III. — Agriculture
Etant donné l’état social et le régime administratif actuels de l’Ethiopie • — dont les graves lacunes et les vices ont été encore soulignés au cours des récentes manifestations populaires d'Addis- Àbeba — on comprendra que la situation économique de ce pays ne soit pas aussi satisfaisante que le laisserait supposer 1 incontestable richesse de ses ressources naturelles. C’est qu’une mise en valeur habile ne vient pas compenser tous les manques à gagner provoqués par la mauvaise gestion administrative. Les procédés de culture employés par l’indigène sont tous très primitifs et n’ont pas varié depuis les temps les plus reculés. Même dans les régions comme le Minjar et le Tchertcher, oùles vexations des fonctionnaires abyssins sont actuellement réduites auminimum, si les campagnes présentent un aspect plus florissant que dans d’autres contrées, elles sont fort loin de produire leur maximum.
Il est impossible d’évaluer, même approximativement, en l’absence de toute statistique, les quantités de céréales produites annuellement par l’ensemble des régions cultivées du pays. Mais 'il est certain que tous les terrains cultivables ne sont pas mis en valeur. Certaines évaluations récentes faites pour la province du flarrar par des agronomes anglais, indiquent que 20.000 milles carrés de bonne terre arable sont, dans cette seule partie de l'Ethiopie, laissés en friche. Dans la région de Djigdjiga, limitrophe du Somaliland anglais, c’est à peine si un tiers des terrains est cultivé : le manque de bras serait, paraît-il, la principale cause de cet état de choses et l'actuel gouverneur de ce pays, qui fit autrefois un stage
à l’école des Cadets de Pétrograd et qui semble partisan d’une évolution de son pays vers la civilisation européenne, tenterait, dit-on, de créer dans cette région un centre de population, en encourageant les agriculteurs à s’y installer.
11 convient d’ailleurs dénoter que les champs n’étant nulle part amendés en Ethiopie, ont absolument besoin de repos périodique. Après une période de jachère, la première emblave est généralement du dourah (sorgho) ou dutief (millet). Les racines du dourab ont l’avantage d’ameublir le sol, elles se répandent surtout à la surface et le dissocient sans le soulever ; brûlées, elles fournissent un bon engrais. Les deux tiers des habitants de l’Ethiopie se nourrissent de galettes de farine de dourah ou de tief, appelées « endjera » ; quelques grands personnages et les Européens mangent seuls du pain de blé.
Le blé réussit partout en Ethiopie dans les altitudes moyennes et dans les vallées abritées des grandes altitudes. Les principaux centres de production sont actuellement le Tchertcher, le Djirou ,1e Sallalé et le Tigré. Mais, dans toutes les régions comprises entre 1.41)0 et 1.800 mètres, les terres fertiles pourraient donner deux récoltes par an. Malheureusement les blés de semence ne sont jamais choisis avec soinet aussi ne sont pas appropriés toujours au terrain. Par suite également des méthodes de culture, le blé n’a qu’un rendement très minime, à peine dix fois la semence. Alors qu’en Europe le rendement par hectare varie entre 12 et 18 quintaux, le maximum atteint en Ethiopie ne dépasse jamais 4 quintaux. Semé au début de la saison des pluies, de mi-juin à fin juillet, il est récolté vers mi-novembre. Les épis sont coupés à la faucille et le battage est opéré par le piétinement des bœufs. Le fléau est inconnu.
Presque tout le blé cultivé en Abyssinie est de qualité tendre ; une certaine variété appelée blé noir, qui n’est pas le sarra/in, est surtout employée pour la fabrication du « talla » (sorte de bière indigène) et de l’alcool.
Quoique la superficie des terres permettant la culture du blé puisse être évaluée à o ou 6 millions d’hectares, la production annuelle de cette céréale, qui n’est pas, il est vrai, de première nécessité pour l’alimentation indigène, ne doit pas dépasser 100.000 quintaux.
