‹ Renseignements coloniaux et documents (volume 5)Chapitre 83 sur 123 · DE DESTINATION · texte numérisé non relu

DE DESTINATION

produits

Avant la guerre

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Cire

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Angleterre

Angleterre

Totaux .

Part approximative de chaque pays dans le total des exportations pour les deux dernières années.

Pays de destination 1916* 1917*

Portugal et colonies 2.800 3.500

Angleterre et colonies 5.350 3.600

France 290 5.250

Espagne et colonies 540 2.500

Pays-Bas 170 1.250

Totaux 9.150 16.100

* Note : les chiffres pour 1916 et 1917 portent seulement sur les exportations contrôlées à Bissao.

Devenues les premières acheteuses dans la colonie, après la disparition des firmes allemandes, nos maisons françaises n’en ont pas moins continué en 1915 et 1916 à exporter à l’étranger ( Liverpool, Hull et Rotterdam pour les arachides; Liverpool pour les amandes de palme et la cire ; Lisbonne pour les cuirs) les matières premières Aussi dois-je marquer d’une pierre blanche l’année 1917 qui voit la France en tête des pays exportateurs (5.250 tonnes sur un total de 16.100; et notre part serait double si — comme je l’ai noté par ailleurs — les arachides n’avaient pas pris le chemin de l’Angleterre et plus encore des Pays-Bas).

Qu’a-t-il fallu pour faire cesser une situation en vérité paradoxale ? La création à Marseille d’un marché d'amandes de palme à côté de celui des arachides et la hausse des prix qui s’en est suivie. Que faudrait-il pour accentuer et stabiliser l'afflux vers des ports français des produits

dont seuls profitaient jusqu’ici nos concurrents? L’établissement d’une ligne commerciale nationale reliant l’Europe à la Guinée portugaise. Et si, faisant un retour en arrière, j’évoque à nouveau à cette place la puissance jadis de nos ennemis, avec leurs Woermann, c’est pourdire qu’ils étaient trop avertis des choses maritimes et commerciales pour avoir desservi comme ils Je faisaient Bissao et Boulam s’ils n’y avaient pas trouvé leur avantage. Remplaçons-les et sachons battre le* fer pendant qu’il est chaud : la compagnie portugaise subventionnée « Empreza nacionalde navegaçâo » assure un misérable service avec les îles du Cap-Vert et Lisbonne, faisant mentir certes le vieux et fier dicton : « O futuro do Portugal esta na mar ». Complètement abandonnée par les maisons françaises du fait qu’elle réservait à ses nationaux et plus spécialement à la maison A. Silva Gouveia le monopole tant du fret d’aller que du fret de retour, elle ne couvre pas ses frais et de longtemps ne sera pas à craindre. Les Anglais par ailleurs semblent se désintéresser nettement d’une colonie où leur seul facteur d’influence est le câble sous-marin reliant Boulam et Bissao à Bathurst (West African Telegraph Company Ltd) et leur pavillon n’est rarement représenté que par un « cargo » de la compagnie « Elder Dempster » venant des Etats-Unis avec du pétrole.

Nous n’avons donc qu’à prendre une place vacante:’ car la compagnie des « Messageries africaines » n’aura été pendant la durée des hostilités qu’un expédient — très heureux, j’ai plaisir à le reconnaître — pour nos maisons nationales. La

Quelques chiffres faisant ressortir la chute des principaux articles d’importation

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capacité de rendement en effet des deux petites unités qui effectuent à tour de rôle un service mensuel régulier Dakar-Ziguinchor-Bissao est trop réduite et les inconvénients d’un transbordement à Dakar condamnent au surplus cette voie indirecte. Il faut donner au commerce français local les moyens de recevoir directement d’Europe et d'exporter de même.

J’ai montré quel aliment de fret retour offrait la colonie ; le fret aller serait loin d’être négligeable : les denrées alimentaires (conserves, farine, sucre, huiles de table, etc.) ont été de tout temps de provenance française, etseules les prohibitions d’exportation font qu’aujourd’hui farine et sucre nous arrivent des Etats-Unis. Vins fins, apéritifs, champagnes, liqueurs, savon, bougies, articles de parfumerie et de papeterie, venaient aussi de France avant la guerre. Et il ne tiendra qu’à nos armateurs d’aller prendre en Hollande les alcools, en Angleterre les tissus, et de charger à Dakar, escale obligée, les kolas du Sierra-Leone aussi bien que les tabacs des Etats-Unis (ces derniers transitant par notre grand port ouest-africain au lieu et place de Liverpool au moment des hostilités).

