé, les forgerons forment partout une caste à j*art et fort méprisée. Avec une enclume primitive et une masse servant de marteau, ils confectionnent tous les objets d’usage courant : mors de brides, étriers, chaînes, couteaux, bracelets, etc. Ils retirent le fer de minerais excellents au moyen de petits fourneaux d’argile. Le minerai réduit en poudre est mélangé au charbon de bois.

Tanneurs. — Dans tout le pays les indigènes savent parfaitement tanner les peaux de bœufs et de moutons au moyen de natron et de l’écorce du « garad », très riche en tannin.

Cordonniers. — Confectionnent des sandales, des sacoches, des fourreaux de sabre ouvragés et gaines de couteaux.

Vannerie et sparterie. — Cette industrie est spéciale aux Kotokos. Au moyen de pailles teintes en diverses couleurs, ils font des paniers d’un joli travail s’emboîtant l’un dans l’autre : les « Kindeï » ; des dessous de plat aux dessins variés, des corbeilles. Ils font également des nattes fort plaisantes à l’œil. Il ne s’agit point là de travaux laissés aux pauvres, aux « meskines », car on m’a certifié que le cadi de Karnak-Logone, très notable kotoko, est un des plus habiles fabricants de nattes en pailles coloriées.

Constructions. — Les Kotokos, hommes et femmes, sont non seulement de bons maçons, mais encore d’excellents architectes. Des villes comme Karnak-Logone ont dû être superbes au temps de leur splendeur. Les maisons en pisé à étage y sont nombreuses et bien ordonnées. Celles de l’ancien sultan Mahmadou, dont plusieurs ne sont plus que des ruines, étaient un modèle du genre. Au

(1) Grand vêtement très ample à manches fort larges.

(2) Première sourate du Coran.

spacieux rez-de-chaussée de l'une d’elles, de gros piliers carrés, ornés de motifs en reliefs coloriés, soutiennent l’aire du premier étage. Un escalier dissimulé permet d’accéder à ce dernier. Aux deux ailes de celui-ci on trouve deux petites chambres et un water-closet ; au centre deux vastes chambres occupent toute une face. Celle qui donne sur la rue est complètement ouverte pour permettre une large aération. Des piliers de bois encastrés dans les piliers du rez-de-chaussée soutiennent la terrasse dont un nouvel escalier permet l’accès.

Pêche. — Les indigènes habitant sur les cours d’eau. Massas et Kotokos, se livrent naturellement à la pêche. Celle-ci se fait en grande ou petite pirogue, au moyen de barrages, de sennes, de nasses ou à la sagaie.

La grande pirogue kotoko est faite de pièces de bois assemblées au moyen de cordes, la longueur est ordinairement de 5 à b mètres. La proue est allongée et très relevée, la poupe est, au contraire, carrée ; là s’attache le filet. Celui-ci est tendu sur deux grandes perches qui forment un angle de 90° environ. Au sommet de cet angle et perpendiculairement à son plan est fixé un mât de 3 mètres de long. Tout le système peut tourner autour de la pointe.

Quand le filet est immergé, le màt est vertical. Deux hommes montés dans une petite pirogue rabattent le poisson des alentours en frappant le bord de 1 embarcation avec deux bouts de bois. Au moyen de cordes fixées au sommet du màt, les pêcheurs abaissent celui-ci dans le fond de la grande pirogue, le filet est ainsi amené dans la position verticale et son contenu est versé dans l’embarcation.

Les grandes pirogues de pêche animent délicieusement le paysage et dessinent un pittoresque tableau.

A l’aube, sur le (leuve ouaté de brume légère, les grandes barques glissent à reculons, la proue élégamment relevée tournée vers l’arrière, la poupe carrée munie de son immense filet haut relevé.

Le rabatteur alerte les précède comme le chien qui quête en avant du chasseur.

Bientôt les deux bras du filet disparaissent dans l’eau, le rabatteur s’agite et s’empresse. Kotoko, Kotoko, Kotoko (1)! tambourinent les deux bâtonnets sur. le bord de la pirogue ; Kotoko! et les « capitaines » 12) au profond du fleuve et Kotoko! les petits poissons qui folâtraient au bord de la rive, et ceux qui, près de la surface, venaient saluer l’aurore, s’étiraient. Kotoko, Kotoko, Kotoko ! un cercle infernal semble vouloir se refermer sur eux, et tous, gros et petits, petits et gros, se réfugient à grands coups de nageoires vers le seul coin calme de l'onde, à l’abri de cette grosse barque qui semble descendre paisiblement

(1) Celte onomatopée est l'origine du nom Kotoko donné à la race de pécheurs provenant du croisement des Massas et des ïSaos.

(2) Sorte de brochet, qui est le plus succulent poisson des fleuves africains.

RENSEIGNEMENT* COIONIAUX. — N°» 9 et 10.

au fil de l’eau. Les câbles se tendent au sommet du màt, les bras du filet se relèvent doucement ; Kotoko, Kotoko, Kotoko ! tambourinent au large les baguettes endiablées, et les poissons n’osent bouger.

Le mât s’abat, le filet se relève, vertical. En vain, petit poisson, tu te débats maintenant en soubresauts qui font briller l’argent de tes écailles au soleil qui vient de poindre, à l’horizon, il te faut aller dans la pirogue en attendant qu’une lame rapide te fende, qu’une main preste te vide et qu’on t’expose tout grand ouvert au soleil implacable de midi.

La petite pirogue est faite d’un seul tronc d’arbre évidé et montée par deux hommes : un pilote et un pêcheur. Celui-ci est muni d’un filet semblable à celui des grandes barques, mais de format très réduit. La pointe du filet est dans la main droite du pêcheur, dont la main gauche saisit une barre transversale reliant les deux perches. La manœuvre se fait uniquement à la force des bras.

Les barrages sont faits dans des dérivations au moment du retrait des eaux. La pêche à la senne est pratiquée à la saison sèche. C’est au contraire aux hautes eaux que les nasses sont immergées. Elles sont faites en lianes, ont la forme d’une gourde et mesurent 2'"50 de haut et l"'o0 de large.

La pêche à la sagaie se pratique au moyen de la petite pirogue montée par deux hommes, le pilote et le harponneur. L’embarcation glisse sans bruit au fil de l’eau ; quand un poisson de jolie taille ^e présente, le bras du harponneur de détend et... le plus souvent la sagaie remonte sans avoir touché le but.

Bien que grands mangeurs de poisson, les Kotokos ne consomment pas tout ce qu’ils prennent. Ils font sécher le reste. Le poisson est ouvert dans toute la longueur, vidé et exposé au soleil. 11 constitue un objet d’échange.

Produits miniers. — A Goumvi (12 km. Est de Bachéo) se trouve un placer d’or exploité par les Allemands depuis un an. Ils avaient installé un petit campement au pied de la montagne de Bachéo, située dans une région tourmentée habitée par des païens. L’exploitation était dirigée par un ex-officier assisté de deux autres Européens et de quelques soldats.

Le terrain est jalonné de poteaux ; de nombreux emplacements où des fouilles ont été faites portent un numéro d’ordre. De l’inspection de ces fouilles il semble résulter que les couches de quartz ont subi un redressement total et sont verticales. Des forages ont été faits de place en place jusqu’à 3 mètres de profondeur.

D’après les indigènes, les fouilles auraient mis à nu une certaine quantité de kolil (sulfure d’antimoine) et de l’or, mais aussitôt que celui-ci apparaissait, les indigènes étaient mis à l’écart et les soldats continuaient le travail. Au début de la guerre, tout l’or aurait été, dit-on, transporté à Doumé.

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

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