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;'i des coups de feu tout proches... Les oiseaux nocturnes poussent en modulations variées leur appel plaintif, se répondant les uns aux autres... C'est l'éclat de rire guttural et sarcastique dumargouillat: le cri bizarre du ghéco (pii, à intervalles réguliers, semble annoncer les heures comme nos antiques coucous d'autrefois... et le concert assourdissant des grenouilles et des crapauds s’élève, envahissant tout, donnant, à la longue, 1 illusion d'un carillon désordonné de cloches très lointaines, brusquement, un éclair immense déchire L obscurité. Lu formidable grondement ébranle la foret
salles de douches. Dans les grandes chambrées, élégamment carrelées, tous les lits sont munis de moustiquaires. Les cours sont gazonnées. De riches jardins et de belles haies fleuries les entourent au lieu des grands murs classiques et maussades des casernements d’Algérie.
Dans la haute région, détachés par compagnies, voire même par section, il habitent dans des petits batiments iort coquets que leurs prédécesseurs ont construits eux-mèmos en « bien hoa » (1) et en bambou... toujours!... Au milieu des feuillages épais et des jardins qui les environnent, tous ces
LEGIONNAIRES EN MANOKl YltK (Cascade de Mina près de Tiarel).
(oui entière, et la pluie diluvienne des tropiques [ s’abat en trombe, crépitant dans les bambous comme une fusillade. Philosophe, le légionnaire accueille sans se plaindre celle douche bienfaisante et inattendue... Puis l'orage s’arrête. Les « mouches à feu » reprennent en tourbillonnant leur sarabande lumineuse un instant interrompue... Et la féerie angoissante de la nuit continue,..
Si toutes ces colonnes sont beaucoup moins nombreuses qu’au Maroc, elles sont en revanche plus pénibles.
Par contre, la vie de garnison y est infiniment plus confortable.
Dans le delta, les légionnaires sont logés, par demi-bataillon en général, dans de belles casernes toutes neuves, avec larges vérandahs, réfectoires.
camps harraqués sont d’un pitloresque charmant.
L’exercice rsl assez rare. Il consiste, tous les huit ou quinze jours, en une pelite marche-manœuvre aux environs. Mais celte promenade au travers des villages toujours verts et riants du delta, ou des sites admirables de la haute région, devient une ravissante excursion à laquelle nul n'aurait garde de manquer. D'ailleurs, tous les exercices ou travaux à l'extérieur se terminent à huit heures pour ne reprendre qu’à quinze ou seize heures. Et la sieste est obligatoire après le repas du matin.
Le reste du temps est employé aux travaux de
(1) Le « Men-Iioa » est une terre rougeâtre que l'on découpe directement en grosse? briques et qui, en se séchant, prend la dureté de la brique.
BULLETIN DU COMITE DE L'AFRIQUE FRANÇAISE
toutes soi tes. jeux, spoils et à l'entretien des jardins. Ces vastes et riches jardins, où l'eau abonde, sont infiniment prospères,. Et les légionnaires, qui les cultivent avec un soin jaloux, y recollent en abondance les légumes et les l'iuits qui servent à améliorer leur ordinaire.
Leur nourriture est d’ailleurs des plus variées. Les œufs, les poulets, les canards, les beignets de toutes sortes, les crèmes, les bananes et les ananas constituent la base rie leurs menus quotidiens. Ils ont du vin à tous leurs repas (souvent un demilitre, parfois plus), et le tafia dans le café du malin. Le dimanche, au réveil (toujours en musique) on leur sert même jusqu'à des gâteaux avec du chocolat au lait!... La cuisine est faite parles Annamites : à cause du climat, ce travail serait trop pénible pour les Européens. Un seul légionnaire surveille et dirige l'ensemble des boy-cuisiniers, boys-marmitons, etc. Et ceux-ci excellent