Tandis que le « tief » (millet) pousse surtout sur les hauts plateaux, et le « dourah » (sorgho) dans les régions plus chaudes, l’orge vient bien à peu près partout en Ethiopie. Sa récolte est presque aussi importante que celle du tief. Elle lui succède généralement et a lieu en janvier et février. Le rendement est maigre : environ huit fois la semence. L’orge constitue la presque unique nourriture des chevaux et mulets pendant les périodes sèches; elle est également employée pour la fabrication du « talla «.
Après le tief, l’orge et le dourah, c’est à la culture des poi3 chiches que sont consacrées les plus grandes étendues de terrain. Parmi les mets les plus appréciés des Abyssins, on cite T « ouett »,
sorte de purée de pois chiches et de viande cuite dans une sauce aux piments. La production annuelle varie entre 12.000 à 15.000 tonnes.
Les cultures maraîchères proprement dites trouveraient des conditions favorables dans la plupart des provinces à proximité des cours d'eau permanents et apporteraient de grandes améliorations à l’alimentation indigène; mais ces cultures d’une part demandent trop de soins et d’autre part ne sont pas encouragées parles autorités, parce que la perception de la dime ou des contributions extraordinaires serait trop compliquée. En dehors des jardins potagers, créés par des étrangers (Arméniens, Arabes) dans la région de llarrar et auprès des agglomérations urbaines habitées par les Européens, les seuls légumes cultivés en Ethiopie sont, en dehors des pois chiches, la lentille et le topinambour de petite dimension. On pourrait cependant récolter en tout temps des pommes de terre, des haricots, des petits pois, fèves, féverolles, salades, choux, artichauts, asperges, etc... Il serait possible aussi d’installer partout au Harrar des vergers. Comme elle l’est dans certaines contrées d’Europe, la pomme de terre pourrait devenir la base de l’alimentation des habitants de ce pays. Les paysans gallas plantent, sans soins et sans choisir, ces tubercules dont ils n’apprécient ni les qualités nutritives, ni le goût. Certains indigènes insinuent même que la pomme de terre est un aliment malsain qui empoisonne lentement; les seuls acheteurs sont les Européens; les pommes de terre sont vendues sur le marché d’Addis-Abeba entre 8 et 10 thalers (soit une trentaine de francs) le quintal, prix très élevé, car le rendement qui est en Europe d’une moyenne de !)0 à 100 quintaux à l’hectare, atteint ici sans difficultés une cinquantaine de quintaux. Au point de vue de l’exportation, la question n’est pas intéressante, les prix do transport des hauts plateaux à la côte étant trop élevés, mais sa culture devrait être encouragée et propagée par l’autorité locale en vue d’augmenter les ressources alimentaires du pays.
D’une façon générale, les récoltes en céréales ont été ou très médiocres ou meme mauvaises en 1916 et 1917 ; en préconisant et même en favorisant par des détaxes temporaires sur les marchés, les produits maraîchers et les légumes, le gouvernement arriverait peut-être à créer un courant chez les agriculteurs en faveur de ces cultures de manière à pallier les effets des disettes de grains.
Malgré ces récoltes déficitaires, il a été possible d’obtenir, pour le ravitaillement de notro colonie de la Côte française des Somalis, l’exportation de certaines quantités de céréales et de légumes divers, dont le détail figure dans un tableau spécial annexé à ce rapport. Mais ces exportations sont faites sur permis spécial du gouvernement abyssin qui, depuis le 3 avril 1916, a interdit la sortie des céréales et du bétail. En fait, cette défense est illusoire en ce qui concerne les régions limitrophes de certaines colonies anglaises et italiennes, puisque aucun réseau douanier n’est organisé ; sur notre voie ferrée, au contraire, le
gouvernement est bien placé pour surveiller les sorties par Dirré-Daoua.
Tous les produits de première nécessité, qui viennent d’être rapidement passés en revue, sont naturellement l’objet, à l’intérieur de l’Empire, d'innombrables transactions qu’il est impossible de chiffrer. Sont également la matière d’un commerce important: le piment dit « berberi » se rapprochant du poivre de Népal, le « guécho » dont les feuilles séchées tiennent dans la fabrication du « talla » le rôle du houblon, et dans celle du « tetch » celui du ferment. Le « talla » (sorte de bière) elle « tecjh » ou « tedj » (hydromel) sont les deux boissons nationales du pays.