Mais dès à présent, à l’instar des Allemands hier, des Anglais et des Américains aujourd’hui, ne nous lassons pas de faire, parle catalogue et le prospectus, une active réclame ; au lieu d’attendre que la clientèle vienne à nous, allons à elle. Rappelons-nous, ainsi que l'écrivait récemment M. Chevrillon dans la Revue des Deux Mondes, « qu’en pleine guerre, sur le front anglais en « France, chaque hoite de biscuits et de conserves, « chaque caisse de quincaillerie arrivant pour « nos alliés apportait un prospectus et que les « tanks eux-mêmes portaient le nom et la « réclame du fabricant ».

« La distinction des choses et des gens dont s’entoure une personne est fonction de la distinction de cette personne elle-même », écrivait l’un des frères, de Concourt. J’appliquerai volontiers cette lapidaire définition à la Guinée portugaise ; car ce n’est pas commettre une insolence gratuite de dire que l’enclave lusitanienne semble moralement et matériellement délaissée parla métropole. Sans aller jusqu’à prétendre, avec un politicien ardent et combatif, qu’elle est une « colonie pénale », je dirai que son état d’abandon blesse profondément tous les vrais Portugais. Voici le tableau brutal qu’un ancien gouverneur brosse des administrateurs de la colonie dont il a eu charge (interview relatée dans le journal O Opinâo, numéro du 2G décembre 1917) : « Je ne vois rien à la louange des autres administrateurs (à noter qu’il a trouvé les mots flatteurs et mérités pour les deux qu’il dit faire exception) ; ils paraissent « avoir pour unique préoccupation de recouvrer « l’impôt; par ailleurs, ils se distinguent par « une complète ignorance des choses les plus im- « portantes et par leur flegme à vivresgns aucun

BULLETIN DU COMITÉ DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

« confort dans leur circonscription, se souciant « à peine des commodités de vie personnelles ». Et cette situation lamentable se perpétuera aussi longtemps qu’il n’y aura aucune hiérarchie chez les fonctionnaires, partant aucune garantie, aucune stabilité. Elle suffira à expliquer comment tel administrateur-maire est aujourd’hui employé de banque, comment tels anciens officiers se sont vu confier l’administration de circonscriptions importantes après avoir — nécessité n’a pas de loi ! — l'un essayé du commerce, l’autre été détaché au service des Travaux publics... ; comment aussi tel secrétaire général, chargé à plusieurs reprises de l’expédition des affaires courantes, fut tour à tour petit traitant, expéditionnaire, avocat défenseur; comment enfin, le curé à Bissao, le pharmacien à Boulam, ont occupé l’un et l’autre le siège du ministère public.

Je dirai en second lieu que les intrigues continuelles, nées des passions politiques ici particulièrement violentes, ont entravé jusqu’à présent l’essor de la colonie ; qu’en deux ans j’ai connu quatre gouverneurs à Boulam, six administrateurs à Bissao ; qu’à une époque récente, la Guinée portugaise ne comptait pas un seul chef de service titulaire ; et que dans ces conditions, rien de sérieux, de durable et d’efficace ne saurait être entrepris et mené à bonne fin. Des travaux d’intérêt général sont commencés, mais restent inachevés ; Bissao, pompeusement décorée du nom de « cité », ignore service de voirie et d’hygiène ; les morceaux à demi-calcinés d’un « fromager » géant, abattu il y a dix-huit mois sur l’unique place de la ville, gisent toujours au même endroit ; et telle autre ville comme Cachéo fait songer au « Dilli » du Timor portugais que Louis Boussenard, dans l’un des livres qui ont charmé notre enfance, évoque en ces termes : « misérable taudis, « avec des cases de boue couvertes en chaume... u tout cela malpropre, encombré de détritus, « coupé de fondrières, où- s'ébattent des. essaims « d’animaux faméliques ».

Aussi bien leur brillant passé colonial que les résultats féconds obtenus aux îles San-Thomé et Principe, dans l’Angola et au Mozambique, font un devoir à nos amis et alliés de ne pas considérer plus longtemps leur enclave de l’Afrique occidentale comme une « parente pauvre ». En s’intéressant, comme elle le mérite, à cette colonie, en la secouant de la torpeur qui menace de l’engourdir, leurs bons ouvriers honoreront la patrie portugaise qui les verra à l’œuvre, eux dont l’une des plus nobles devises est précisément ;

« A Patria honrae que a Patria vos contempla »,

ce que je traduirai par : « Honore la Patrie qui a les yeux sur toi ».

Bissao, le 22 mars 1918.

Gustave de Coutouly,

Administrateur adjoint de lre clause des colonies, Vice-consul de France.

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