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III. — Les Comités de communautés Israélites

Ces mesures de bienveillante équité ont été complétées par un dahir de même date, portant réorganisation des Comités de communautés israélites.

De temps immémorial, les sultans ont parqué les Juifs dans des mell-ah , qui correspondent assez exactement aux ghetto des villes du Sud de l’Europe au moyen âge. Le sultan ne s’occupait guère d’eux que pour les molester et les pressurer. Mais, ceci mis à part, pourvu que les Juifs se tinssent tranquilles, ils les laissaient s’administrer à leur guise, pour tout ce qui intéressait uniquement leurs mellah. C’est ainsi que se constituèrent normalement, mais très fortement, ces communautés si vivantes. Le plus souvent, les sultans ont voulu les ignorer, et on peut mesurer le degré d'autonomie des communautés inversement à l’intérêt que leur portait le souverain. Ces communautés étaient représentées par un Conseil de notables, appelé junta dans les pays d’influence espagnole et portugaise, djemâa el yhoud ailleurs. L’autorité du sultan est représentée dans le mellah par un cheikh el yhoud dont les fonctions sont très llottantes. Les Conseils de communautés avaient à s’occuper avant le Protectorat d’une foule de questions touchant l’hygiène publique (bien rudimentaire), les cimetières, la voirie, le bon ' accord entre coreligionnaires, les écoles, et aussi de tout ce qui concernait le culte (1) et la bienfaisance. Us percevaient même sur tous les membres des taxes spéciales et administraient les biens provenant de fondations pieuses ( Heqdesh ).

Le Comité de la communauté avait un moyen de coercition particulier pour réprimer les fautesgraves contre la loi religieuse ou contre l’ordre public; c’était le nidoui, la mise au ban de la communauté signifiée par deux sophenm. Celui qui était ainsi excommunié ne pouvait ni vendre, ni acheter aux autres israélites, ni même entrer dans leur maison. Le même moyen de contrainte pouvait être employé contre celui qui, cité à comparaître devant le dayân , refusait de se présenter.

L’abolition de la contrainte d’habiter la mellah a été une des premières mesures prises après le traité du Protectorat. Mais par ce fait même, les djemâa ont perdu beaucoup de leur importance et de leur cohésion. L’intérêt forcément un peu étroit qui fixait leurs efforts et les bornait aux actes d'une collectivité restreinte, s’est étendu à des affaires d’une portée beaucoup plus générale, plus vitale, dans toutes les Assemblées administratives ou économiques où ils ont accès aujourd'hui. De plus les attributions les plus importantes des djemâa , hygiène publique, voirie, police intérieure, écoles, ont passé partout aux Services municipaux ou aux administrations. De sorte qu’actuellement il ne reste plus à ces Conseils de communauté que les œuvres de bienfaisance et la gestion de leur budget ainsi que l’administration du culte: avec cette restriction, pour ces dernières attributions, que la plupart des chenoga marocaines appartiennent à des particuliers.

D’après le nouveau dahir, les membres de ces Comités (de 4 à 10 suivant l’importance de la communauté) sont nommés pour deux ans par arrêté du grand vizir sur une liste de notables établie par leurs coreligionnaires. Le Comité comprend en outre le président du tribunal rabbinique ou le rabbin défi) Le Comité de la communauté israélite ne s’immisce jamais dans les questions purement religieuses: mais il appuie toujours le rabbin dans ses fonctions.

légué. 11 élit uu président, un vice-président et un secrétaire-trésorier, avec l’approbation du grand vizir.

Je rappelle pour mémoire qu’il existe à Fez une commission municipale israélite qui s’occupe de tout ce qui concerne les Services municipaux du mellah et qu'à Mogador la commission municipale est composée moitié de musulmans, moitié d Israélites.

La politique indigène, remarquablement prenante, que poursuit au Maroc, le Protectorat français, ne peut manquer de produire de bons effets. J’en ai étudié ailleurs les applications aux Berbères de l’Atlas.

Les Israélites, dont beaucoup ontété des auxiliaires précieux de notre action ici, sont trop avisés, trop réalistes pour ne pas reconnaître la valeur des réformes que notre Résidence sait obtenir du sultan. La nécessité de restaurer et de sauvegarder sa souveraineté sur laquelle nous nous appuyons, restreint beaucoup notre initiative en matière de réformes. Mais telles que nous les obtenons, l’une après l’autre, elles jalonnent de sympathies sérieuses et solides notre pénétration.

Ace point de vue, notre assainissement de la justice marocaine sera l'une des meilleures besognes que l’on ait faites ici depuis que nous avons notre liberté d’action. L’organisme social où l’inégalité doit se faire le moins sentir, c’est assurément la justice. Mal assurée, c’est elle qui fait les plus irréconciliables mécontents, et celle que pourrait exploiter le plus facilement un mouvement de revendication aussi extensif et aussi tenace que le Sionisme.

M. H. Gaillard lait remarque qu’il fait peu d’adeptes au Maroc et dans l’Afrique du Nord en général. C’est qu’il y réveille peu d’intérêts. Il n’y a qu’un intérêt sentimental de simple conf raternité pour les Israélites marocains à voir la Palestine redevenir dans un temps plus ou moins rapproché le centre national du judaïsme. S’ils laissent encore une partie de la maison non blanchie et non achevée en souvenir du Temple détruit, si, à la liagnda dê~ Pâques, la nuit des Herbes Amères, on souhaite toujours, selon le rite, le retour « l’an prochain » en Israël», il n’en est pas moins vrai que ces pratiques rituelles relèvent plutôt ici de l’ethnographie etqu'elles correspondent mal aux vœux précis et matériels d'une population aujourd’hui bien assise sur le pays et y vivant largement.

Le Sionisme fera des adeptes fervents et mystiques partout où il y aura des Juifs malheureux, écrasés, traqués, parqués dans des ghettos et exposés à de sanglants pogrom. Mais ici le Sionisme ne peut avoir d’autre influence que celle d'un stimulant moral et religieux si nous savons nous y prendre assez adroitement pour diluer et rendre inoffensif le ferment d’individualisme et de séparatisme qu'il peut renfermer en lui.

J. Bourriu.y,

Professeur au collège de Rabat.

Juillet 1918.

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