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III. — La situation économique

Dans le nord du Mozambique, l’exploitation du sol est assurée par des compagnies d'origine et de personnel portugais, qui ont procédé à de vastes plantations de canne à sucre et de coton. L’élevage y est en honneur et n’exclut point les cultures riches. Comme nous l’avons dit précédemment, c’est l’outillage économique qui fait défaut.

Le sud est partagé presque entièrement entre deux grandes Sociétés anglo-portugaises: la Compagnie du Mozambique, dont le domaine s’étend de Chimie à Lourenço-Marquès, et la Compagnie du Zambèze qui possède la majeure partie des districts de Tete et de Quelimané. Leur port commun est Boira.

Au point de vue agricole, l’extrême fertilité du Mozambique assure un rendement rémunérateur à toute culture entreprise sérieusement. La plus importante jusqu’à ce jour est celle de la canne à sucre, qui donne en certains endroits quarante-cinq tonnes par acre (1). L’exportation annuelle du sucre a atteint une moyenne de 40.01)0 tonnes pendant les cinq dernières années. La Compagnie du Mozambique s’efforce de varier les cultures dans son territoire et pousse les indigènes à consacrer une partie de leurs terres et de leurs efforts à la production du tabac, des graines oléagineuses, du maïs, du riz, ainsi qu’à l’élevage du bétail. Le maïs fournit une moyenne de 40 sacs par acre.

Dans les districts de l’intérieur et du Moyen- Zambèze, la Compagnie concessionnaire s’est attachée surtout à la production du coprah , dont elle exporte des quantités croissantes, et du coton, à

(1) L’acre équivaut à 40 arcs 468. Le mille égale 4609 mètres,

NULLE T 1 N DU COMITE DE L’AFRIQUE FRANÇAISE

qui elle a consacré une ferme expérimentale à Bengu et plusieurs milliers d'hectares, notamment à Mavusi et Bompona. L’oxploilntion du sisal s’y pratique sur une vaste échelle, el la fibre est traitée sur place avec les machines les plus modernes. Le district de Tete se prèle admirablement à l’élevage «lu gros bétail et du mouton ; le mérinos du Cap s'y est acclimaté sur l'initiative de colons anglais.

Des industries diverses, en rapport avec les produits du sol. se créent peu à peu au Mozambique. Il existe des usines pour la fabrication du cuir, le «lécorticage du riz, le traitement «lu colon, etc.. — •les presses hydrauliques, des moulins, des scieries, etc, Des sociétés anglaises ayant leur siège social au Cap viennent d'installer dans l’intérieur un entrepôt de bois travaillé pour la construction, et même une usine pour le traitement delà pulpe du baobab. Dès maintenant le Mozambique fournil au Transvaal dos caisses à fruits par centaines de mille.

Le Gouvernement du Mozambique engageait récemment un ingénieur britannique pour étudier un système d’irrigation des vallées du Limpopo et de Tlncomati. Faute de crédits, il n'a pu donner suite aux projets qui lui ont été soumis. Celte enquête a révélé que dans la vallé du Limpopo se trouvent environ 150.000 acres d'excellentes terres alluvionnaires à une distance de 40 milles de la mer, susceptibles d’être mises en culture grâce à des canaux de drainage et d'irrigation et traversées par une rivière navigable pour les petits vapeurs. Aux bords de l’Incomati, il existe des terrains analogues sur une superficie approximative de cent mille acres. Il faudrait évidemment que l'initiative privée entreprît cette œuvre de mise en valeur pour qu’elle eût quelque chance d'aboutir rapidement.

Le sous-sol est encore incomplètement exploré, mais d’ores et déjà ses ressources paraissent justifier la création d’entreprises importantes, On n’exploite guère que les mines de cuivre et d’or appartenant à la Compagnie du Mozambique dans le Manicaland. Les recherches se poursuivent en différents points où sont signalés des filons aurifères et diamantifères, des gisements de houille et d'étain, des nappes de pétrole. Elles portent principalement sur les districts de Tete, de Lourenço- Marquès et d’Angoche. Enfin, les eaux de Port- Amelia renferment des huîtres perlières, dont l’existence est connue depuis très longtemps. Une compagnie européenne avait acquis vers 1905 le monopole de la pèche mais ne put réussir. Seuls les indigènes en ont fait jusqu’à présent le commerce, mais comme ils cueillent les huîtres à marée basse uniquement pour les manger, les perles sont généralement petites, incomplètement formées «*l de valeur médiocre.

