V. — Le commerce
Cultivateur, éleveur et artisan médiocre, l'Abyssin est par contre un commerçant habile : il faudrait dire plus exactement un boutiquier habile. Quelle que soit sa condition, depuis le chef opulent jusqu’au dernier des manœuvres, il a le génie du troc : le nagadi, sorte de colporteur, rappelle parses procédés commerciaux le peulh. dont le type physique rappelle également celui de l’Abyssin : le « dioula » de l’Afrique Occidentale Française s’appelle ici « nagadi ».
Pourvu de quelques limiers souvent empruntés, possesseur ou locataire de quelques mulets et ânes, il transporte d’un pointa un autre de l’Empire, parfois à des distances de plusieurs centaines de kilomètres, des marchandises, en tire profit autant qu’il peut, mais ce prolit est généralement maigre, et la vie du nagadi se passe à faire ces échanges etees transports, sans qu’il sorte d’une médiocrité que les pouvoirs publics ne font rien pour transformer en une aisance même modeste, tiares sont les Abyssins qui se constituent par ce moyen un capital, et le prêt à intérêts — à gros intérêts, 2 % par mois — arrête bientôt l’élan de ceux qui essaient de développer leurs affaires. Au cours d’un séjour de plusieurs années dans ce pays, nous n’avons rencontré qu’un ou deux Abyssins qui soient en état de commercer avec F extérieur. Tout récemment vient de se créer un groupement commercial uniquement indigène, mais il convient d’attendre avant de se prononcer sur le sérieux de cette entreprise.
Le commerce local se trouve donc, surtout pour ses achats de produits importés, dans l'obligation de passer par l’intermédiaire de maisons européennes, arméniennes, indiennes, arabes. Etant donné celte obligation d’une part, et aussi les droits de péage, les prohibitions et les con-
tributions de toutes sortes qui entravent dans les provinces la liberté des échanges, ainsi que les lenteurs et les difficultés des transports par suite de l’absence ou du mauvais entretien des voies de communication, on demeure étonné qu’il puisse y avoir en Ethiopie un mouvement commercial, sinon aussi important au point de vue des chiffres totaux d’importation et d’exportation, du moins d’une aussi intense activité. Cet état de choses tient, nous l’avons dit, surtout à une question de race : tout Abyssin a l’étoffe d’un commerçant et longtemps le premier Ministre, l'homme de confiance des empereurs éthiopiens, eut pour titre honorifique celui de « Négadras », Bas des nagadis.