Le café, de l'espèce dite « arabica », vient à l’état sauvage dans certaines provinces de l’Empire, notamment au Djimma et au Kaffa, dont il serait, dit-on, originaire. Il donne d’assez bonnes récoltes, mais les cultures de caféiers n’existent pour ainsi dire pas. Les quelques essais tentés par les indigènes n’ont donné que de très médiocres résultats. Au contraire, dans la province du Harrar et dans certaines vallées dès Aroussis, l’indigène soigne mieux sa culture. Les semis du café, généralement surveillés par des Arabes du Yémen ou par des Gallas instruits par eux, se font sur do petites étendues. A six mois, les jeunes plants sont repiqués à raison de 1.000 par hectare. Pendant près de trois ans, il est nécessaire de biner, de sarcler et d’irriguer partout où cela est possible, au moins une fois par semaine. Dans ces régions, la première récolte a lieu à partir de la troisième année, de juin à décembre : presque toute l’année les arbrisseaux portent des fruits.
Les avis des colons ou acheteurs européens, en ce qui concerne la production annuelle par pied du caféier en Ethiopie, sont assez partagés. Il semble que le rendement moyen des bonnes plantations brésiliennes, soit 3 kilogrammes, puisse être facilement atteint en ce pays, pour des arbustes de quatre à quinze ans, à condition de soigner les plantations qui doivent être établies dans de bonnes terres irrigables entre 1.600 et 1.800 mètres d’altitude. Peut-être pourrait-on aussi, avec profit, faire des essais d’autres espèces de cafés dans les régions basses non irrigables.
On a de tout temps cultivé et tissé le coton en Ethiopie. L’espèce aborigène, par suite du manque de soins donnés aux arbustes et à la non sélection des semences, s’est abâtardie : cependant les gousses restent de taille moyenne et les libres en sont assez longues. Des tentatives de culture rationnelle faites par des colons français aux environs de Dirré-Daoua, à Moellon et sur les bords du Kassam, ont donné des résultats encourageants. Les plantations de coton égyptien, par contre, ne paraissent pas prospérer. De toute façon, la consommation sur place absorbera pendant longtemps encore la production locale.
C’est principalement dans le Tchercher, entre le Kassam et la falaise de liai tch i , le long des monts Hossette et dans le Tigré, que l’on ren-
BÜLLETLN DD COMITÉ DE L’AFRRjüE FRANÇAISE
contre dévastés champs de coton; on en trouve encore dans les îles des lacs Zouaï et dans le Kambata. Dans la vallée de l’Aouache, des gelées par rayonnement qui se produisent par temps clair dans le voisinage de l'eau, ont souvent détruit les jeunes arbustes. Mais d'une façon générale, dans tous les terrains d’alluvions irrigables, entre 1.000 et l.îSOO mètres, on pourrait obtenir de 800 à 1.000 kilogrammes à l’hectare. En réalité, l’indigène se contente d’une récolte infime; craignant la fièvre, il se garde d’irriguer, et les binages et sarclages sont très irrégulièrement faits.
La culture du tabac avait été toujours négligée ; cette plante pousse cependant très bien dans les prairies du Sud et au Sidamo : mais les Gouragués et les Gallas sont les seuls indigènes qui fument; l’Abyssin s’en abstient généralement. Cette culture est depuis quelques années réglementé par la « Régie co-intéressée des Tabacs éthiopiens » qui contrôle les plantations; mais les exportations ne dépassent pas quelques milliers de francs par an.
On peut également signaler comme cultures spéciales à certaines régions, pratiquées comme les précédentes, sans soins et sans méthode, celle du maïs, dont les rendements arrivent cependant à être très rémunérateurs, notamment au Ninjar et au Harrar ; celle du « kat » localisée dans les environs de Harrar-Ville. Le « kat » est un arbrisseau cultivé pour ses feuilles, très recherchées par les indigènes à cause de leurs propriétés excitantes et enivrantes ; leur mastication produit une sensation de faim et une excitation passagère, puis une ivresse tranquille ; c'est l’alcool des musulmans, comme le chanvre indien. On en exporte annuellement environ 30 tonnes, presque exclusivement consommées en Arabie et dans les pays limitrophes de l’Ethiopie.