En résumé, les seules industries actuellement florissantes au Mozambique sont les suivantes :

— L’industrie du bois, très active surtout àLourenço-Marquès, qui fournit tes wagons aux Hailvvays sud-africains ;

— Les industries du ciment, du savon et de l'huile, ces deux dernières fournissant en moyenne

quarante mille caisses de savon el deux milles tonnes d’huile par an ;

— Les industries frigorifiques, groupées à Port Matolla, petit port voisin de Lourenço-Marquès et accessible aux grands navires. Elles préparent la viande fournie par le bétail provenant des grandes fermes du Swaziland, du Transvaal et de la Bhodésii».

Voici les chiffres du commerce maritime du Mozambique de 1915 à 1919 (aucune statistique n’a été publiée pour 1920 et 1921) :

En livres sterling

Années

Importations

exportations

Réexportations et

Tritnsil

Voici maintenant la part respective des ports de Lourenço-Marquès et de Beira, dans le commerce extérieur de la colonie, pour la même période (en

livres

Années

sterling) :

Importations

LouRENÇO-MaRQUÉS

exportations Réexportations et Transit

Beika

Années

Importations

Exportations Réexportations et Transit

Le

mouvement maritime des

principaux port

est indiqué dans le tableau suivant :

Navires entrés Tonnage

Lourenço-Marquès. 1010 618 2.322.000 t.

Beira 1919 329 551.828 »

Mozambique 1920 125 358.000 »

Port-Amétia. ; . . . , 1920 597 157.000 »

idont 5.'ifl voiliers

La marine britannique tient de beaucoup le premier rang avec 1.622.000 tonnes à Lourenço-Marquès, 260.000 tonnes à Mozambique, 113.000 tonnes à Port Amelia. Le détail «les entrées par nationalités n'a pas été donné pour Beira. Puis viennent les pavillons portugais, japonais, suédois, italien, américain et français. La flotte française ne figure, en effet qu'au septième rang dans le mouvement maritime de Lourenço Marquès avec 9 navires et 44.000 tonnes en 1920; — elle occupe le troisième rang à Mozambique avec six navires et 18.000 tonnes. Aucun de ses vaisseaux ne touche à Port-Amelia.

Il est regrettable que le pavillon national ne soit pas mieux représenté sur ces côtes de l’Afrique Orientale où nous possédons le magnifique do-

maine de Madagascar, de La Réunion et des Comores. L’Allemagne AÛent de créer un service mensuel régulier de Hambourg au Mozambique par l’Est et de Lisbonne aux mêmes ports par l’ouest, rétablissant ainsi au lendemain de la guerre malgré la perte de ses colonies, le périple complet des côtes africaines qu’elle avait été la première à créer ; la Hollande et le Canada ont fondé également des services directs avec Lourenço-Marquès. Toutes ces lignes nouvelles s’ajoutent aux nombreuses lignes existantes ayant leur port d'attache en Angleterre, en Amérique et au Portugal. Lourenço-Marquès est devenu, en effet, le premier port charbonnier de l’Afrique Orientale avec une exportation annuelle de plus d’un million de tonnes de houille provenant du Transvaal. D’autre part, les opérations sont facilitées par la concentration du trafic sur trois points de la côte : Lourenço- Marquès, Reira et Chinde. De 1915 à 1919, en effet, sur un commerce total de26 millions delivres (commerce spécial, non compris le transit) les trois ports ci-dessus comptaient pour 25.800.000 livres, dont 20 millions pour le seul port de Lourenço-Marquès.

L’Angleterre occupe aisément le premier rang dans l'importation des produits manufacturés. Les tarifs douaniers très élevés dont le Portugal essaie de se protéger, n’arrivent pas à faire de lui un concurrent sérieux de l’Angleterre, à ce point de vue. Il n’en est pas de même de l’ Allemagne, des Etats- Unis et de l’Union sud africaine, dont les parts respectives augmentent d’année en année. La France ne figure dans les statistiques que pour une très faible part, due à quelques importations de parfumerie.

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