IV. — COMMERCE
Avant l'occupation européenne, tout ce pays du Nord-Cameroun se livrait à la traite des esclaves.
Au Diamaré, les Foulbé dans leurs luttes avec les païens faisaient de nombreux captifs. Les Kirdis à leur tour enlevaient les voyageurs isolés. Aussi bon nombre de Bornouans et de Haoussas venaient dans le pays acheter les esclaves qu’ils allaient revendre au Bornou, au Damagherim ou au Sokoto.
Les Ivotokos échangeaient au Baguirmi leurs vêtements en bandes de coton teint à l’indigo contre des captifs. En moyenne, on payait un captif cinq vêtements. Ils se rendaient aussi au Diamaré pour échanger du poisson contre les vêlements blancs des peuhls dont les bandes sont plus fines. Ils envoyaient ceux-ci àKano pour les faire teindre. Nulle part, en effet, on ne sait donner l’apprêt aux vêtements comme à Kano. La toile teinte une première fois est ensuite légèrement collée, puissaupoudrée d’indigo en poudre et enfin battue au maillet de bois, sur un tronc d’arbre poli. Un enduit d’un beau noir bleu, brillant et lisse, recouvre alors la toile. Un seul de ces vêtements permettait d’acheter un captif à Massenia. Avec leur marchandise humaine, lesKotokos se rendaient à Koukaoua ety achetaient des objets divers ou des chevaux, etc. Souvent ils retournaient échanger un de ces derniers au Baguirmi contre douze captifs.
Le commerce était donc très florissant. La suppression de la traite l’a complètement ruiné, faute de produits d’exportation dans les pays kotokos. Le mil, le poisson séché ne peuvent donner lieu qu’à un trafic avec les voisins immédiats. Les bandes et vêtements de coton sont fortement concurrencés par les étoffes européennes que les colporteurs haoussas et bornouans vont chercher à Kano. Seuls le bétail et les peaux sont importés en Nigeria.
Un réel courant commercial se dirige sur Kano. Mais en dehors du bétail et des peaux, tous les autres objets d’exportation : plume d'autruche, ivoire, etc., proviennent du territoire du Tchad et ne font que transiter à travers le Cameroun nord. La valeur économique de ces pays n'est donc pas bien grande. L’ancien gouverneur du Cameroun, M. de Puttkamer, écrivait dans la Ta.gliche Randschau au sujet du Balguéetdu Kotoko: « Ce sont des territoires isolés, sans communications avec les régions du Mandara et de l’Adamaoua. On dira que les Haoussas y ont un certain commerce ; c’est exact, mais il ne faut pas trop en parler. L’inondation du Chari y dure six mois de l’année et empêche tout trafic (1) ». M. de Puttkamer n'aurait pas vu grand inconvénient à nous céder le Balgué considéré comme sans valeur, ni Goulfeï et Ivousseri. bien qu'il lui eût déplu d’abandonner» son ami »Diaggara, mais par contre, il tenait à conserver le Mandara « probablement riche en or ».
Le Diamaré est autrement mieux partagé. La
(1) Cité par Carbou.
proximité d’ùn grand centre comme Yola donne un débouché aux produits vivriers indigènes : ! mil, maïs, riz, canne à sucre, fruits de tamarinier, et au bétail : bœufs et moutons. Les beaux chevaux du Diamaré sont très prisés au Bornou et en Nigeria. Le caoutchouc ét la gomme sont exportés à Yola.- Le coton est acheté à Garoua par les Allemands et expédié en Allemagne. La Niger Company achète le kapok etl’envoie en Angleterre par balles de 40 à 50 kilos. L’ivoire et les plumes d’autruche ne font que transiter et proviennent du Salamat ou de Fort- Archambault.
Le commerce intérieur est considérable. De grands marchés hebdomadaires sont tenus à Garoua, Djebaké, Moubi, Binder, Mindif, Bogo, Maroua. Il n’est pas rare de voir plus de 8.000 personnes au marché de Maroua, et on y abat couramment 50 bœufs pour la boucherie. Bornouans et Haoussas y sontnombreux et vendent des étoffes, des pagnes, des cuirs travaillés, du natron du Manga. Ils achètent des animaux sur pied et des peaux brutes pour la Nigeria. A un petit marché, il a été compté parmi les animaux mis en vente : une cinquantaine de chevaux et juments, 200 bovidés, autant de moutons et chèvres. Ces marchés hebdomadaires n'empêchent nullement les marchés quotidiens où se vendent les grains, les lainages. etc.
Les Allemands avaient misdes droits de douane à l’importatiun et à l’exportation :
Exportation :
Une vache 20 marks
Un bœuf 10
Importation :
Un cheval.. 10 marks
Une jument 20 —
Une charge de sel 1/2 —
Une charge de guinée blanche. . . 0 fr. 30
Les bœufs étaient exempts de droits à l’importation.