On avait découvert, il y a une douzaine d’années, dans les forêts du Kaffa et du Ouallaga, des caoutchoutiérs en quantité assez considérable; une Société, « la Régie co-intéressée du caoutchouc », en avait entrepris l’exploitation; celle-ci fut sans doute mal conduite, puisque depuis 1910 les quantités de caoutchouc exportées ont été diminuant. Les statistiques, annexées in fine au présent rapport, donneront la courbe de cette diminution constante : elles ne concernent, il est vrai, que les produits exportés via Djibouti; mais d’après certains renseignements, par la voie du Soudan les exportations de caoutchouc auraient presque complètement cessé.
Citons encore parmi les produits végétaux susceptibles de donner lieu à un commerce rémunérateur et dont la culture est complètement négligée, le ricin et le lin. Ces deux plantes poussent presque partout en Ethiopie à l’état sauvage. Les graines de ricin, grossièrement écrasées, servent seulement aux indigènes pour préparer les peaux brutes utilisées sur place. Quant au lin, il est récolté uniquement pour sa graine, qui est donnée aux bestiaux : ses propriétés textiles sont ignorées des habitants du pays. Quant à la canne à
sucre et à l’arachide, leur culture n’a jamais dépassé la période des essais.
Les indications qui précèdent ont été données surtout pour montrer que les ressources naturelles immenses des pays abyssins sont loin d’être utilisées comme il conviendrait et non pour inciter nos compatriotes à venir créer actuellement des concessions agricoles en Ethiopie. La princi- , pale raison qui doit motiver leur abstention, c’est l’incertitude du régime de la propriété foncière. Les concessions obtenues jusqu’ici sont toutes temporaires : bien que n’étant pas grevées de charges très lourdes, elles prospèrent médiocrement et il semble que l’administration locale ne fasse aucun effort pour faciliter la tâche des exploitants. Maintes fois elle l’a même entravée. Les plus grosses difficultés d’exploitation proviennent d’ailleurs surtout du manque de maind’œuvre groupée et des entraves créées par les chefs locaux dans l’utilisation des ressources en eau. De toute façon, la vie des Européens est encore difficile dans les provinces. L’unité de mesure agraire, le « gacha » ou « kalade », varie suivant les régions de 35 à 50 hectares et les diverses taxes frappant les producteurs sont différentes selon les gouverneurs de provinces : il est donc impossible de donner une idée, même approximative, des conditions de fonctionnement d’une exploitation agricole; mais, de toute façon, le moment ne paraît pas venu d’encourager l’installation de nos nationaux agriculteurs en ce pays.
L'élevage
Les pâturages occupent en Ethiopie une étendue certainement supérieure à celle des terres cultivées. Ce sont d’abord les vastes parcours du désert où l’herbe est dure et clairsemée. Les prés placés à mi-côte présentent déjà un meilleur aspect, mais les vraies prairies fertiles sont situées sur les hauts plateaux ou à flanc de montagne.
On y récolte d’ordinaire les foins, tandis que dans les plaines et sur les plateaux moyens, après les mois de sécheresse, on brûle l’herbe sèche. L'indigène ne connaît pas les prairies artificielles. Certaines variétés de luzernes pourraient partout s’acclimater et permettraient de constituer des réserves de fourrages pour l’époque où le foin vient à manquer. On pourrait aussi cultiver, en temps voulu, des betteraves, des carottes fourragères, des panais et des rutabagas, pour obvier à la disette de fourrage qui fait subir à l’élevage un arrêt momentané, les animaux mal nourris devenant la proie de toutes sortes de maladies.
La race des bovidés est cependant forte : c’est l’espèce du bœuf à bosse ou zébu, qui se subdivise en deux variétés, les animaux du désert grands, avec une charpente osseuse très développée, et les animaux des plateaux plus petits, aux épaules fortes, aux jambes courtes, avec le cou puissant et la culotte bombée. Le rendement
en viande nette est pour la seconde variété beaucoup plus considérable et une sélection rationnelle et des soins continus donneraient avec une aussi belle race des résultatstrès intéressants. Ici encore l’initiative du gouvernement serait indispensable : en cette matière comme dans toutes les autres, il ne voit pas où est son véritable intérêt. Prolitant du départ lors de la mobilisation de notre mission vétérinaire, mise gratuitement à leur disposition par le gouvernement français, sous condition de la loger, les gouvernants abyssins ont donné à un chef influent le terrain sur lequel étaient installés l’habitation de nos vétérinaires, leur laboratoire et leurs parcs d’élevage. Et cependant il s’agit de la richesse la plus tangihle de ce pays : on évalue à 10 millions de bêtes le cheptel bovin abyssin. La peste bovine contre laquelle luttaient nos praliciens, fait mourir chaque année 50 0/0 des veaux et quelquefois davantage. Ses ravages ont été encore plus considérables en 1917.
Le nombre des bœufs abattus annuellement en Ethiopie pour la boucherie a été évalué à 1.500.000. Interdite depuis deux ans, l'exportation du bétail sur pied ne sera jamais, sans doute, intéressante par suite des difficultés et des prix de transport et du séjour à la côte pendant lequel l’animal dépérit. Pour d’autres raisons, l’exportation, sous forme de viande frigorifiée, ne serait pas non plus pratique. On pourrait seulement envisager la préparation de la viande conservée en boîtes, le bœuf moyen fournissant environ 120 kilos de viande nette, à condition de la combiner avec la tannerie des peaux sur place. Mais, avant d’entreprendre une affaire de cette sorte, il faudrait, de toute nécessité, s’assurer que les autorités locales n’entraveront pas son essor par l’application de droits de sortie prohibitifs. Cette remarque peut s’appliquer d’ailleurs à toutes les affaires industrielles ou agricoles dont la création serait actuellement envisagée dans ce pays.
Sur les hauts plateaux, à l’élevage du bovidé se joint celui des chevaux, des mulets etdes ânes. Le Minjar, le Metcha et le Choa avec le Sallalé en sont les principaux centres.
Le cheval abyssin est d'une taille moyenne lra 38 à l"1 40; sa croupe, un peu ravalée, rappelle celle du cheval tunisien. Il est très rustique et a le pied très sûr. L’élevage du mulet est plus rémunérateur que celui du cheval. Les belles mules sont très recherchées comme bêtes de selle: celles qui marchent l’amble sont, par excellence, la monture des hauts personnages. Quant à l’âne abyssin, qui ne mesure guère plus de lm 20, il a une endurance et une rusticité qui en font un auxiliaire hors pair pour les transports à petite distance. 11 est surtout élevé au Choa et dans le Nord de l’Ethiopie.
Le chameau a pour habitat les parcours des déserts dankali et somali : il était, avant l’arrivée du rail à Addis-Abeba, employé pour les transports de colis lourds d’un quart de tonne au maximum, et quittait les plateaux pendant la saison des pluies. A l’heure actuelle, son emploi
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n’étant plus indispensable pour le ravitaillement du marché de la capitale, il sera de moins en moins utilisé sur les hauts plateaux.
Comme pour les bovidés, l'Ethiopie possède un type de mouton de montagne et un type de mouton de plaine. Mais l'indigène ne se livre, à proprement parler, à aucun élevage. En pays de plaine, les moutons vivent généralement au milieu de grands troupeaux de chèvres, très communes en ce pays : elles sont élevées surtout pour leur peau. Il convient d’ailleurs de noter que la laine des moutons éthiopiens est sans grande valeur marchande. Dans la montagne, les moutons ne vivent pas en grands troupeaux. Chaque propriétaire en possède un petit nombre qui ouivent les bœufs au pacage. Les animaux de montagne ne dépassent pas 30 kilogrammes, tandis que ceux de la plaine atteignent souvent 45 kilogrammes. Ces derniers portent une laine dure et courte (notamment ceux du Ouollo), qui peut cependant se tisser : les indigènes en fabriquent des draps grossiers servant à confectionner des burnous. Le service vétérinaire français, mis jusqu’en août 1914 à la disposition du gouvernement abyssin, avait, sur l’instigation et aux frais de la Compagnie du chemin de fer franco-éthiopien, commencé des essais intéressants de croisement avec diverses races bovines. Ni le gouvernement, ni les particuliers ne firent à ces tentatives un accueil encourageant. Le chef du service en question ne pouvait décider l’indigène à prêter des brebis sélectionnées pour les essais. Les produits nés des quelques croisements effectués permettaient cependant de larges espoirs. Il est certain que, malgré la douve ou distomatose, très répandue en Ethiopie, l’élevage rationel du mouton serait susceptible de donner de bons résultats.
Le porc réussirait aussi très bien presque partout: on pourrait trouver facilement en temps normal dans le pays la nourriture qui lui convient : céréales à bas prix, fèves, pois, pommes de terre, etc... Mais cetélevage ne serait rémunérateur qu'à condition de créer une usine de conserves, car la consommation locale serait à peu près nulle, puisque les chrétiens coptes ne doivent manger que des ruminants et que la viande de porc est interdite aux musulmans représentant le quart environ de la population de l’Empire.
Produits divers.
L’apiculture serait aussi une source de grands profits pour ce pays, si elle était mieux comprise. Dans plusieurs nrovinces, l’indigène se contente ' de récolter dans la brousse, le miel et la cire. Lorsqu’il pratique l’élevage des abeilles, c’est la plupart du temps, d’une façon "udimentaire et maladroite. Cependant, le miel est indispensable pour la fabrication du « tedj ». Ce breuvage fermenté distillé donne un alcool appelé « araki » d’un goût agréable, dont malheureusement certains indigènes abusent. Malgré une exploitation défectueuse, on verra que la cire figure pour un
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chiffre important dans le total des exportations abyssines.
Parmi les productions spéciales des provinces du Sud-Ouest, du Ouallaga notamment, on peut encore citer la « civette ». On ne fait pas, à proprement parler, l’élevage du petit carnassier qui produit cette matière visqueuse, servant à fixer certains parfums; mais, après l’avoir capturé, on lui donne une nourriture appropriée pour activer la sécrétion.
Les forêts,
Dans les temps antérieurs à la venue des Européens en Ethiopie, presque tous les hauts plateaux étaient couverts de forêts. Mais une consommation très grandissante de bois et surtout l’absence totale de mesures de préservation, ont dénudé, plusieurs contrées. Les habitants cherchant à gagner du terrain pour les cultures, ont fréquemment attaqué les lorôts par le feu. La forêt de Kounni dans le Tcherlcher, par exemple qui en couvrait toutes les pentes du plateau, est presque complètement détruite.
Par contne, au Ouallaga, au Kaffa et dans d’autres régions de l’Ouest, subsistent encore de très belles forêts, à peu près complètement inexploitées.
On n'a pas encore déterminé la qualité de toutes les essences qui existent dans ces forêts : on ne connaît guère que les plus importantes. Ce sont le zegba, appelé berbersa, sorte de résineux du genre des pins; le gatera ou genévrier qui, dans certaines régions, aileint des proportions énormes: le tecerencia au bois très dur, dont on se sert pour fabriquer des crosses de fusils; le chola, varié de sycomore; l'ouenza, sorte de liens; le Ivoll-Ouall, ou euphorbe candélabre ; une cinquantaine d’espèces d’acacias, parmi lesquelles celle de l acacia-inimosa en forme de parasol, appelé tadetcha. Au point de vue industriel, les quatre premières essences seraient seules intéressantes. Enlin, l’eucalyptus, introduit en Ethiopie il y a une vingtaine d'années par un Européen, à la demande de ! Empereur Ménélick, y a réussi d’une façon telle qu’il permettra peutêtre un jour'de parer au déboisement, à condition que le gouvernement prenne l’initiative des mesures et en assure l’exécution.